ARRABAL
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On ne peut plus aujourd'hui envisager le théâtre contemporain sans mentionner les pièces d'Arrabal, pièces qui redonnent à cet art "en crise permanente" une saveur aigre-douce, en mariant allègrement la spiritualité à la pornographie, la pureté à l'obscénité, plongeant le spectateur et le lecteur dans une dimension ou règnent la confusion et le chaos absolus. Le présent essai est un hommage à cet homme qui depuis plus de cinquante ans défie avec toujours la même soif de liberté, les différents types d'expression artistique.

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Informations

Publié par
Date de parution 01 mars 2006
Nombre de lectures 68
EAN13 9782296142893
Langue Français
Poids de l'ouvrage 5 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0101€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

ARRABALUnivers Théâtral
Collection dirigée par Anne-Marie Green
On parle souvent de « crise de théâtre », pourtant le théâtre est un
secteur culturel contemporain vivant qui provoque interrogation et
réflexion. La collection Univers Théâtral est créée pour donner la
parole à tous ceux qui produisent des études tant d'analyse que de
synthèse concernant le domaine théâtral.
Ainsi la collection Univers Théâtral entend proposer un panorama
de la recherche actuelle et promouvoir la diversité des approches et
des méthodes. Les lecteurs pourront cerner au plus près les différents
aspects qui construisent l'ensemble des faits théâtraux contemporains
ou historiquement marqués.
Dernières parutions
Marc SZUSZKIN, L'espace tragique dans le théâtre de Racine,
2005.
Evelyne DONNAREL, Cent ans de théâtre sicilien, 2005.
Simon BERJEAUT, Le théâtre de Revista: un phénomène
culturel portugais, 2005.
Thérèse MALACHY, La comédie classique. L'altérité en
procès,2005.
Donia MOUNSEF, Chair et révolte dans le théâtre de
BernardMarie Kaltès, 2004.
Edoardo ESPOSITO, Eduardo de Filippo: discours et
théâtralité, 2004.
Monique MARTINEZ THOMAS, Pour une approche de la
dramaturgie espagnole contemporaine, 2004.
Pascale ROGER, La Cruauté et le théâtre de Strindberg, 2004.
Charles lOYON, Du café au théâtre, 2003.
Alvina RUPRECHT, Les théâtres francophones et
créolophones de la Caraïbe, 2003.
François CA VAIGNAC, Eugène Labiche ou la gaieté critique,
2003.
Charlotte ESCAMEZ, Roland Dubillard et le comique, 2003.
Sham's, L'acteur, entre réel et imaginaire, 2003.
RABANEL, Théâtrologie/l, Le théâtre réinventé, 2003.
Geneviève lOLLY, Dramaturgie de Villiers de l'Isle-Adam, 2002.
Dusan SZABO, Traité de mise en scène, 2001.Frédéric ARANZUEQUE-ARRIET A
ARRABAL
La perversion et le sacré
L'Architecte et l'Empereur d'Assyrie
( 1967)
La charge des centaures
(1984)
L'Harmattan
5-7, me de J'École-Polytechnique; 75005 Paris
FRANCE
Harmattan Bnrkina FasoEspace Harmattan Kinshasa L'Hal'mattan ItaliaL'Hannattan Hongrie L'L'
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Adm, ; BP243, KIN XI 10124 Torino 12B2260
Kossuth L. u, 14-16
Ouagadougou i2RDC ITALlEUniversité de Kinshasa -1053 Budapestwww.librairieharmattan.com
Harmattan 1@wanadoo.fr
diffusion. harmattan
(g- L'Harmattan, 2006
ISBN: 2-296-00189-0
EAN : 9782296001893à la mémoire d'Eugène Ionesco,
et de mon grand-père.
à Uca.
Nicolas, encore une fois, MERCI!Le pouvoir magique de l'art, l'expérience religieuse
immanente dans le geste artistique se dévoile spontanément
dans le geste pur, comme fin en soi. Le geste artistique ouvre
l'espace à l'expérience religieuse.
Vilém Flusser
Le théâtre dénoue des conflits, il dégage des forces, il
déclenche des possibilités, et si ces possibilités et ces forces
sont noires, c'est lafaute non pas du théâtre, mais de la vie.
Antonin Artaud
Il y a des similitudes flagrantes, voire des équivalences et
des échanges entre les systèmes d'effusion érotique et mystique.
