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Doctorat vers la fin du monopole de l'État

De
114 pages

Dans une perspective de professionnalisation du doctorat, les pouvoirs publics français et européens ont proclamé le doctorant comme jeune professionnel de recherche.

Le manque de reconnaissance de ce nouveau statut conféré au doctorant à l’intérieur et en dehors du monde académique place ce dernier dans une situation ambiguë d’étudiant/salarié et plaide en la faveur d’une mise en place d’un véritable statut du doctorant similaire à celui des internes des hôpitaux.

L’absence de lisibilité du doctorat, aujourd’hui, est prégnante de la part des entreprises pour qui le doctorant semble peu familier à leur univers et ses enjeux. La définition des compétences et connaissances acquises durant le projet doctoral apparaît indispensable.


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Tous droits de reproduction, d'adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays.
ISBN numérique : 978-2-332-94478-8
© Edilivre, 2015
Note de l’auteur :Ne vous fiez pas aux apparences classiques de cet ouvrage : les pages qui suivent reproduisent aussi fidèlement que possible le journal relatant les incroyables aventures vécues par Eliot TELTAAN.
Son précieux témoignage s’est retrouvé entre mes mains par le plus grand des hasards. Il y a quelques temps de cela, je me trouvais au sommet de Skellig Michael, un îlot dont les falaises vertigineuses défient les tempêtes de l’Atlantique depuis la nuit des temps. Je ressortais des ruines du petit monastère bâti à cet endroit par d’intrépides moines Irlandais, quand, trois cents mètres plus bas, un éclat brillant attira mon attention au milieu du ressac.
Animé d’un curieux pressentiment, je dévalai les quelques six cents marches taillées à même la paroi rocheuse, et me précipitai vers cette curieuse bouteille ventrue, venue s’échouer contre le quaid’embarquement. L’énigmatique flacon renfermait les différents cahiers rédigés par Eliot TELTAAN, miraculeusement préservés de l’eau de mer par un solide bouchon de liège. M’attendant à découvrir un S.O.S. ou quelque chose de ce genre, je m’empressai d’entamer la lecture de ces documents sur place, sans plus me soucier de la nuit qui tombait, ni même du bateau, reparti sans moi vers le continent, au grand désespoir de son capitaine.
Ces parchemins ont aujourd’hui disparu – probablement frappés d’un puissant sortilège d’auto-destruction-après-lecture » – et j’ai dû recourir à ma seule mémoire pour retranscrire sur le papier les inestimables écrits d’Eliot.
En lisant à votre tour son journal, ne doutez pas pour autant de la réalité des évènements rapportés. Après vérification, tous les détails fournis s’avèrent en effet parfaitement exacts. Seuls certains noms ont été modifiés, afin de garantir la sécurité des personnes impliquées dans cette histoire. Je me demande toutefois si cette précaution n’était pas superflue : après la publication de ces cahiers, il y a de fortes chances pour que les intéressés cherchent à faire disparaître toutes les preuves du délit ! Quant aux éventuels témoins, ils jureront probablement sur la tête de leur voisin n’avoir « rien vu, rien entendu »…
R. S. O’DAYNURRE,découvreur de l’incroyable journal d’Eliot TELTAAN
dicace
Pour Biabba
1 La mystérieuse histoire d’une Forteresse du savoir
En hésitant à m’informer, Julian s’était montré clairvoyant. Chaque fait nouveau concernant Tyr Nan Ogse révélait plus troublant que les précédents… – Au fait, tu ne m’as toujours pas dit comment s’appelait cette école. J’ai beau plisser les yeux, je n’arrive pas à lire l’enseigne fixée au dessus du porche. Et Aleister criait tellement tout à l’heure, je n’ai pas compris le nom qu’il employait… – L’E.R.I.T.N.O., me renseigna Julian. C’est le nom officiel de notre collège. Il faut prononcer E-ri-te-no… Et si tu lis sa devise, tu verras qu’en dépit de ses apparences misérables, l’Eritnoprétend bel et bien être un établissement d’« élite »… En passant le bras à travers la lourde grille barrant la meurtrière, Julian m’indiquait l’oriflamme flottant au dessus de la poterne d’entrée. Le long fanion blanc, largement déchiré à son extrémité pointue, se détachait parfaitement sur le ciel bleu azur. Et malgré la distance, je vis distinctement son motif : un corbeau noir s’envolant vers les cimes avec une épée entre les pattes ! Le même que sur l’écusson d’Aleister… En accommodant davantage, je parvins même à lire la devise brodée juste en dessous :
