Le Guide steampunk

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Des machines gigantesques mues par la vapeur, des héros en hauts-de-forme et monocles, des héroïnes en crinolines et ombrelles...


L'imagerie du steampunk ne cesse de fasciner depuis la création du genre dans les années 1980.


Mais, quelles en sont les origines ? Quelles sont les œuvres majeures en littérature, au cinéma ou en bande dessinée ? Comment créer son propre look steampunk ?


Rédigé par Étienne Barillier, spécialiste incontournable du genre, et Arthur Morgan, cofondateur de la communauté French Steampunk, ce guide dresse un état des lieux du steampunk aujourd'hui autour, notamment, de rencontres avec Tim Powers, K. W. Jeter, James Blaylock, Greg Broadmore ou Mathieu Gaborit.

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EAN13 9782366291445
Langue Français

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présente Le Guide steampunk Étienne Barillier er Arthur Morgan
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REMERCIEMENTS Étienne Barillier : Merci à Manon, pour tout ce qu’elle est. Merci à Morgan Guery, forcément. Arthur M organ : Merci à Étienne Barillier pour avoir mené, une nouvelle fois, un livre avec lui. Merci à Nat, Alice et Victor d’être dans ma vie. Les auteurs : Merci à Jérôme Vincent, Marie Marquez & ActuSF. A special thank toS. J. Chambers and all the contributors:Tim Powers, James P. Blaylock, K. W. Jeter, Greg Broadmore, Professor Elemental, Mark Hodder, John Naylor, Ann VanderMeer, Jess Nevins, George Mann, Mike Perschon, Robert Brown & Abney Park. Merci à la communauté vaporiste française et en particulier Futuravapeur, Thibault Hycarius, Efikz Emporio et Victor Sierra. Merci à Fanny Wilk deTemps d’Élégance. Merci aux auteurs Didier Graffet, Mathieu Gaborit, Raphaël Albert, Stéphane Tamaillon et Guillaume Lapeyre d’avoir répondu à nos questions.
INTRODUCTION – REDUX Engrenages, vapeur, automates, savants fous en chapeaux hauts de forme, nous avons tous rencontré à un moment ou à un autre le steampunk ces dernières années. Il semble être partout, surgissant et s’imposant comme une forme majeure dans le domaine de l’imaginaire. Pourtant savons-nous vraiment ce qu’il est ? Voilà comment nous commencions notre préface en 2013, lors de la première édition du guide que vous tenez entre vos mains. L’époque a changé depuis. Le steampunk aussi. Et, d’une certaine façon, rien ne s’est vraiment passé comme prévu. On nous a annoncé que le steampunk allait tout renverser, qu’il allait être lenext big thing, que les choses allaient être énormes… et rien de tout ça n’est arrivé ! Est-ce que le steampunk n’a été qu’une baudruche gonflée à l’éther de nos rêves rétrofuturistes ? Pas exactement. Le steampunk aujourd’hui n’a en réalité pas cessé de grandir et de se déployer, mais il l’a fait dans des directions nouvelles et parfois surprenantes, à sa manière, sans ordre ni méthode, déjouant les prédictions et continuant à nous surprendre. Voilà le paradoxe : nous connaissonstoussteampunk, mais nous ne savons pas le exactement ce que le mot recouvre. Certains d’entre nous ont même commencé à l’aimer bien avant d’entendre son nom pour la première fois. Et parfois, nous avons été surpris d’apprendre que telle œuvre l’était – ou que telle autre ne l’était pas ! Le steampunk est longtemps resté tapi dans les rayonnages des librairies, mal à l’aise entre la science-fiction et lafantasy. Cela fait trente ans – l’âge de la maturité, peut-être – qu’il est présent et qu’il devient lentement de moins en moins discret. Cette connaissance diffuse a donné lieu à de multiples naissances : de nombreux auteurs, comme Johan Heliot et son romanLa Lune seule le saitAlan Moore avec la ou Ligue des gentlemen extraordinaires, ont pu ainsi « inventer » leur propre steampunk, dans l’ignorance qu’il existait déjà ! Il a considérablement évolué depuis sa naissance dans les années 1980, dépassant ses limites, rompant avec les habitudes au point de toucher à des territoires inédits et insoupçonnables. Aurions-nous pensé, il y a seulement quelques années, qu’en écrivant ce livre nous allions entrer en contact avec des écrivains, des artistes plasticiens, des musiciens, des concepteurs de jeux vidéo, des dessinateurs, des réalisateurs, des costumiers, des passionnés ? La liste ne cesse de grandir. Le steampunk a définitivement déjoué nos pronostics. D’un point de vue littéraire, le steampunk est généralement classé comme un sous-genre de la science-fiction. Il est présenté comme une histoire alternative où, pour