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Dialogue des mondes

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362 pages

L’accès à cette autre vérité – celle du « voyant » – fait quitter le monde commun, celui que nous habitons tous depuis l’enfance, celui à l’intérieur duquel notre dialogue est possible et que Rimbaud évoque toujours par « ici ». Ceux d’entre nous qui l'ont vécu finissent par dire comme lui : « Je ne suis plus au monde. » S’ils vivent, s’ils consentent à vivre, c'est dans un autre monde, dont Arthur dit à Victor qu’il est translogique par rapport au monde commun, par rapport au logos, par rapport à « ici ». Néanmoins, ils connaissent le monde commun, ils connaissent la règle de son jeu puisqu’ils y ont passé leur enfance : quel ennui, l’heure du « cher corps » et « cher cœur ».

D’un monde à l’autre, le dialogue est impossible, la logique ne passe pas, il faut franchir une contradiction.


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ISBN numérique : 978-2-414-02157-4
© Edilivre, 2016
L’être et la logique, Essai, 2009
Dumême auteur :
Frontières et lieux communs, Essai, 2011
Quelqu’un arrive, Franz Kafka, Essai, 2011
A propos de rien, Essai, 2012
Alain Badiou, ou l’obscur retour de la métaphysique, Essai, 2013
Le Dernier Mot de la métaphysique,cycleAprès Heideggern°1, Essai, 2014
Théorie des choses, cycleAprès Heideggern°2, Essai, 2015 – Le Phénomène religieux, cycle Après Heidegger n°3, Essai, 2016
Préface
Le dialogue des mondes – sous forme d’échange de lettres à propos d’Arthur Rimbaud – a réellement lieu. Il est rendu ici tel qu’il a lieu.
L’un des interlocuteurs, prénommé Arthur, tente d’expliquer comment il a compris Rimbaud à Victor, à ce très vieux Victor, féru de belle poésie, qui lui a avoué ne rien y comprendre. Trois demis – ou 3/2 – est une réminiscence des années de classes préparatoires – la taupe –, que les deux amis ont passées ensemble, quarante ans avant l’écriture de ces lettres. Durant toute leur vie – ils ne sauraient même pas dire pourquoi –, ils sont restés l’un pour l’autre des 3/2.
L’acharnement qui se dégage de ce dialogue a l’avantage d’aller jusqu’au bout de la vérification d’une thèse : une vérité se montre à certains d’entre nous qui ne se montre pas à tous. Les efforts déployés pour montrer cette vérité à celui qui ne la voit pas – qui ne la voit pas encore, parce qu’il n’en a pas encore fait l’expérience personnelle – restent vains. Le « voir » dont il s’agit ici est celui de la « voyance » de Rimbaud. Il faut entendre ici « vérité » comme « pouvoir de vue ». On voit par soi-même selon cette vérité – et l’expérience soudaine de cette vue est alors inoubliable, elle est l’événement d’une vie, comme une seconde naissance – ou l’on continue de voir selon la vérité commune, celle qui nous vient de l’enfance. Nul ne peut donner cette naissance à l’autre.
L’événement de l’accès à cette autre vérité – la vérité de l’être – fait quitter le monde commun, celui que nous habitons tous depuis l’enfance, celui à l’intérieur duquel notre dialogue est possible et que Rimbaud évoque toujours par « ici ». Ceux d’entre nous qui l’ont vécu finissent par dire comme lui : « Je ne suis plus au monde. » S’ils vivent, s’ils consentent à vivre, ils vivent dans un autre monde, dont Arthur dit à Victor qu’il est translogique par rapport au monde commun, par rapport au logos, par rapport à « ici ». Néanmoins, ils connaissent le monde commun, ils connaissent la règle de son jeu puisqu’ils y ont passé leur enfance :Quel ennui, l’heure du « cher corps » et cher « cœur ». D’un monde à l’autre, le dialogue est impossible, la logique ne passe pas, il faut franchir une contradiction.
Au départ, il semblait à Victor comme à Arthur que le nombre de lettres échangées ne dépasserait pas cinq ou six. Chacun commence par dire rapidement ce qui lui paraît essentiel à dire sur le sujet. Et puis le dialogue prend de l’ampleur, la conversation s’anime.
