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Essais poétiques - Suivi par Le Démon, récit oriental

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234 pages

J’aime, les yeux fixés sur cette mer immense,

Entendre, tout pensif,

Le murmure d’un flot, qui toujours recommence

Son chant contre un récif.

Les eaux d’une autre mer pour moi seraient muettes,

Sans soupirs et sans voix ;

Mais ici, les flots bleus sont les purs interprètes

Des rêves d’autrefois.

Chaque flot radieux me rappelle une histoire.

Souvenir effacé,

Qui, renaissant soudain au fond de ma mémoire,

Me parle du passé.

Fruit d’une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.


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S. de Biram

Essais poétiques

Suivi par Le Démon, récit oriental

ESSAIS POÉTIQUE

Rêverie

J’aime, les yeux fixés sur cette mer immense,

Entendre, tout pensif,

Le murmure d’un flot, qui toujours recommence

Son chant contre un récif.

 

Les eaux d’une autre mer pour moi seraient muettes,

Sans soupirs et sans voix ;

Mais ici, les flots bleus sont les purs interprètes

Des rêves d’autrefois.

 

Chaque flot radieux me rappelle une histoire.

Souvenir effacé,

Qui, renaissant soudain au fond de ma mémoire,

Me parle du passé.

Odessa, Janvier 1873.

*
**

Soupir

Ainsi tout ce qui naît, nait hélas pour souffrir :
Le lys pour s’effeuiller et l’enfant pour mourir !

Odessa. Septembre 1873.

*
**

La Sirène

Lorsque, par un beau clair de lune.
Le doux zéphir passait sans bruit :
Lorsque la mer baisait la dune
Sous l’œil enchanté de la nuit ;

 

Sur les flots de la mer sereine,
Qui chantait avec majesté,
Glissait, rapide, une sirène
Dans tout l’éclat de sa beauté.

 

Elle nageait, belle et furtive ;
Le vent baisait ses longs cheveux,
Et l’on entendait sur la rive
Ses chants tristes et douloureux ;

 

Et sa voix avait tant de charmes,
Que les oiseaux des vastes mers
Suspendaient le chant plein de larmes,
Qu’ils murmuraient aux flots amers.

 

Un chevalier sur le rivage
Passait, solitaire et pensif ;
Il entrevit sa belle image
Dans les flots bleus, près d’un récif ;

 

Il entendit sa voix touchante,
Cette voix qui parlait au cœur ;
Il dit, tout ému : — « Ma charmante,
Suspends l’hymne de ta douleur.

 

Tu dois sourire à l’espérance...
Tout cède au joug de la beauté :
Tu verras passer la souffrance,
Le malheur s’enfuira dompté ! »

 

 — Chevalier, je dois à cette heure
Souffrir et me désespérer :
Si tu savais pourquoi je pleure,
Oh ! tu me laisserais pleurer !

 

Près de cette roche enchaînée
Hélas ! par un cruel tyran,
Comme une pauvre fleur fanée,
Je meurs sous un joug écrasant ! »

 

 — Oh ! crois encore à l’espérance...
Ton tyran, je vais le braver,
Car, sirène, la Providence
Arme mon bras pour te sauver ! »

 

Il dit, et dans les flots s’élance.
La brise soupire et gémit ;
L’orage menace et s’avance :
Sous son souffle, la mer frémit.

 

Le chevalier avec courage
Avance dans les flots grondants,
Qui soulèvent, tout pleins de rage.
Leurs fronts livides et tremblants.

 

Et sur la mer l’orage gronde ;
L’éclair brille à travers la nuit ;
L’obscurité, noire et profonde,
Est pleine d’un sinistre bruit.

 

Et la sirène au beau visage
S’enfonce alors dans le flot noir...
Le chevalier, loin du rivage,
Se sent en proie au désespoir.

 

«  — O sirène ! il faut que tu chantes !..
Tu disparais à mes regards ;
Peut-être tes plaintes touchantes
Me guideront dans les brouillards ! »

 

Mais au loin sur la mer profonde,
Malgré ses appels déchirants,
Pas une voix qui lui réponde
Dans la fureur des éléments !