«TOUJOURS PLUS HAUT AVEC L’ERITNO ! » L’Eritno… répétai-je pensivement. Un nom ridicule et difficilement prononçable ! C’est du Latinute ? – Non, ce sont des initiales, me renseigna Julian. Notre reine ne devait pas encore avoir imposé le Latinute quand elle a trouvé le nom de son école… – Et à quoi correspondent ces lettres ? demandai-je distraitement. – Tu vas rire, s’exclama Julian, mais plus personne n’est certain de leur sens exact ! – Hum, cela arrive souvent… – D’après notre Reine,E.R.I.T.N.O. serait l’abréviation d’«EcoleRoyaleInternationale de TyrNanOg»… – Cela semble assez logique, bougonnai-je. Et tu ne la crois pas ? – Je ne sais plus quoi penser… soupira Julian. Mon tuteur, Hutgin Rimmon, qui entame sa douzième année d’étude, m’a avoué avoir découvert un sens caché au nom de l’école ! – Lequel ? m’intéressai-je en créant une ride supplémentaire à mon front déjà soucieux. – Selon Hutgin, déclara Julian, la signification véritable d’E.R.I.T.N.O.: « serait Ecole RénovéeIllégalement pour leTraitement desNovices enObscurantisme» ! – Son interprétation est diabolique ! frissonnai-je. – J’espère sincèrement que son explicationmystérieuse du nom de l’école n’est pas la bonne, pâlit Julian. Depuis mon arrivée à Tyr Nan Og, j’éprouve une saine horreur du surnaturel! – Alors, tu es mal tombé ! m’exclamai-je. En enseignant derrière les frontières floues de l’Anneau-de-brume, la plupart des profs deTyr Nan Ogdoivent éprouver un penchant pour ce qui est « trouble » ! – Hum, fit Julian. Les enseignants de l’Eritno font de leur mieux pour conserver une apparence normale à leurs cours. Et malgré tout, les mathématiques de Lady Baalberith et la physique du Comte Haborym réservent parfois des surprises… – En travaillant dans un royaume aussi sombre, plus d’un professeur doit broyer du noir,
ajoutai-je. Cela semble inévitable. Certains vont peut-être ensuite chercher du réconfort du côté de laMagie Noire, pour faire disparaître leurs petits soucis par enchantement… – Comment pourraient-ils se livrer à des pratiques aussi révoltantes ! s’indigna Julian. – Tentons de démasquer les profs susceptibles d’être des adeptes de la sorcellerie, proposai-je. Il y en a certainement dans cette école… – Faire la part des choses ne va pas être simple… estima Julian. Tous les enseignants de l’Eritnopossèdent un genre « spécial », tu t’en rendras compte très vite… – Fais moi confiance. Il ne me faudra pas longtemps pour identifier les sorciers se cachant sous le masque d’un honorable professeur ! J’aimerais être aussi certain de pouvoir retourner rapidement à CANIBALAS… soupirai-je en réfrénant mon enthousiasme. Il y avait également de la violence au Guacamole, mais au moins, je pouvais m’enfuir facilement…
– La plupart des nouveaux venus éprouvent le même sentiment que toi, assura Julian après un temps de réflexion. Mais en y réfléchissant bien, la vie dans ce royaume présente tout de même quelques avantages… Je restai observer Julian sévèrement, ne sachant plus que penser. – Tu ne parles pas sérieusement ? – Si ! s’offusqua Julian d’un ton maussade. ATyr Nan Og, tu n’auras plus à t’inquiéter de quoi que ce soit : tu seras nourri, logé, blanchi pendant toute ta scolarité… – Mais je n’ai pas le moindre goût pour les études ! grimaçai-je. – Moi non plus ! m’encouragea Julian. Au début, je trouvais mes cours parfaitement ennuyeux… Mais finalement, je m’y suis fait. Et ce n’est pas désagréable de se faire entretenir… – Il y a tout de même un problème, objectai-je : je ne vois pas ce que je pourrais apprendre d’intéressant dans une école pareille ! – Dans notreCycle-des-zébrés, que les profs préfèrent appelerCycle-des-bizuths, il y a seulement des disciplines ordinaires, me rassura Julian. Et pour appuyer son propos, il étala sur le rebord de la meurtrière les grimoires lui servant de cahiers de cours : – Regarde, dit-il en me montrant fièrement les différents intitulés :Mathématiques chaotiques, Physique vibratoire, Biologie frénétique, Histoire-des-catastrophes, Gymnastique