Hercule Poirot, une vie

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Les petites cellules grises les plus redoutables d’Europe, et certainement la moustache la plus fameuse du monde.


D’origine belge, le détective privé Hercule Poirot fut créé par une très grande dame du crime, Agatha Christie, et s’impose encore aujourd’hui comme la figure d’enquêteur la plus célèbre après Sherlock Holmes.


Sur fond d’Angleterre années 1930, d’Art Déco et de tourisme exotique, Hercule Poirot déjoue avec maestria les petites mécaniques criminelles les plus subtiles.


C’est cette vie que nous avons voulu faire redécouvrir, sous la forme d’une véritable biographie.


Depuis sa naissance en 1864 jusqu’à sa disparition en septembre 1960, une vie de légende, où se croisent également les figures d’Agatha Christie, Lord Peter, Albert Campion ou miss Marple. L’entre-deux-guerres et au-delà : Hercule Poirot, toute une existence.

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EAN13 9782361831622
Langue Français

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Hercule Poirot, une vie
André-François Ruaud Xavier Mauméjean
© 2012-2014Les Moutons électriques ConceptionMergey CD&E Version 1.0.1 (13.08.2016) Ouvrage réalisé avec le soutien duCentre national du Livre
Les petites cellules grises les plus redoutables d’Europe, et certainement la moustache la plus fameuse du monde. D’origine belge, le détective privé Hercule Poirot fut créé par une très grande dame du crime, Agatha Christie, et s’impose encore aujourd’hui comme la figure d’enquêteur la plus célèbre après Sherlock Holmes. Sur fond d’Angleterre années 1930, d’Art Déco et de tourisme exotique, Hercule Poirot déjoue avec maestria les petites mécaniques criminelles les plus subtiles. C’est cette vie que nous avons voulu faire redécouvrir, sous la forme d’une véritable biographie. Depuis sa naissance en 1864 jusqu’à sa disparition en septembre 1960, une vie de légende, où se croisent également les figures d’Agatha Christie, Lord Peter, Albert Campion ou miss Marple. L’entre-deux-guerres et au-delà : Hercule Poirot, toute une existence. Essayiste et écrivain, Xavier Mauméjean est entre autres l’auteur des romansLilliputia etRosée de feu. André-François Ruaud est un essayiste spécialisé dans les littératures populaires, également auteur dans la même collection d’une biographie d’Arsène Lupin. Ensemble, ils ont notamment déjà co-écrit une biographie de Sherlock Holmes.
Chapitre un – La solitude de l’exceptionnel
L’écrivain Julian Symons a un jour rapporté que, cr oisant Sherlock Holmes lors d’une enquête, Hercule Poirot accorda à son collègue d’êt re le plus grand enquêteur de Grande-1 Bretagne… quand lui-même s’avérait le plus fin limi er d’Europe . Que l’anecdote soit véritable ou simple invention d’un auteur facétieux, elle demeure exemplaire de l’assurance un peu narquoise du petit Belge qui, de sa vie, n’eut jamais peur de rien ni de personne. Le passage du temps paraît lui avoir donné raison. Plus de cinquante ans après sa mort, près d’un siècle et demi après sa naissance, Hercule Poirot, exilé à Lo ndres, se trouve fermement ancré dans l’imaginaire mondial. En fait, s’il est deux noms que chacun aura immédiatement en tête dans la mythologie du détective privé, ce sont ceux de Sherlock Holmes et d’Hercule Poirot. La ronde silhouette et les moustaches de ce dernier ne sont pas moins connues que le profil émacié de son prédécesseur de Baker Street. er D’Hercule Poirot nous pourrions retourner la définition populaire du roi François I : s’il n’était pas le plus haut, il était certainement le plus grand. Car il y a là une caractéristique physique dont le paradoxe n’appartient qu’à lui : s a rondeur. Holmes était grand, mince, nerveux. Quand on l’imagine, on voit une silhouette vibrante, cassante, un nez d’aigle et des traits tirés : une figure en coup de fouet, tout l’inverse de l’ovalité immobile de Poirot, lisse et méticuleux. S’il fallait établir une typologie des détectives britanniques, nous dirions que c’est la morphologie ectomorphe qui dominait alors : primo du fait d’une forte influence de Sherlock Holmes (Sexton Blake, Solar Pons ou Harry Dickson revendiquèrent la filiation, et le docteur Thorndyke, tout en la rejetant, s’y conformait complètement), secundo, et plus simplement, du e fait du caractère anglais. Au début du XX siècle, on trouve en effet parmi les principaux « tec » (diminutif