Georges Bataille
Nous naissons entre la fiente et l'urine.
Saint AugustinTABLE DES MATIÈRES
INTRODUCTION 13
15I. LE THÉÂTRE DE FERNANDO ARRABAL
A. Quelques repères sur Fernando Arrabal 15
1.a. Qui est Fernando Arrabal? 15
1.b. Le choix du théâtre comme mode d'expression 22
I.e. « Lecturas y maestros» 28
B. Le Panique 32
2.a. Pourquoi et comment est né le Panique? 32
2.b. L'écriture panique 40
2.c. La cérémonie et son but cathartique 45
C. Le théâtre de l'excès 51
3.a. Un théâtre de la cruauté 51
3.b. La provocation poussée à l'extrême 55
3.c. L'apport d'Arrabal au théâtre contemporain 61
II. LE TRA VESTISSEMENT DE LA RÉALITÉ 67
A. L'onirisme: échappatoire d'une réalité sociale 67
I.a. Des figures mythiques 67
1.b. L' « Ailleurs », un monde perdu 80
I.e. L'atemporalité et la construction 85
B. L'aspect ludique et symbolique des pièces 91
2.a. Le théâtre comme métaphore de l'existence 91
2.b. Le jeu de la vie et de la mort 95
2.c. La métamorphose constante des personnages 102C. A la recherche du Moi 108
3.a. La Mémoire et le Hasard 108
3.b. Le Moi, l'Autre, l'Ego et le Self 114
3.c. La mort libératrice et rédemptrice 119
III. LA PROFANATION DU SACRÉ 127
A. Le sexe et l'onirisme: un hymne à la liberté 127
1.a. La scatologie ou l'érotisme anal 127
1.b. Le sadomasochisme et sa dimension mythique 133
l.c. La sacralisation du corps: objet sexuel 140
B. La perversion des rites et des valeurs chrétiennes 148
2.a. La profanation du gestus sacré 148
2.b. La déformation du langage religieux 153
2.c. La sacralisation du profane 161
C. L'image de Dieu, une autre vision du Créateur 165
3.a. Une nouvelle élaboration de la figure du Christ 165
3.b. « Dios es un hijo de puta » 171
3.c. Vers une « réhabilitation» du concept « Dieu» 183
CONCLUSION 185
RESUMÉ DES PIÈCES 187
CHRONOLOGIE DE FERNANDO ARRABAL 199
BIBLIOGRAPHIE SOMMAIRE 203INTRODUCTION
Nous avons décidé de consacrer cette étude à Fernando
Arrabal qui fut l'objet dans les années soixante-dix de
nombreux travaux quant à son œuvre théâtrale.
En plus d'être aujourd'hui le dramaturge vivant le plus
représenté, il est un des artistes qui a le plus marqué l'écriture
théâtrale de ces cinquante dernières années.
Il est le dernier représentant d'une époque d'intense création
et révolution artistiques, lui qui était l'ami de Breton, de
Picasso, de Beckett et de Ionesco et surtout le fondateur du
Mouvement Panique avec Alejandro Jodorowsky et Roland Topor.
Arrabal est un homme pas assez, ou tout du moins, mal
connu du grand public, car ses œuvres sont loin d'être accessibles,
car saturées de références littéraires, religieuses et de codes qui
demandent des connaissances dans les arts les plus divers,
peinture, musique, etc.
Cette étude est un hommage à cet homme qui depuis plus de
cinquante ans défie avec toujours la même soif de liberté, les
différents types d'expression artistique tel un Quichotte bravant
inlassablement les ailes des moulins à vents.
On ne peut plus aujourd'hui envisager le théâtre
contemporain sans mentionner les pièces d'Arrabal, pièces qui redonnent
à cet art en « crise permanente» une saveur aigre-douce, en
mariant allègrement la spiritualité à la pornographie, l'eschatologie
à la scatologie, la pureté à l'obscénité, en plongeant le
spectateur et le lecteur dans une dimension ou règnent la confusion et
le chaos absolus.
Arrabal a su imposer sa vision blasphématoire du monde et
de la création en crachant sur nos convictions et notre culture
occidentale et judéo-chrétienne victime de sa propre
contemplation.
Nous proposons dans ce livre une étude succincte de l'œuvre
du dramaturge espagnol à travers deux pièces de théâtre qui
sont L'Architecte et l'Empereur d'Assyrie de 1967 et La charge
des centaures, de 1984.