Qui verra qu’il existe une analogie entre cet impossible dialogue et celui – peut-être plus subversif mais aussi moins explicite et plus mystérieux – de K (alias Kafka) avec les habitants du village de son enfance, dans son RomanLe château? K, après avoir franchi le pont de bois, revient au village de son enfance avec l’intention de déjouer le piège que l’imagination a tendu à ses anciens compatriotes. Dans le roman, qui semble hors du temps, c’est le château et le Comte, purement imaginaires, qui maintiennent le village en lévitation, qui lui donne son unité, son fondement.
Ici, il ne s’agit pas de roman, il s’agit de notre réel, de notre vie, sans transposition. Ce qui fait l’unité synthétique de notre monde commun – du monde de Victor –, c’est d’abord le temps, puis l’imagination, le pouvoir des règles, la logique. Notre monde commun, celui de notre dialogue ordinaire, où règne la logique, est aussi celui de la science et de la culture en place : c’est celui du logos.
29 janvier 2002 (TD1)
Trois demis,
Le soir même où tu me l’as conseillé, j’ai tenté de lireUne Saison en enfermais après huit pages, si j’avais bien compris que l’homme avait mal, je savais aussi que je ne saurai pas où. La couleur des voyelles n’est-ce pas de la schizophrénie ? Un béotien aurait proposé : A amarante, E endive (c’est presque blanc), I indigo, O ocre… Quand François Villon dit sa peine et ses regrets, j’entends. Quand Jacques Brel, plus de 500 ans après, décrit le monde et ce qui lui déplaît, j’entends aussi. Quand il s’écartèle pour atteindre l’inaccessible étoile, quand il court sus au moulin je suis Sancho Pança, moi fonctionnaire moyen qui passe sa vie au chaud. Mais connais-tu bien Grand-Jacques ? Sais-tu que ce poète fut la même vertu ? Qu’il a dit sur l’enfance des mots jamais ouïs,que quand je les entends, je me demande pourquoi je suis pas Sitting Bull ou Vasco de Gama:
L’enfance, Qui peut nous dire quand ça finit, Qui peut nous dire quand ça commence ? C’est rien, avec de l’imprudence, C’est tout ce qui n’est pas écrit.
L’enfance, Qui nous empêche de la vivre, De la revivre infiniment, De vivre à remonter le temps, De déchirer la fin du livre.
L’enfance, C’est encore le droit de rêver, Et le droit de rêver encore. Mon père était un chercheur d’or, L’ennui, c’est qu’il en a trouvé…
L’enfance, Il est midi tous les quarts d’heure, Il est jeudi tous les matins. Les adultes sont déserteurs, Tous les bourgeois sont des indiens.
Des poètes, il y en a dans bien des domaines. Est poète qui touche au génie. Connais-tu le brésilien Edson Arantes Do Nascimento ? Je ne suis pas de la confrérie, mais le poète je le sens, le philosophe non ! Cependant Kierkegaard a un bien joli nom… Je parle des « vrais » philosophes, ceux que l’on ne comprend pas, pas de ceux qui peuplent les cafés du commerce, ni de ceux que, trop rarement, on présente à la télé : Michel Serres, par exemple, ne peut pas en être car je comprends presque tout ce qu’il dit. Voilà longtemps qu’Aron et Sartre ont quitté les étranges lucarnes. Aujourd’hui, c’est plutôt David Douillet, et même Zizou, qui essaient de faire des phrases.
Je te remercie de m’avoir fait savoir que Rimbaud est aussi un philosophe, on ne me l’avait pas dit. Je comprends mieux pourquoi je ne le comprenais pas. Je retiendrai de lui :Ophélie,Le bateau ivre,Le dormeur du val,Ma bohème,Roman et peut-êtreLe bal des pendus.
Pour terminer, quelques vers bien connus de Baudelaire :
Le Poète est semblable au prince des nuées Qui hante la tempête et se rit de l’archer ; Exilé sur le sol au milieu des huées, Ses ailes de géant l’empêchent de marcher.
