Drames et Poèmes

Drames et Poèmes

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Livres
288 pages

Description

La Conciergerie. Porte grillée au fond (elle ne doit s’ouvrir qu’à la fin.) Deux autres portes également au fond ; la première, à droite du spectateur, conduit au tribunal révolutionnaire ; la seconde sert à toutes les entrées qui se font du dehors. Sur le premier plan, à droite et à gauche, cellules des prisonniers.

Au lever du rideau, le DEUXIÈME GEOLIER se promène au fond du théâtre. Des PRISONNIERS, formant différents groupes, causent à voix basse ou dessinent.

Fruit d’une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.


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Ajouté le 14 avril 2016
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EAN13 9782346055913
Licence : Tous droits réservés
Langue Français
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À propos deCollection XIX
Collection XIXest éditée par BnF-Partenariats, filiale de la Bibliothèque nationale de France.
Fruit d’une sélection réalisée au sein des prestigieux fonds de la BnF,Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes class iques et moins classiques de la littérature, mais aussi des livres d’histoire, récits de voyage, portraits et mémoires ou livres pour la jeunesse… Édités dans la meilleure qualité possible, eu égard au caractère patrimonial de ces e fonds publiés au XIX , les ebooks deCollection XIX sont proposés dans le format ePub3 pour rendre ces ouvrages accessibles au plus grand nombre, sur tous les supports de lecture.
Julien Daillière
Drames et Poèmes
INTRODUCTION
Nous réunissons en un volume les œuvres éparses de M. Julien Daillière. Quelques-unes de ces œuvres sont inédites ; les autres ont déjà été publiées, mais les éditions en sont maintenant épuisées. La publication de ce volume a donc une double utilité. Depuis longtemps nous voulions la faire ; ce projet nous souriait comme l’accomplissement d’un affectueux devoir et la satisfaction d’une dette à notre pays. Nos relations déjà anciennes avec le poète angevin, dont les succès auprès du public parisien sont particulièrement acquis à notre province, rendraient suspecte de partialité l’opinion que nous pourrions émettre sur la valeur de ce recueil.. Nous avons donc mieux aimé nous en référer pour cette appréciation à l’au torité de critiques éminents qui ont constaté avec autant de goût que de courtoisie l’accueil sympathique fait aux poésies de notre compatriote, soit au théâtre, soit à l’Académie. L’un des articles que nous avons reproduits est de M. Eug. Pelletan. Il est relatif à André Chénier ;lacé au premier rangdeux autres sont dus au talent d’un écrivain p  les dans la critique contemporaine, M. Edouard Thierry. Le lecteur nous saura gré d’avoir inséré dans notre volume les pages ingénieuses et é loquentes que cet écrivain a consacrées au drame deNapoléon et Joséphine,en dernier lieu, au poème sur la et guerre de Crimée, couronné par l’Académie française, en 1858, comme le poème sur la Translation des restes de saint Augustinl’avait été au précédent concours. Il nous est permis d’ajouter qu’aux titres qui nous semblent recommander lesDrames et Poèmes à mérite de l’à-propos ; lesl’intérêt du lecteur, cette publication joint le sentiments patriotiques exprimés par Julien Dailliè re font aujourd’hui vibrer tous les cœurs. Notre pensée, nos vœux sont avec la seconde armée d’Italie, glorieuse héritière de son aînée. Ses victoires inspireront à coup sur de nouveaux poètes auxquels nous avons bien le droit de présenter comme un digne devancier le chantre del’Aigleet de la Guerre d’Orient. Les Éditeurs, COSNIER & LACHÈSE.
THÉATRE DE L’ODÉON. — ANDRÉCHÉNIER
Si le parterre de l’Odéon, qui représente la jeunes se des écoles, les recrues de l’intelligence, veut opérer une sérieuse réaction a u profit de la poésie, de la grande littérature, des vrais sentiments humains enveloppé s de belles formes ; si ce parterre veut se soustraire à la fantaisie, qui est le doute dans le domaine de l’art ; si cette jeunesse qui vit dans l’intimité de tous les grands génies, qui a le sentiment naïf du beau, veut réagir contre l’esprit de comptoir, le goût fr élaté du beau monde, alors, oh ! alors nous sommes des siens. ... Nous n’osons croire encore, pour notre part, à cette bien heureuse réaction littéraire... Cependant il est incontestable qu’il se fait par là quelques mutations silencieuses dans l’esprit des gens qui allaient se mettre sur la machine électrique du drame pour être un peu secoués. On veut être pris un peu moins par les nerfs et plus par le cœur ; moins par la curiosité, plus par la sensibilité, s’il en faut juger par le succès de larmes qu’a obtenu la pièce d’André Chénier. Certes, si nous avons demandé en toute humilité une action plus dramatique à la tragédie de Racine, nous étions loin de demander da ns notre for intérieur une action compliquée. Nous admettons de toutes les forces de notre âme, qu’avec notre grand vers français, il faut une action simple, ce qui ne l’empêche pas d’être émouvante. La tragédie doit plutôt se passer en sentiments qu’en mouvements. L’intérêt sera seulement déplacé. Dans les positions dramatiques où se trouv eront les personnages, on voudra savoir ce qu’ils vont dire et non ce qu’ils vont faire. Et comment concevoir une