La littérature de voyage en Afrique du Nord

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Français
236 pages
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Description

L'essai est un recueil de lectures de déconstruction des récits viatiques. De l'éternel Hérodote aux Surréalistes, l'Afrique apparaît erronément située en Orient, mais uniformément fixée dans le système primaire de "l'Enquête" : la réception trouve assez de préjugés pour assouvir l'exotisme tant recherché. Aux auteurs de défendre alors le fait colonial. Ces récits précèdent les pérégrinations, d'où la panoplie de représentations réfractaires des pays visités. Les misérables tribus et indigènes démunis sont dits barbares, et la pénétration militaire, en collusion avec l'autoritarisme des gouvernements locaux, prétend établir le progrès et la civilisation...

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Date de parution 06 novembre 2018
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EAN13 9782140104794
Langue Français
Poids de l'ouvrage 2 Mo

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, Khadiri HaId.
Hassan B
La littérature de voyageen Afrique du Nord
Histoire et Perspectives Méditerranéennes
LA LITTÉRATURE DE VOYAGE
EN AFRIQUE DU NORD
Histoire et Perspectives méditerranéennes Collection dirigée par Jean-Paul Chagnollaud Dans le cadre de cette collection, créée en 1985, les Éditions L’Harmattan se proposent de publier un ensemble de travaux concernant le monde méditerranéen des origines à nos jours. Déjà parus Gibson NCUBE,La sexualité queer au Maghreb à travers la littérature, 2018. Jacques BINOCHE,L’Algérie et sa représentation parlementaire, 1848-1962, 2018. Saâdia AGOURAY,Mobilités spatiales à Casablanca. Caractéristiques, mécanismes et impacts, 2018. Sofiane BOUHDIBA,Six millions de femmes, 2018. Hosni KITOUNI,Le désordre colonial,L’Algérie à l’épreuve de la colonisation de peuplement,2018. Houria ALAMI MCHICHI,Un autre regard sur les migrations, Expériences du Maroc, 2018. Antoinette CHAUVENET avec Faïza CHERFI et Marie-Claire MICHAUD,La promotion des droits humains en Algérie, 2017. Catherine GUILLAUMOND,Cuisine et diététique dans l’occident e arabe médiéval. D’après un traité anonyme du XIII siècle, Étude et traduction française,2017. Driss ABBASSI,La Tunisie depuis l’indépendance, Politique, histoire, identité,2017. Işil ZEYNEP TURKAN-IPEK,Chroniqueurs politiques en Turquie (1980-2014),2016. Imane BENNANI,L’habitat menaçant ruine au Maroc, Les procédures administratives à l’épreuve des effondrements,2016. Mokhtar KHELADI,L’Algérie pays immergeant, 2016. Abdellah BOUNFOURMalaise dans la transmission, La crise de l’autorité familiale, scolaire et politique au Maghreb,2016. Riza SAYGILI,Un siècle de démocratisation innachevée,Partis et courants politiques en Turquie (1908-2008), 2016.
Hassan Banhakeia La littérature de voyage en Afrique du Nord
Du même auteur : *Tutlayt Tarifit, gramatica i lexic, (en collaboration), Servei de Publicacions de UAB, Barcelone, 1995. *Llibertats tatuades,poèmes, Jardins de Samarcanda, Barcelone, 1996. *Iles-inu(III),Université de Tilburg, Hollande, 2000. *Le Maure errant,roman, Trifagraph, 2001. *L’enseignement de l’amazigh, Editions Tawiza, 2011. *L’amazighité en question, Editions Tawiza, 2011. *L’histoire de l’homme qui était cadavre, roman, Tawiza, 2012. *L’enfant barbare, roman, Editions Tawiza, 2012. *De la récriture à la réception, Publications de la FP Nador n°1, 2013. *Mots et maux (essai sur les récits de voyage en Afrique du Nord),Tawiza, 2013. *La traduction de la poésie, des problèmes théoriques à la praxis traductive, de la théorie à la pratique, Publications de la FP Nador n°2, 2015. *Histoire de la pensée nord-africaine, L’Harmattan, 2016. *La traduction poétique amazighe, L’Harmattan, 2016. *Le coupable, roman, L’Harmattan, 2017.