anglais de « détective ») une pr édominance du « jeune homme pâle » si typiquement britannique. Que l’on songe par exemple aux aristocratiques lord Peter Wimsey et Albert Campion. Leurs biographes ne les ont guère épargnés dans leurs descriptions : «rasé de près, des cheveux filasses, des yeux bleu pâle un p eu égarés, derrière des lunettes d’écaille [ … ]Ce menton légèrement fuyant et cette bouche d’où le s dents semblaient vouloir 2 s’échapper», écrit Margery Allingham de Campion . Quant à lord Peter, Dorothy L. […] Sayers s’amuse à affirmer que «Son long visage aimable semblait être né spontanément de 3 son haut-de-forme », et d’évoquer ses cheveux plats d’une couleur paille, son long nez fin, son menton étroit et ses yeux gris aux paupières to mbantes, au point que lord Peter lui-même 4 dira : «Je sais que j’ai un visage sot, mais je n’y peux rien». Les deux hommes exploiteront d’ailleurs leur apparente idiotie, en jouant les innocents pour obtenir des informations. Reste 5 que ce type ectomorphe se retrouve chez le brillant Nigel Strangeways , le dilettante Antony 6 7 Gillingham ou le falot Ludovic Travers . Produits des gènes britanniques et de l’éducation de Cambridge et d’Oxford, ces détectives établissent une sorte de creuset, d’où provient également Arthur Hastings. Avec les années 1930, arriveront les jours des détectives endomorphes : de gros professeurs ronflants et pontifiants, avec bar be et ventre proéminent. Mais Poirot demeurera unique : ovoïde, brun, le cheveu noir corbeau brillantiné et la moustache cirée, tiré à quatre épingles. Un homme fort éloigné des clichés physiques en vigueur au Royaume-Uni, un élément étranger, unique en son genre. Cette singularité heurtera toujours ses contemporains, citoyens anglais prompts à se moquer de la « gallicité », à se méfier de ce qui ne leur ressemble pas. Même le capitaine Hastings, pourtant meilleur ami de l’enquêteur, dira d’emblée que «Poirot était un petit homme au physique extraordinaire». Le portrait qu’il brosse lors de leurs retrouvailles à Styles se veut
pourtant positif, mais l’on sent le narrateur un pe u interloqué : «son petit mètreM algré soixante-deux, il était l’image même de la dignité. Son crâne affectait une forme ovoïde, et il tenait toujours la tête légèrement penchée sur le côté. Sa moustache cirée lui conférait un air martial.[…]. » Hercule Poirot impose également sa singularité psyc hologique. Nous l’avons dit, il ne semble pas éprouver de peur. De la contrariété peut-être, comme lorsqu’il se fera agresser lors de l’affaire McGinty, mais pas d’effroi. En 1934, P aul Morand rédigea la préface d’une traduction française de Dorothy Sayers :Lord Peter devant le cadavre. Et d’affirmer : «La peur est, avec l’amour, la plus puissante des émoti ons humaines ; comme l’amour, elle est terrible et exquise, elle exalte, elle fait fuir, e lle fait mourir. Elle surpasse l’amour en fécondité, car presque tous les dieux lui doivent la vie. Chaque fois que l’homme a tremblé, il a élevé un autel ; ses dieux et ses demi-dieux, il les a inventés pour s’assurer leur protection ; de nos jours encore il continue ; il a créé un demi -dieu moderne, puissant et juste comme Hercule, audacieux et invulnérable comme Achille : le Détective dont on célèbre le culte dans ces temples que l’on nomme les romans policiers.» Outre qu’il est cocasse que l’anglophile Morand cite Hercule, la divinité tutélaire de notre enquêteur, on notera que Poirot ne semble connaître ni la peur ni l’amour. Déjà âgé à son arrivée sur le rivage anglais, il restera célibataire tout le reste de sa vie. Non qu’il n’apprécie pas le charme féminin, mais l’extr ême singularité qu’il cultive ne s’accommode sans doute pas d’une vie conjugale. Au même titre que ce refus (ou que cette incapacité ?) de céder aux feux de l’amour, Poirot n’acceptera jamais que l’on puisse avoir en soi une part d’enfance. Sources de confusion mentale, amour et part d’enfance sont donc contrées chez le détective par une rigueur maniaque, une rigidité des manières dictant sa loi dans chaque acte du quotidien. Poirot « joue » à l’adulte jusqu’à l’out rance, comme un contrepoint à l’enfance, forcément symétrique. «Tout ce qui n’est pas symétrique est une véritable torture pour moi», confie-t-il dansLe Crime du golft ne, ce que l’on est tout prêt à croire… Et son céliba s’explique pas que par son physique particulier : P oirot se contrôle, présente