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Et si brillait le soleil...

De
218 pages
Banwi, ville imaginaire, devient le théâtre d'un drame dans un drame : le dénouement d'une lointaine jalousie amoureuse et le martyre d'un peuple constamment induit en erreur. Tandis qu'entre amour, haine, rivalité et amitié cohabitent Azunta, Nazira, Prince et Armel Zoxo, leur pays souffre d'incessants soubresauts. Ce roman, aux allures de conte politique, pose une véritable question d'ordre moral : dans quelle mesure faut-il avouer ou occulter une vérité ?
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Judicaël-Ulrich Boukanga Serpende
Et si brillait le soleil…
Banwi, ville imaginaire, devient le théâtre d’un drame dans
un drame : le dénouement d’une lointaine jalousie amoureuse,
et le martyre d’un peuple constamment induit en erreur.
En efet, tandis qu’entre amour, haine, rivalité et amitié, Et si brillait
cohabitent Azunta, Nazira, Prince et Armel Zoxo, leur pays
soufre d’incessants soubresauts. À ce spectacle pathétique
assiste, impuissant, l’astre lumineux dont l’éclat est souvent le soleil…
voilé par des vagues de violence.
Ce roman, aux allures de conte politique, met en évidence
l’origine lointaine et parfois banale de confits dont dépend la
destinée d’un peuple : calculs politiques, visées personnelles,
intérêts fnanciers, rivalités amoureuses... Il pose, à travers ce
parcours, une véritable question d’ordre moral : dans quelle
mesure faut-il avouer ou occulter une vérité ?
Judicaël-Ulrich Boukanga Serpende est originaire
de la République centrafricaine. Étudiant en théologie
et en lettres modernes, passionné de littérature africaine,
admirateur d’Ahmadou Kourouma, il publie là sa
première œuvre romanesque.
Photographie de couverture
© Adrian Naik, Kariba Sunset.
Ecrire l’Afrique
ISBN : 978-2-343-04955-7
Ecrire l’Afrique19,50 e
Judicaël-Ulrich Boukanga Serpende
Et si brillait le soleil…






Et si brillait le soleil…
Écrire l’Afrique
Collection dirigée par Denis Pryen

Romans, récits, témoignages littéraires et sociologiques, cette
collection reflète les multiples aspects du quotidien des Africains.


Dernières parutions

Abdoulaye MAMANI, À l’ombre du manguier en pleurs, suivi de
Une faim sans fin, 2014.
Baba HAMA, Les amants de Lerbou, 2014.
Parfait DE THOM ILBOUDO, L’Amante religieuse, 2014.
Mamady KOULIBALY, Le miraculé des bords du fleuve Mano :
Souga, 2014.
Jean-Célestin EDJANGUÉ, La République des sans-souci, 2014.
Casimir Alain NDHONG MBA, Au dire de mes aïeux. Une facette
du passé des Fang du Gabon, 2014.
Darouiche CHAM et Jean EYOUM, Mon continent À Fric, Un essai
à deux voix sur l'attractivité du continent Africain et de sa
jeunesse, 2014.
Marie-Françoise MOULADY-IBOVI, Étonnant ! Kokamwa !, 2014.
Réjean CÔTÉ, Un sorcier africain à Saint-Pie-de-Guire, 2014.
Mamadou DIOP, Rahma, l’école d’une vie, 2014.
Simon DIASOLUA, Entre ciel et terre, Les confidences d’un pilote
de ligne congolais, 2014.
Kasoum HAMANI, Niamey cour commune, 2014.
Roger KAFFO FOKOU, Les cendres du temps, 2014.
Pierre FREHA, Chez les Sénégaulois, 2014.
Patrick BRETON, Cotonou, chien et loup, 2014.
Cikuru BATUMIKE, L’homme qui courait devant sa culpabilité, et
autres nouvelles, 2014.
Mahmoud Bensaïd BAH, Les défis de la démocratie en Guinée,
2014.
Georges ROUARD, Nuit noire à Dôko, 2014.
O. TITY FAYE, La chute de la Révolution. Les derniers complots.
La tourmente, livre III, 2014.
Judicaël-Ulrich Boukanga Serpende