reprendre la {1} formule désormais célèbre de Douglas Fetherling : « Le steampunk s’efforce d’imaginer jusqu’à quel point le passé aurait pu être différent si le futur était arrivé plus tôt. » Il a pour cadre une époque victorienne qui ressemble à bien des égards à celle que nos ancêtres ont connue. Mais un léger pas de côté a été fait avec l’histoire : la science a pris un tour différent, concevant les ordinateurs et les robots bien plus tôt ! La révolution industrielle a bel et bien eu lieu, mais la vapeur propulse dorénavant des machines différentes, au service de sociétés forcément autres… Ainsi, pour définir provisoirement le steampunk, on peut dire qu’il tient de la science-fiction pour le travail sur la
technologie, les procédés narratifs et de l’uchronie pour le jeu avec l’Histoire et ses embranchements. Le steampunk a désigné des fictions victoriennes pour être ensuite utilisé aussi bien en littérature qu’en musique, mode, arts plastiques, performances artistiques, graphisme. Est-ce que le terme a le même sens pour tout le monde ? Rien n’est moins sûr. Est-ce qu’il désigne encore aujourd’hui une fiction victorienne ? Une esthétique uchronique {2} rétrofuturiste ? Une fascination réactionnaire autour d’un passé rêvé ? Une culture ? Un rejet du monde contemporain ? Une réappropriation de sa culture nationale ? Le steampunk est certainement un peu tout cela à la fois, ce qui le rend d’une certaine façon insaisissable. Il est un mouvement aux multiples branches littéraires, esthétiques, musicales, se déployant simultanément dans des espaces différents, générant à chaque fois de nouvelles variations de lui-même. Dans tous les cas, il est un retour vers le passé, un passé qui peut sembler pour certains comme étant plus beau, plus simple et moins décevant que notre présent – ou, pire, que notre futur. Une projection dans un monde d’avant les deux Guerres mondiales, d’avant la Bombe et les crises économiques, un monde où les cartes géographiques comportaient encore le rêve de laterra incognitaet où les inventions se multipliaient pour bouleverser des sociétés entières. En effet, par un mouvement de translation, le steampunk active un imaginaire passé. Dans celui-ci, on imaginait un futur, souvent très proche, qui allait être littéralement merveilleux. Cela semblait d’autant plus possible par la somme de réalisations que la fin e duXIXsiècle rendait accessibles au plus grand nombre – le chemin de fer, la machine à vapeur, le téléphone et le télégraphe, l’électricité ou encore la photographie. Ce n’est pas tant l’étonnante prolifération d’inventions qui surprend, mais bel et bien leur impact. La liste des bouleversements est longue : expansion des villes, développement des classes moyennes et bourgeoises, industrialisation à marche forcée, extraordinaire vitalité artistique et créative, profondes mutations sociales… Toute une appétence de progrès qui se syncrétise dans la construction du Crystal Palace à Londres pour l’Exposition universelle de 1851 et de la tour Eiffel pour celle de Paris en 1889 où sciences, arts et techniques fusionnent. L’Empire britannique, plus grand que ne l’a jamais été l’Empire romain et que tout autre pouvoir colonial, étonne encore par son étendue, par l’affirmation de son pouvoir et de la force de sa culture. Cependant, cela ne peut tenir face à l’effroi provoqué par la nature même de la colonisation, des situations de crimes et de pauvreté où se trouvait engluée une part de la société anglaise, une société sclérosée, figée dans ses rites et structures, pourrissante déjà de l’intérieur, et contemplant, fascinée et légèrement dégoûtée d’elle-même, le combat entre le vice et le crime dans les quartiers de Whitechapel. Ultime attrait, le steampunk décrit un mode de vie que l’on sait sur le point de disparaître. Les mouvements anarchistes s’agitent. Les monarchies anciennes ne tiendront plus sur leur trône longtemps. La société va devoir être bientôt réformée alors que les e mouvements sociaux deviennent de plus en plus violents. Ainsi, leXIXsiècle est marqué par le luddisme en Angleterre (1811), les Canuts à Lyon (1831) et caractérisé par l’émergence d’un prolétariat que Karl Marx théorise. Avec le steampunk, nous sommes au moment médian, entre la disparition et l’émergence, entre la décadence et la splendeur, entre les fastes de la monarchie et la plongée dans la mine. Étrange contraction qui embrasse l’ensemble d’une époque et de ses aspects sans chercher à les trier ni à les expliquer. Le steampunk ne fait jamais office d’historien donneur de leçon.