au monde un dehors lisse. En cela, aurait-il fait un choix semblable à celui du célèbre dramaturge anglais T. H. White qui, se méfiant des instincts sadiques qu’il discernait en lui-même, préféra demeurer solitaire ? L’égocentrisme outrancier de Poirot et les piques acerbes qu’il lance régulièrement à Hastings, assez surprenantes chez un homme par ailleurs pétri de bonté et de compassion pour son prochain, pourraient être les indices d’une légère tendance sadique. Contrairement à sa contemporaine miss Marple, Poirot croit profondément en la bonté humaine. Il éradique donc avec une grande sévérité les éléments qui peuvent contredire cette foi, et réprime en lui-même une éventuelle propension à la méchanceté. Poirot n’est pas anglais : il ne s’agit pas de fleg me, il n’hésite jamais à exprimer ses sentiments et embarrasse parfois ses interlocuteurs par une franchise très continentale. Mais on ne saurait non plus le prétendre stoïcien : il est même hédoniste à sa façon. Il est détective, et très majoritairement enquêteur sur des crimes. Or u n authentique stoïcien n’accorderait pas autant d’importance à la mort. C’est la première et plus fondamentale condition du stoïcisme : faire face à la mort sans lui donner cas. De plus, Hercule Poirot développe un authentique altruisme. Aux personnes concrètes, tandis que le stoïcisme prend,via l’individu, pour objet l’humanité, notion abstraite qui permet de ne rien ressentir. Poirot est donc, par bonté et charité, l’inverse d’un stoïcien. Sa retenue, sa dignité, lu i sont aussi personnelles que tout le reste. Hercule Poirot ne se laisse pas aisément réduire à des éléments déjà connus : il est exception, un être singulier. Étranger en terre anglaise, on verra qu’une part de sa personnalité s’explique par son éducation belge catholique. Il est de plus un génie, ce qu’il proclame souvent, avec un manque d’auto-dérision très choquant pour un citoyen brita nnique. Reste qu’il s’agit non pas de rodomontades, mais d’un fait. Poirot est un de ces êtres d’exception qui ne saurait jamais agir à
l’instar du commun, qui considère tout le temps le monde selon des angles neufs. On le rapprochera de Sherlock Holmes, mais aussi de l’inventeur Buckminster Fuller : des individus qui n’envisagent un problème qu’en le réinventant depuis ses principes de base, en totalité. Hélas, la société est rarement tendre avec les génies. Comme l’avait dit l’irrépressible Oscar Wilde : «Le public est extraordinairement tolérant. Il pardo nne tout, sauf le génie.Des » êtres aussi particuliers que Poirot font toujours f igure d’éléments étrangers dans le corps social, à plus forte raison lorsqu’ils sont effectivement des étrangers, des exilés. Unique, Poirot ne connaîtra donc que la solitude. C’est le destin de l’exceptionnel que d’être solitaire : 8 Sherlock Holmes lutta contre cet état et ne parvint pas à réellement le modifier . À l’inverse, si d’autres grands détectives trouvèrent la félicité matrimoniale, c’est précisément parce qu’ils n’étaient pasextraordinaires. Ainsi, Hercule Poirot et Sherlock Holmes demeurèrent solitaires, éloignés des affaires du cœur, tandis que lord Peter Wimsey épousa la romancière policière Harriet Vane ; que Nigel Strangeways vécut en couple avec l’exploratrice Georgina Cavendish puis avec l’artiste-peintre Clare Massinger ; qu’Albert Campion se maria avec une ingénieure aéronautique, lady Amanda Fitton. Assurément des femmes remarquables, mais qui épousèrent des jeunes gens bien de leur temps et parfaitement installés dans la société britannique. Le poète Émile Verhaeren écrivit sur la Belgique ce que l’on pourrait appliquer à Hercule Poirot : «Tu te hausses si haut que tu es solitaire». Il existe dans la langue anglaise un terme provenant du français où il s’est perdu : « estrang ement », l’acte de devenir étranger, de s’éloigner. Ce fut le destin d’Hercule Poirot, éloigné des Anglais puisqu’exilé belge, éloigné de l’époque moderne puisqu’âgé, éloigné même du commun des mortels par son intelligence. Un destin paradoxalement en retrait du monde alors qu’il en démêlait certaines des affaires les plus douloureuses. Un destin que nous avons eu à cœur de retracer, avec toute la minutie possible. Pour cela, nous avons étudié l’ensemble des textes laissés par Dame Agatha Christie (1890-1976), ainsi que quelques trop rares autres témoignages. Car la vie d’Hercule Poirot restera en substance liée à celle