Le roman initiatique gabonais

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240 pages
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Depuis 1971, se développe au Gabon un roman initiatique hybride, ouvert à l'oralité et à l'écriture, qui se présente comme un hymne à la tradition et à la modernité. On y rencontre des personnages qui s'ouvrent tout à la fois au christianisme et aux valeurs spirituelles africaines. Ce livre montre comment l'intégration grandissante de l'oralité traditionnelle dans le roman ouvre finalement une nouvelle voie vers une modernité textuelle gabonaise et/ou africaine.

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Publié par
Date de parution 01 septembre 2011
Nombre de lectures 603
EAN13 9782296468474
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

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LE ROMAN INITIATIQUE GABONAIS

























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et comptons sur votre compréhension.

© L’Harmattan, 2011
5-7, rue de l’Ecole polytechnique ; 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-296-56451-0
EAN : 9782296564510










Jean Léonard NGUEMA ONDO







LE ROMAN INITIATIQUE GABONAIS


Préface de Jacques CHEVRIER



















L’Harmattan

Critiques Littéraires
Collection dirigée par Maguy Albet


Dernières parutions

Chantal LAPEYRE-DESMAISON,Résonances du réel. De Balzac à
Pascal Quignard, 2011.
Saloua BEN ABDA,Figure de l’altérité. Analyse des figures de
l’altérité dans des romans arabes et francophones contemporains,
2011.
Sylvie FREYERMUTH,Jean Rouaud et l'écriture «les yeux clos».
De la mémoire engagée à la mémoire incarnée, 2011.
François HARVEY,Alain Robbe-Grillet: le nouveau roman
composite. Intergénéricité et intermédialité, 2011.
e
Brigitte FOULON,siècle. Voir et décrireLa Poésie andalouse du XI
le paysage, 2011.
Jean-Joseph HORVATH,La Famille et Dieu dans l’œuvre
romanesque et théâtrale de Jean Giraudoux, 2011.
Haiqing LIU,André Malraux. De l’imaginaire de l’art à l’imaginaire
de l’écriture,2011.
Fabrice SCHURMANS,Michel de Guelderode. Un tragique de
l’identité, 2011.
Connie Ho-yee KWONG,Du langage au silence, 2011.
V. BRAGARD & S. RAVI (Sous la direction de),Ecritures
mauriciennes au féminin : penser l’altérité,2011.
José Watunda KANGANDIO,Les Ressources du discours polémique
dans le roman de Pius Ngandu Nkashama, 2011.
Claude HERZFELD,Thomas Mann. FélixKrull,roman picaresque,
2010.
Claude HERZFELD,Thomas Mann. Déclin et épanouissement dans
Les Buddenbrook, 2010.
Pierre WOLFCARIUS,Jacques Borel. S’écrire, s’écrier : les mots, à
l’image immédiate de l’émotion, 2010.
Myriam BENDHIF-SYLLAS,Genet, Proust, Chemins croisés, 2010.
Aude MICHARD,Claude Simon, La question du lieu, 2010.
Amel Fenniche-Fakhfakh,Fawzia Zouari, l'écriture de l'exil, 2010.
Maha BADR,Georges Schehadé ou la poésie du réel, 2010.
Robert SMADJA,De la littérature à la philosophie du sujet, 2010.

AVANT-PROPOS

En guise d’avant-propos, qu’il me soit permis de faire un
petit voyage en arrière afin de restituer par des souvenirs,
l’aventure ayant conduit à la rédaction de cet ouvrage.
Au début de l’année scolaire 1994 – 1995, nouvellement
affecté au Lycée National Léon Mba à la suite de mes études à
l’Ecole Normale Supérieure, mon premier constat est la sous
représentation des œuvres gabonaises dans le programme
officiel de l’enseignement du français au Gabon. Pour
contourner les Instructions Officielles de l’Institut Pédagogique
National (I.P.N.) et mettre les élèves au contact du livre
gabonais, je crée le café littéraire du Lycée National Léon Mba,
pour accueillir les écrivains chaque premier jeudi du mois. Je
1
suis appuyé dans cette aventure par France Volatieret Jacques
2
Denis Tsanga . Contre toute attente, le nombre d’élèves, au fil
des rencontres, augmente considérablement, grâce à la
participation des enseignants de français et des élèves des autres
lycées du pays. Devant cet engouement, j’invite les enseignants
les plus réguliers à créer dans leurs établissements respectifs,
des tribunes de rencontres littéraires. Le café migre dans
quelques grands lycées du pays. Les élèves du Lycée National
Léon Mba vont désormais être encadrés par Edgar Bokoko,
ceux du Lycée d’Etat de l’Estuaire, par Blanche Mengué, de