Ce regard vers le passé nous interroge. Est-ce un passé qui serait pris pour un temps de l’innocence ? Nous le pensons si nous considérons que l’innocence n’est pas naïveté. Il est peut-être simplement celui où croire en un futur meilleur n’était ni une position cynique ni une forme d’angélisme béat. Écrire une fiction rétrofuturiste n’est pas non plus embrasser les valeurs de l’époque évoquée, ce n’est pas une façon de dire combien c’était mieux avant… À son meilleur, la force du steampunk est de poser un dialogue entre le passé et le présent, de proposer une réaction contre les mollesses et lâchetés de notre époque, de les confronter aux erreurs et espoirs du passé : autrement dit, d’envisager notre futur. Le steampunk est-il alors un mouvement politique ? La question agite la critique anglo-saxonne. Le steampunk ne peut rester neutre vis-à-vis de la matière sur laquelle il e travaille. Explorer unXIXentre faits historiques, citations littéraires et rêveries siècle dégage inévitablement un miroir de notre époque. Nous regardons d’où nous venons e pour mieux comprendre notre présent. La fin duXIX siècle ressemble beaucoup au nôtre : pollution, travail des enfants, essor de l’information, dégradation des conditions de travail, etc. C’est là que la culture steampunk se bâtit. Nous assistons à la mise en lumière de ce que nous sommes, par la peinture d’où nous venons et l’invention d’où nous rêvons d’aller. Mais le steampunk est égalementpunkil s’attaque aux lieux communs, bouscule les : habitudes, conteste et met les pieds sur la table… sans pour autant que cet esprit contestataire ait été consciemment voulu. Le paradoxe steampunk réside ici : le genre n’a jamais été ni prévu ni pensé. Le mot même n’a jamais eu d’autre intention que d’être une boutade. Le steampunk est devenu presque malgré lui un mouvement, aussi protéiforme qu’insaisissable. Et qui dit mouvement dit agitation, confusion et parfois chaos ! Le steampunk est désormais une culture, avec ses codes et ses normes. Mais c’est une culture ludique, créative et inventive. À ce titre, le steampunk se réinvente en permanence, dans une joyeuse confusion des règles et des normes. Avec le temps et avec l’âge, le steampunk est certainement devenu pluspunkquesteam. Tout a commencé quand l’écrivain américain K. W. Jeter adressa une lettre à la revue Locusavril 1987. Le débat alors portait sur les fictions victoriennes, telles qu’en en produisaient ses camarades Tim Powers et James Blaylock ou lui-même cette année-là avecMachines infernales. Voici ce qu’il écrivait : «CherLocus, Ci-joint un exemplaire de mon roman de 1979,Morlock Night. Pourriez-vous avoir {3} l’amabilité de le transmettre [au critique] Farren Miller car c’est une preuve de premier ordre dans le débat devant déterminer qui, du “triumvirat de l’imaginaire, Powers/Blaylock/Jeter” écrivit le premier d’une “manière gonzo-historique”. Personnellement, je pense que les fictions victoriennes vont être le prochain truc à la mode, du moment que nous parvenons à trouver un terme collectif adéquat pour [Tim] Powers, [James] Blaylock et moi-même. Quelque chose basé sur la technologie propre à la période, comme “steampunk” peut-être… Alors, le prochain truc à la mode ?» À la mode ? Pas sur le moment. Les années 1980 sont plutôt celles de la science-fiction engagée du cyberpunk, dont Jeter parodiait gentiment le nom. Alors à la mode
aujourd’hui ? Il est probable que nous y tendons. Le steampunk a mis un peu plus de vingt ans à sortir de l’ombre pour devenir, par son ampleur et sa variété, un réel mouvement culturel. Alors que nous écrivons ces lignes, des artistes à travers le monde sont en train de créer quelque chosede steampunk. Des gens sont en train de fabriquer – de leurs mains, il est important de le souligner : ils cousent, soudent, lient, découpent… – destrucssteampunk. Un musicien se demande comment composer un morceau. Un romancier s’agace pour décrire un personnage. La vitalité du mouvement repose sur eux parce qu’ils sont le fer de lance de l’esprit même du genre. Être indépendant, demeurer le propre juge de ses goûts et valeurs, rester élégant et de bonne composition, pourquoi pas ? Mais être steampunk, c’est