d’Agatha Christie. Il lui apporta le succès littéraire, elle lui fournit la célébrité. Leur relation ne fut pas toujours au beau fixe, comme en témoignent certaines remarques acerbes de l’écrivain dans sonAutobiographientre, et leur collaboration s’avéra parfois complexe. E romans, mémoires et témoignages, les œuvres publiées sous la signature d’Agatha Christie impliquent qu’elle fut, au minimum l’agent littéraire, parfois la confidente directe d’Hercule Poirot, voire en partie la rédactrice, comme l’indique souvent le fameux « d’après les notes du capitaine Arthur Hastings, O.B.E ». Un rapport unique qui unit donc l’écrivain et le détective à travers la littérature. En ce sens, Agatha Christie fut la seule association féminine de longue date d’Hercule Poirot, relation qui n’était certes pas sentimentale. Et quoique les années aient passé, il demeure encore bien des zones d’ombre sur la nature de leurs rapports. Les travaux de Jared Cade, entre 1998 et 2011, sur les onze jours de disparition d’Agatha Christie à la fin de 1926, ont soulevé un coin du voile, tandis qu’en 20 09 la publication partielle du contenu des carnets d’Agatha Christie par John Curran nous offrit quantité d’éclaircissements et de détails inédits. Pour le reste, un examen à la loupe des ou vrages consacrés à Hercule Poirot aura été notre première source d’investigation. Publié en 1920, le récit de la toute première enquête d’Hercule Poirot sur le sol anglais (La Mystérieuse affaire de Styles) ne fut que le premier d’une série d’ouvrages qui rencontrèrent un formidable succès, valant à l’agent littéraire de P oirot, Dame Agatha Christie, le titre incontesté de « reine du crime ». D’emblée, les réussites policières de Poirot connurent une renommée qui dépassait les seules frontières du Royaume-Uni, pui sque ce premier roman fut tout d’abord publié aux États-Unis (parution à New York en décem bre 1920), avant d’être repris en feuilleton à Londres dans leWeekly Times, puis enfin d’être édité chez John Lane-The Bodley Head, en janvier 1921. Vendu 7 shillings et 6 pence,The M ysterious Affair at Styles se présentait comme une élégante édition cartonnée en deux tons de brun, so us une jaquette illustrée par Alfred James
Dewey. Premier roman publié sous la signature d’Agatha Christie, ce demi-octavo de 296 pages se vendit modérément à ses débuts. Il essuya même quelques critiques assez acerbes. Dont l’une dans lePharmaceutical Journale de son7 mai 1921, qui reprochait à l’auteur la formul  du cocktail de strychnine, ainsi que la manière dont l e coroner avait réprimandé le pharmacien local, concluant avec cruauté que «le lecteur éclairé remarquera quelivre] [ce est une excellente œuvre de fiction, puisque toutes les précautions y ont été prises afin de se tenir aussi loin de la vérité que possible.te-Pour autant, lors de la parution en 1975 du tren  » neuvième et ultime volume chroniquant les enquêtes d’Hercule Poirot, plus personne au monde ne doutait de son génie. Belle revanche sur le destin, pour un homme que la Première Guerre mondiale avait chassé de sa contrée de naissance, l’encore jeune Belgique. Combien de fois fallut-il à Hercule Poirot expliquer qu’il n’était pas français ? Ignoré ou mé prisé, le royaume n’avait pas attendu sa création officielle, en 1830, pour subir la condesc endance de ses voisins. Sur Bruxelles, Voltaire n’écrivait-il pas déjà, en 1722 : «Pour la triste ville où je suis, c’est le séjour de l’ignorance, de la pesanteur, des ennuis, de la stu pide indifférence, un vieux pays d’obédience, privé d’esprit, rempli de foi. » Selon Baudelaire, exilé dans la capitale belge et prenant des notes en observateur aigri par ce séjou r forcé, les trois derniers mots de Voltaire étaient de trop. Il ajoutait que si Paris sentait l e chou aigre, Bruxelles pour sa part sentait le savon noir. Et combien de fois, également, fallut-il à Hercule Poirot défendre la prononciation même de son patronyme, si difficile pour des palais britanniques prompts à le déformer en divers « poiret », « porrot » ou « poirote » ? Dans une Angleterre très conservatrice, d’une méfiance insulaire envers les étrangers, l’ancien f onctionnaire de la police belge parvint pourtant, par la seule action de ses petites cellul es grises, à acquérir une renommée considérable, à être sollicité par toute la bonne société, à travailler pour le gouvernement et même, honneur suprême, à être reçu à Buckingham.
