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Des noms et des gens en République

De
247 pages
Il ne suffit pas de regarder les mots à travers la vitre ; il faut ouvrir leur fenêtre. Suivons le conseil d'Alain Rey. Comment, au début de la 3ème République, se nomme-t-on et désigne-t-on les autres, proches ou adversaires ? Et cela non seulement au niveau de la haute parlure, qu'elle soit officielle ou polémique, mais aussi et surtout au niveau de l'expression populaire, sur le plan des définitions comme des mythes. Par les fentes du discours révélées dans l'affrontement social, on observe au mieux la langue en action.
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EN GUISE DE PREFACE

Comment présenter Maurice Tournier, linguiste social,
explorateur passionné du sens et de l’histoire des mots, fondateur en
1980 de la revueMots – Les langages du politique, analyste de
discours et spécialiste de lexicométrie, écrivain-chercheur aux
multiples talents? Peut-être devrait-on simplement lui rendre
hommage pour ce qu’il nous a donné à ce jour: le foisonnement de
ses articles sur la langue et ses éclaircissements minutieux sur le
vocabulaire que nous utilisons au quotidien ; sesPropos d’étymologie
socialetraversés de questionnements qui dévoilent sans tabou les
richesses des signes énoncés jour après jour au cours des siècles,
richesses des origines, des évolutions, des interprétations, des
contextualisations..., et laissent entrevoir un trésor d’usages que
chacun est invité à s’approprier sans retenue ; la poésie de ses romans
et la générosité qui en ressort, reflet d’une personnalité chaleureuse,
ouverte au monde…
Tous ces éléments, nous les retrouvons dansDes noms et des
gens en République (1879-1914), un ouvrage décisif pour la
compréhension de notre langue, celle que nous utilisons aujourdhui et
qui se voit éclairée par cette approche socio-historique extrêmement
rigoureuse. Pour composer ce texte dense qui nous convie à la fois à
une lecture de découverte et à une réflexion plus approfondie sur le
sens, Maurice Tournier a bénéficié de la précieuse collaboration de
deux de ses anciens élèves, Simone Bonnafous et Jean-Paul Honoré,
qui l'ont aidé dans l'accumulation des lectures et de quelque 10.000
attestations et qui ont participé de près à la rédaction de contributions
préalablement publiées.Il avaitégalementreçulesoutien de Pierre
Muller, compagnon de route dulaboratoire de lexicométrie etde
lexicologie politique de l’ENS de Saint-Cloud etcréateur,sur lespas
deslinguistesmathématiciensPierre Lafon etAndré Salem, d’un
logiciel permettantl’accèsdesenseignantsauxméthodes
lexicométriquesd’analyse des textes.
Ce livre estdoncun essai particulièrementdocumenté, qui
décrit, explique, décortique etanalyse levocabulaire politique,
syndical et social de latrentaine d’annéesquis’écoule de 1879 à
1914, àtraversla désignation desacteurs sociauximpliquésdansla
construction de la République renaissante. Iltraque, recense etexplore
lesnoms– l’auteur propose : les« labels» –qui naissent, quivibrent,

7

qui vivent et parfois disparaissent, dans l’alchimie des contacts, des
regroupements comme des affrontements, témoins des soubresauts de
l’Histoire.Les tableauxrécapitulatifs, qui donnent un accèsaisé à
l’ensemble des termesrecueillisgrâce auclassementalphabétique,
favorisent une appréhension à la fois synthétique etchronologique de
cevocabulaire dontnombre de fragments subsistentde nosjours. La
présentation de l’ouvrage entroisparties: lesregroupeurscollectifs,
lesdésignants sociopolitiques, lesmarquagesidéologiquesetaffectifs,
facilite égalementl’approche etla compréhension de ces vocables
imagés, pleinsde créativité etde représentativité, qui nonseulement
nommentmaisaussi catégorisentouévaluentlesgroupesoules
individusqu’ilsdésignent.
Ducoup, cetouvrage – qui pourraitparaitre arduà
desnonspécialistesde lexicologie oud’étymologiesociale –se litcommeun
roman, danslequel lesmotspoursuivisetdénichésaucœur des
journaux,sur les tractsetdansleschansons, danslesdiscoursde
tribune oula polémique de rue, mais surtoutau sein de la parole
populaire, deviennentdespersonnages, plusoumoinsimportants,
dontlesapparitionsparfoisfréquentes, parfoisinopinées, nouslaissent
envisagerun parcoursinsolite,unetrajectoire complexe,une évolution
inédite :la foison des usages. Chargéesde connivences,
desousentendus, de non-dits, de connotations, lesappellationsmisesà jour
dansDes noms et des gens en Républiquesemblentprendreviesous
les yeuxdulecteur. Lestyle alerte de la rédaction, l’exploration
méthodique des symbolesetdesmythesfondateursde la République,
lesinnombrableséchosaux vocablesanciensoucontemporains,
renforcentcesentiment.
On ne peutdèslorsqu’inviter à la plongée danscet univers
socio-historique qui permetà chacun de mieux saisir la fonction
politique desmotsaumomentde leur actualisation comme aufil du
temps. Témoinsde l’Histoire ?Certes. Mais toutautantfaiseurs
d’histoire(s). Passeursd’idéeset vecteursd’émotions, de colères, de
révoltes, d’injustice oud’insoumission. C’est toutcela que letexte de
Maurice Tournier nousfaitdécouvrir. Nous souhaitonsqu’il persévère
danscettevoie peuexplorée de redécouverte dupassé etqu’il puisse
bientôtnousguider àtraversles«trentaines»suivantes: 1914-1945
(Des noms et des gens, d’une guerre à l’autre),1946-1975 (Des noms
et des gens, entre «guerre froide» et «trente glorieuses»),
19762008(Des noms et des gens, face aux crises d’une fin d’époque).