 

Il nage, et bientôt il se lasse :
Il lutte en vain contre la mort :
Dans ses vagues, la mer l’enlace
Et sur le sable, elle l’endort...

 

Le chevalier sur le rivage
Fut retrouvé vers le matin,
Et le flot redit a la plage
Ce qu’il chantait dans le lointain

Odessa Octobre 1873

*
**

Les Ruines

Sur le bord de la mer, des ruines antiques,
Aux vieux murs crevassés, aux chancelants portiques,

Se penchent sur les eaux ;

Les balcons découpés sont couronnés de lierre :
Le silence est rompu sous les voûtes de pierre.

Par le cri des oiseaux.

 

Le temps, le temps lui seul, au sommet des murailles,
Fait tomber chaque jour, sous ses rudes entailles,

Sculptures et festons ;

Et la grise araignée, en ces lieux de mystères,
A pendu sa dentelle aux créneaux solitaires,

Ainsi qu’aux vieux frontons.

 

Demeure féodale, immobile et muette,
Tu fais sur tes débris méditer le poète

Qui, dans les temps passés,

Cherche toujours en vain ta ténébreuse histoire...
Le nom de ton seigneur, ses combats, sa victoire,

Resteront effacés !

 

Car, seuls, de l’ancien temps vous savez les mystères.
Vous seuls de ses secrets êtes dépositaires,

Créneaux, murs écroulés !

Vous êtes restés seuls, parmi les grands mélèzes,
Muets révélateurs, au sommet des falaises,

Des siècles écoulés !

Odessa, Novembre 1873.

*
**

Aux Cloches d’une Église

Pensif, j’aime écouter votre voix solennelle
Qui nous parle souvent de la vie éternelle,

Du bonheur des élus,

Détachant mes regards de ces blancs mausolées,
Je cherche dans l’azur les âmes consolées

De ceux qui ne sont plus !

Odessa, Novembre 1873.

*
**

Dolor

Le présent est bien triste et l’avenir bien sombre,
Et si peut-être, un jour, l’horizon nous sourit,
L’implacable douleur aura jeté son ombre,

Hélas ! sur notre esprit !

 

Nous portons tous au front le sceau de la souffrance ;
Notre âme est chaque jour le jouet du malheur...
A l’abeille le miel, aux flots la transparence,

A l’homme... la douleur !

Odessa, Mai 1874.

Au Bord de la Mer

C’était le soir ; j’écoutais, tout pensif,
La voix des flots, qui jetaient au récif

Leur blanche écume ;

Et je songeais à cet heureux passé
Qui s’effaçant dans mon cœur n’a laissé

Que l’amertume !

 

Et j’appelais, les yeux remplis de pleurs,
Ceux qui sont morts, échappant aux douleurs

De cette terre...

Je n’ai connu, disais-je contristé,
Depuis le jour où vous m’avez quitté.

Que la misère !

 

Et je pleurais !... Le ciel riant et pur
Avec la mer confondait son azur,

Sa transparence ;

De grands oiseaux vers la terre volaient
Et, me voyant, craintifs ils se troublaient

De ma présence !

 

Que peuvent faire aux beaux cieux infinis,
Aux rochers froids, aux flots calmes, unis,

Comme à la plaine ;

Que peuvent faire à cette immensité
Luttes, chagrins, cris d’un cœur attristé.

Douleur humaine !

Odessa Août 1874

*
**

La Voix des Flots

Soupirs entrecoupés, plainte indéfinissable,
Murmure de la mer qui se meurt sur le sable,

Que vous faites rêver !

L’homme en vain croit saisir des paroles confuses :
Il commence les mots avec vos voix diffuses...

Et ne peut achever1

 

Peut-être que la mer, la mer bleue et profonde,
Apporte avec le bruit et l’azur de son onde,

Le cri des matelots ;

Peut-être le zéphyr, sur les vagues sereines.
Nous amène le chant, le rire des sirènes

Qui passent sur les flots !

