Le procès de l'excès chez Queneau et Bataille

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Français
130 pages
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Description

A l'extrême de la furie sadienne traitant de la transgression et du sacré chez Bataille à travers le personnage historique et mythique de Gilles de Rais, Queneau, pour nous faire entendre l'origine mystérieuse entre toutes du Mal, campe dans un livre de fiction burlesque, Les fleurs bleues, un frère jumeau du baron de Rais, le duc d'Auge, et son double Cidrolin. Mais qu'il s'agisse de rire ou de frémir d'épouvante, c'est bien de la même interrogation sur l'excès qu'il s'agit de dégager un sens, littéraire, philosophique et psychanalytique.

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Date de parution 01 mars 2012
Nombre de lectures 75
EAN13 9782296486041
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

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problématique du héros, 2010.





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Préface de Thomas Roussot
Postface de Marc-Louis Questin

































Illustration de couverture :

peinture de KTY Catherine Poulain,Effusion, 2011.

© L’Harmattan, 2012
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-296-96661-1
EAN : 9782296966611

À Jean-Matthieu Taieb,
Odilon Bos,
et Flora Szpirglas.





–A quel âge avez-vous senti que vous quittiez l'enfance ?
–Je ne l'ai jamais senti.





Conversation avec André Gillois et Raymond Queneau, 1949.
RevueL'ARC, 1966.


±


Florence Charrier révèle à travers cet essai la puissance
transgressive de deux œuvres méconnues et pourtant
symptomatiques de Bataille et Queneau, à savoirLe Procès de
Gilles de RaisetLes Fleurs Bleues. On pourra y découvrir une
grille de lecture à la fois psychanalytique et philosophique,
dévoilant à travers la galerie de personnages hétéroclites l'excès
et ses implications ontologiques. L'on y trouvera notamment
chez Bataille un érotisme frénétique, des sacrifices d'enfants au
service de sensualités débridées, des crimes envisagés comme
pur moyen de délectation, autant de transgressions des normes
morales posées sans la moindre justification pathologique qui
tranchent avec tous les discours éthiques aspirant à comprendre
et contextualiser des actes pour tenter de leur ôter leur charge
d'arbitraire.
L'appétit des protagonistes à contempler leur propre débauche
souligne le rôle de la conscience assujettie aux sens, aspirant à se
dissoudre dans le plaisir de l'annulation d'autrui. Les rituels
démoniaques décrits d'abord par Bataille sont minutieusement
ordonnés, l'ordre et le calcul savamment établis chapeautant ces
dérives comportementales. Au cœur de l'analyse du procès de
Gilles de Rais prévaut la violation des lois normatives via une
structuration psychologique à la fois primitive et hédoniste située
aux antipodes des valeurs de l'amour courtois naissant alors.
Le compromis des règles sociales échafaudées par le monde
adulte ne concerne pas le "héros" accusé, tout n'y est pour lui
qu'enfantillage, excès énergétiques.
La fortune du Maréchal de France offre à son imaginaire
perverti des horizons infinis. Le Moyen Âge dans son
commencement ne condamne aucunement la violence, la férocité
est au contraire une marque d'élection pour nombre de
chevaliers.

Gilles de Rais fut connu pour sa démesure dans les pillages
qu'il pratiquait. Le goût du sang et tout bonnement du crime était


