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Drames intimes

De
222 pages

(Le théâtre représente la chambre d’Agathe da Silva.)

F. DOMINGO ET AGATHE.

F. DOMINGO.

Hé bien ?

AGATHE.

Frai Domingo, je vous crois ; mais hélas !

Comment puis-je l’aimer ? je ne le connais pas.
Je ne l’ai vu qu’un jour.

F. DOMINGO.

L’époux qu’on vous destine

Des plus nobles parens tire son origine ;
Il descend d’Albuquerque, et ce héros fameux
D’une gloire sans tache entoure ses neveux.

Fruit d’une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.


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A. Pasquet
Drames intimes
AVERTISSEMENT
Occupé de travaux très-sérieux, je ne me livre à la poésie que pour reposer ma tête fatiguée. Les drames qui suivent n’ont jamais été p our moi qu’un délassement, et cette considération explique comment la forme est toujour s si futile, lors même que le fond des idées est grave. Je ne les destinais ni à la re présentation, ni à l’impression. Le drame théâtral s’éloigne forcément de la nature. La vie ordinaire, déchirée par toutes les passions qui montent sur la scène, et so uvent avec une énergie que la scène n’oserait reproduire, ne peut être peinte tel le qu’elle est. L’auteur dramatique peut professer le mépris des règles établies, il pe ut les violer en apparence, mais il est dans ces règles des prescriptions dont il est impos sible de s’affranchir, et qu’on respecte alors même qu’on croit s’en écarter. Le po ète le moins classique, quand il peint une passion, rattache tous les incidens de sa pièce à son développement : à moins qu’il n’ait eu en vue l’Inconstant, son héros marche, agit, parle sous l’influence de l’idée qui le domine, et qui est toujours la mêm e, et, quand il a fourni sa carrière, arrive un dénoûment qui complète l’œuvre, dénoûment vers lequel ont gravité toutes les scènes. En bonne conscience, les choses se passent-elles ai nsi dans la vie ? Non. Les passions humaines, quand elles méritent ce nom, ne se développent pas avec cette régularité méthodique ; elles atteignent du premier saut le haut de la montagne, et, ce qui est bien plus anti-scénique, elles n’ont pas de dénoûment. Il en résulte que la comédie joue un grand rôle dans les affaires de ce monde, mais que la tragédie, la tragédie pure, sans mélange, n’y est presque pour rien. Ne parlons pas de Lachaussée, et ne citons que nos grands hommes. Deux jeunes filles se promènent dans un jardin public ; l’une d ’elles fait un faux pas ; un jeune homme qui passait lui tend la main et l’empêche de tomber. Ce petit accident engage entre eux une conversation, l’échange de quelques m ots. Voilà la vie réelle, et cependant on reproche à Corneille d’avoir fondé sonMenteursur ce faux pas. Ce qu’il faut selon moi lui reprocher, c’est d’avoir cru qu’ il y a des menteurs, des gens qui ne disent jamais la vérité. Molière, qui a si bien connu l’homme et la société, les a peints tels qu’ils sont. Aussi dit-on que tous ses dénoûmens manquent d’effet ou d e proportion. Que n’a-t-on pas dit des petits moyens dont un aute ur se sert pour nouer sa pièce ? La lettre de Zaïre, par exemple !... Y a-t-il pourt ant rien de plus naturel que d’écrire à celui à qui on a quelque chose à dire, et à qui on ne peut parler ? La lettre est ambiguë ; cela doit être aussi, car toute lettre a une adresse, et on ne l’écrit que pour celui qui doit la recevoir. Ces conventions littéraires, cette poétique théâtra le, qui repoussent l’emploi de moyens simples, naturels, inattaquables, eu permett ent d’autres qui n’ont aucune de ces qualités. Ces héros qui ont tant d’esprit dans la bouche man. quent ordinairement de la compréhension la plus vulgaire. Une des plus belles scènes de Voltaire est assurément celle où Mérope va sacrifier son fils ; hé bien, cette scène est absurde en elle-même. Partout ailleurs qu’au théâtre, un assas sin est conduit en prison, interrogé par un magistrat spécial, jugé selon certaines form es ; mais ces formes n’autorisent jamais à le faire juger directement par le roi ou l a reine. Quand il est condamné, le bourreau, autre magistrat spécial, est chargé de l’ exécution de la sentence, le bourreau, et non pas le roi ou la reine. Passons à Voltaire ces monstruosités, en faveur de l’époque de son drame ; accordons-lui que tout cela est dans les mœurs