Et si brillait le soleil…




















































© L’Harmattan, 2015
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-04955-7
EAN : 9782343049557
À mon Père et à ma Mère,
À vous dont la vie m’a toujours inspiré,
À mes Frères et Sœurs, vertèbres de ma plume naissante,
À Edmée déjà là-haut,
À mon pays, ma chère Afrique,
Avec ma profonde gratitude, je dédie mon premier roman.
Et je remercie tout particulièrement :
Sœur Claire Marie, Jacqueline et Yves Boulvert, Anne
Banny, François Cordonnier, Bernard Lombard, Marcel
Mboula, Bernard Grek, Jean-François Zibo, mes
professeurs qui m’ont initié à la connaissance et à la
pratique du français, cette belle langue.







PROLOGUE

Triste, bien triste est la vie de cette femme dont la
destinée croisa celle de sa nation.
Je ne suis pas éternel, mais j’ai traversé des âges et des
âges. Je suis omniscient, car d’où je suis, je vois tout,
même ce que vous ne pouvez pas voir. J’ai vu ce pays
naître, puis cette femme. Je les ai vus croître...
Raconter me passionne, et je raconte à ma façon : ce
que je dis n’est ni vrai, ni faux ; authentique par ici, erroné
là-bas ; triste, fastidieux, enfantin, ludique, laudatif,
railleur... c’est ça ! Raconter me rend libre. Il n’y a pas
d’autre endroit où je puisse jouir d’une telle liberté, et me
sentir comme le vent qui souffle où il veut, comme il
veut...
Bon gré mal gré, j’ai décidé d’observer attentivement
ce pays d’où je tire ma substance. C’est là que j’ai été
façonné, modelé. Mon père, ma mère, leurs parents, nos
ancêtres, y ont tous vécu, et ceux qui sont morts y reposent
à jamais. Ne vous méprenez pas : j’ai un corps. Comme
vous je suis mortel, mais je me suis soustrait au pouvoir de
la mort et du temps. Certes, mon corps est semblable au
vôtre : deux petits yeux, un nez vraiment épaté et tous les
organes. Mais je me suis extirpé de ses limites et
propriétés. Cohabitent en moi un corps, et un être spirituel.
Métempsycose ? Métamorphose ? Magie ? Oui et non !
Non, parce que je suis inchangé. Oui, parce que je ne suis
plus le même. Mon élixir d’éternité, c’est ma plume
narrative...
J’aime raconter, imaginer, créer. Dès qu’on écrit, la
magie opère. On peut remonter le temps, traverser les
âges ; on peut anticiper l’avenir parce qu’avec
l’imagination, on devient créateur. Et, lorsqu’on est
créateur, on ne meurt pas, du moins j’espère. Grâce à ma
plume, je suis capable de dévisager hier, avec la même
familiarité, la même émotivité que je regarde aujourd’hui.
J’appartiens - peu importe mon importance, mon gabarit -
au peuple des anciens qui ont manipulé la plume, qui
m’ont laissé de façon vivante leur monde d’hier, qui ont
présagé cet aujourd’hui où je vis. C’est grâce à eux que je
11peux connaître le tout-temps, le tout-lieu. Comme eux, je
peux dessiner les courbes de demain, peu importe que ma
prédiction soit erronée, triviale, banale ou non. Je suis
maître du temps, même si le corps dans lequel je suis logé,
entre un jour en putréfaction. Bref...
Comment rester indifférent à ce que mes yeux
perçoivent de cette terre et du peuple qu’elle abrite ?
Impossible ! Je ressens dans ma chair mortelle son
épouvantable misère. Ce peuple mourant... moi aussi je
meurs.
Ce singulier dialogue entre la mère et la fille par lequel
débute ce récit, voilà ce qui m’a conduit à exhumer le
passé et à suivre jusqu’au bout ce drame dans un drame...

12

COMME PAR HASARD !