1
Coopérant français et enseignant de français au Lycée National Léon
Mba, France Volatier a été mon tuteur de stage en février, mars et
avril 1994. Parallèlement, il a occupé le poste de conseiller
pédagogique représentant à l’Education nationale gabonaise, le
Service de Coopération et d’Actions Culturelles de l’Ambassade de
France au Gabon. C’est dans ce deuxième cadre qu’il m’a appuyé
dans les activités socio-éducatives que j’animais au Lycée, notamment
le Café littéraire. J’ai été marqué par le savoir-faire et l’énergie
débordante de l’homme.
2
JacquesDenis Tsanga a été le proviseur du Lycée National Léon
Mba durant mon séjour dans l’établissement. Il a, à chaque fois, fait
financer les cafés littéraires, en assurant les perdiems aux intervenants
et le "pot du café". Je me souviens qu’il adressait mes projets
d’activités à M. Péroz Okouma, l’intendant, avec toujours la même
mention : "Accord : urgence signalée !"

l’Immaculée Conception par Mathieu Engouang et Pascal
Binéné, du Collège Bessieux par Marcus Ondo Minko, du
Lycée Public de Ndzeng-Ayong par Charlemagne Zomo, du
Lycée Public de Bitam par Honoré Ovono Obame et ceux du
Lycée d’Etat d’Oyem par Guy Marcelin Mbélé Ekogha. Aussi,
les élèves de ces établissements peuvent-ils accueillir Laurent
Owondo, Maurice Okoumba Nkoghé, Justine Mintsa, Auguste
Moussirou Mouyama, etc. Le café se transforme en une sorte de
caravane littéraire qui va d’établissement en établissement dans
les villes de Libreville et de l’intérieur du pays.
Devant l’enthousiasme suscité par ces rencontres
quelquefois médiatisées, je bénéficie en 1997, d’une bourse
d’un mois, du Service de Coopération et d’Actions Culturelles
(SCAC) de l’Ambassade de France au Gabon.
L’objectif du stage au Lycée Claude Débussy, en banlieue
parisienne, est de m’inspirer de l’expérience française dans la
gestion des activités périscolaires. A mon retour au Gabon, les
enseignants responsables des cafés littéraires précités et moi,
créons l’Union Gabonaise des Enseignants pour la Culture
Francophone (UGECF) dont je deviens le premier Président.
La mission principale de cette association d’enseignants de
français et de philosophie, est d’animer les activités
périscolaires dans les lycées et collèges du pays.
En 1998, le SCAC, par l’intermédiaire de Monsieur Guy
3
Coissard , émet le souhait de financer un projet commun des
associations culturelles du Gabon. Dans cette perspective,
l’Union des Ecrivains Gabonais (UDEG) et l’Union Gabonaise
des Enseignants pour la Culture Francophone (UGECF) se
mettent ensemble autour de quelques projets culturels,
notamment la caravane littéraire, le concours du premier roman,
leNyonda des lycéens gabonais, le festival du théâtre scolaire,
le concours de la vidéo scolaire, le concours de l’orthographe…


3
GuyCoissard est le remplaçant de France Volatier au poste de
conseiller pédagogique représentant le Service de Coopération et
d’Actions Culturelles de l’Ambassade de France au Gabon, aux
Ministères gabonais de l’Education nationale et de la Culture.
8

