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De la liberté de l'art dramatique

De
64 pages

La censure théâtrale est préventive ou répressive.

On peut, en effet, soit mettre l’art dramatique à l’abri de toute faute par le contrôle de l’autorité avant la représentation, soit attendre que des écarts se produisent pour les punir par la loi. Nous ne parlons pas, bien entendu, de la liberté absolue qui, en cette matière comme en beaucoup d’autres et peut-être avec plus de dangers, dégénèrerait facilement en licence : en effet le théâtre (un critique éminent l’a judicieusement fait remarquer) est, comme la langue dans l’apologue d’Ésope, à la fois ce qu’il y a de meilleur et ce qu’il y a de pire : il peut être tour à tour un instrument de corruption et de moralité, éclairer et égarer, élever et dégrader ; il prête aux idées vraies et aux idées fausses un égal retentissement, il reflète le bien et le mal, et il en centuple l’influence.

Fruit d’une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.


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Paul Hazard

De la liberté de l'art dramatique

Voltaire a dit que « le théâtre est, de tous les arts cultivés en France, celui qui, du consentement de tous les étrangers, fait le plus d’honneur à notre patrie. » Ce mot est toujours vrai, et, s’il y a des périodes où le théâtre brille momentanément d’un moindre éclat, quelles sont donc les branches de la littérature qui soient, au même instant, plus brillantes ou plus fécondes ? En outre, il n’est point d’art ou de branche littéraire qui tienne de plus près que le théâtre aux idées d’un peuple, qui reçoive plus promptement le contre-coup des événements et qui manifeste mieux les variations du caractère national. Or, si d’une part il est vrai que, toutes les fois que nous voyons l’art dramatique baisser autour de nous, nous pouvons dire que l’abaissement doit se faire sentir dans toutes les branches de la littérature, et si d’autre part, puisqu’on peut chercher le reflet de l’histoire générale dans les moindres manifestations de l’activité intellectuelle d’une époque, il n’est point exagéré de dire qu’on peut faire l’histoire d’un peuple par celle de ses représentations dramatiques, si dans tous les cas « le théâtre est l’expression de la société » comme l’a dit si justement l’académicien Étienne, le plus vif intérêt doit s’attacher à tout ce qui concerne un art dont le rôle est si noble et l’influence si grande : notamment il est important d’examiner la situation actuelle du théâtre dans notre pays, où il a toujours jeté un si vif éclat, d’étudier ses conditions de vitalité, et, s’il y a lieu, de rechercher ses causes de défaillance.

Jusqu’au 1er juillet 1864, les théâtres étaient soumis au régime du Privilége : ils furent affranchis de la tutelle de l’administration par le décret du 6 janvier 1864, qui, sans faire disparaître complétement le privilége, y associait désormais le principe de la liberté. Mais ne nous trompons pas : la liberté qui a été ainsi promulguée n’est point la liberté du Théâtre, mais des théâtres, ce qui est bien différent, c’est-à-dire de l’exploitation industrielle de l’art dramatique ; on a même dit spirituellement que ce n’était guère que la liberté pour les directeurs de se ruiner. Or, la liberié du théâtre, c’est-à-dire de l’art dramatique lui-même, suppose essentiellement, suivant nous, l’abolition de la censure, absolument comme une loi sur la liberté de la presse ne saurait porter ce titre sans supprimer, dans son premier article, l’autorisation préalable.

Le régime du privilége étant mort au milieu d’une stagnation générale de l’art dramatique, on s’imagina facilement qu’avec le décret de 1864 commençait pour le théâtre une ère de régénération ; et, comme on avait poussé trop loin les plaintes sur le présent, en parlant de stérilité et d’impuissance, on exagéra aussi les espérances pour l’avenir. Assurément, c’était déjà beaucoup que de permettre la multiplication des salles de spectacles, d’ouvrir par suite aux auteurs des débouchés plus faciles pour leurs productions nouvelles, et de concéder à tous les théâtres la faculté de jouer tous les genres. Mais espérer, — suivant les expressions du ministre des Beaux-arts dans le rapport qui précédait le décret, — que le niveau de l’art s’élèverait sous la législation nouvelle et que le bon goût public se réveillerait de lui-même en se sentant plus libre, c’était à coup sûr trop augurer d’une liberté industrielle et pousser bien loin l’enthousiasme officiel. Supprimer la plupart des entraves apportées jusque-là à l’exploitation théâtrale, ce n’était pas du même coup rendre à la littérature dramatique la vigueur et l’originalité : la liberté au théâtre, c’est le mouvement, la vie, l’effort, le besoin du mieux, toutes choses qui peuvent faire peur en politique, mais qui, dans l’art, sont les conditions essentielles du progrès et qui ne sauraient exister tant que les œuvres dramatiques devront être soumises avant la représentation au contrôle de l’autorité, tant que ne sera pas proclamé le droit pour chacun de faire jouer une pièce sous sa responsabilité personnelle. Et comme la législation nouvelle ne donnait point encore ces garanties aux œuvres littéraires, on s’étonna bientôt de ne pas voir l’art dramatique se relever de l’abaissement qu’on lui avait reproché et on en arriva facilement à déclarer que la liberté n’avait rien produit, si ce n’est la ruine de plusieurs entreprises dramatiques et la dépravation plus grande du goût public. Bref on a fini par s’effrayer du remède plus encore qu’on ne s’était alarmé du mal.

A notre sens, ces récriminations contre le décret du 6 janvier 1864 sont aussi injustes qu’étaient exagérées les illusions fondées dans le principe sur la portée de cet acte. Le gouvernement avait simplement voulu laisser le champ libre à toutes les initiatives possibles en matière de théâtre, mais il n’avait point affranchi la littérature dramatique des sévérités systématiques et des interdictions arbitraires : il n’a donc accordé qu’une demi-liberté, mais nous croyons fermement que le décret de 1864 est un acheminement vers la liberté de l’art dramatique lui-même et que le moment est venu d’achever l’œuvre commencée, en accordant aux auteurs la liberté de la pensée, c’est-à-dire de supprimer :

  • La censure préalable1 ;
  • La taxe du droit des Pauvres, la seule des entraves matérielles apportées à l’exploitation théâtraie qui subsiste encore.

Ce sont ces deux institutions que nous nous proposons d’étudier successivement, espérant à la lueur de la discussion parvenir à les saper dans leur base et trop heureux de travailler, dans la mesure de nos forces, à faire disparaître ces dernières traces d’une réglementation fatale aux intérêts de l’art.

PREMIÈRE PARTIE

DE LA CENSURE THÉATRALE

La censure théâtrale est préventive ou répressive.