antiques, il n’en est pas moins vrai que cette Méro pe, qui ne pense qu’à son fils, qui ne parle que de son fils, devrait pourtant, en voya nt l’intérêt que porte Narbas au jeune homme qu’elle va tuer de sa main, après l’avoir con damné sur les plus mesquines apparences, devrait, dis-je, soupçonner la vérité ; et, dans sa position, soupçonner la vérité, c’est la voir clairement.
J’allais venger mon fils. — Vous alliez l’immoler.
Ce beau vers, qui est toute la scène, qui est toute la pièce, n’est donc qu’un beau vers de poète qui n’a pu être dit par les personnag es, s’ils se sont trouvés dans la situation où l’auteur les a placés. N’y aurait-il donc pas moyen de faire des drames qu i représenteraient la vie réelle, et qui n’en seraient pas moins intéressans, puisque les situations qu’ils peindraient, calquées sur ce qui arrive, ont eu une influence si douce ou si terrible sur ceux qui en ont fourni le croquis ? Sans doute cela se peut, ma is ce serait grand hasard qu’un pareil tableau pût se restreindre ou s’élargir aux proportions du cadre théâtral. Un portrait de famille n’est ressemblant qu’à la condi tion d’être flatté. La tragédie et la comédie sont pour l’espèce humaine des portraits de famille. Ces réflexions n’ont pas pour but de justifier les ouvrages que je livre au public, elles les ont inspirés. Ne faisant des vers, comme je l’ai dit, que par distraction, ne composant que pour moi, sans préoccupation aucune, je combinais mes plans avec toute latitude ; j’écrivais d’autant plus facilemen t que je n’avais que des idées à rendre, et aucune invraisemblance à sauver. Peu sou cieux de savoir si mon drame ne serait ni trop long ni trop court pour une soirée, j’évitais ainsi le travail des Procustes littéraires ; je n’étais pas obligé d’ajouterun amour, d’alongerune reconnaissance,ou d’étranglerune situation pour énique.que l’œuvre s’ajustât exactement au patron sc Mon seul besoin était d’être vrai ; mais je puis bi en avouer que c’était un grand plaisir pour moi quand, relisant ces actes décousus, sans p roportion entre eux, et dont quelques uns n’ont pas la longueur des scènes les p lus courtes, je croyais m’apercevoir qu’à force de vérité j’étais intéressa nt, et que mes constructions éparses présentaient une certaine régularité d’ensemble. Je ne pensais pas cependant que ces pièces dussent être imprimées, du moins de sitôt ; j’en faisais quelques lectures, j’en donnai s de rares copies, et cette publicité, restreinte dans le cercle de mes plus intimes amis, suffisait à mon ambition ; mais j’appris que M. Edgar Quinet venait de publier un o uvrage intituléProméthée, et mon journal me prouvait qu’il avait quelque analogie av ec celui que j’ai composé sous le même titre. Je craignis d’être accusé de plagiat, q uand, plus tard, j’aurais retouché mon drame, et que je me déciderais à le publier. C’ est une accusation bien honteuse que celle de plagiat, surtout quand on ne la rachèt e pas par un mérite éminent. J’en conclus qu’il fallait absolument imprimer mes vers tels quels, à tout risque, et je choisis dans mon portefeuille ceux qui me parurent les moins indignes de voir le jour. Le public leur fera-t-il bon accueil ? Je n’essaier ai pas de le deviner. Les choses d’art sont rarement comprises, disent les artistes. Cela est possible, mais je crois plutôt qu’elles le sont trop bien. Il y a de l’amou r paternel dans la suffisance des auteurs. Pour les apprécier au gré de leur espéranc e, il faudrait que le lecteur s’extasiât sur chaque hémistiche ; et c’est beau, c oup exiger. Mais depuis que fort heureusement Athalie a été sifflée à sa naissance, il n’y a plus de chute qui puisse prouver à un poète que le public a raison contre lu i.
LE COMTE DA SILVA.
NOMS DES PERSONNAGES
F. DOMINGO, inquisiteur.
RACINE, fils de Louis Racine.
UN CHIRURGIEN.
LE BOURREAU DE L’INQUISITION.
UN CHEF DE PATROUILLE.
AGATHE DA SILVA, fille du comte, mariée secrètement à Racine.
PAQUITA, sa camériste.
VALETS, ALGUASILS.
PRÉFACE
