En mangeant, en écrivant
149 pages
Français

En mangeant, en écrivant

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149 pages
Français

Description

Cet essai présente de façon ludique et personnelle les rapports qu'entretiennent la littérature et la gastronomie à travers quatre grands romans de la littérature européenne. Il opère ensuite un large détour par l'Asie (l'occasion de savourer des romans fondateurs sur le sujet), puis par l'histoire, la mythologie, la peinture, la photographie, la critique gastronomique et les contes, pour se pencher enfin sur les formes actuelles d'écriture des recettes de cuisine. Une tentative de mettre en appétit les lecteurs pour des lectures et des repas à venir...

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Date de parution 17 décembre 2020
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EAN13 9782140166365
Langue Français
Poids de l'ouvrage 3 Mo

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Exrait

V é r o n i q u eM u o n
En mangeant,enécrivant Des mets en mots
Espaces Littéraires
Espaces Littéraires Collection fondée par Maguy Albet Cette collection est consacrée à la publication d’œuvres de recherche universitaire dans le domaine des études littéraires. Privilégiant la littérature contemporaine, elle est ouverte à toutes les aires culturelles. Dernières parutions Jean-Charles HUCHET,La joie haineuse. Le moment pamphlétaire de Louis-Ferdinand Céline, 2020. Gérard BERTOLINI,L’écriture, une déjection ?,2020. Marie-France DESERABLE-ADAM,L’Orgie sadienne ou Les Plaisirs de la grammaire,2020. Aline CHARLES,Écrire le voile, Réponses aux discours coloniaux et patriarcaux dans les œuvres d’Évelyne Accad et Assia Djebar, 2020. Alain MOREEWS,Virginia Woolf. Une courageuse traversée, 2020. Jean-Valère BALDACCHINO,Mauriac et Camus, prix Nobel de littérature, 2020.Marie-Antoinette BISSAY,À la découverte des espaces de Vassili Golovanov entreÉloge des voyages insensésetEspace et labyrinthes, 2019. Annick GENDRE (dir.),Polyphonies littéraires francophones transcontinentales, Frontières, fronts tierces ?,2019. Maurice WEYEMBERGH,Littérature et terreur, 2019.Boubakary DIAKITÉ,Écritures et désécriture dans les romans africains,2019. Elena FERNÁNDEZ-MIRANDA,Les fantasmes d’Apollinaire, 2019. Michèle FINCK et Yves-Michel ERGAL (dir.),Anise Koltz l'inapaisée, La poésie entre les langues, 2019. Laurent POLIQUIN,Les foudres du silence. L’estomac fragile de la littérature francophone au Canada, 2019. Robert TIRVAUDEY,La poétique de Roberto Juarroz,2019.
Véronique Muon En mangeant, en écrivant Des mets en mots
Du même auteur Collectif :Exil, Mémoire, Migration, Textes réunis et présentés par Mustapha Bencheikh et Yves Geffroy, Université internationale de Rabat, Rabat, 2017. Collectif :Les infortunes de l’identité culturelle, Textes réunis et présentés par Mustapha Bencheikh, Université internationale de Rabat, Rabat, 2015. © L’Harmattan, 2020 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.editions-harmattan.fr ISBN : 978-2-343-21299-9 EAN : 9782343212999
Sommaire Introduction........................................................................ 7 Le bal des saveurs .............................................................. 9 La gastronomie, son objet et les tendances actuelles ....... 15 La gastronomie est-elle soluble dans la nature ? ............. 17 Du côté de l’Asie, la Chine : manger au naturel, manger en société.......................................................................... 23 Ce que « manger sa faim » veut dire : parenthèse pour réfléchir au sens des mots ................................................ 29 Retour aux obligations mondaines et aux fastes de l’empereur de Chine / Retour à Proust............................. 47 Retour à Giono et à Cézanne : célébration de la nature ... 51 Han Kang :La végétarienneou une célébration de la nature mortifère................................................................ 55 Les interdits alimentaires dans la religion et la mythologie 59 Charles-Ferdinand Ramuz ou le goût de la modération... 65 Entre deux mondes : Zola ou la nourriture comme marqueur social de ses romans ........................................ 71 Ce que nous dit la gastronomie aujourd’hui .................... 79 Bande dessinée et gastronomie ........................................ 89 Romans policiers et gastronomie ..................................... 95 Contes et gastronomie...................................................... 99 Cartes postales gourmandes ........................................... 101 Autres littératures sur la gastronomie : les livres de cuisine ........................................................ 105 Du côté d’internet, de la télévision et de la radio ......... 113