La première pièce reste au même titre que La cantatrice
chauve de Ionesco ou En attendant Gadat de Beckett une véri-table bombe qui explose avec délice dans le panorama théâtral
de l'époque.
Les dialogues tout autant que le jeu scénique atteignent une
complexité dominée avec perfection par le dramaturge.
Pour la première fois des thèmes tels que le sexe et la
religion vont être abordés sur une scène avec cruauté et lyrisme
dans une extraordinaire confusion panique, majestueusement
orchestrée par l'auteur.
La seconde pièce reprend quasiment la même structure que
celle de 1967, mais à dix-sept ans d'intervalle, on constate une
évolution du théâtre arrabalien qui privilégie désormais la
parole au jeu scénique à outrance.
Dans ce livre nous proposons d'étudier « la perversion et le
sacré», thèmes qui hantent l' œuvre d'Arrabal.
Dans un premier temps, nous allons nous attarder sur la vie
du dramaturge pour mieux comprendre les clés thématiques de
son théâtre.
Sa jeunesse passée en Espagne après la guerre civile, sa
traumatisante éducation religieuse, expliquent en partie l'obsession
de l'auteur pour les rites où se mêlent la violence et le sacré.
Par la suite nous étudierons la vision altérée de la réalité
perçue par Arrabal.
Ses écrits dépeignent un monde de souffrance et de
perversion, dans lequel ses personnages, figures infantiles, essaient au
travers de jeux scéniques de se situer et de se construire
physiquement et mentalement.
Nous verrons comment le dramaturge parvient par des
procédés théâtraux originaux à transgresser ce que nous pourrions
appeler les « acquis» théâtraux, en se servant des principes
puisés dans la tradition dadaïste et surréaliste.
La dernière partie de notre étude sera consacrée à la
profanation du sacré.
Nous nous pencherons alors sur la dimension spirituelle et
blasphématoire de ce théâtre cérémoniel en insistant sur
l'association que crée Arrabal entre le sexe et le sacré, ainsi que son
étonnante vision du christianisme, aussi bien à travers son rite
principal, la messe, qu'à travers l'altération du langage (parole
et gestus) religieux.
14J. LE THÉÂTRE DE FERNANDO ARRABAL
Cette première partie est en quelque sorte une présentation
rapide, mais nécessaire du dramaturge espagnol Fernando
Arrabal et de son activité créatrice.
Avant de nous lancer dans une étude plus approfondie de la
thématique qui va nous occuper ultérieurement, il fallait se
pencher quelque peu sur l'homme qui est à la base de ses créations
théâtrales et autres.
Il est évident que déteignent de ses pièces, sa vie et son
enfance marquées par une Espagne cléricale aux prises avec le
franquisme.
A. QUELQUES REPÈRES SUR FERNANDO ARRABAL
l.a. Qui est Fernando Arrabal?
Il est difficile de défInir un artiste tel que Fernando Arrabal
tant son œuvre est foisonnante et variée.
On compte à ce jour près de quatre-vingt-dix pièces de
théâtre, une douzaine de romans, sept longs-métrages, des centaines
de collaborations avec des peintres tels que Pablo Picasso,
Salvador Dali, Joan Miro etc.
Son parcours est cependant caractérisé par une constante
remise en question de l'essence même de l'Art à travers sa propre
existence.
L'originalité de cet homme hors du commun repose sur sa
conception ou plutôt sur sa« confusion» de l'art et de sa vie.
«Je suis à ['écoute de mes souvenirs, de mes
angoisses, de mon espérance folle et de ma
désespé. . I
rance razsonnee. »
Tout au long de sa trajectoire intellectuelle, il est allé à
contre courant. La provocation - au sens noble du terme - est sa
1
Article internet, Fa en el Olimpo, 23/11/1999.
NB : Traductions de l'auteur tout au long de l'essai pour les éditions
espagnoles.raison d'être. C'est un provocateur né, un anticonfol1lliste qui a
su miner les bases de l'art en les «des-art-iculant ». En cela il
rejoint parfaitement l'optique des surréalistes. Comme
l'explique Antonin Artaud:
«Le Surréalisme est né d'un désespoir et d'un
dégoût. [.oo] il est une révolte morale, le cri
organique de l'homme, les ruades de l'être en nous
con»2tre toute coercition.