« Combien existe t-il de soleils, maman ? »
« Il n’en existe qu’un seul, ma fille. Mais dans notre
ciel à nous, depuis quelques années, un semblant de soleil
empêche la clarté du vrai soleil de nous parvenir. »
« Maman, quelle est la différence entre le vrai soleil et
le faux ? »
« C’est simple, ma fille : le vrai resplendit, irradiant
l’âme, le corps et le cœur. Ses rayons transmettent la vie.
Le faux n’est qu’un spectre suscitant la terreur et
répandant la mort. Sa clarté égale à peine le rayonnement
de la pleine lune. »
« Mais maman, pourquoi ce soleil a-t-il choisi de ne
briller que dans notre ciel ? »
« J’en ignore le pourquoi ma fille. Peut-être est-ce la
faute de ces hommes qui se croient tout-puissants,
disposant du droit de vie et de mort. »
« Mais, l’on dit que tu es la seule à l’apercevoir ? »
« Non, je ne suis pas la seule. Ne l’aperçois-tu pas toi
même ? Et j’en suis sure, d’autres personnes encore font la
même expérience. »
Ce disant, la petite fille de ses mains frêles se frotte les
yeux comme pour en augmenter la clarté. Puis, regardant
le soleil qui, à cette heure, atteignait le zénith, elle tente
d’apercevoir le semblant de rayonnement décrit par sa
mère. En vain ! Alors, elle revient à la charge.
« Maman, mais pourquoi quand moi j’essaie de
l’apercevoir, je n’y parviens jamais ? Il brille très fort et
m’aveugle. »
« Non, il a cessé de briller : depuis la mort de ton père,
le temps n’est plus que crépuscule. »
Effrayée, la petite court aussitôt se blottir dans les bras
de sa mère pour en être protégée. C’est pour elle l’abri le
plus sûr du monde.
« N’aie pas peur mon bébé. Bientôt le soleil de justice
reviendra. »
« Bientôt, c’est quand maman ? Que ce jour arrive
vite ! Je ne veux plus que tu sois triste tout au long de la
journée. »
15La nuit, Mokee a souvent entendu sa mère éclater en
sanglots et prononcer des mots inintelligibles. Elle
dialoguait avec un visiteur inconnu, faisait une prière, la
prenait dans ses bras en la serrant très fort. Elle transpirait
alors, et l’enfant éprouvait une sensation de brûlure. Sa
mère lui expliquait que l’âme de son père venait toutes les
nuits s’enquérir de leurs nouvelles.
Mokee était âgée de dix ans. À la mort de son père, elle
en avait neuf. Elle souffrait infiniment de ne plus le voir à
ses côtés. Mais elle ne souhaitait nullement rencontrer son
âme. Sa tante lui avait souvent dit qu’il était dangereux
pour un enfant d’apercevoir ou d’écouter parler un
revenant : il pouvait alors perdre l’usage de la parole, ne
plus cligner des yeux, et peu après, les génies emportaient
son âme. Heureusement, se disait-elle, sa mère était seule
à vivre cela, car les fantômes ne s’en prennent pas aux
grandes personnes.

« Réjouis-toi ma fille, car ce jour approche. Il sera le
plus beau au monde. »
« Maman, est-ce jour que tu cesseras de gémir et de
pleurer la nuit ? »
« Tu poses trop de questions. Tu ferais mieux de
manger ton plat avant qu’il ne refroidisse et ne perde sa
saveur. Koko na nyama a nzèrè gui na wa ni oh molenge ti
1mbi ! »


« Diable était beau quand il était jeune », dit un
proverbe. En voyant ce qui est arrivé, de façon
spectaculaire à Azunta, l’adage semblait lui donner raison.
En très peu de temps, elle n’était plus la même. Est-ce
possible ? Comment peut-on plus vite que le passage du