coercitiveLa liste des matières enseignées à l’Eritno était invraisemblable ! Je ne saisissais pas le sens exact de tous ces termes, mais je n’en avais encore jamais entendu de semblables. Pourtant, Julian me les avait énoncées tranquillement, sans manifester d’émotion particulière… Vu l’anxiété qu’il éprouvait vis-à-vis des phénomènes surnaturels, il valait mieux attendre un peu pour lui donner mon opinion sur toutes ces disciplines ! Si mes craintes s’avéraient exactes, Julian aurait tout le temps de s’arracher les cheveux en temps voulu… – Au fait, ton ami Hutgin est bien endouzièmeannée ?! m’écriai-je soudain. Sur le coup, je n’ai pas réagi… mais il n’est pas question de rester aussi longtemps dans cette école ! – Tu ne seras pas obligé d’imiter mon tuteur, me rassura Julian. Il a choisi tout seul de suivre leCycle royal, qu’on surnomme entre nous leCycle-des-binoclards– Parce que ces étudiants deviennent myopes, à force d’être plongés dans leurs livres ? – T’as tout compris ! sourit Julian. Les études desBinoclardsdurent douze années en tout, au cours desquelles ils ne cessent de travailler ! – Les pauvres ! Pour faire un choix pareil, ils ont dû succomber à la folie… – CeCycle royal est un peu long, consentit Julian. En contrepartie, lesBinoclardsle ont droit de n’étudier que leur matière préférée ! Hutgin prépare ainsi une thèse de doctorat en Droit interstellaire. D’autresBinoclardsdes thèses en présenteront Médecine cosmo-alphabétique, etc, etc… – Quoi ?! m’insurgeai-je. Voila pourquoi tant d’élèves du monde entier viennent à l’Eritno malgré ses conditions de vie épouvantables : c’est la seule école à enseigner de telles
disciplines ! – Tu as peut-être raison… réalisa Julian en se décomposant. Si lesBinoclardsacceptent de rester à l’Eritno, c’est peut-être uniquement pour devenir plus tard…Avocats-du-diable, ou Docteurs-en-charlatanerie!!! – Bien évidemment ! – Et si ça se trouve, continua Julian sur sa lancée, quand ces étudiants auront quittéTyr Nan Og, ils se fonderont dans la nature en gommant toutes les mentions bizarres figurant sur leurs diplômes !!! – Pour ma part, ajoutai-je, je ne vois pas l’intérêt d’étudier des matières aussi farfelues ! – Et pourtant, remarqua Julian, certains étudiants choisissent d’approfondir leurs connaissances bien au-delà duCycle royal !s’engagent alors à suivre le Ils Cycle suprême, afin d’obtenir unM.G.M.I. : unMaster deGrandMageInternational. On appelle ces futurs mages, lesBarbes d’argent– Leur formation ne se prolonge tout de même pas au point de faire grisonner leurs barbes ?! – Qui sait… fit Julian d’un air las. C’est peut-être une légende… Mais il est difficile de la vérifier, car pendant leCycle suprême, ces Barbes-d’argent ne quittent pratiquement plus leurs cellules de travail ! D’après Hutgin, les futurs mages passeraient leurs dernières années d’étude calfeutrés dans les plus hauts étages de la Tour d’ivoire ; un donjon entièrement recouvert de marbre blanc, que tu peux apercevoir à l’écart de la citadelle… En me penchant à travers la meurtrière, je vis cette fameuse tour étinceler au soleil. Cachée derrière toutes les autres, sa blancheur aveuglante tranchait singulièrement avec la décrépitude des donjons environnants. – On s’enfonce dans l’horreur ! m’indignai-je. Et combien de temps ces Barbes-d’argent restent-elles séquestrées dans leur tour d’ivoire ? – Leur formation complète dure vingt cinq années en tout, comme celle des anciens druides, résuma Julian. Alors fais le calcul… – CeCycle suprêmeest vraiment inhumain ! – Pas si sûr ! contesta Julian. Une fois emportés par la passion de leurs mystérieuses recherches, le temps et les évènements de la vie courante n’auraient plus la moindre importance pour ces futurs grands mages internationaux… – Mais ces élèves auront presque quarante ans à la fin de leur scolarité ! C’est atroce ! J’aime encore mieux rester analphabète, plutôt que de passer la moitié de ma vie à l’école ! – O.K., moi aussi, je suis pressé de quitter l’Eritno, reconnut Julian, et je ne demanderai certainement pas à suivre leCycle suprêmedesBarbes-d’argent. Tu n’auras qu’à faire comme moi, te contenter duCycle royaldesBinoclardsLa perspective de passerseulementles douze prochaines années de ma vie à l’Eritnone m’enchantait