Arrabal cherche l' « insurrection artistique ».
« Les choses peuvent être ici dans un désordre
apparent qui ne fait que mettre en évidence la
découverte d'un ordre supérieur beaucoup plus
compliqué et exigent que celui que nous pouvons
Ùnagi3
nero »
En adoptant cette attitude provenant de la douleur et d'un
certain ressentiment contre toute forme d' « art passif» - donc
bourgeois, car il n'apporte rien à l'émancipation de l'homme -
il s'allie aux mouvements d'avant-gardes radicaux qui tentent
de ressusciter l'Art en tant que «Création libératrice» voire
« libertaire».
Plus qu'un auteur «engagé », notre dramaturge est un poète
« enragé» qui essaie de trouver sa propre « voix ».
Il avoue que:
»4« Mon crâne est un champ de bataille.
dans lequel:
2
Artaud, Antonin, « Surréalisme et révolution », Messages
révolutionnaires, Gallimard, Paris, 1971, p. 9.
3 Arrabal, Fernando, Teatro Completo J, Espasa Calpe, Madrid, 1997,
p.287.
4
Calendrier du Clédar, septembre 1999.
16«La beauté et l'horreur sont les ultimes
expressions de la Vérité. »5
C'est à partir de sa souffrance qu'il construit son œuvre et sa
personne, son« projet d'homme ».
Nous citons pour preuve la fameuse lettre écrite par Samuel
Beckett lors du jugement de son ami, emprisonné dans les
geôles espagnoles en 1967 pour avoir écrit une dédicace
blasphématoire6:
«j'invite la Cour à réfléchir avant de passer au
jugement. Et puis à ceci: Arrabal est jeune, il est
fragile, physiquement et nerveusement. Il aura
beaucoup à souffrir pour nous donner ce qu'il a
encore à nous donner. Lui infliger la peine
demandée par l'accusation, ce n'est pas seulement punir
un homme, c'est mettre en cause toute une œuvre à
naître. [...] Que Fernando Arrabal soit rendu à sa
. 7
propre peme. »
Pour s'affirmer et s'assumer, il a sans cesse besoin de
confronter son « Moi» à l'« Autre» - son œuvre quelque peu
égocentrique en est la preuve -.
Il ne serait pas exagéré de qualifier Fernando Arrabal de
« masturbateur de conscience» - au sens arrabalien du terme -.
Nous entendons par ce qualificatif le désir véhément du
dramaturge de déranger la société devenue semblable aux « moutons
de Panurge» de Rabelais. C'est en la giflant comme dans sa
période «panique révolutionnaire »8, qu'il réussira à la faire
sortir de sa léthargie. Il prétend d'ailleurs que:
5
Article internet, Fa en el Olimpo, 23/11/1999.
6 Dédicace: «Me cago en Dios, en la Patra, y en todo 10 demas ».
Raymond-Mundscau, Françoise, Arrabal, Editions Universitaires,
Paris, 1972.
7
«Lettre de Samuel Beckett aux juges espagnols», Lettre à Fidel
Castro, Librio, Paris, 2004, p. 74.
8 A l'entrée de certaines des pièces de cette époque (1968-1975) les
acteurs agressaient les spectateurs afin de créer une ambiance tendue
et dérangeante.
17«La véritable démarche de l'écriture:
déranger ! »9
Nous avons souvent une image quelque peu erronée de ce
« personnage» à la fois réel, mais aussi très théâtral, car s'il a
été depuis toujours victime de toutes sortes d'insultes et de
jugements souvent stériles, il reste avant tout un amant passionné
de la Liberté.
Il faut tout de même préciser qu'il a réussi à faire de sa vie
un spectacle vivant. Quand les gens vont voir du Arrabal, ils
savent à quoi s'attendre. De même quand on assiste à une
interview de l'artiste, on l'imagine déjà montant sur ses grands
chevaux, abusant des constructions hyperboliques (comme dans ses
œuvres) et crachant sur tout ce qui constitue notre petit confort
intellectuel et bourgeois.
Il serait aussi intéressant d'associer à lui-même le portrait
qu'il a dédié au Greco. Arrabal cherche de façon obsédante son
« Moi» chez les autres. Il a écrit à propos du peintre exilé en
Espagne:
«Il change le sens des relations humaines, altère
l'ordre rationnel du monde, inverse les rôles,
transforme le Tout en Néant et le Néant en Tout,
met l'univers cul par-dessus tête et nos idées sans
dessus dessous, ainsi que nos croyances et nos
cer»10titudes.