Dis, dessine-moi un philosophe. Je doute que ce soit aussi joli. Tu me diras que ma quête, à moi, c’est le beau et non le vrai. Peut-être que les deux vont de pair…
Je n’ai pas trouvé dans l’anthologie de Pompidou le poème de Mallarmé qui contient le vers que tu me citais il y a déjà 40 ans : « Tel qu’en lui-même enfin l’éternité le change ». Si tu m’en fais une copie, je le lirai volontiers. Je crois me souvenir que le début du poème est assez beau, mais qu’ensuite on retrouve le vrai Mallarmé. Victor
Février 2002 (TVV1)
Très Vieux Victor,
Rimbaud, pour moi, est né au mois de mai 1871. Son acte de naissance, ce sont les lettres dites « lettres du voyant », envoyées l’une à son professeur, Georges Izambard (le 13 mai), l’autre à Paul Demeny (le 15 mai). Avant cet événement, la poésie de Rimbaud est ordinaire. Après, elle est extraordinaire. Un peu d’analyse logique. Ce n’est pas que je tienne à faire gagner la logique, mais il faut la pousser jusqu’au bout, jusqu’à ce qu’elle ne puisse plus rien, jusqu’à ce que, à sa plus grande surprise, elle soit définitivement contredite. Tu me diras que, pour être contredite, il faut déjà que la logique dise quelque chose. Or, apparemment, elle ne dit rien, elle ne fait que tirer les conséquences de ce qui est d’ores et déjà admis, étendant ainsi notre vérité. Et sur ce qui est ainsi déjà admis, elle ne se prononce pas, elle ne dit rien. Elle ne dit rien sur rien. Elle étend simplement l’absence de surprise du déjà admis par nous tous depuis toujours, le diluant encore dans un plus grand espace de vérités sans surprise. La logique est un agent du « rien », du « sans surprise ». Ce qui la surprendrait, c’est ceci : il n’y a pas rien ! Car implicitement, pour elle, c’est rien qu’il doit y avoir, l’évidence du rien partout. « Rien » est le credo implicite du travail logique. Voyons. Si les « vrais philosophes » (je saisis bien l’ironie de ton propos) sont « ceux que l’on ne comprend pas », pourquoi n’en serait-il pas de même pour les poètes ? Or, la poésie que tu aimes, c’est celle que tu comprends. D’autre part, elle est aussi la « belle poésie », puisque ce que tu recherches, c’est le beau. Donc le beau (le tien) nécessite que tu comprennes, il nécessite le vrai (le tien). L’ordinaire est le vrai commun, celui qui nous réunit. C’est le vrai de l’enfance, notre commune patrie. L’enfance ne commence pas. Nous ne sommes jamais nés. Le vrai de l’enfance (ce qui est admis par tous) a toujours déjà été le nôtre : nous n’avons aucun souvenir d’un jour où nous ne le connaissions pas. Rimbaud, né, n’est plus avec nous. Il n’est plus au monde. Il a perdu son ancienne communauté : l’enfance. Il cherche à la rejoindre ou plutôt à nous faire le rejoindre. Ce qu’il a à dire ne se comprend pas, croit-il, dans la langue ordinaire. Il crée un nouveau langage : A noir, E blanc… Bien sûr, cela ne marche pas. Le problème de Rimbaud est celui des poètes maudits : il est seul, personne ne peut le comprendre. Sa poésie extraordinaire est une tentative (désespérée) pour dire ce qu’il voit. Ce qu’il voit (le monde conique, dans l’album de la comtesse) ne se voit pas dans l’évidence, c’est inouï. Pelé avait aussi un don de voyance. Il voyait derrière son dos les partenaires qu’il ne regardait pas. Il leur passait le ballon avant qu’ils n’apparaissent dans son champ de vision ordinaire. La différence entre les philosophes et les poètes (comme Rimbaud) tient essentiellement en ceci : les philosophes tentent de résoudre leurs problèmes logiquement. Ils succombent à la tentation logique. Le drame, c’est qu’ils croient y parvenir. Les poètes n’ont pas cette illusion. Cependant le fait d’écrire poétiquement est en lui-même une dernière concession faite à la logique. Car cette forme d’écriture est la seule à qui on (et ce « on » est tout le monde, le monde ordinaire, celui de l’espace logique unique) autorise des entorses à la rigueur logique. Peu importe, pourvu que ce soit beau, dit-on. « Mais la Vampire qui nous rend gentils commande que nous nous amusions avec ce qu’elle nous laisse,… » dit Rimbaud, désabusé. Arthur
Février 2002 (TD)
Trois demis,
J’ai lu les deux lettres de Rimbaud de mai 1871. Il vaut mieux débuter par là que par la Saison en enfer. Né là, mort en 1874. Une vraie cigale !