1. Julian Symons, « Sherlock Holmes et Hercule Poirot », inNouveau musée de l’Holmes (source sujette à caution).2.Crime à Black Dudley(The Crime at Black Dudley, 1929), trad. J. Noiret.3.Lord Peter et l’inconnu(Whose Body ?, 1923).4.Lord Peter, détective(Strong Poison, 1930).5. Dont les enquêtes furent chroniquées par C. Day Lewis, sous le pseudonyme de Nicholas Blake.6. A. A. Milne,Le Mystère de la maison rouge(The Red House Mystery, 1922).7. Dont Christopher Bush fut le biographe :Le Mystère du gong chinois,La Maison du bourreau, etc.8. Pour la biographie de Holmes, nous renvoyons nos lecteurs àSherlock Holmes, une vie, même éditeur, même collection.
Chapitredeux – Origines belges
« Hélas, depuis les jours des suprêmes combats, Tes compagnes sont la frayeur et l’infortune ; Tu n’as plus pour pays que des lambeaux de dunes Et des plaines en feu sur l’horizon, là-bas. »
? Émile Verhaeren, « La Belgique ».
Rude fut longtemps le destin de la terre des Belges, disputée par ses voisins, occupée par l’Autriche, la France ou les Pays-Bas, indépendante seulement une courte année 1790, sous le nom des États-Belgiques-Unis. C’est dans l’histoire de cette curieuse nation que se trouvent les racines d’Hercule Poirot. Une double histoire qui est également liée à celle de deux Bonaparte. Brasseurs d’hommes et forgeurs de destins, Napoléon le grand et Napoléon le petit croisèrent en effet plus d’un Poirot… Le 10 Vendémiaire de l’an VIII (mercredi 2 octobre 1799), les troupes françaises du général Jean-Charles Monnier sont assiégées dans la cité fo rteresse italienne d’Ancône par la coalition russo-turque. Ce jour-là, le commandant de la place forte décide d’effectuer une percée. Le 90e de ligne va au-devant de l’ennemi et engage un furieux corps à corps. Durant les combats, le caporal Alexis Poirot tente de venir en aide à un camarade capturé par l’adversaire. Il y parvient mais «l’infortuné y succomba», comme le précise l’ordre du jour qui le cite en exemple. Ce vaillant caporal ne doit cependant pas être confondu avec l’Alexis Poirot, lieutenant au 5e bataillon d’élite des Gardes Nationales en 1815. Ancêtres, ou simples coïncidences patronymiques ? P oursuivons. Dans sa remarquable étude La Bataille de Waterloo, l’historien Jean-Claude Danamme nous décrit l’infortune du peuple belge lors des guerres napoléoniennes. Depuis l’ann ée 1815, Bruxelles, qualifiée par le lieutenant anglais Woodberry, officier du 18e hussards, de « superbe cité », doit composer avec la présence de nombreux contingents alliés contre la France. Les soixante-douze mille habitants de la ville pâtissent de cette présence militaire, et une vive sympathie naît pour les Français qui paraissent être l’unique rempart contre l’absorptio n définitive des Belges, peuple qui n’est pas encore un pays, par la Hollande. Un chant partisan de l’époque donne le ton :
Oui je suis belge, moi Je m’en glorifie Et je suis fier sur ma foi Du nom de ma patrie De me l’enlever, On ne sera le maître ; Je ne suis pas néerlandais Et je ne veux pas l’être.