L’homme est bien grand quand on le voit dans l’exer cice de son génie aux prises avec la nature, étudiant ses lois pour s’aider des unes à combattre les autres, suspendant ou précipitant à son gré la course des f leuves, arrachant du sein de la terre avec une corde d’un pouce de diamètre des mon ceaux de pierres énormes et les lançant dans les cieux... mais comme il devient pet it quand la nature se raidissant contre ses vains efforts le force à plier sous les lois éternelles, et d’une secousse l’écrase sous les ruines des monumens qu’il contemp lait avec orgueil ! er Le tremblement de terre qui, le 1 novembre 1755, fit périr à Lisbonne en quelques minutes plus de 50,000 personnes, détruisit tous le s édifices importans et le quart des habitations particulières, est un de ces évènemens qui serrent le cœur et font faire de bien sérieuses, de bien tristes réflexions sur je s ort de l’humanité. L’Europe avait alors à foison savans et poètes. Sav ans et poètes s’escrimèrent ; mais dans cette lutte la palme resta aux savans. Il leur fut facile d’expliquer ce que nul n’aurait pu prévoir, et l’honneur des académies fut sauvé. Les poètes, au contraire, et Voltaire était pourtan t du nombre, restèrent infiniment au dessous de la grande catastrophe dont ils essayèren t de s’inspirer. C’est qu’alors la philosophie du siècle avait déjà porté ses fruits, c’est qu’en rendant à l’esprit humain le service de conspuer les vieux préjugés, elle n’avai t eu ni la sagesse ni le temps de réparer les brèches faites à la morale. — C’est un imposant et effrayant spectacle qu’une éruption de volcan ; mais quiconque, en le c onsidérant, s’isole du sentiment religieux, sera contraint de se traîner sur les pas de Virgile et de Buffon, et n’approchera ni des beaux vers de Virgile, ni de la belle prose de Buffon. La faiblesse des poètes qui ont chanté le trembleme nt de terre de Lisbonne est d’autant plus déplorable, qu’un malheur isolé dans ce vaste malheur pouvait suffire seul à échauffer leur veine : le petit-fils du gran d Racine était une des victimes ! Ces réfléxions expliquent clairement comment j’ai é té amené à traiter ce sujet. Il était si facile de faire autrement que les autres, que j’ai dû penser qu’il serait possible de faire mieux. Il ne m’appartient pas de décider s i j’y ai réussi. Voici donc ce qu’il y a d’historique dans mon drame . 1° La date ; 2° La mort de Racine ; 3° Quelques détails de l’évènement, puisés dans une lettre extraite des Transactions philosophiques. Si l’on estime que le dénouement se prolonge trop, je répondrai qu’il se prolongea bien plus long-temps encore pour les pauvres habita ns de Lisbonne, puisqu’il dura depuis neuf heures quarante minutes du matin jusqu’ à midi, et qu’ils comptèrent vingt-deux secousses. Je ne l’ai pas non plus abrégé de b eaucoup, car il parait que le bâtiment de l’inquisition fut renversé le premier. Cette circonstance peut sembler douteuse, car est un zélé Anglican qui la remarque ; mais elle cadrait trop bien avec ma fable pour que je négligeasse de m’en appuyer. On trouvera peut-être le personnage de F. Domingo p ar trop odieux ; mais, qu’on y réfléchisse, c’est letartufe Portugais amoureux,mots qui disent beaucoup par trois leur réunion. Au reste, ceux qui ont vu le Portugal ne me feront sans doute pas ce reproche, et ceux qui ont étudié la littérature dra matique de la Péninsule seraient plutôt, je pense, disposés à m’accuser de n’avoir i nventé aucun de mes ressorts.
LISBONNE EN 1755
SCÈNE I
31 OCTOBRE
(Le théâtre représente la chambre d’Agathe da Silva.)
F. DOMINGO ET AGATHE.
F. DOMINGO. Hé bien ? AGATHE. Frai Domingo, je vous crois ; mais hélas ! Comment puis-je l’aimer ? je ne le connais pas. Je ne l’ai vu qu’un jour. F. DOMINGO. L’époux qu’on vous destine Des plus nobles parens tire son origine ; Il descend d’Albuquerque, et ce héros fameux D’une gloire sans tache entoure ses neveux. Le duc de Los Arcos... AGATHE. C’est un grand nom sans doute, Mais, l’oserai-je dire ? à mon âge on redoute Un nœud... le mariage est... F. DOMINGO. C’est un sacrement, Et si vous en parlez, parlez-en dignement. Vous avez perdu jeune une excellente mère ; Affreux malheur pour vous !.. je sais que votre père Avec les plus grands soins vous a fait élever ; Mais, et sur ce point-là je ne puis l’approuver, Il s’est plus occupé de l’esprit que de l’ame. Vous avez beaucoup lu, trop lu pour une femme. « Former aux bonnes mœurs l’esprit de ses enfans Faire aller son ménage, avoir l’œil sur ses gens... » AGATHE. J’ai cru que vous alliez me citer quelque père. Depuis quand prenez-vous vos textes dans Molière ? F. DOMINGO, souriant. Du jour où je devins directeur d’une Agnès Qui n’admire et ne lit que des romans français. AGATHE, souriant aussi.