1 Le « koko na nyama » est un plat local très apprécié. Il est un
composé de viande et de feuilles de Gnetum africanum. La mère
invite sa fille à le manger chaud avant qu’il ne s’affadisse.
16jour à la nuit changer totalement de physionomie ? Voilà
un de ces mystères de la vie qu’on devrait élucider.
Azunta a quarante sept ans. Mais elle ne paraît pas cet
âge. On lui en donnerait au moins soixante. Trois ans
plutôt, tout le monde, surtout la gent féminine, parlait
encore de sa remarquable beauté. Azunta a été une belle
jeune fille. Telle une œuvre d’art d’une finition parfaite,
elle dégageait simplicité et sublimité : mince, de taille
moyenne, son teint éclatant beurre de karité ne présentait
presqu’aucun défaut. Son être intérieur que modestie et
générosité caractérisaient, rehaussait cette beauté. Sa mère
lui reprochait d’être quelque fois d’une certaine candeur.
Alors jeune étudiante, la première fois que son
professeur de Physique l’aperçut, il ne put s’empêcher de
déclamer un poème pour lui rendre hommage :
« Vous représentez mademoiselle, disait-il, un
échantillon de la beauté, une fresque peinte des mains
même du créateur. Tandis que nous autres, avons été
modelés par ses anges artisans. »
Azunta avait aussi de très beaux yeux. Ils semblaient
dire une joyeuse mélopée. Petits et étincelants, leur éclat
ne pouvait laisser indifférent. Prince en fit l’expérience la
première fois qu’il la rencontra.

C’était le jour de la finale du championnat de football
edu 7 arrondissement de la ville de Banwi. Un bel après
midi, vers quatre heures, le soleil comme après la pluie
tamisait ses rayons pour permettre aux acteurs de se
donner à fond.
Azunta accompagnée de sa mère, était aussi présente.
Elle était vêtue d’une robe paysanne de simple couture. À
la différence de toutes les filles venues assister à
l’événement, elle n’avait pas besoin de beaux atours pour
mettre en valeur sa beauté. Qui d’entre elles n’espérait pas
se faire remarquer soit par les joueurs du jour, soit par les
personnalités du quartier ? Comme toujours, les sportifs
sont adulés du public et des jeunes filles en particulier.
Mais, ils laissaient Azunta indifférente. D’ailleurs, elle
17n’envisageait pas encore une vie de couple. Plus tard, on
verrait ! À 18 ans seulement, elle n’avait aucune raison de
se précipiter.

Il restait trois quarts d’heure avant le début de la
rencontre. La foule avait déjà envahi les alentours du
terrain. Les arbres qui le dominaient s’étaient transformés
en tribunes de fortune pour des enfants téméraires.
Ceuxci, pour se faire remarquer davantage, s’égosillaient tout
en remuant les feuillages qu’ils arrachaient aux branches.
Il s’agissait de ces stades de plein air comme il en existe
partout dans ce pays. Ces stades ne disposent pas de places
assises. Soit on se tient debout durant toute la rencontre,
soit on apporte soi-même un siège, ou encore on s’assied à
même le sol autour de l’aire de jeu. Derrière les buts, les
plus farouches supporters s’étaient installés, à la manière
des ultras dans les stades européens. Comme eux, ils ne
savaient non plus rester tranquilles. Ils livraient déjà
bataille dans les chants entonnés en l’honneur de leur
équipe. Leurs mimiques donnaient l’impression qu’ils
vivaient de leur folle passion du football. Ils rivalisaient
également dans les coiffures et accoutrements allant des
plus originaux aux plus exotiques. À ce décor s’ajoutait
celui aussi authentique des orchestres traditionnels.
Chaque équipe en possédait un et l’avait installé à
proximité des cages. Une quinzaine de personnes en tout
constituait une troupe. Pendant que trois hommes
donnaient le rythme en battant du tam-tam, un soliste
entonnait un refrain que reprenaient les autres en dansant.
Les chefs d’orchestre se distinguaient par leur
accoutrement : leur chapeau ainsi que leur vêtement deux
pièces étaient décorés de peau de serpent ou de crocodile.
De nombreux insignes et gris-gris ornaient leur torse :
dents de panthère, griffes de lion, crânes de singes… Ils
revêtaient encore une sorte de jupe qui leur arrivaient à
peine au genou. Au niveau de la taille perlait un collier de
cauris. Ils tenaient en main une queue, de buffle, de lion,
ou de panthère, symbole de puissance. Loin d’être de
18simples ornements, les gris-gris étaient chargés de
pouvoirs puissants, capables de dévier la trajectoire du
ballon prêt à rentrer dans le but de leur équipe, ou à
l’orienter vers le but adverse. En réalité, les chefs
2d’orchestres jouaient aussi le rôle de nganga . Il importait
que toute équipe soit soutenue par un puissant nganga,
3capable de lancer des mbao . Le plus connu se présentait
ainsi : la nuit précédant le match, après quelques
incantations, le nganga enterrait une tête de tortue devant
la cage de son équipe. Dès lors toutes les balles tirées par
les attaquants adverses manquaient leur cible pour aller,
effet mystérieux, atterrir dans le ciel.
Les autres membres de la troupe étaient simplement
vêtus : torses nus pour les hommes et les adolescentes,
léger tissu de pagne ou d’herbes pour les femmes mûres.
Revêtus eux-aussi d’une jupe en lianes tressées, ils se
peignaient le corps ou le visage tantôt de blanc, tantôt de
noir ou même de jaune. Au niveau des chevilles cliquetait
un collier. Tel un maracas, il rythmait chaque pas de
danse.

