//img.uscri.be/pth/a16525209480954e71df1fdd35ee29404c6ca7ab
Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 3,99 € Lire un extrait

Téléchargement

Format(s) : EPUB - MOBI

sans DRM

Et plane la mort

De
264 pages

Cole et Steve n'auraient jamais dû se rencontrer. Après tout, qu'ont en commun un juriste au chômage, contraint au porte-à-porte, et un détective privé à la dérive ? Pas grand-chose. Le destin les réunit pourtant lorsque Benjamin Everett demande à Steve d'enquêter sur la mort de son meilleur ami, Dan Halden, ex-star montante du show-biz.

Luttant contre cette attraction aussi soudaine qu’inattendue, les deux hommes devront se frotter au passé sulfureux de Dan. Drogue, porno, chantage, ce dernier ne semblait pas près de s'acheter une conduite. S'agit-il alors d'un suicide, ainsi qu'en a conclu l'enquête de police, ou Dan cachait-il d'autres secrets ? De mortels secrets ?


Voir plus Voir moins

Vous aimerez aussi

David Lange
Et plane la mort
Mix Editions
© Mix Editions – Collection Mixed 2016, tous droits réservés.
© Couverture : Jay Aheer
N° ISBN : 978-2-37521-030-7
Dépôt légal : novembre 2016
Date de parution : novembre 2016
Mix Editions :
Impasse des Mares, 76970 Grémonville
Site Internet : www.mix-editions.fr
CHAPITRE 1
Préoccupé par ses échecs de la matinée, Cole Davano s’abritait à l’ombre de la devanture d’un prestigieux building. Le bâtiment situé dans le quartier des affaires de Los Angeles accueillait un cabinet d’avocats auquel il venait de soumettre une candidature spontanée. Il avait bien tenté de s’adresser direct ement à l’un des associés, mais la secrétaire l’avait courtoisement congédié tout en a lertant d’un coup d’œil le gardien. Devant son expression intraitable, il n’avait pas o sé argumenter davantage quant à sa motivation.
La crise n’épargnait aucun secteur d’activité, et Cole s’était vu récemment remercié par le précédent cabinet qui l’employait.
Juriste de formation, le jeune homme devait à tout prix retrouver du travail. Qu’importe la fonction.
Mais avant de reprendre son périple de porte-à-porte, il vérifia son apparence dans la surface vitrée du gratte-ciel. En temps normal, il n’avait aucun mal à faire bonne impression, mais après des heures de marche dans les jambes sous cette chaleur, il avait sans doute perdu un peu de sa fraîcheur. Il ajusta sa cravate et lissa machinalement les pans de la veste sombre qu’il portait sur une chemise bleu ciel. Il examina les marques de fatigue qui tendaient ses traits juvéniles. Il comm ençait à ressentir les effets de la température infernale de la cité des anges. Heureus ement, son regard marron restait encore vif sous ses sourcils broussailleux. Il term ina son inspection en recoiffant rapidement ses cheveux châtains et il reprit la rou te. Il n’avait pas une minute à perdre, c’était bientôt l’heure du déjeuner.
Il pressa le pas et tourna au bas d’une rue qui abr itait des bâtiments de moindre importance. Cole s’arrêta au pied d’un immeuble et lut le panneau qui présentait les différents locataires – un curieux mélange de profe ssions – du dentiste en passant par l’architecte, et… une agence de détective privé.
« Marshall Investigation ». Deuxième étage.
L’idée qui germa dans son esprit le fit sourire. Il pourrait peut-être étendre ses démarches à d’autres domaines d’activité. Et pourqu oi pas ? Il devait bien y avoir des tâches administratives. Et la paperasse, ça le connaissait !
Décidé à tenter sa chance, Cole emprunta les escaliers et, une fois arrivé sur le palier, suivit les panneaux. Il longea le corridor et se posta devant une porte vert foncé où figurait le nom du détective. Il frappa et patienta, fantasmant tel un gamin sur ce métier trépidant.