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Dans la presse, existe-t-il encore des critiques gastronomes ?................................................................. 121 Hommage à Wolfram Siebeck De l’usage des mots en cuisine ...................................... 127 En guise de conclusion / Les mots de la bouche............ 131
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On assiste aujourd’hui avec le foisonnement des écrits sur la cuisine au développement d’un genre nouveau qui se démarque de la critique gastronomique pour revêtir les habits de la Bande dessinée, du récit graphique ou du livre d’art. Le roman et la nouvelle ne sont pas en reste et mêlent souvent en des récits facétieux bonne chère et sentiments amoureux. Les maisons d’édition elles-mêmes développent de nouvelles collections savoureuses. Le discours sur la cuisine a de tout temps existé mais la façon de s’emparer du sujet a sensiblement changé. Chez Proust écrire sur la cuisine et le rituel du repas signifiait de manière limpide écrire sur la société de son temps : l’écriture s’insérait dans un art du portrait vif et mordant sans ambition gastronomique.
Si l’on retrouve ce motif décapant et cynique dans des romans contemporains, comme dansLe Cuisinier de Martin Suter, on note un certain détachement introspectif vis-à-vis de la cuisine contrebalancé par le souci de décrire la recette. Le temps de la description se fond dans le motif, le décor final (le plat) se donne à voir banalement comme le résultat de l’accomplissement d’une recette de cuisine.
Ce qui nous intéresse dans cet art de l’écriture sur la nourriture, c’est le temps auquel il se rapporte, l’espace et l’objet qu’il sert (étude sociétale chez Proust, « Nature morte » chez Giono, « portrait de famille » chez Charles-Ferdinand Ramuz). Ainsi, les ingrédients d’une nourriture romanesque, nature, mondanités, rituels de la vie en société composent un tableau servi par quatre extraits de roman.
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Le bal des saveurs
Qui saurait retrouver les auteurs de ces extraits bien différents dans le style mais pas dans le propos ?
Un indicateur : le niveau de difficulté. Ici, pas évident de trouver. Un indice : nous nous trouvons en pleine nature auprès d’un écrivain qui célèbre la Provence.
« Les rôtis étaient lourds et juteux et, au premier coup de couteau, ils s’écrasèrent. La sauce était comme du bronze, avec des reflets dorés et, chaque fois qu’on la remuait à la cuiller, on faisait émerger des lardons, ou la boue verdâtre du farci, ou des plaques de jeune lard encore rose. La chair du chevreau se déchira et elle se montra 1 laiteuse en dedans, fumante avec ses jus clairs. »
Là, presque une évidence à la lecture des noms propres :
« - Qu’est-ce que c’est que cette chose si jolie de ton que nous mangeons ? demanda Ski.
- Cela s’appelle de la mousse à la fraise, dit Mme Verdurin.
- Mais c’est ra-vis-sant. Il faudrait faire déboucher des bouteilles de Château-Margaux, de Château-Lafite, de 2 Porto.»
Je donne ma langue au chat :
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Un auteur qui fait penser à Giono pour son amour de la nature et des Alpes suisses en particulier :
«On mangea d’abord un potage au tapioca. Ensuite, on apporta la truite ; c’était une truite saumonée, de celles qui ont de petits points rouges et une chair ferme et très blanche. Elle avait cinquante centimètres de long…
Des poulets étaient survenus, accompagnés d’une salade de laitue et de pommes de terre dorées ; on déboucha 3 d’autres bouteilles...»
Un grand classique de la littérature française qu’on a du mal à « lâcher » quand on aborde «la Fortune des Rougon Macquart» :
«! Oui, on s’en flanqua une bosse Ah, nom de Dieu ! Quand on y est, on y est, n’est-ce pas ? Et si l’on ne se paie qu’un gueuleton par-ci par-là, on serait joliment godiche de ne pas s’en fourrer jusqu’aux oreilles. Vrai, on voyait les bedons se gonfler au fur et à mesure.
[…]
La bouche ouverte, le menton barbouillé de graisse, ils avaient des faces pareilles à des derrières, et si rouges, qu’on aurait dit des derrières de gens riches, crevant de 4 prospérité.»
Le premier texte est extrait du roman de Jean GionoQue ma joie demeure. Il y est question d’un repas champêtre partagé par des convives ayant des relations de voisinage. Chacun est désigné par son prénom, dans un rapport de
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