© L’Harmattan, 2018 5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris
http://www.editions-harmattan.fr/
ISBN : 978-2-343-16029-0 EAN : 9782343160290
A Nasser Zefzafi
INTRODUCTION : LE RECIT PRECEDE LE VOYAGE Qu’est-ce que le récit de voyage ? Tout voyage se fait narration, et il se réalise dans l’espace et le temps pour aboutir sur un récit qui va fixer les souvenirs du voyageur. Les possibilités de fixation sont multiples, allant du personnel jusqu’à l’impersonnel. Il peut exister des récits qui sont effectués par le « je » et d’autres par un « il », mais les deux formes font plus partie de la fiction. Les deux instances constituent une littérature aux limites floues, et une science qui revendique l’humanité comme objet d’étude. Le monde nord-africain, continûment vivant et chaotique, est à fixer par les mots étrangers : les phrases remplacent le mouvement concret de la vie et tentent de l’ordonner dans un récit conçu, de règle générale, dans la langue des autres. Le récit se veut alors construction formelle du réel, mais il ne rapporte qu’un ensemble de reflets d’un monde sublimé qui demeure opaque. Faite de mots tissés dans une rhétorique particulière, la représentation rapporte à la fois l’univers de l’auteur, mais aussi celui de l’ethnie dans lequel se fait le voyage. Les pérégrinations se font dans l’intellect, loin de toute sensibilité qui explore réellement la vie des autres. L’espace nord-africain est dit, généralement, dangereux pour l’étranger mais avec des points d’attraction physique qu’il entend découvrir. C’est à partir de cette ambivalence que prend sens le voyage dans ces récits étrangers. Comme le récit de voyage est analogue à une littérature de masques, ses anecdotes et commentaires semblent vrais ou véridiques. Ce genre se compose d’une alternance entre des séquences narratives (action, déplacement) variables où le subjectif prédomine, et des séquences descriptives (coutumes, paysages et portraits) invariables où le trait romantique et le préjugé se côtoient étroitement. La narration, qui paraît de moindre intérêt par rapport à la description, préexiste à l’expérience du voyage. Il s’agit, en effet, d’une transposition littéraire de l’apprentissage de la différence. Le récit précède amplement le voyage. Le discours sur l’Autre devient aussi un discours sur soi : l’auteur qui se décline diariste ou aventurier, se reconnaît comme différence (ou opposition) vis-à-vis 1 de l’Autre . Dans cette épreuve humaine, il n’y a pas de fuite par rapport à soi, il y a plutôt un décentrement de soi. Le mouvement vers l’Autre déclenche
1 Les adjectifs utilisés par les voyageurs occidentaux, notamment les Français et les Espagnols, à propos du Maroc révèlent leur point de vue : « perfide », « vieux », « sale », « sauvage »… sont les plus réitérés. 7
nécessairement un retour sur soi. Le voyage s’annonce alors un déplacement 2 vers la subjectivité, une introspection . Toutefois, la littérature viatique est didactique dans sa portée. Les digressions sont longues en vue d’informer le lecteur. C’est dans les informations expansives qu’apparaît l’intention auctoriale. Parfois le lecteur s’intéresse davantage aux expansions anecdotiques. Le style se fait parfois dans l’ambigüité. Le voyageur a, en effet, le souci d’expliquer l’univers étranger, en se mettant dans la peau du lecteur. Ce dernier, par une réaction instinctive, s’imagine également à la place du voyageur, faisant de cette aventure une affaire propre à sa fabulation. L’auteur ne représente alors qu’un simple guide.
Le récit de voyage, un genre ? Poésie, narration, description et commentaire sont des articulations inextricablement prépondérantes dans un récit de voyage. C’est pourquoi, la typologie des récits viatiques est difficile à dresser, avec une structure où les genres s’entremêlent, et où l’exotisme présuppose différents thèmes. Selonl’Encyclopédie, l’entrée « voyage » précise la portée didactique : « Les voyages étendent l’esprit, l’élèvent, l’enrichissent de connaissances, et le guérissent des préjugés nationaux. C’est un genre d’étude auquel on ne supplée point par les livres, et par le rapport d’autrui ; il faut soi-même juger des hommes, des lieux, et des objets. Ainsi le principal but qu’on doit se proposer dans ses voyages, est sans contredit d’examiner les mœurs, les coutumes, le génie des autres nations, leur goût dominant, leurs arts, leurs sciences, leurs manufactures et leur commerce. »
En général, la littérature de voyage n’est pas un genre littéraire autonome. Les récits de voyage en Afrique du Nord sont, sur le plan esthétique, un collage textuel générique. Ils présentent divers sous-genres, entre lesquels les limites sont mobiles : – L’épopéeest la première forme d’un récit de voyage où le fictif prédomine, mêlant dans un même périple hommes et dieux.L’Enquêteet d’Hérodote l’Odyssée d’Homère en sont les premières références. Citons dans tradition françaisel’épopée marocained’Henriette Célarié en 1929. – Lesnotesun recueil de textes brefs et hétéroclites qui retracent in sont media res la réalité étrangère. Elles sont sous forme d’observationsla où descriptionprédomine, ou bien d’impressionsavec l’émergence d’un sentiment de supériorité nourri par le voyageur envers l’autochtone. Le comte de Chavagnac composeNotes d’un voyage de Fez à la frontière marocaine en 1885. Ce voyage mélange l’introspection et l’exotisme.