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imprimé et légitimé dans son esprit par sa propre fonction
sociale.
La féodalité offrait la possibilité d'une dépense irrépressible des
désirs et perversions invisibles aux foules, à l'abri qu'elles étaient
de forteresses opaques. Ce n'est qu'en violant les lois de l’Eglise
après avoir pénétré armé dans une chapelle pour y prendre en
otage un prêtre pendant l’office que ses stratagèmes de
tortionnaire allaient connaître un terme. L'aberration des mœurs
n'est définie que par des normes sociales fluctuantes et parfois
peu regardantes quand les victimes expiatoires proviennent de
couches sociales méprisées. La personnalité atypique de Rais se
confronte à des critères prétendus naturels que la souveraineté de
son désir ne veut reconnaître, plongé qu'il est dans les abysses de
la volupté. La complémentarité d'Eros et Thanatos lui procure
l'extase de l'illimité et de la totalité, via ses multiples connections
charnelles sous-tendues par cette volonté d'appropriation et de
dissection du beau et du jeune. La passion irrésistible de
l'intégrisme sensuel soumet à son règne totalitaire toutes les
facultés de l'esprit. La consumation de l'altérité est la retombée
indissociable d'un tel règne sans partages. A travers les récits
plus ou moins fantasmatiques de Bataille et Queneau, l'on assiste
à une dissolution du réel par une ébullition sensorielle dont
l'absence de but humain caractérise l'avènement. La dimension
spirituelle et intellectuelle est mise au service d'une dialectique
de l'instantanéité réactionnelle des pulsions et lubies poussant sur
un terreau existentiel voué à la disparition : "La méconnaissance
ne change rien à l’issue dernière. Nous pouvons l’ignorer,
l’oublier : le sol où nous vivons n’est quoi qu’il en soit qu’un
1
champ de destructions multipliées."Chaque chimère induit la
possibilité d'une effraction hors des limites conventionnelles. Le
scandale à n'aspirer qu'aux satisfactions du corps en imposant sa
démesure infantile aux identités formatées par la raison demeure
présent dans nos sociétés pourtant libérales libertaires. La
privation du moi est résolue par la désintégration voluptueuse de
l'autre. Comble du nihilisme. L'affranchissement du corps se


1
La Part maudite précédé de la Notion de dépense(1949), Georges Bataille,
éd. Éditions de Minuit, coll. Critique, 2003.

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déroule paradoxalement non dans l'accidentel mais l'organisation
instinctive pour Rais, en un immense consentement à sa propre
déroute sanctifiée par une morbidité érotisée, le tout porté par une
volonté parodique de s'ériger en Dieu qui culmine dans la mise en
scène du Procès. DansLes Fleurs Bleues, Florence Charrier
souligne le dédoublement onirique qui sape la conservation du
sujet. L'ébranlement sensoriel investit les êtres en une contagion
libidineuse dont la dynamique énergétique s'auto-dévore.
L'exubérance d'un tel processus excède les contours normatifs du
respect, de la dignité, de la tolérance et autres lois morales
contemporaines. Le risque préféré à la tempérance, la dépense
frénétique à la conservation maniaque et craintive de soi, tendant à
se sentir vivant et n'existant qu'au seul prix d'admettre et même de
provoquer sa propre perte. Le désastre des conséquences est
annulé car ne demeure plus que le plongeon sensoriel dans
l'avènement d'une perception instantanée. L'affranchissement de
toute notion de responsabilité morale acquitte le sujet d'une
éventuelle culpabilité repentante. Ni utilité hygiénique, ni
justification sociétale, ni nécessité morale, c'est la pure gratuité du
possible qui se déploie librement à travers ces récits. La
dialectique du vide et de l'impossible s'affirmant par le sacrifice se
déploie au fil des pages, le vertige du désir qui ne parvient jamais à
saisir l'objet visé de façon harmonieuse accomplissant l'incapacité
fondamentale de l'humain à s'établir autrement que puérilement
dans le monde. Puérilité incandescente chez Rais qui se manifeste
jusqu'à la tentative métaphysique de rédemption que fut son
Procès : ce Procès des excès d'un sire cruel entre tous démontre à
travers l'aspiration vers Dieu la naïveté et la roublardise d'un
monstre "sacré" qui n'aspire en fait qu'à échapper à son destin
humain trop humain.
L'aspiration interminable des sens vers une hypothétique
satiété s'échoue en un érotisme inappropriable, dont la
généalogie littéraire forme une longue suite de dérobades et de
hantises sans origine ni stabilité, entraînant l'écriture de Bataille
au fond du gouffre de terreur dont la profondeur met en abyme
toute prévention esthétique ou philosophique, toute distanciation
phénoménologique. Queneau qui fut lecteur et éditeur chez
Gallimard connaissait parfaitement l'œuvre de Bataille, porté

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