8

Eléonore Yasri-Labrique

INTRODUCTION

« Les mots sont des fenêtres. C’est un peu comme
dans les tableaux de Magritte. Il faut les ouvrir. »
Alain Rey, radio France-Inter,29.10.2001, 9h50

Faire l’histoire desmotsn’estpasfaire de l’histoire.Bien
plus souvent, il s’agit de creuser leur mémoire, c’est-à-dire
d’examiner leurs emplois en situation, à la recherche de projets, de
clichés et de mythes, de souvenirs ambigus, de référents fluents, de
valeurs sémantiques et d’évaluations morales ou culturelles
différentes. Par qui, par quoi ces mots sont-ils «habités » ?À qui, à
quoi ont-ils servi ?Pour quellesraisons,toujoursplurielles, ont-ils
« pris» ouéchoué, changé de direction, de référent, de connotation,
d’appropriatD’où vienion ?tqu’ils trahissent toutautantqu’ils
traduisent? À quellesfonctionsleurs usagesobéissent-ils? Quel rôle
leur fait-on jouDaner ?squel contexte de discoursetdansquelsite
d’emploi ?

Ce genre de questionsconstitueune bonne partd’un
1
programme d’« étymologiesqociale »uise donneraitpourtâche non
la recherche de lavérité desévènementsetdescausesmaiscelle de la
réalité humaine dudiscoursqui lesparle etoù se réfracte le passage
deshommesetdu temps. Plusencore quetémoins(oufaux-témoins),
lesmotsdont, plusoumoins, noushéritonsformentles tracesdes
représentations sociales,voire desclichés, qui ontanimé lascène des
conflitsetdespactes, despeurs, désirs, haines, enthousiasmesou
consensus, desidéesaussi, parfois, qui ontfabriqué letissudu sens.

1
Sur le conceptd’« étymologiesociale »,voir M. Tournier,Des sources du
sens. Propos d’étymologie sociale 3,Lyon, ENS-Éditions,2002[PES3],
p. 11-46.
9

Depuis1879,troisrépubliques successivespermettentde
mettre à jour,sinon lescontroversespolitiquesdes sièclesderniers, du
moinsleur mémoire ouleur légende, portéespar lesmots. Mêléesà
tantd’autres... Pourquoi ne pasrechercher le discoursrépublicain plus
hautdansletempsque cette limite de 1879 ?Nous verronsen effet
des tracesanciennes, revisitées, apparaitre danslesmentalitésetles
discours, desparolesdes« Philosophes», de la Révolution etde la
première République puisdesQuarantehuitardsde la deuxième
République, desCommunards,toutproches... Les travaux sur le
vocabulaire ne manquentpaspour cespériodes, des thèsespionnières
de Michel Launay visantlesmotsetlesidéespolitiquesde Rousseauà
celle de Jean Duboisillustrantlevocabulaire de la Commune et ses
2
antécédances. Continuonsdanslavoietracée.

Onsaitquetoute périodisation n’estqu’une reconstruction de
l’esprit ;l’histoire estfluide etcomplexe,toutinterpénétrée par
ellemême, le passétissé auprésent, neserait-ce que danslesarrière-plans
desénonciations. Cependant, pour ce qui estfondade la «tion
républicaine » dontnoushéritons, la date de 1879 parait s’imposer. À
lasuite d’un retour discret, par la petite porte d’un amendement
constitutionnelvoté en 1875 àune majorité minuscule, c’esten 1879
que la France devientenfin –selon levœudeBlanqui - une
« république républicaine », grâce à l’élection à la présidence de Jules
Grévy, républicain de souche, enlieu et place du monarchiste
MacMahon mis en minorité deux ans plus tôt et démissionnaire en janvier
1879, avant la fin de son septennat. L’avenir montrera que la
monarchie estdésormaismorte en France. Une ère définitivement
républicaine commence à cette date. Lesmotsque nousévoquerons
labellisentetmarquent sur le plansocial etpolitique la période qui
s’ouvre.

Pourquoiune borne finale en 1914 ? De 1879 à nosjours, on
pourraitdistinguer –suivanten cela lesconseilsdulinguiste R.-L.
Wagner, qui développaitdans sonséminaire lesnotionsde génération
etd’« état» (lede paroles stabilisationslexicalesen politique ne
dépassantguèreunetrentaine d’années, àson estime) – quatre étapes
historiquesde discours sociopolitique, qu’on pourraitillustrer par
quatre domainesd’usages: de 1879 à 1914, de 1914 à 1945, de 1946 à
1975, de 1976à2008, Untel découpage, dontnous savonsbien
l’arbitraire, n’estpas sansreprendre la périodisation qui a présidé aux

2
Voir en fin devolume la bibliographie etletableaudes sigles, misentre
crochetsà lasuite des titresdanslesnotes.
10

3
tomes 14, 15 et 16de l’Histoire de la langue français[HLF],suite
donnée par le CNRS à l’énormetravail de FerdinandBrunot, laquelle
suite impose trois étapes à l’étude générale du vocabulaire français
contemporain :1880-1914, 1914-1945 et 1945-2000. On constate,
dans l’HLF ainsi que chezla plupartdeshistoriens, que la date de
1914 estconsidérée commeun grand momentde rupture. Alors
qu’avec 1879 on entraiten République pour l’aventure d’une
démocratie bourgeoise etde gravesantagonismes sociaux,
économiques, politiciensetidéologiques, en 1914, on entre en guerre
pour detoutautresaventures, qui aurontleursheuresd’« Union
sacrée » etde gloire etleursiècle de déchirementsetdetragédies: la
violenceyprendra le pas sur le politique. Entre Grévy titulaire de la
parole présidentielle etJaurèsréduitau silence, cetouvrages’efforce
de décrire, àtraversleslabels«sociaux» desannées1879-1914,une
construction républicaine à l’œuvre.