J’ai vu, j’ai lu, j’ai un peu retenu : Rimbaudveut êtreet pour cela il travaille à se voyant dérégler tous les sens. Ça je le comprends et veux bien l’admettre. Je me souviens que c’était un peu ta manière de voir : goûter à tout, toucher à tout. Mais pour êtrevoyant il n’est pas besoin de se donner tout ce mal. Il existe un tas d’imbéciles qui laissent faire leur cerveau ordinaire : « Si vous ouvrez ce parapluie dans la maison, un malheur va arriver », « Je vote Chirac parce qu’il va réduire la fracture sociale », « Dans ma prochaine vie, je serai rossignol ou pilote de ligne »,…
Moi, je manque d’ambition. J’ai renoncé à deviner l’avenir et n’ai jamais pensé, même jeune, que la science expliquerait un jour letout. Quant à ce qui n’est pas la science, religions ou autres théories fumeuses, je n’en pense rien. Pour letout, je garde un certain espoir, optimiste par nécessité.
J’ai compris son opinion sur les quelques poètes qu’il cite et ne vois rien à redire, jusqu’à, concernant Baudelaire «…la forme si vantée en lui est mesquine : les inventions d’inconnu réclament des formes nouvellesPourquoi ? Je prétends que Galilée, Newton, Einstein se ». sont servis de formes existantes pour parler d’inconnu. C’est ainsi qu’on fait courir sur une toile blanche un canard aux pattes maculées de peinture et qu’on signe l’œuvre. C’est ainsi que ma banque et ma mutuelle changent sans cesse le format de leurs relevés, et mon administration celui de la charte graphique, sans, pour autant, amener une quelconque amélioration. C’est idiot !
Cela dit, je n’ai pas compris ce qu’est la poésie objective par rapport à la subjective (qu’on se dérègle ou pas les sens), je ne saisis pas « Je est un autre », « mon triste cœur bave à la poupe », « le bois qui se trouve violon », « le cuivre (qui) s’éveille clairon »,…
Ne pas comprendre est très embêtant, car comment faire la différence entre un poète extraordinaire (1871/1874) et un imbécile ordinaire ? Passe encore en musique, « le plus muet de tous les arts », mais en littérature et dans les arts plastiques ! Un tube de néon penchant de gauche à droite sur un mur vertical… je l’ai vu au centre Pompidou. Un étron fumant et bicolore (ça existe). Je ne l’ai pas vu mais ça a dû exister. Au ciné aussi j’aime comprendre ; je n’ai jamais aimé les flash-backs inutiles. Dis-moi comment différencier un génie extraordinaire d’un fada ordinaire.