Mais Cole revint très vite à ses vingt-huit ans, à la précarité de sa situation, et toqua une nouvelle fois. Il n’était pas là pour rêvasser.Et surtout pas pour perdre son temps, songea-t-il un quart d’heure plus tard en regrettant d’avoir fait le guet.
Le détective Marshall devait être en pleine filature. Quant à lui, il devait reprendre sa recherche d’emploi et dénicher le job qui lui perme ttrait de gagner son indépendance.
Vivre avec sa mère n’était pas dérangeant en soi, m ais il devait quitter le nid pour construire sa vie.
Cole sortit de sa serviette un exemplaire de son CV , décidé à le glisser sous la porte, quand un homme apparut.
Brun au physique athlétique, il s’avançait vers lui, le nez plongé dans son courrier. Le polo bleu marine qu’il portait soulignait ses larges épaules et révélait de beaux biceps. Et le treillis sable qui moulait ses cuisses puissante s renforçait l’impression d’action qu’il dégageait.
Il devait s’agir du détective !
— Bonjour, fit l’homme en l’apercevant.
Son salut était ferme, quasi militaire.
— Bonjour. Vous êtes le détective Marshall ?
— C’est bien moi. Je peux faire quelque chose pour vous ?
— Cole Davano.
L’homme qui le dépassait d’une bonne tête lui serra la main et Cole ressentit une curieuse chaleur. La beauté virile du détective ave c ses yeux gris vert n’y était certainement pas étrangère.
— Je souhaiterais m’entretenir avec vous, dit-il en revenant à la raison de sa présence.
Le détective sortit ses clés, ouvrit la porte et l’invita à entrer.
L’agence n’avait rien emprunté aux décors des vieux films en noir et blanc avec des raies de lumières filtrées par des stores vénitiens. Moderne, elle s’agençait autour d’une porte fermée. Cole supposa qu’il s’agissait du bureau personnel du détective. De chaque côté, l’accueil et une petite salle d’attente se pa rtageaient l’espace en plus d’un discret coin-cuisine.
— En quoi puis-je vous aider ?
— J’aimerais vous proposer mes services.
— Me proposer vos services ? demanda le détective en posant son courrier.
— Je suis à la recherche d’un emploi et je souhaite postuler chez vous, dit Cole en lui donnant son CV.
Le détective parcourut la feuille en silence.
— Vous êtes fiscaliste, émit-il.
— Oui, je sais que je ne suis pas au bon endroit, b redouilla Cole. Mais je frappe pour ainsi dire à toutes les portes.
— Navré, je ne suis pas à la recherche d’employés.
— Si c’est une question de salaire, je ne demande rien.
— Êtes-vous certain de savoir comment fonctionne le monde du travail ?
— Je dois éviter de longues périodes d’inactivité.
— Je vous comprends, mais je n’ai rien à vous proposer.
Cole lorgna sur le bureau encombré.
— J’ai congédié mon assistante. Je n’ai en vérité besoin de personne, dit le détective.
— Il faut bien que quelqu’un accueille les clients.
— Je m’en charge. Tenez, ça vous évitera de faire u ne copie, fit-il en lui rendant son CV.
— Pouvez-vous le garder ? Si jamais un de vos clients était un avocat…
Le détective le fixa un moment et il se sentit pass é au crible. Cette attitude l’intimida, mais Cole tenta de ne pas se trahir en soutenant son regard – incroyable.
— Si vous le souhaitez, conclut l’homme.
Cole réprima un soupir mais déjà son rythme cardiaque se stabilisait.
Exercice stressant, l’entretien d’embauche se révélait difficile à cause de son humilité naturelle. Il n’était en rien un commercial quand il s’agissait de se vendre. Par moment, il regrettait de ne pas être un requin, de faire preuve d’un peu de dépassement de soi.
Il manquait de ténacité. Ce qui expliquait sans doute sa situation.