Cette période apparait, en effet, lexicalementfondatrice. Son
unité politiques’institutionalise avec la mise en place d’un régime
parlementaire et« libéral ». Sonunitése réalise dansle foisonnement
humain, la polémique politique etlesheurts sociaux. L’extension
irrépressible de l’industrialisation, la migrationversles villes, la
misère, lespremièresconquêtesouvrières, lesébranlementsinternes
(affaire Dreyfus,scandale de Panama, affrontemententre l’Étatet
l’Église...), leslois sur l’enseignementpublic, l’expansion colonialiste
de l’Algérie etde l’Afrique à Madagascar etauTonkin,témoignent, à
traversla bataille desmots, d’une grande homogénéité dans
l’enchainementhistorique :une République bourgeoise, industrieuse,
laïque etconquérantes’installe pour longtemps sur lascène, avec, à
l’arrière-plan, la montée massive d’une classe ouvrière en pleine
mutation.

Cetouvrage concernera donc la largetrentaine d’annéesqui
s’écoule de l’élection de Grévyà l’assassinatde Jaurès. Dansla
continuation du travail que nousleur avonsconsacré dansl’Histoire
de la Langue Française(tome 14, 1880-1914),avec la collaboration
de SimoneBonnafousetJean-Paul Honoré, et touten résumant, au
mieuxpossible, l’apportde cesdeuxcollaborateurs,le présent textese
dote de nombreuxdéveloppementsetd'étudesnouvelles, de précisions

3e e
Histoire de la langue française, 19et 20siècles,complémentà l’Histoire
de la langue françaisede Ferdinand Brunot(tomes1-11 par F.
Brunotet1213par Ch. Bruneau); tome 14 (G.Antoine, R. Martin dir.), Paris, Editionsdu
CNRS, 1985; tome 15 (id. dir.), Paris, CNRS-Editions, 1995); tome 16(G.
Antoine,B. Cerquiglini dir.),CNRS-Editions,2000[HLF].
11

4
et d’un appareil de citations et références datées , quitte à renvoyer le
lecteur pour des informations complémentaires à des textes parus dans
5
lesPropos d’étymologie socialeou la revueMots.La documentation
de cesrecherchesestpuisée, pour l’essentiel desattestations
produites, dansle fichier que le Laboratoire de lexicologie et
lexicométrie politique de l’ENS de Saint-Cloud (aujourdhui ENS de
LettresetScienceshumainesde Lyon) a accumulé pendant 35 ans,
soit10.000fichespour la période 1879-1914, dontla majeure partie
est tirée dudépouillementdesjournaux, desdiscours, deschansonset
despublicationsd’époque. La lecture deshistoriensde la période
constituantla base initiale desrecherchesfaitesetdesexplicitations
fournies,serontmentionnésen annexe lesauteursqui furentle plus
misà contributiontoutaulong de ce livre.

L’ensembles’achève ainsisur quelquesdocuments:une
chronologiesuccincte,un répertoire des sigles utilisés,une
bibliographie desauteurset titrescités, ainsi que latable desmatières.
Audemeurant, ils’agit toujours, pour lesétudesquisuivent, d’un
choixdélibérémentopéré parmi lesenquêtesdevocabulaire
exploitablesetles sourcesd’archivesconsultables,tousles thèmeset
évènementsà incidenceslexicalesne pouvantêtretraitésdansle cadre
d’unseul inventaire. La quête deslabels s'esten particulier attachée
auxannéescentrales1889-1902. De fiche en fiche, l’histoirese fraie
un passage dansla quête de ce qui a été dit, desesmodesetdeses
sitesd’emploi,s’attachantaux témoignagesdesmotsprononcésou
dénoncés. Quelsmotsdonc ? Essentiellement, lescollectifs,leslabels
6
etlesmarquagesqui ontparticipé à la désignationsociopolitique des
gensen groupesimpliqués, d’une manière oud’une autre, en positif
comme en négatif, dansl’enracinement social de la République.