pas, c’est peu de le dire ! Les atouts de cette école-forteresse me semblant aussi minces qu’une feuille de baobab, Julian avait intérêt à trouver d’autres arguments, s’il voulait me convaincre de patienter à ses côtés… Après s’être creusé la tête, Julian trouva une autre compensation à notre situation en lançant : – Etudier à l’Eritno reste tout de même plus confortable que de croupir à des dizaines de mètres sous terre, dans un cachot de la Prison-pour-enfants Canibalaise ! – Vu l’épaisseur des barreaux équipant ces meurtrières, rétorquai-je, l’Eritnone vaut guère mieux que le labyrinthe souterrain ! En étant expédié àTyr Nan Og, j’ai vraiment le sentiment d’avoir été condamné au bagne… Pour ne pas me contrarier, Julian prit le temps d’examiner attentivement les étroites ouvertures éclairant notreMascula Noctambulum. Le corbeau posé sur le rebord de l’une d’entre elles n’avait toujours pas bougé d’un centimètre. Il semblait boire nos paroles… – Ces barreaux sont indiscutablement solides, admit Julian. Personne ne pourrait s’évader
par là… Effectivement. Même si je perdais la moitié de mon poids au cours d’une grève de la faim, je resterais encore trop gros pour glisser mes épaules entre les barres d’acier zébrant la lumière du jour ; seul un corbeau déplumé comme celui qui nous observait pouvait se contenter d’un tel passage ! – Julian, regarde autour de nous et admets le : cet endroit ressemble davantage à une prison qu’à une école ! – Selon Sa Majesté, ces grilles sont là uniquement pour notre sécurité, plaida néanmoins Julian. Comme notre dortoir est situé à l’étage, il serait dangereux de se pencher à la fenêtre… – Ta reine a peur qu’un élève se jette dans le vide de désespoir ! rectifiai-je. Cela pourrait arriver, après de trop longues années passées dans sa prison scolaire… – En tout cas, remarqua Julian, ces barreaux n’ont pas été mis en place spécialement pour nous. – Comment ça ? – C’est une drôle d’histoire… soupira Julian. Pour comprendre la situation actuelle, il faudrait étudier l’historique deTyr Nan Og… mais je te préviens, il n’est pas brillant ! – Je suis prêt à tout entendre !!!
Le grand corbeau perché sur le rebord de la meurtrière choisit cet instant pour nous quitter. Jusqu’à présent, il était resté silencieux au point de se faire oublier. Mais après être aisément passé à travers la grille, l’affreux volatile se retourna et nous lança un long croassement moqueur, qui me fit froid dans le dos ! Puis il déploya ses ailes d’une manière exagérément lente, nous indiquant ainsi son intention de ne pas se hâter… Enfin, l’oiseau de mauvaise augure s’élança gaiement dans le vide, comme pour nous faire enrager de ne pas être aussi libre que lui !!! – La suite de notre discussion ne doit pas l’intéresser, supposai-je en suivant son vol des yeux. A CANIBALAS, une amie m’a appris que ces grands corbeaux pouvaient vivre plus de quatre-vingts ans. Alors, depuis le temps que ce charognard traîne ses plumes aux quatre coins du royaume, il doit déjà connaître l’histoire deTyr Nan Ogpar cœur… – Moi, je ne crois pas à l’intelligence des animaux ! m’arrêta Julian. Ce corbeau a peut-être tout simplement ressenti des crampes dans les pattes, à force de nous épier sans bouger depuis un quart d’heure… – Celui-ci avait une lueur inquiétante dans le regard ! objectai-je. J’ai décelé de la malice dans ses prunelles noires… – Quoi qu’il en soit, on ferait mieux d’imiter ce volatile et déguerpir d’ici : on cause, on cause, et le temps file à toute allure ! Regarde dans la cour… Les bizuths ont également pris du retard, et c’est la panique pour se rendre au ravitaillement…
Juste en dessous de nous, montait à présent une clameur de protestations. Agglutinés devant la porte d’entrée, l’attroupement d’élèves formait une masse compacte, dans laquelle les élèves les plus costauds poussaient sans vergogne les plus faibles, qui manquaient étouffer dans ce goulot d’étranglement ! – Quitte à être en retard, nous ne sommes plus à une minute près… déclarai-je. J’aimerais bien en finir une fois pour toutes avec les explications ! – Tu ne connais pas l’humeur de Sa majesté ! rétorqua Julian d’un ton effaré. Enfin, c’est toi qui l’aura voulu. Je t’aurais prévenu… – Promis, je ne viendrai pas pleurnicher !