Il s’en voulut de ne pas avoir été capable de conva incre Steve Marshall. En même temps, il n’avait rien fait pour ça. Sans compter l’attitude du privé qui l’avait déstabilisé. Il possédait une aura qui vous poussait au silence. Ce non-entretien se hissait au top de sa liste de refus.
La posture inébranlable du détective poussa Cole à prendre le chemin de la sortie. Il appliquerait ce qu’il venait de réaliser une autre fois, en présence de quelqu’un de moins hermétique.
— Cole.
Une lueur d’espoir le gagna. Le refus n’était peut-être pas si catégorique que ça.
— Oui ?
— Bonne chance dans vos recherches, dit Steve alors que la porte de l’agence s’ouvrait.
— Détective Marshall ?
Cole se retourna sur le jeune homme qui venait d’en trer et eut un hoquet de surprise. D’une certaine manière, il le connaissait.
— Benjamin Everett ? Toutes mes condoléances, dit Cole.
CHAPITRE2
La formule résonna en Steve Marshall tel l’écho lointain d’une douleur qui guettait. Elle s’enroula avec vélocité autour de son cœur, ses anneaux le comprimant. Il tacha de s’en défaire et se présenta au jeune homme. Il devait ga rder pied dans la réalité et non dans les souvenirs qui affluaient.
— Détective Marshall.
— Benjamin Everett.
— Il vous arrive encore de vous présenter ? intervint Cole.
Steve considéra le jeune chômeur et dévisagea le nouvel arrivant. Il lui donnait la petite trentaine et devina à sa tenue qu’il n’était pas sans le sou. Mais ce visage harmonieux au sourire timide ne lui disait strictement rien, à part qu’il devait plaire.
— En quoi puis-je vous aider, monsieur Everett ?
— J’aimerais m’entretenir avec vous d’une affaire.
— Passez dans mon bureau, dit-il en l’accompagnant. Je vous rejoins dans une minute.
Steve revint vers Cole visiblement enthousiasmé par cette brève rencontre. La lueur dans son regard lui rappela sa sœur. L’étau dans sa poitrine se resserra.
— Monsieur Davano. Je vous souhaite une bonne journée.
Il posa une main ferme sur son épaule, un geste engageant.
— Bonne journée, monsieur Marshall. Et merci encore.
Il n’avait pourtant rien fait. Sa politesse le surpris et le toucha.
Cole représentait cette génération de diplômés laissée pour compte dans une société en crise où l’emploi n’était en rien garanti. Il év ita de regarder le bureau d’accueil noyé sous une tonne de fatras.
Il aurait peut-être dû faire l’effort de le recevoir. Pour la forme et pour se donner bonne conscience. Cole s’était déplacé et venait de la périphérie de la ville d’après son CV.
Steve chassa l’empathie qui le gagnait, l’heure n’é tait pas à l’atermoiement. Un client patientait à côté. Il se recentra sur son métier et regagna son bureau.
— Désolé de vous avoir fait attendre.
— Je vous en prie.
— Que puis-je pour vous ? demanda Steve en s’asseyant.
— À vrai dire, je ne suis plus très sûr.
— C’est ce que ressentent la plupart des gens en ve nant ici. Dites-moi ce qui vous amène et je vous dirais si vous êtes au bon endroit.
Steve sourit pour le détendre. La nervosité de Everett ne lui avait pas échappé, le jeune homme triturait ses doigts.
— Je ne sais pas trop, j’ai des doutes quant à ma démarche. La police a fait son travail, mais je ne m’y résous pas. Il est mort depuis bientôt trois mois et j’espère toujours qu’il va m’appeler.
— Qui ?
— Dan, répondit-il, tête baissée.
— Votre ami ?
— Mon meilleur ami, fit-il en relevant des yeux humides. Vous n’avez pas l’air de faire le lien.
— Je suis désolé. Il semblerait que je devrais, mais je ne vois pas.
— Dan Halden.
Ce nom.