*****

4
Lesindicationsd’année mentionnéesà lasuite de certainsmots, nomsou
expressions, désignent une attestation particulièrementpertinente présente
dansnotre fichier. Misesentre parenthèses, lesdatesfournissent simplement
un renseignementcomplémentaire. Misesentre crochets, elles se risquentà
indiquerune première datation discursive,sémantique et/oumorphologique.
5
Propos d’étymologie sociale, 1, 2, 3,Lyon, ENS-Editions,2002,3 vol.,
[PES1,2,3].
6
Voir plusloinunPetit lexique de définitions préalables.Sur la fonction
« label »(étiquetage idéologique et/ougroupal) etla fonction «marqueurs»
(vocabulaire d’accentuation etd’évaluation),voir « L’étymologiesociale face
audiscourspolitique », ds. PES3,p.31-38.
12

Cette période a vu se constituer deux types nouveaux
d’organisation sociopolitique, d’abord confondus ou mêlés mais que
l’histoire a départagés, lespartiset lessyndicats. Un tel phénomène, si
7
visible dans la création des partis modernes et le maitre-jeu électoral ,
et si profond sur le plan social avec la montée syndicale et l’extension
8
des grèves industrielles, s’est accompagné d’une recomposition du
vocabulaire de ce domaine, de mutations sémantiques, de luttes
appropriatives et d’inventions verbales. Certes tout renouvellement
s’appuie sur des traditions lexicales pré-existantes, mais la formation
de solidarités structurées suscite, au delà, des signes de
reconnaissance, certains systèmes complets et très particularisés de
désignation des gens, des groupes et des valeurs. À cette époque,
pouvoirsetcontre-pouvoirs, commetoute genèse,s’organisentpar des
noms.

Parmi leslabelsetlesmarqueursquisituentgroupementset
individus sur l’échiquier politique comme aucoeur desconflits
sociaux, il fautplacer entoutpremier lieulesdénominationsetles
désignations, qu’elles soientofficiellesoupopulaires,valorisantesou
disqualifiantes, référéesà l’histoire oumythiques. Commentles
nouveauxgroupeschoisissent-ilsdese nommer oudese désigner ?
Maisaussi commentappellent-ils, àtouslesniveauxde langue, leurs
concurrents, partenairesouadversaireset, plusgénéralement, lesgens
auxquelsils s’allientou s’affrontent? Enquêtersur ce genre de labels
oblige à plonger danslasociété. Pour répondre à cesquestions,
essayonsde nous yretrouver d’une partdanscevaste mouvementde
congrèsde fondations, descissionsetd’unificationsqui instauresur la
place publiqueunevéritable foire auxlabels, d’autre partdansla
polémique desconflits sociauxetpolitiquesque révèlentaussi bien les
heurtsde l’Affaire Dreyfusque lesflambéesde grèvesnéesde
révoltespopulaires spontanées. Lentàs’établir (et toujoursremisen
cause),un consensuslexicalva pourtantdonner à de nombreux termes
la possibilité dese fixer dansdes sitesd’emploi déterminés. En 1912,
par exemple, les socialistesCompère-Morel etRappoportpourront

7
« Les scrutinsont une fonctionsociale évidente;ils sontl’occasion d’un
affrontementetd’une remise en question;on leur attacheune importance
énorme, commes’ilsdevaiententièrementchanger lesortdupays» (Pierre
Sorlin,La société française, 1840-1914,Paris, Arthaud, 1969, p.245).
8
« Commeune marée irrésistible, la grève étendson domaine géographique
etprofessMichèle Perroionnel »t,Les ouvriers en grève,Paris-La Haye,
Mouton, 1974,tome 1,p. 59 [OG1]. Voir les tableauxde la progression des
grèvesetdes syndicatsentre 1876et1913, OG1,p.61.
13

écrire :prolé« Letariatestorganisé dans sesSyndicats,comme
producteur;dans sonParti,comme citoyen etcommesocialiste;dans
sesCoopératives, comme consommateur/.../ ;dans sonCercle
9
d’études sociales, comme l’éternel étudiantde la réalitLaé » .
Républiques’estconstruitesur desgroupes, famillesde pensée ou
d’intérêt, clans, partis, fédérations, ligues, etc ,constituésounon,
concretsoumythiques, car le discourscirculantne faitpasdetri.

Politiquement, l’époque n’esten effetquetrop riche en
étiquettes ;ons’yperdrait. La confusion règne, parfoisentretenue à
dessein. Témoin, cette protestation
desourcesocialisterévolutionnaire : «Ladite presse, confondantnotre parti avec la
Fédération des groupes socialistes révolutionnaires du 13èmeet
l’Union des Travailleurs socialistes révolutionnaires du 13ème,
lesquelsgroupesappartenaientà laFédération des républicains
socialistes indépendants, /.../prête à l’Union fédérative du Centredes
10
actesquisontle faitdesorganisationsprécitées» .Démêler
l’écheveaud’organisationsencore fluides, auxfrontièreset
dénominationsmal fixées, en perpétuelle recomposition, estlatâche
de l’historien. Celle dulinguiste estd’abord de mettre aujour le
système quisous-tend lesconstructionsdénominativesetd’éclaircir
11
les valeurs socialesprisespar lesnomsetleslexies.

La dénomination d’un groupe politique, ainsi pourParti
Ouvrier Français(1882), réunit, dansla majorité descas, deuxàtrois
élémentsdontla fonction référentielle est trèsdifférente : regroupante,
spécifiante, localisante. Se présente en premierunsubstantif àvaleur
collective età fonction de base de regroupement:Partien fournit
l’exemple majeur. À ce premier élément s’agrègent un ouplusieurs
12
adjectifs(plusrarementcomplémentsde nom ), indicateur des
regroupésetagissantcomme déterminantfondamental. Celui-ci peut
êtresoitd’originesociale :Ouvrierfournitainsi l’essentiel de