 

Peut-être que la mer, se brisant au rivage,
Raconte au ciel sans fin et sa grandeur sauvage,

Et sa sérénité !

Et peut-être dit-elle, avec ses voix austères,
Tout ce que ses flots bleus recèlent de mystères

Dans leur immensité !

 

Peut-être est-ce un baiser tout rempli de tendresse
Qu’elle jette à la terre, ainsi que la caresse,

De ses flots écumeux ;

Peut-être est-ce l’écho d’un chant lent, monotone,
Que murmure en passant le triste oiseau d’automne

A l’horizon brumeux !...

 

Soupirs entrecoupés, plainte indéfinissable,
Murmure de la mer qui se meurt sur le sable,

Que vous faites rêver !

L’homme en vain croit saisir des paroles confuses :
Il commence les mots avec vos voix diffuses...

Et ne peut achever !

Odessa. Août 1874

*
**

Le Lys

Sur le bord d’un chemin, et dans sa beauté fière,
Se dressait un lys blanc sur l’herbe d’un beau vert.
Et le zéphyr baisait son calice entr’ouvert ;
Le soir il s’effeuilla, flétri par la poussière :
Le lys, pour être blanc, doit fleurir au désert.

Odessa, Août 1874.

*
**

Le Printemps

La rose va s’ouvrir, le ciel profond est pur,
L’oiseau du frais bosquet chante dans le feuillage,
Et les flots transparents de l’océan d’azur
S’avancent tour à tour pour caresser la plage.

 

L’air est tout parfumé, les beaux jours vont venir :
Ah ! qu’il est beau le monde aux yeux de l’espérance !...
La fleur vit dans les champs, je vis dans l’avenir ;
Elle rit de l’hiver, et moi, de la souffrance !

 

Lorsque j’étais enfant, j’ai souri, j’ai chanté ;
Je suis femme aujourd’hui, j’aime, je suis aimée,
Et le passé joyeux, l’avenir enchanté,
Confondent leur bonheur en mon âme charmée !

Odessa. Septembre 1874.

*
**

Mes Pensées

Sous mon front, mes pensées,
Torrent tumultueux,
S’amassent plus pressées
Que les eaux entassées
D’un fleuve impétueux !

 

Mon âme, qui fermente
En mon esprit troublé,
Soupire et se lamente,
Ainsi que la tourmente
Sur le roc éboulé.

 

C’est en vain que je sonde
Ce chaos, si mouvant
Qu’on le prendrait pour l’onde.
Et changeante, et profonde,
Que soulève le vent1

 

En inclinant la tète,
J’écoute avec terreur
La voix de la tempète,
Qui gronde et qui s’apprête
Dans le fond de mon coeur !

 

Au calme en vain j’aspire :
Je suis si fatigué !...
La poésie inspire
Et. puissante, elle attire
Mon esprit subjugué1

Odessa. Octobre 1974.

*
**

A l’Inspiration

Enlève, enlève-moi, pure Inspiration,
A ce monde où, mon Dieu, la douleur prend racine !
Remplis mon cœur d’amour et d’admiration
Pour toute chose grande, immortelle et divine !

 

Oh ! transport idéal, plein de ravissements,
Enlève mon esprit, sur tes ailes de flammes,
Plus haut que les soleils et les bleus firmaments,
Dans la sphère éthérée où s’épurent les âmes !

 

Laisse-moi m’abreuver à ton fleuve de feu,
Qui roule incessamment et qui parfois inonde
De son flot éternel, fait du souffle de Dieu,
Ce coin obscur et froid qui pour nous est le monde !

Odessa. Novembre 1874.

*
**

A Madame Ackermann,

Sur ta lèvre tremblante, oh ! retiens ta parole !
Ne dis pas au bonheur un éternel adieu :
Il est encor quelqu’un qui soutient et console
Quand tout manque ici-bas... et cet être, c’est Dieu !