Cela correspond exactement à sa personnalité en tant
qu'homme et en tant qu'Artiste. Il repousse sans cesse les
limites de la création.
Grâce à l'Art - qui par nature est libre - il a pu défendre ses
positions d'homme affranchi et de libertaire. Arrabal est:
9
Le j\;[agazine Littéraire, n° 170, mars 1981.
10 Arrabal, Fernando, Le frénétique du spasme, Flohic, Charanton
1991, p. 09.
18«[Un) modeste individu qui écrit, poussé par
l'ai»11le de la liberté.
Nous citerons également une réplique d'une de ses dernières
pièces - Le fou rire des lilliputiens12 - qui résume parfaitement
la philosophie de notre auteur:
« Tu peux me mettre en prison, me torturer,
m'assassiner. Tu serais capa-ble au plus de me priver
. . A 13
de Ia vze, mazs pas de ma z zer mon ame. »difi
Cette conviction de Tidal est purement arrabalienne dans la
mesure où le dramaturge a déjà tenu des propos similaires.
Nous constatons que pour lui, qui a connu la prison et la torture
psychologique, le plus important est de conserver l'intégrité de
son esprit, de sa pensée; car elle seule rend l'individu libre,
intellectuellement parlant. On voit que ses paroles sont ancrées au
plus profond de lui et personne, semble-t-il dire, ne pourra
pénétrer ni détruire cette forteresse intérieure quoi qu'il en soit.
L'art est donc libérateur et en cela sa vision rejoint celle
d'un autre dramaturge, l'anglais Oscar Wilde, pour qui
l'écriture était:
« Une tentative de réaliser sa propre personnalité
sur quelque plan imaginatif, hors de l'atteinte des
»14entraves et des restrictions de la vie réelle.
Mais c'est aussi:
« une réponse à l'inquiétude humaine, tout comme
»15la science et la philosophie.
1I
Arrabal, Fernando, La dudosa luz del dia, Espasa Calpe, Madrid,
1994, p. 11.
12
Arrabal, Fernando, Teatro Completo II, Espasa Calpe, Madrid,
1997, pp. 2039-2102.
13 Ibid., p. 2077.
14Wilde, Oscar, Le portrait de Mr WH, Jean-Jacques Pauvert, Paris
1973, p. 15.
19L'Art atteint ainsi une dimension supérieure comme nous le
verrons ultérieurement.
La création artistique ouvre de nouveaux horizons
permettant toute sOlie d'émancipation et bien qu'un certain
Jean-Jacques Rousseau ait qualifié l'imagination de « science des sots »,
c'est le seul moyen qui donne la possibilité de s'exprimer
librement; tout artiste en est l'heureuse victime.
L'Art est une façon d'être - au sens existentialiste du tenne
-. Pour Fernando Arrabal, cela représente une urgence, une
priorité, mais surtout une nécessité.
«Mes pièces me font: ce n'est pas moi qui les ai
»16crées, comme l'abricot engendre lefruit.
C'est une force qui le dépasse, il s'agit d'une communion
quasi mystique avec l'écriture.
Il l'a récemment confessé à Fernando Sanchez Drago, lors
de l'émission Blanco y Negro, diffusée à la télévision
espagnole :
« Tout ce que j'ai fait dans ce domaine - celui de
l'art - je l'ai enlevé à la vie. En réalitéje n'ai pas
de vie, je n'ai qu'une vie littéraire. J'ai toujours
vécu dans un monde intellectuel, forgé par
mafem»17me.
On remarque dans cette citation, fort révélatrice du caractère
de l'auteur, l'impossible dichotomie entre l'homme et son
œuvre. D'ailleurs à plusieurs reprises sa femme Luce Moreau a
écrit en s'adressant à son mari:
« Ta vie est ta meilleure œuvre.»18
15 Kamyabi Mask, Ahmad, Ionesco et son théâtre, Caractère, Paris
1987, p. 21.
]6
Revue du C1édar, p. 7.
]7
Sanchez Drago, Fernando, Blanco y Negro, TVE2, novembre 1998.
18Sahiri, Kahouto, Fernando Arrabal et le surréalisme, Thèse de
Doctorat, Paris, 1994.
20

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