aussi développer un goût qui mène invariablement vers d’autres territoires et vers de nouvelles expériences esthétiques et culturelles. Cet ouvrage ne saurait être un guide exhaustif du mouvement steampunk tant il foisonne et contamine toutes les sphères de la création artistique. Mais plutôt un marchepied, une porte d’entrée vers les incontournables du genre. Nous assumons les manques comme les oublis que suppose notre démarche. Considérez-nous comme des passeurs, qui cherchent à vous proposer des pistes, parfois des chemins de traverse, pour vous indiquer des directions, et amicalement partager avec vous nos coups de cœur. Pour cela, nous avons aussi donné la parole à ceux qui font le steampunk ou plutôt à une partie {4} d’entre eux. Car les autres, ce sont vous, les lecteurs, les amateurs, lesvaporistes. Le steampunk est une splendide machine, rutilante, brillante et bruyante. Une machine à la fois précieuse et belle, mais surtout une machine qui fonctionne de mieux en mieux. À chacun de lui donner un usage et une fonction. Les machines servent à cela. Étienne Barillier & Arthur Morgan 2013-2019
AVANT-PROPOS
par Selena J. Chambers Malgré l’intérêt qu’il a suscité ces derniers temps, le steampunk a toujours été mis en cause. Depuis la fin des années 2000, les principales questions « Qu’est-ce que le steampunk ? » et « Pourquoi le steampunk est-il important ? » ont été abordées. Ces questions ont reçu une myriade de réponses, différentes les unes des autres. Certaines critiques avancent que le steampunk n’a pas d’importance. Qu’il s’agit juste d’un passe-temps étrange même si divertissant. D’autres admettent à contrecœur que c’est un mouvement esthétiquement intéressant, mais au final culturellement vain et sans aucune conscience sociale. Quand j’entends ce type de critiques, je me dis que leurs auteurs sont à des lieues de comprendre le steampunk (au moins à 20 000 lieues) et qu’ils n’ont fait que l’effleurer en le considérant comme étant plaisant, mais trop superficiel. C’est vraiment dommage car la caractéristique principale du mouvement steampunk est son côté accessible à tous, enfin à tous ceux qui osent rêver et libérer leur imagination. Ma première idée était similaire. Pour moi, le steampunk était un mouvement esthétique évoquant une certaine nostalgie. Cependant, après avoir commencé à interviewer des fans du mouvement et compris qu’il s’étendait sur toute la planète, je me suis rendu compte que cette sous-culture était aussi un dialogue contemporain. Il est devenu international. Il se développe même dans des pays qui n’ont pas connu la période victorienne. Les œuvres produites dans ces pays relisent leur héritage culturel et réécrivent, revisitent leur propre histoire sans aucunement diminuer le sérieux des questions sociales soulevées. En plus du racisme et de la lutte des classes, il explore aussi la société de consommation, le développement durable et l’économie locale. En abordant ces questions très sérieuses de façon ludique, il s’ouvre plus encore et permet une transmission efficace des idées. Dans l’ensemble, le steampunk a une réelle importance car il englobe désormais une communauté cohérente, unifiée et internationale. Une communauté dont les membres ont des intérêts et des histoires personnelles diverses, ce qui la fait continuellement se renouveler, évoluer… Le concept sous-jacent qui unit et motive ces membres est la désillusion liée à notre monde contemporain, devenu trop facile à vivre. Le prix à payer pour cette facilité de vie est l’ignorance et la complaisance. Nous ne comprenons plus comment fonctionnent les objets qui nous entourent. Et quand ces objets cassent, il nous semble plus simple d’en acheter un nouveau pour le remplacer plutôt que de le réparer (ce qui nous garantit aussi d’en avoir un plus récent et plus cool que celui que nous avions de toute façon). Et ça ne se limite pas aux objets électroniques ou mécaniques, mais de façon métaphorique à la politique et à la société. Ce qui soude le steampunk est l’approcheDo it yourselfet le désir et la reconnaissance de l’ingéniosité, la créativité et l’indépendance qui semblent nous avoir été volées par la culture consumériste.