9
DsCompère-Morel, J.Lorris(dir.),Encyclopédie socialiste syndicale et
er
coopérative de l’Internationale ouvrière,Paris, A. Quillet, 1912, 1vol.,
p. 13-14. [ESSC].
10
Le Parti ouvrier,20.12.1894. [PO].
11
Pour davantage d’explications sur le fonctionnementdu système,voir
e
« Grammaire de la dénomination despartisaudébutde la3République », ds
PES2, p.201-218 (ouMots2, mars1981, p.51-72). Voir aussi : M.Tournier,
« Militer où? Labelscollectifsde la fondation républicaine »,dsJeanyves
Guérin (dir.),Fiction et engagement politique,Paris, PressesSorbonne
nouvelle,2008, p. 13-25.
12
Ainsi dansParti des travailleurs socialistes de France(1879).
14

l’étiquetage dansParti Ouvrier,soit d’origine politico-idéologique,
comme dansParti socialiste.Un troisième élément peut clore la
séquence pour situer la dénomination, le plus souvent en la localisant :
Françaisse rajoute officiellement àParti Ouvrieren 1893 et àParti
Socialisteen 1902. Ce type de séquence n’est pas absolu ; l’ordre des
déterminations peut s’inverser : c’est le cas de l’AIT,Association
Internationale des Travailleurs(1869) etdeFédération Nationale des
Syndicats(1886),oùle localisant,soudé aucollectif, arrive avantle
13
spécifiant.

Untel modèle, encore majoritaire aujourdhui,se meten place
danslaseconde moitié du19èmesiècle pour désigner officiellement
ouofficieusementpartis, ligues, associations syndicalesetautres
groupements sociopolitiques. Il està cette époquetellementprégnant
qu’en évoquantcollectifspuisdénominationset, pluslargement,
désignations, on peutfaire letour desforcesorganiséesen présence.
Maisil fautaller au-delà de l’institutionnel. D’autres termesles
accompagnent, lesprécèdentoulesremplacentdansle discours, ne
serait-ce que pour lesqualifier, les« marquer » aupassage, greffersur
euxdesreprésentationsetdesévaluations sociales. Car il n’existe pas
de désignantsneutres, ni de permanents. Rien de moinsobjectif, de
moins stable que leslabelsen politique.

Enschématisant, on peutdire quetroisensembles
dénominatifsen interrelation constante,voire ensubstitution de
14 ème
fonction ,sollicitentl’acte de désignersousla3République :

unsystème decollectifs regroupeurs,
un lexique dedésignants sociopolitiques,
un registre demarquages idéologiques et affectifs.

13
Ce modèle n’estpas universel. Certainsgroupementspréfèrentdébuter leur
labellisation parun mot-thème mobilisateur ou une image qui l’évoque :tels
Action, Bloc, Concentration, Défense, Garde, Ordre, Réveil, Sillon, Grand
Orient / Occident…
14
Quand, par exemple,Internationaleprend, dansle discours, la place initiale
chassantAssociationetjouantle rôle de regroupeur, ouquandun dérivé de
collectif joue celui de désignant,ligueurremplaçantnationaliste, quandun
marqueur,teljaunesau sensde briseursde grève, cherche às’affirmer, par
retorsion, entantque label officiel au sein de laFédération des Jaunes de
Franceouquandblocards,label des socialistesetradicauxalliésentre 1902et
1904 au sein duBloc républicain, aservi à la foisde désignantparlementaire
etde marqueur polémique élargi chez sesadversaires.
15

15
Petit lexique de définitions préalables

Collectif:: nom indicateur d’un groupement social à spécifier (ex.
parti, fédération, comité, ligue, fraction...).
Contexte (discursif): ensemble homogène de paroles orales ou
écrites dans lequel les mots interagissent et prennent sens (ex. : article,
chanson, livre, journal, corpus d’énoncés...).
Corpus: réunion de textes à étudier comparativement, soumis à des
conditions d’authenticité, de représentativité et de relative
homogénéité permettant de tester les hypothèses pour lesquelles ils
ont été réunis à des fins d’inférences (ex. : corpus de Jaurès, duPère
Peinard,des professions de foi aux élections de 1881-1889...).
Dénomination: appellation officielle d’une référence sociale (ex.: le
POF, la République, l’Action française, les radicaux-socialistes, ...).
Désignation: appellation d’usage d’une référence sociale (ex.le
guesdisme, le parti noir, l’opportunisme, les ligues, les rad-soc...).
Désignant: terme spécificateur d’individus typifiés et regroupés (ex. :
les jaunes, les cégétistes, la gauche, les curés, les collectos...).
Discours, discursif: domaine linguistique de paroles effectuées à des
fins de communication dans un site d’emploi suffisamment homogène
(ex. :discours politique à invariant d’émetteur, ensemble textuel à
invariant thématique, journaux à invariant de date ou genre...).
Évaluation, accentuation: part d’affectivité et de valorisation sociale
du sens (ex.: péjoration, héroïsation, ironisation, banalisation, toute
appréciation collective...).
Famille: regroupement sémantique de mots de même racine et,
relativement, de même signification (ex.:nation, national,
nationalité, nationaliste, nationalisation, dénationaliser...).
Genre: ensemble linguistique organisé ayant ses registres lexicaux,
symboliques et rhétoriques, ses canaux et ses rituels de
communication, ses règles, son système de places sociales, ses fins et