Tout était réuni pour une rencontre mémorable. La
foule s’excitait à mesure que s’approchait l’heure fatidique
de l’affrontement. L’agitation atteignit son comble
lorsqu’arrivèrent d’abord les deux équipes, pour
l’échauffement précédant la rencontre, puis l’hôte le plus
important : le maire de l’arrondissement, Armel Zoxo, très
estimé. Celui-ci assez jeune, semblait promis à une
brillante carrière politique. C’est à lui que revenait
l’organisation de ce tournoi, qui, après le championnat
national, avait au fil des années prit l’ampleur d’un grand
événement culturel et sportif.
Chants des groupes traditionnels en délire, braillements
de la marmaille perchée sur les arbres, cri des marchands

2 Féticheurs.
3 Un mbao désigne un sort lancé ou un fétiche ayant le pouvoir de
défavoriser une équipe ou d’accroitre ses chances de victoire.
19d’eau fraiche, d’oranges ou de beignets installés ci et là,
tout cela faisait monter vers le ciel une cacophonie
surpassant infiniment celle d’Assurantourix, l’irréductible
barde gaulois. Tous les habitants du ciel habitués à la voix
mélodieuse des chérubins chantant la gloire du Créateur,
devraient, le temps de cette finale, se boucher les oreilles.

Trente minutes s’étaient écoulées depuis l’arrivée
d’Azunta et le match n’avait pas encore commencé. Déjà
elle s’ennuyait, regrettant d’avoir accompagné sa mère.
Elle aurait dû rester apprendre ses cours. Soudain, elle eut
envie d’aller acheter quelques oranges. Elle s’en procura
quatre et voulut les sucer toutes avant de regagner sa
place. Tout en marchant, emportée par une rêverie, elle
s’éloigna un peu trop et inconsciemment s’approcha de la
zone où se préparaient les joueurs du FC Bamara. Une
balle mal orientée lui arracha l’orange qu’elle portait à la
bouche. Remplie de colère, elle se retourna et se retrouva
face à un joueur qui, sourire aux lèvres, lui fit des
excuses :
« Désolé, mademoiselle ! Mais que faites-vous par ici ?
Il est interdit aux fans de s’approcher de la zone
d’entraînement. »
Elle n’avait pas dit mot, qu’il s’abaissa et ramassa la
malheureuse orange. Il la lui présenta :
« Avec toute cette poussière, il est préférable de ne
plus la mettre à la bouche ! Pour réparer ma maladresse, je
vous donnerai un autographe : si vous le voulez,
retrouvez-moi après la partie. »
« Hey, Prince, dépêche-toi de rapporter la balle, le
temps presse ! » cria derrière une voix perçante et
autoritaire. C’était son capitaine, Babandiangoro, alias
Baby.
« À bientôt demoiselle, on se reverra, je l’espère ! »

La rencontre, comme attendu, fut passionnante, surtout
son dénouement. Elle opposait le FC Bamara à Manga, les
meilleures équipes du quartier. La rivalité entre les deux
20