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Ethopées pour Polichinelle

De
62 pages

GEORGETTE, en peignoir ; allant et venant en tous sens, impatientée ; prenant et reposant nerveusement des bibelots.

... Zut ! trois fois zut ! C’est assommant, à la fin ! Vous êtes venue ici inspirée par le diable ! Quelle patience à avoir, dieu de dieu !

LA BARONNE, étriquée en un costume tailleur ; étendue sur la chaise-longue ; finissant une cigarette. Assez froidement.

Cela m’embête autant que toi, ma petite Georgette, de nous chamailler sans cesse.

Fruit d’une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.


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À propos de Collection XIX

Collection XIX est éditée par BnF-Partenariats, filiale de la Bibliothèque nationale de France.

Fruit d’une sélection réalisée au sein des prestigieux fonds de la BnF, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques de la littérature, mais aussi des livres d’histoire, récits de voyage, portraits et mémoires ou livres pour la jeunesse…

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Gabriel Martin

Ethopées pour Polichinelle

Comédie en un acte, interdite par la censure

A

 

BIANA DUHAMEL,

 

 

en hommage bien cordial.

 

G.M.

PERSONNAGES

GEORGETTE DU SUD.
LE BARON DOURFAL.
LA BARONNE DOURFAL, sa femme.
MAURICE DOURFAL, leur fils.
SÉRAPHINE, femme de chambre de Georgette.

*
**

La scène se passe de nos jours (1901) dans le boudoir très coquet de Georgette du Sud. — Côté jardin : portes latérales au premier et au dernier plan. Autre porte au fond, côté cour.

SCÈNE PREMIÈRE

GEORGETTE, LA BARONNE

GEORGETTE, en peignoir ; allant et venant en tous sens, impatientée ; prenant et reposant nerveusement des bibelots.

 

... Zut ! trois fois zut ! C’est assommant, à la fin ! Vous êtes venue ici inspirée par le diable ! Quelle patience à avoir, dieu de dieu !

 

LA BARONNE, étriquée en un costume tailleur ; étendue sur la chaise-longue ; finissant une cigarette. Assez froidement.

 

Cela m’embête autant que toi, ma petite Georgette, de nous chamailler sans cesse. Si tu veux que nous fassions bon ménage ensemble et restions fidèles amies, tu devras te décider entre lui et moi !

 

GEORGETTE

Bon ménage ! Amies fidèles ! Et puis quoi encore ? Fichez-moi la paix !

 

LA BARONNE

Réfléchis, mon amour.

GEORGETTE

Zut. là ! Vous m’embêtez, vous me cramponnez. Quel énervement ! Vous avez le don de m’exaspérer à un point !

 

LA BARONNE

Ingrate !

GEORGETTE

Ingrate !... Ingrate ! Pour vos beaux yeux, alors ? Ah ! non. Rayez ça de vos papiers, la petite mère. Ingrate ! Je voudrais bien savoir de quoi ? Je ne fais pas ce commerce par goût, moi, j’en pratique métier, m’entendez-vous ? Vous autres, femmes insouciantes, les privilégiées cossues, passe ; vous pouvez vous offrir le luxe princier des passions et n’avez que cela à penser. Nous, nous n’ouvrons notre porte à l’agréable qu’à la condition qu’il entre accompagné de l’utile.

 

LA BARONNE

Que veux-tu insinuer ? Ne me suis-je pas montrée femme du monde ?

 

GEORGETTE

Feriez-vous la sourde oreille ? Supposeriez-vous innocemment me contenter, me dédommager avec les quelques misérables louis laissés ici après votre première visite et vos quelques insignifiants cadeaux dont je n’ai que faire ? Voilà cinq ou six après-midi qui me coûtent fort cher.

 

LA BARONNE

Je t’ai promis mieux, s’il t’en souvient.

 

GEORGETTE

Nous sommes justement sur ces promesses, objet de nos interminables désaccords. Ah ! ah ! ces belles promesses qu’on prodigue à profusion aux femmes de mon espèce ! Puis, au moment de les exécuter : va-t’en voir s’ils viennent, Jean !

 

LA BARONNE

Méchante ! tu n’as donc pas confiance en moi ?

 

GEORGETTE

Confiance illimitée. Cependant, très pratique, je veux du plus sûr ; car la confiance est synonyme d’attente continuelle d’argent, et attente d’argent, en affaires, est le chemin direct de la faillite... Enfin, assez causé de cet article ; je veux des actes, plus de promesses.

 

LA BARONNE

Tu réponds délicieusement à mes tendresses.

 

GEORGETTE

De vos tendresses, je m’en fous ; j’en ai à revendre, des tendresses, et je désire et espère les revendre ainsi que toutes autres marchandises qu’on ne pèse pas avec des mots. Traitons honnêtement ou bonsoir ! Je n’ai pas de temps à perdre aux bagatelles de la porte. Parlementer, toujours parlementer ! j’en ai soupé.

 

LA BARONNE

Ne t’emporte pas, chérie. Je suis ici pour le bon motif.

 

GEORGETTE

Vous me débitez cette rengaine chaque fois que vous venez, et quand nous nous séparons vous me laissez toujours à la même enseigne. Aujourd’hui, oui ou non, — irrévocablement : oui ou non, — voulez-vous en finir ?

 

LA BARONNE

Nous en finirons, puisque me voici pour... traiter, comme tu le soupires si poétiquement. — Accourue dans le temple des délices, je tombe sur un champ de foire.

 

GEORGETTE

L’entrée du temple des délices est interdite à l’aprolitique.

 

LA BARONNE

Mais nous pouvons l’y introduire.

 

GEORGETTE