15
Pour certaines de ces définitions, on pourra se reporter à: Patrick
Charaudeau,Dominique Maingueneau(dir.),Dictionnaire d’analyse du
discours, Paris, Seuil,2002, età M.Tournier, « L’étymologiesociale face au
discourspolitiqude »,sDes sources du sens,p. 11-46. [PES3]. L’espritde
cette recherche doitbeaucoup aux thèsesde MikhaïlBakhtine, linguiste russe
dontl’influence estimportantesur la linguistiquesociale contemporaine. Voir
en particupelier letitchapitre «Thème et signification dansla langue », ds
Mikhaïl Bakhtine,Le marxisme et la philosophie du langage.Essai
d’application de la méthode sociologique en linguistique,Paris, éditionsde
Minuit, 1977, p. 142-151.
17

objectifs de persuasion (ex.: intervention à la tribune, pamphlet
politique, slogan, chanson, éditorial, roman, tract...).
Label, étiquette: mot ou lexie servant à la dénomination et/ouà la
désignation d’une entité politique,sociale ouidéologique (socialiste,
boulangiste, radical, grève-généraliste, blocard, jaune, plébiscitaire,
patriote, antisémite...).
Langue: domaine linguistique d’éléments virtuelsorganisables
donnant une compétence d’expression, de communication etde
compréhension au sein d’une communauté.
Langage:universdes systèmesdesignesde désignation,
d’expression etde communication (ex. :langues, intonation,
graphisme, gestuelle, habillement,symboles...).
Lexique: ensemble énonçable de motsetlexiesd’une langue (ex.
dictionnaire, répertoire...).
Lexie:séquence de motsrelativementfigée dansl’usage (ex. :
président de la République, petits bourgeois,
socialisterévolutionnaire...).
Marquage, marqueur: acte etlabel porteursd’évaluations(ex.: la
Gueuse, l’Anarchie, la pieuvre capitaliste, les misérables, cafards,
trublions, collectos...).
Mot:unité formelle portant signification,sens,voire évaluation (ex. :
socialiste,Capital, patrons,Eglise...).
Parole: acte d’expression etde communicationverbale ayantété
effectué etfaisant sensensituation.
Référents:universdesdésignés, entités sociales, politiquesou
symboliquesauxquelleslesdésignants se rattachent.
Registre: ensemble de donnéeslangagièrescorrespondantàun genre,
unthème ou unsite d’emploi (ex. : la laïcité, la cuisine parlementaire,
l’anti-sémitisme, l’argot, la polémique, le discoursdetribune...).
Sens: ensemble devaleurs sémantiques, référentiellesetévaluatives
prisespar desmots, desexpressionsetdes textesdans unsite
d’emploi,unesituationsociohistorique,ununiversde référenceset un
contexte donnés(ex. :qu’est-ce qu’unprogressisteauxélectionsde
e
1900, qui appelle-t-onlibéralà la fin du19siècle ?).
Signification: noyauminimal devaleurs sémantiquesetde références
pouvant se reproduire à l’identique d’unsite d’emploi àun autresite
d’emploi, d’une date àune autre date (exla défini. :tion de
progressisteà partir deprogrès, delibéralà partir deliberté, à
l’intérieur d’une période donnée.).
Site d’emploi: cadresituationnel récurrentoù s’effectuentdes
énonciationslangagièresdumêmetype;conditionsminimales
d’homogénéité etde représentativité d’un discours, quise fondent sur
desinvariantsrelevantà la foisd’unesource, d’un genre etde la
18

situation dans lesquels s’exprime une parole individuelle ou collective
(ex. :allocution gouvernementale, entretien, éditorial d’un journal,
débat public, campagne d’affiches ou de tracts, média littéraire... dans
le cadre d’évènements datés).Lesite estdéterminé par le chercheur.
Situation: ensemble desconditionsde production discursive
concrèteset spécifiquesauxquellesest soumiseune parole àun
momentprécisdeson effectuation (ex. : le discoursd’investiture d’un
premier ministre à latribune de l’Assemblée nationale àune date et
dansdescirconstancesparticulières ;lesmotions votéeslorsd’un
congrèsparticulier...). Lasituations’impose en pratique.
Système: organisation relativement stabilisée desrapportsentretenus
entre élémentsdifférenciantsetcomplémentairesd’unvocabulaire,
d’un discoursoud’une langue.
Vocabulaire: ensemble énoncé desmotsetlexiesd’un discoursou
d’un corpusdetextes.

19

CHAPITRE 1

LES COLLECTIFS

Deux collectifs fondateurs :PartietFédération

On a pu affirmer quepartiavait pris sa valeur moderne,
organisatrice et politique, à l’imitation de modèles anglais, américains
16
ou allemands. Maisparler d’emprunt soulignetrop fortementdes
influencesexternesaulieude rendre compte de l’évolution des
mentalitésetdes« méthodes» politiquesintérieures, évolution qui
s’estproduite de façon relativementparallèle danslespays
occidentauxaucoursde laseconde moitié du19esiècle. C’estle
substrathistorique qui, en fait, a partoutbougé, avec plusoumoinsde
décalages. Touten gardantjusqu’àtrès tard le floudesesemplois
antérieurs(on disaiten 1848, pour désignertoutensemble de
personnespartageant uparn même «ti pris»,le parti Barbès, le parti
social, le parti des honnêtes gens, le parti de la Montagne, le parti
17
socialiste ...), le motévolue avec le jeuparlementaire etlespremières
ébauchesorganisationnellesàvisée électorale. Ce mouvementconduit
jusqu’à la conception dugroupe homogène idéologiquementet
discipliné, cotisant,tenantcongrèsetgéré par desrègleset statutsnon
secrets. C’estainsi quepartisetrouveratoutnaturellementprisdans
la querelle inter-socialiste descentralisateursetdesdécentralisateurs,
mélée à celle descollectivistesetdes syndicalistes.