Mais que penses-tu de cette étonnante manière, folie ou génie ? Avec les pommes de Catherine, elle faisait un chapelet de citrouilles autour du cou. C’est mathématiquement possible, mais botaniquement extraordinaire. Victor
Mars 2002(TVV2)
Très Vieux Victor,
Rimbaudn’est pas mort en 1874. C’est comme si tu disais que Jacques Brel est mort le jour où il a décidé de ne plus faire de scène et de s’exiler aux Marquises – il en aVait assez de faire le clown. En 1874 Rimbaud cesse d’écrire conformément à ce qu’il annonce dans laSaison. Le dernier chapitre s’intitule :Adieu. Il cesse parce qu’il a dit tout ce qu’il aVait à dire. Il ressent l’échec de l’écriture mais, désormais, il possède «la vérité dans une âme et un corps ». Rimbaud réintègre son corps, il fait son retour au monde. Du moins, il enVisage de le faire, il croit qu’il Va le faire. Mais la solitude est plus supportable au Harar qu’à Paris. Au Harar, il est bien lui-même. Rimbaud n’entend pas les mots « Voyant » et « subjectif » de la même façon que toi. Sa compréhension de ces mots éclaire aussi le « Je est un autre ». Rimbaud n’est pas Voyant comme madame Soleil est Voyante. Il ne pré-Voit pas l’aVenir. Il Voit. Mais, tu me diras, nous Voyons tous, nous sommes tous Voyants. Non, car ce n’est pas nousqui Voyons. Cette Vérité que nous Voyons ordinairement, n’est pas proprement la nôtre. Elle nous est imposée depuis toujours. Au point qu’elle n’est pas discutable, ni discutée. Elle est éVidente, normale. Quasiment inVisible à force d’être normale, constitutiVe de nous-mêmes. On ne peut pas penser sans elle. « On nous pense » dit Rimbaud. Ce qui arriVe à Rimbaud et qui constitue sa naissance propre (son « orietur »), c’est ceci : tout à coup, il Voit par lui-même. Cette Vue Voit l’ancienne Vérité, l’ancien pouVoir de Vue, la Vérité du « je », de l’ego intersubjectif. Rimbaud est dédoublé. « Je est un autre ». Pourquoi pense-t-il deVoir se dérégler les sens pour conserVer, pour accentuer, son nouVeau pouVoir de Vue ? Parce que la Vérité ordinaire, commune, nous est fournie, depuis toujours, par les sens. Malgré la naissance propre, bien réelle, il n’est pas facile de se défaire de l’habitude et de l’éVidence que nous renVoient nos sens. Le corps, récalcitrant, deVient l’ennemi. Il faut le détraquer. Il reste donc un combat à mener pour se déprendre de l’habitude immémoriale, pour parfaire sa naissance. C’est cela que Rimbaud Veut faire. Pour ce qui est d’être né, d’être un autre, cela est pour lui acquis et il n’y est, strictement, pour rien. Il ne demandait rien. Il dit à Izambard : « Ce n’est pas du tout ma faute. » « Subjectif » est relatif à l’ego ordinaire, à celui de la métaphysique occidentale. Autrement dit, « subjectif » est relatif au sujet dans l’opposition : sujet/objet, qui caractérise explicitement, depuis Descartes et Kant, l’homme moderne. Rimbaud, né, n’est plus un tel sujet (qui pense, donc qui est). C’est pour cela qu’il dit des autres poètes et des autres auteurs qu’ils sontégoïstes, qu’ils croient être eux-mêmes les auteurs de ce qu’ils disent. « Subjectif » signifie donc : ce qui se rapporte au « je » occidental ordinaire, qui n’a pas de Vérité propre. L’ordinaire est ce qui nous est commun, c’est-à-dire l’enfance et toutes les habitudes qu’elle force en nous. C’est l’enfance qui continue de faire le monde. C’est par elle qu’il y a un monde, une communauté, un langage. L’ordinaire nous est donné à tous depuis toujours. Il est le « on » qui pense pour nous. Il n’est pas imbécile, il est naturel. Il est le don que l’enfance ne reçoit pas pour cette simple raison qu’elle l’a toujours déjà reçu. Il n’y a pas de réception proprement dite. Sauf au jour à Venir de la naissance propre. C’est à sa naissance propre que l’homme peut, s’il le Veut, receVoir, librement, le don du monde. Il réintègre alors le corps de son enfance, il consent au monde. Le don, reçu, est extraordinaire. L’ordinaire est extraordinaire. Le Voir, c’est naître. C’est ce qu’a Vu Rimbaud. Il n’y a pas de chemin logique qui mène de l’ordinaire – où nous sommes toujours déjà – à l’extraordinaire. Personne ne peut donner à l’autre, ou seulement expliquer à l’autre, l’extraordinaire. La théorie de la relatiVité, explicable à tout homme sensé, fait partie de l’ordinaire. Elle