2 Cf. Michel Leiris,L’Afrique fantôme(1934), Paris, Gallimard, 1981. « C’est presque comme si j’avais eu l’idée de ce voyage exprès pour le rédiger… Mais comme je ne bouge pas, je n’ai pas grand-chose à dire. Pas d’autre ressource que l’introspection, l’examen de mes raisons de voyager, de mes raisons d’écrire. » (p.268) 8
– Larelationse définit comme un récit où le voyageur-narrateur rapporte les faits plus par un regard réaliste, loin de toute fiction. Nous avons la fameuse relation de Roland Fréjus en 1670 :Relation d’un voyage fait en Maurétanie. – Lecarnetde route ou le guide de voyage est un ensemble de notes prises lors du périple. Les jours et les lieux sont notés avec minutie. Nous avons le Guide du voyageur au Marocd’A. de Kerdec-Chény, publié en 1888. – Lachroniqueest une narration datée (pas quotidienne) à propos de faits réels. Toutefois, du voyage imaginaire au voyage réel il n’y a pas de grand écart : ils sont semblables. Citons laChronique marocaine de M. Le Glay en 1933. – Le journal est une relation personnelle basée sur le quotidien, avec des prises de notes. Le voyage y rappelle les faits au jour le jour, avec l’indication d’un temps qui unit le récit et le voyage. Eugène Delacroix écrit en 1832 son Journal de voyage au Maroc. – Lerapportest un document officiel, chargé par un établissement en vue de préciser les faits relatifs à une situation précise. Il retrace les affaires d’une expéditionmilitaire, parfois secrète. – Lacorrespondance se fait entre deux ou plusieurs auteurs à propos d’un voyage et lors d’un périple pour s’échanger idées, impressions et narrations. Les lettres sont datées, inscrites dans un lieu / temps, et nommées (émetteur, destinataire). Elles apportent des questions et des réponses, échangées entre les deux parties. Le Lieutenant Joubert écritLettres du Marocen 1930. – Lerécit viatiquepeut être autobiographique : il représente un périple durant lequel l’auteur explique les raisons de son voyage, expose les peines quotidiennes, se réconcilie souvent avec soi, au moment de découvrir de nouveaux lieux et des sensations rédemptrices. Pierre Loti révèle un tel penchant dans ses différents voyages à travers le monde. – Lesmémoiresviennent a posteriori : elles récupèrent des faits rétrospectifs, représentatifs d’une pensée qui se fait et se réalise par le voyage. Nous avons Les Carnets de voyage au Marocd’Eugène Delacroix (1832). – Dans un dernier groupe l’on peut mettre pêle-mêle lesromans de voyage, lesvoyages imaginaires. Il y a des chefs-d’œuvre de la littérature universelle, commel’Utopiede Thomas More,le Quart-livrede Rabelais,Gulliver’s travelsde Swift,Jacques le fataliste et son maîtrede Diderot… Par rapport au narrateur, les récits se divisent en deux groupes : le premier tourne autour du sujet (l’aventurier), et le second s’intéresse à l’objet (monde visité). Si le premier insiste sur les souvenirs du héros qui traverse un continent en quête de trésors, le second parcourt les contrées pour bien les situer dans la mémoire positive (occidentale). Les œuvres littéraires font référence à un seul voyage : découvrir l’altérité par le regard intérieur. Le périple est autant motivé par le mal de la fixation (sédentarisation) et se termine par la victoire sur les doutes et les tourments
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