Vers1881-1889, au témoignage deshistoriens:« Leterme
n’a pasencore lesens strictementpartisan qui estaujourdhui lesien.
/.../On emploie ceterme dans unsenslarge : regroupementde

16
Importantà l’époque, l’ouvrage pionnier d’Ostrogorskyparuen 1901,La
Démocratie et l’organisation des partis politiques,rééd. Paris, Seuil, Coll.
Points, 1979.
17
« Le parti de la Montagne, allié aupartisocialiste, croitavoirtriomphé... »,
Lamartine, Le passé, le présent, l’avenir de la République,Paris,Le
Conseiller du Peuple,1850, p.64.
21

18
l’ensemble d’une tendance, une famille spirituelle... ». Plus
dynamique mais de même type, la définition queLittré donnaitàParti
: «Parti,union de plusieurspersonnescontre d’autresqui ont un
intérêt,une opinion contraires. C’est une extension duparti de
19
guerre ». Lesfrontières sociales, géographiquesetpolitiquesdumot
n’étaientpasdéterminées. On nommaitpartitoutes sortesde
regroupements, plusoumoinslarges, plusoumoinsréels,telsque le
20 21
Parti colonial, leparti Dreyfusouparti de Dreyfus ,leparti
22 2324
militaire, leparti noirouparti clérical, le,parti nationalistele
2526 27
parti de l’étranger, leparti révolutionnaire ,le,parti opportuniste
28
le,parti de la démocratie et de l’anarchieleparti de la
2930
ploutocratie ,le,parti régnantet, de retour, l'ancienne lexieParti

18
Antoine Prost,Vocabulaire des proclamations électorales de 1881, 1885 et
1889, Paris, PUF, 1974, p.33[VPE].
19
Emile Littré,Dictionnaire de la langue française,Paris,Hachette,
18631877[Littré].
20
« Leterme, employé couramment(danslesannées1890) désigne les
groupesdiversintéressésaudéveloppementde la colonisatJean-Marieion »,
Mayeur,Les débuts de la 3e République, 1871-1898,Paris, Seuil, 1973, p.225
[DTR]. - E. Etiennesera encore célébré en 190le chef aimé d5 comme «u
Parti colonial»,Henri Guillemin,Nationalistes et nationaux,Paris,
Gallimard, 1974, p. 48[NN].
21
« Lesintellectuelsduparti Dreyfus», Pujo,L’Eclair,19.12.1898;« La
presse duparti de Dreyfus», CharlesMaurras,Le Soleil,10.8.1900.
22
« Avec lesgrandsmotsde défense nationale, d’intérêt sacré de la Patrie, on
ferme la bouche auxrareslégislateursquiveulentprésenter quelques timides
objections /.../. On pourraitobjecter auparti militaire qu’en cette matière il est
orfèvre », PO, 19.11.1896.
23
« Leparti cléricals’étaitdésespérémentagité »,LéonBlum,La Revue
blanche,1.4.1900- «Levocableparti noirrecouvraitl’Eglise militante, des
moinesauxcurés», Madeleine Rebérioux,La République radicale?
18981914,Paris, Seuil, 1975, p.67[RR ?]. Continuation du« parti-prêtre » de la
Restauration.
24
« Cheznous, le parti quis’intitulenationalisteestcomposé detousles
réacteursqui n’osentplus se montrersousleurvéritable aspect», PO,
17.6.1900.
25
JulesFerry, discoursd’Épinal,24.7.1887.
26
« Vousnousaccusezquelquefoisd’agir en auxiliaire duparti
révolutionnaire », Cavaignac, cité parLa Libre Parole,14.1.1898 [LP].
27
« ScandalesduPanama,symptômesde l’agonie commençante duparti
opportuniste », Alexandre Millerand, 12.2.1898.
28
« Le parti de la démocratie etde l’anarchie excelle dansleseuphémismes»,
Maurras,Gazette deFrance,4.6.1900.
29
« Le parti de la ploutocratie estincapable detrouver cetidéal », Millerand,
22

31
de l'Ordre,,officialisée en mai 1849 comme label de l'alliance
légitimiste-orléaniste antirépublicaine et ressuscitée dans l'« ordre
moral »monarchiste de 1873.D’oùle douparble emploi de «t:i »
tandisque le POFva conférer àParti ouvriersavaleur politique
moderne, ducôté desanarcho-syndicalistesla lexie peutgardersa
seulevaleur de regroupementgénéral de forces sociales:
« L’organisation dugrand parti ouvrier françaisestconfiée
32
actuellementàtrenteBoursesdu travécriail »,tPelloutier .La
distinction dupolitique etdu syndical n’estpasencore opérée.