Il lui semblait l’avoir entendu plusieurs fois au cours des derniers mois. Mais la période trouble qu’il traversait le coupait du reste du monde. En dehors de ses affaires, Steve se déconnectait de la réalité.
S’il comprenait bien, Dan Halden et ce Benjamin Eve rett jouissaient d’une certaine notoriété. En d’autres termes, une raison supplémentaire pour être passé à côté. L’expert de la famille en matière de célébrités, ce n’était pas lui. Son cœur se serra.
— Toutes mes condoléances, dit-il simplement.
— C’est gentil.
— Vous exprimiez des doutes quant à votre démarche. Quelle est-elle exactement ?
— Vous n’êtes pas sans savoir qu’il a été retrouvé… mort, dit Benjamin d’une voix brisée.
Everett marqua une pause et inspira profondément avant de poursuivre.
— La police a conclu à un accident par overdose, vo ire à un suicide. Sauf que je n’y crois pas, ce n’est pas lui. On parle ici de drogue dure, même pour Dan qui adorait braver les interdits…
— Néanmoins, vous sous-entendez qu’il se droguait.
— Oui. De l’herbe. La coc, il a certainement dû y g oûter. Mais l’Xtrahigh, ça jamais ! affirma Everett, catégorique.
— Vous réfutez donc ces thèses ?
Le jeune homme acquiesça.
— Et que lui est-il arrivé selon vous ?
— Je pense qu’on l’a assassiné !
Sa conviction provoqua chez Steve un imperceptible mouvement de recul.
— La police a pourtant mené son enquête.
— La police se trompe, dit Benjamin en serrant les poings. Ce n’était pas le genre de Dan. Il était loin d’être suicidaire.
— Que voulez-vous dire exactement ?
— Dans cette affaire, quand ils parlent de mort acc identelle, c’est pour que cela soit moins affligeant. Ils n’ont pas trouvé de mots, mais ils restent persuadés qu’il s’est suicidé.
Everett s’arrêta et respira pour retrouver son calme.
— Avec ses antécédents et si je ne le connaissais pas mieux, j’y aurais également cru.
— Quels antécédents ?
— Vous ne voyez pas ? Où étiez-vous ces cinq dernières années ?
Dans un univers parallèle, un monde où elle avait disparu.
Cette pensée silencieuse que Steve ne put retenir f ila dans un coin sombre de son cerveau avec les autres. Il priait pour qu’elles y restent tapies. Sans succès.
— Et si vous éclairiez ma lanterne, répliqua-t-il pour faire distraction.
— Je vous parle de Dan Halden, l’héritier jet-setteur de l’empire hôtelier.
— Je ne suis pas l’actualité people.
— Ce n’est pas plus mal, concéda Everett. J’imagine que sans toute cette célébrité, je ne serais pas là et Dan serait encore en vie.
— Monsieur Everett, qu’attendez-vous de moi exactement ?
— Que vous rouvriez l’enquête.
— Pourtant la police…
— Les autorités n’ont vu que ce qu’elles voulaient !
Animée par le chagrin et la colère, sa voix était montée d’un cran. Une saute d’humeur que Steve reconnaissait pour l’avoir déjà expérimentée dans les mêmes circonstances.
— Je ne voudrais pas vous offenser, mais vous êtes en plein deuil.
— Et je ne cesserai jamais de l’être. Cependant, j’ai les idées claires. Sa mort n’a rien d’accidentel, tout comme il n’a pas attenté à ses jours.
Everett tourna la tête, tenta de maîtriser l’émotion qui le gagnait et se couvrit les yeux quand il s’effondra en sanglots.
Steve resta silencieux. Ce désarroi lui fit remonter le temps.
La mort. Jamais il ne l’avait imaginée pour elle. D éjà petits, lorsqu’il jouait à des aventures imaginaires et qu’elle était blessée, il trouvait toujours une solution pour la soigner. Et quand il lui arrivait de mourir, le scé nario de Steve comportait toujours une scène où il parvenait à la ressusciter. Un breuvage ou une pierre ancestrale aux pouvoirs miraculeux, et elle revenait parmi eux.
Sa mort, il l’avait bravée tant de fois avec un succès insolent, une magie d’enfant.