autre tragédie ? L’action est le désordre, le vers est l’ordre. L’action, c’est l’infirmité prosaïque de notre nature ; elle a besoin d’agents matériels plus ou moins grossiers, plus ou moins vulgaires : de co uloirs, de trappes, de clefs, de couteaux. Lapoésie, au contraire, a besoin de sentiments, de pensées, de grand air, de nature, du ciel étoilé, de lyriques aspirations. Tout le secret de la tragédie, et c’est un terrible secret, consisté à trouver une action et des situations suffisamment dramatiques pour que le s personnages, placés au milieu d’une tempête, sur les flots bouillonnants d’une pa ssion, puissent logiquement s’élever aux plus sublimes expressions dans la forme la plus haute de la littérature. Trouver l’équilibre entre l’action et la poésie, c’est l’art dramatique parfait. M.J. Daillière a bien compris, dans le sujetd’André Chénier,nécessités du drame les versifié. Il eût pu multiplier les péripéties autour de cette existence, trouver des moyens de salut, de fuite, enfoncer les portes dérobées, pour faire retomber son héros aux mains des terroristes. Il nous eût montré ainsi les march es et les contre-marches, les efforts impuissants et désespérés d’un gibier pris sous le filet. Le véritable intérêt n’était pas là. L’illusion ne pouvait se prêter à une possibilité de salut. Tout le monde connaissait le dernier mot de cette tragique et poétique destinée. Le jeune dramaturge s’est attaché à nous faire conn aître la grande âme du jeune poète, ses nobles qualités de cœur, afin qu’en voya nt le dernier coup de la hache révolutionnaire tomber sur cette tête touchée par le doigt de Dieu, illuminée par l’étoile mystique des poètes, notre âme fût plus religieusem ent et plus profondément attendrie. Nous mesurons nos larmes non pas à l’horreur de la catastrophe, mais à la sainteté des victimes. Sans se demander s’il était historiquement utile qu ’une mer de sang se refermât derrière les pas de la Révolution pour engloutir les priviléges qui poursuivaient la liberté, on peut toujours dire qu’André Chénier fut le marty r d’une cause qu’il avait le premier
défendue. Par un contre-sens trop odieux et trop fréquent, il aimait la liberté, et il périssait par elle et pour elle. Il périssait sur le seuil de deux révolutions, l’une politique, l’autre littéraire, au commencement d’une œuvre confuse et indéterminée, à une heure douteuse, où le soleil est encore dans un hémisphère, tandis que les rayons sont dans l’autre Nous nous sentons attirés vers cette âme mystérieuse cruellement renvoyée au ciel, et qui a remporté vers Dieu les dernières strophes d’un hymne commencé sur la terre. On voit que M.J. Daillière s’est largement identifi é par la sympathie au poète de la Révolution.... C’est avec la mort d’un poète que M. de Vigny a fait le beau drame de Chatterton, c’est avec un poète que M.J. Daillière a écrit une éloquente et émouvante tragédie. Peut-être la poésie n’est-elle pas assez énergique, et les formes de style ne sont-elles pas assez imprévues ; mais on écoute avec intérêt ces nobles et touchantes scènes qui s’accomplissent sous les verroux d’une prison, au pied d’un échafaud. C’est un homme de cœur assurément qui a composé cette tragédie. La scène entre le père et les deux frères indique une âme qui sent vi vement les saintes émotions. Vous avez touché la véritable corde, jeune homme ! C’est là, et là seulement que repose le secret du grand art. Être noblement ému, c’est poss éder la puissance d’émouvoir les autres. L’habileté mécanique du théâtre viendra toujours, quand on est un peu échauffé de la divine chaleur. EUGÈNE PELLETAN.
5 janvier 1844.
ANDRÉCHÉNIER
DRaME EN 3 aCTES ET EN VERS
Représenté pour la première fois, à Paris, sur le théâtre de l’Odéon (second théâtre français), le 27 décembre 1843.
AMON AMI GEFFROY
SOCIÉTAIRE DU THÉATRE FRANÇAIS.
PERSONNAGES
* * *
HOCHE, costume de général républicain. MARIE-JOSEPH, costume de représentant, ceinture et plumes tricolores. BRUTUS, chapeau à cornes avec des plumes, ceinture tricolore. Il doit porter un grand sabre.
ACTE PREMIER
LE POÈTE
La Conciergerie. Porte grillée au fond (elle ne doit s’ouvrir qu’à la fin.) Deux autres portes également au fond ; la première, à droite du spectateur, conduit au tribunal révolutionnaire ; la seconde sert à toutes les entrées qui se font du dehors. Sur le premier plan, à droite et à gauche, cellules des prisonniers.
SCÈNE PREMIÈRE
Au lever du rideau, le DEUXIÈME GEOLIER se promène au fond du théâtre. Des PRISONNIERS, formant différents groupes, causent à voix basse ou dessinent. GRANDAIS debout, un journal à la main, parle avec Insouciance et gatté à PLUSIEURS DAMES assises sur des chaises. SALIGNAC-FÉNELON est près d’une petite table. Adroite du spectateur, ANDRÉ CHÉNIER est assis sur un banc de pierre contre une colonne ; JEUNE CAPTIVE est auprès de lui. — Il est nuit, un réverbère est allumé à la colonne.
A. CHÉNIER. Cette nuit, des geôliers trompant la vigilance Ici je reviendrai. Dans l’ombre et le silence, J’achèverai ces vers et je vous les promets. LA JEUNE CAPTIVE. Vous promettez toujours et ne tenez jamais ; Vous différez sans cesse.... A. CHÉNIER.
Vous les aurez... demain.
J’ai commencé.
LA JEUNE CAPTIVE.
Sans faute !
A. CHÉNIER.
LA JEUNE CAPTIVE.
Voyons !
Ah ! c’est me faire injure,
Je le jure,
(Elle prend une feuille et lit.)