Celle de l’organisé etde l’inorganisé ne l’estpasnon plus.
C’estencore danslesensfloude ‘clan’ qu’il fautprendre l’expression
33
« être homme de part: êi »tre dévoué à certainsintérêts, auméprisde
l’intérêtgénéral.À examiner leslexies, oùlesmajusculesà l’initiale
sontraresmaisnon absentes, on pourraitcroire queparti,utilisé
surtoutpourspécifierun adversaire, estempreintd’unevaleur
34
péjorative, comme il étaitde miseunsiècle plus tôt.Il n’en estrien,
à quelquesexceptionsprès, dontcelle desplurielsmaurrassiens: Le
Soleilpuisl’Action françaisesont semésd’expressionsnégatives,
telles« lesluttesrythmiquesdespartis» (Le Soleil,31.12.1899),
« l’égoïsme despartis» (AF,24.8.1912le), «sidéesdespartis, les
idéesdiviseuses» (AF, 5.4.1913le régime de), «spartis» (AF,
21.2.1914), « le règne despartis» (AF,30.5.1914), « le gouvernement
despartis» (AF.23.6.1914). En effet, avec desdéterminatifsprisen
bonne part, le motpartiest senti commeterme d’organisation neutre,
35
voire positif. C’estle cas, avecgrandetsocialiste .Jaurèscélèbre, en
donnantàpartisavaleurtraditionnelle, qui ne recouvre en octobre
1898 aucune organisation concrètce grand pare, «tisocialiste qui

12.2.1898.
30
« Il n’ya qu’un maitre, c’estle parti régnant», Maurras,Action Française,
1.3.1910, [AF].
31
« leshautsfaitsduparti de l’ordre... » (Louise Michel, lettre du15.4.1875);
« lechoixdesreprésentantsdupartide l’ordredanslesassemblées
électives... » (Delahaye, LP, 19.11.1896)
32
1892, inéditcité dsJacquesJulliard,Fernand Pelloutier et les origines du
syndicalisme d’action directe,Paris, Seuil, 1971, p.298 [FPOSAD].
33
« Nousavons sacrifié nosimpulsions, nosargumentsde polémique, nos
tentationsd’homme de parti,sivous tenezà employer ce mot, àune idée
générale, à l’intérêtde la collectivité », Édouard Drumont, LP, 19.11.1897.
34
Voir FerdinandBrunot,HLF,tome 9,2e partie, ch.3, p. 821-826
35
« Lepartisocialiste estlégitimementà latête duparti démocratique »
(Millerand, 12.2.1898).
23

36
combat en ce moment d’un bout à l’autre du monde ».

Etpourtant, déjà, d’autres valeursont sollicité l’usage du
ème
mot. Le jeuparlementaire, quise remeten placesousla3
République, n’yestpaspour rien. Un ensemble organisé etreconnude
partisansdansles travéesduPalaisBourbon devient une nécessité : il
faut savoir d’avancesur quelles voixon peutcompter.Aussi des
37
regroupements,tactiquesetmomentanésaudépart,vont-ilsen
s’institutionalisant. Dansce rôle particulier, lesnomscollectifs sont
3839 4041
d’abordconjonctionunion ,alliance ,groupe ,et, biensûr,bloc.
Le ministèreBrisson estappelé «le bloc maroquiné »(PO,
10.9.1898), à quoi devrait s’opposer, pour lesallemanistes, «un bloc
révolutionnaire » (PO,14.1.1899). VientleBloc républicain(1899),
ditaussiBloc des gauches(Alliance desrépublicainsetdes socialistes
« ministérialistes»)victorieuxauxélectionsde 1902etappuyé

36
Sur l’usage departichezJaurès,voir Pierre Muller,Jaurès,vocabulaire et
rhétorique,Paris, Klincksieck, 1994, p. 131-138.
37
Sansdiscipline devote etmême parfoisavec pluri-appartenance. Exemple
de cesensparlementaire departi: Cavaignac intervientà la Chambre en
1897-1898 aunom d’un « parti républicain progressif » pour faire chorusavec
la droite contre le « Syndicat» (ouparti Dreyfus)et« défendre l’armée ».
38
« Ilya desgroupesdanscette Chambre», reconnaitle présidentde
l’Assemblée (Journal Officiel,séance du 24.1.1884 [J0], preuve que la
reconnaissance institutgroionnelle de «upesparlementaires» étaiten bonne
voie. UnGroupe colonial(lobby)s’yaffichera en 1892.
39
Telle l’Alliance républicaine démocratiquedesWaldeckistes(Carnot,
Caillaud,Barthou, Poincaré, Rouvier) d’octobre 1901, cadre d’un
regroupementministériel à prolongementsextra-parlementaires.Les
alliancistesseveulentdeshommesd’ordrelibéraux, anticollectivistesmais
aussiantinationalistes, anticléricauxmaisnonantireligieux.Leurslogan :
« Niréaction, ni révolution »(J.F. Sirinelli éd.,Dictionnaire de lavie
e
politique française au 20siècle,p. 82-83.
40
Union républicainede Gambetta puisde Waldeck-Rousseau ;«vieille
formule »« antédiluvienne »de «l’Union conservatrice »[de Cassagnac]
selon Drumont(LP, 1311, 1897);Union démocratiqued’Etienne etRouvier,
visage parlementaire de l’Alliance républicaine démocratique(Voir RR?,
p.64);Union des droitesde Mackau, regroupantlesdéputésbonapartisteset
royalistesen 1885;Union des gauchesvers1900, etc.
41
L’usage politique dumot viendrait« d’une expression chère à M.
Clemenceau /.../L’armée est un bloc » (Le Soleil,février 1898). On pourrait
remonter plushaut, à «un discoursprononcé à la Chambre en 1891 par
Clemenceau /.../oùil donnesa définition fameuse : ‘La Révolution française
est un bloc » (G. Geffroy,Clemenceau, savie, son oeuvre,Paris, Larousse,sd
[1920], p. 95).Le Blocestaussi le nom de l’hebdomadaire de Clemenceau
paruentre 1901 et1902.
24