Baissant la voix, Julian entama son explication sur un ton de confidence : – D’après notre reine, commença-t-il, les bâtiments abritant l’école n’ont pas toujours servi à l’enseignement… – Cela ne m’étonne qu’à moitié… – En fait, poursuivit Julian, Son altesse nous a appris durant son cours d’Histoire-des-
catastrophes que l’Eritnoinstallée dans un ancien Fort… Tiens, regarde, fit Julian en est déroulant un de ses parchemins pour étayer son propos. Tout est retracé dans ce croquis : les premiers à avoir fréquentéTyr Nan Ogles conquistadors. Ils y auraient construit un seraient fortin, afin de défendre le continent récemment découvert… – Je comprends mieux pourquoi on se trouve accrochés à flanc de volcan ! m’exclamai-je en étudiant le plan de coupe déployé sous mes yeux. Avec une position pareille, les artilleurs pouvaient couler tout ce qui passait sur l’océan… – Pourtant, ces soldats ont dû quitter précipitamment leur forteresse, pour une raison demeurée mystérieuse, narra Julian. Après eux, l’île a été récupérée par une mystérieuse confrérie de moines chercheurs, les moines Noctambulistes… – Ces gens étaient tous noctambules ? – Je ne pense pas. Ils tenaient plutôt leur appellation du fait de leur existence nocturne. C’était même la règle de vie dans cet ordre monastique… – Je n’avais jamais entendu parler de ces moines. – Tu n’es pas le seul, constata Julian. De nos jours, plus personne ne se souvient de l’existence des Noctambulistes. Il faut dire que ces moines-là cultivaient le secret ! Ils se passionnaient davantage pour les étoiles que pour leurs concitoyens… – Mais que cherchaient-ils ? – Si j’ai bien compris, leur principal sujet d’étude était l’astronomie. En observant attentivement le ciel, ces moines espéraient percer les secrets de l’univers… D’ailleurs, on peut encore voir les restes de leur observatoire, précisa Julian en pointant son doigt vers les tours les plus élevées de la forteresse.
Bien qu’elles soient fort nombreuses à culminer dans cette partie de l’école, je ne pouvais me tromper. Julian devait m’indiquer un petit donjon édifié en retrait, surmonté par une étincelante coupole argentée. – Pourquoi avoir choisiTyr Nan Og? m’étonnai-je. Il existe des endroits plus faciles d’accès pour observer les étoiles ! – Dès la fondation de leur ordre, les moines Noctambulistes avaient pressenti qu’il leur faudrait beaucoup de temps pour étudier les relations unissant la terre au ciel, me renseigna Julian. Leur époque étant troublée par de nombreuses guerres peu propices à un travail de longue haleine, ces moines solitaires s’étaient mis en quête d’un poste d’observation isolé, les plaçant à des années-lumière de tout conflit terrestre… – Après de longues recherches, ils dénichèrent le fort abandonné par les conquistadors… – En effet, acquiesça Julian. Au fil du temps, les moines Noctambulistes agrandirent considérablement le bâtiment initial, comme tu peux t’en rendre compte sur cette vue plus récente de la citadelle. Et à force de travaux, ces moines persévérants firent du monastère de Tyr Nan Ogla plus grande abbaye fortifiée jamais construite sur Terre… – Au milieu de l’océan, ces moines étaient au calme pour travailler… constatai-je. Mais que sont-ils devenus ? – Pendant de longues années, relata Julian, les Noctambulistes ont vécu totalement retirés du monde, accumulant patiemment des connaissances uniques grâce à leurs observations répétées du cosmos. – Leurs données sont encore conservées àTyr Nan Og? le coupai-je. – Oui, tout est soigneusement consigné sur les milliers de parchemins que renferme la Minia Alexandria, la grande bibliothèque de l’école. Cependant, alors que tous ces moines se trouvaient en plein labeur et, semble-t-il, sur le point de faire une découverte exceptionnelle, une épidémie foudroyante les aurait subitement emportés ! – Peut-être une maladie tombée du ciel, qui en avait assez d’être épié ! ironisai-je. – On n’a jamais pu identifier la nature du mal ayant décimé ces malheureux Noctambulistes… reprit gravement Julian. Notre souveraine a enquêté dans leurs manuscrits pour comprendre ce qui avait pu se produire, mais les moines n’ont même pas eu le temps de
relater les circonstances de leur tragédie ! – Bizarre, en effet, bougonnai-je. Toutes ces disparitions et départs précipités… Pourquoi tant de changements dans l’affectation de ces bâtiments ?! – Tous les occupants de ces murs en ont été impitoyablement chassés, reconnut Julian. J’ai beau ne pas supporter la superstition, ces lieux donnent l’impression d’être hantés par des forces hostiles soucieuses de rester seules… – Et bien moi, cela ne me déplairait pas de voir ces « forces » me chasser deTyr Nan Og! plaisantai-je. Enfin, pas à coup d’épidémie foudroyante, bien sûr… Et que s’est-il passé après la disparition de ces moines malchanceux ? – Il y a eu une longue période d’abandon, au cours de laquelle l’état de la citadelle s’est largement dégradé. C’est seulement au début du siècle dernier, que les ruines de l’abbaye ont été réhabilitées pour une reconversion en pénitencier. Une gigantesque prison, en fait, dont l’existence devait rester secrète, car elle était réservée aux bagnards les plus dangereux… On les expédiait àTyr Nan Ogdepuis les quatre coins de la planète ! – J’avais raison ! triomphai-je. Voila lavraie explication des barreaux aux fenêtres ! Pas étonnant que cette école ressemble tant à un bagne,puisque ça en était un– Hum, opina Julian. L’Eritno n’a pas pris le temps de retirer les grilles qui retenaient les forçats prisonniers… – Mais alors, réalisai-je, ce passé pénitentiaire explique également les rayures noires et blanches des uniformes ! En s’installant ici, l’école a dû récupérer les vieilles combinaisons des bagnards : c’était économique pour elle de recycler un tissu aussi solide pour y tailler de nouvelles tenues… – Possible ! admit Julian. Je me demande d’ailleurs à quoi servent les millions dedollardos payés par certains pensionnaires. A l’Eritno, tout est en mauvais état, et rien n’est jamais réparé… – C’est peu de le dire ! approuvai-je. As-tu remarqué comment les murs de notreMascula Noctambulumsontvieuxetfissurés?! Les yeux brillants de fureur contenue, je lui montrais les énormes lézardes, qui partaient insidieusement du sol pour monter en zig-zag à l’assaut des murs, avant d’exploser en arabesques inquiétantes sur le plafond voûté. – A force d’économiser sur tout, cette école va finir par s’effondrer sur elle-même, sans l’aide du volcan ! approuva Julian. Tu as vu ce donjon qui nous domine sur l’aile gauche ? Il penche dangereusement ! Quant à la tourelle accrochée à son flanc, elle ne va plus tarder à s’écrouler dans la cour carrée… – A la prochaine éruption duStyxhadès, on restera coincés sous les décombres de la forteresse, sans la moindre chance de nous en sortir ! pronostiquai-je. Je me demande comment l’Eritno a pu tenir debout jusqu’à aujourd’hui… L’école bénéficie peut-être d’une protection magique ? – J’aimerais trouver une explication plus convenable ! gémit Julian. – Mais qu’attend la reine pour entamer des travaux de consolidation ?! m’insurgeai-je. C’est à se demander si elle dirige vraiment son royaume ! Quand je vois ces centaines de corbeaux entrer et sortir librement des tours, je me demande si ce ne sont pas plutôteux, les maîtres de cette citadelle en ruine… – Tous ces charognards profitent bien du délabrement de l’école… confirma Julian. Dès qu’un mur commence à s’affaisser, ils s’y installent pour le coloniser ! A vrai dire, il n’y a guère qu’un seul endroit où les corbeaux n’osent se rendre… – Où ça ? – Dans la structure brillante qui se trouve sur la terrasse elliptique du dernier étage, au pied du grand donjon, me renseigna Julian. Penche-toi et dis-moi ce que tu en penses…
En repassant ma tête entre les barreaux, je vis de quoi Julian voulait parler. Cette partie de la forteresse était relativement longue, assez plate… et surtout, elle étincelait d’une façon