En 2000, l’Institut Pédagogique National augmente le
4
nombre d’œuvres littéraires gabonaisesau programme de
5
l’enseignement du français au Gabon, et en 2004, d’autres
livres gabonais vont prolonger la liste, résultat d’une caravane
littéraire riche et dynamique.
Souvent, au cours de ladite caravane, les échanges autour
d’un texte, entre écrivains, professeurs et élèves, nous plaçaient,
à plus d’un titre, au cœur des vérités cachées qui, par principe,
fondent la thématique de l’initiation. Je fus convaincu dès lors,
de la nécessité de mener une étude approfondie sur la quête
initiatique dans le roman gabonais. Ainsi, en 2002, je soutiens
une thèse de doctorat portant surL’influence de l’initiation
6
traditionnelle dans le roman gabonais, dans laquelle j’analyse
l’enracinement du roman gabonais dans le sacré initiatique
traditionnel, et son ouverture vers le christianisme, faisant ainsi
de lui un roman de l’inculturation religieuse. Le présent
ouvrage,Le Roman initiatique gabonais,le constitue
prolongement de cette thèse de doctorat.
L’objectif du livre est de montrer que le roman gabonais
peut se définir comme un récit initiatique. Dans cette
perspective, il convient de tenir compte du passé de la littérature
orale. Primo, parce que pour bien comprendre une œuvre d’art
quelle qu’elle soit, il est primordial d’en connaître les origines
et les influences. Secundo, parce que les écrivains ne sont pas
indifférents au monde qui les entoure.
L’idée d’écrire cet ouvrage me vient donc du constat de la
récurrence du récit initiatique dans l’espace romanesque
gabonais, confirmé par les travaux critiques


4
Lirele document élaboré par le Département de Français de l’IPN,
Manuels recommandés dans l’enseignement secondaire général, 2000.
5
LeDépartement de Français de l’IPN met à la disposition des
enseignants, un nouveau document: «Manuels recommandés dans
l’enseignement au second degré», marqué par l’ajout de quelques
œuvres gabonaises.
6
JeanLéonard Nguema Ondo, «L’Influence de l’initiation
traditionnelle dans le roman gabonais», thèse de doctorat nouveau
régime sous la direction du Professeur Jacques Chevrier, Université
Paris IV - Sorbonne, 2002, 721 p.
9

fort intéressants autour de la thématique de l’oralité
traditionnelle, notamment l’ouvrageLe Roman gabonais et la
7
symbolique du silence et du bruit deJeanne-Marie Clerc et
Liliane Nzé, ainsi que ma thèse de doctorat. Les deux études
analysent la spécificité du roman gabonais des origines (1971) à
2002, en examinant sa proximité avec le scénario initiatique
traditionnel. Dans le même sens, deux autres thèses doctorales
remarquables ont été soutenues.

D’une part, celle de Bellarmin Moutsinga, intituléeRoman
8
gabonais entre oralité et écriture, qui montre comment la
prose romanesque gabonaise est nourrie à la source par les
autres genres de l’oralité africaine. L’ouvrageLes
9
Orthographes de l’oralité: poétique du roman gabonaisest
une version améliorée de cette thèse.
D’autre part, celle d’Annie Paule Boukandou,Esthétique du
10
roman gabonais. Réalisme et tradition orale, dans laquelle est
examinée l’omniprésence de la tradition orale dans le texte
romanesque gabonais. Le point commun de tous ces travaux se
résume à l’avènement d’un nouveau roman africain
d’expression française qui place l’oralité traditionnelle au cœur
de sa narration. Notre ouvrage qui s’inscrit dans la même
perspective, se propose de définir le caractère initiatique du
roman gabonais, en montrant non seulement sa solidarité
structurelle et narrative avec les genres de l’oralité
traditionnelle, mais aussi sa volonté de réhabiliter l’hybridité
générique et identitaire dans l’espace littéraire francophone.



7
Jeanne-MarieClerc et Liliane Nzé,Le Roman gabonais et la
symbolique du silence et du bruit, Paris, L’Harmattan, 2008.
8
Bellarmin Moutsinga, «Roman gabonais entre oralité et écriture»,
thèse de doctorat nouveau régime, Paris, Université Paris IV –
Sorbonne, 2002, 508 p.
9
BellarminMoutsinga,Les Orthographes de l’oralité: Poétique du
roman gabonais, Paris, L’Harmattan, 2008.
10
AnniePaule Boukandou, «Esthétique du roman gabonais.
Réalisme et tradition orale», thèse de doctorat nouveau régime,
Université Nancy 2, 2005, 388 p.
10

PREFACE

Dans les années 1990, j’ai vu arriver dans mes séminaires de
ème
3 cycle,tant à l’Université Paris XII-Val de Marne qu’à Paris
IV Sorbonne, un nombre croissant d’étudiants gabonais
désireux de travailler sur un corpus autochtone. A l’époque, il
faut bien reconnaître qu’au regard de l’ensemble des pays de
l’Afrique sub-saharienne, la littérature gabonaise faisait plutôt
figure de parent pauvre, et c’est donc avec un intérêt mêlé de
curiosité que j’entrepris, à l’instigation de mes nouveaux
étudiants, la lecture des plumes émergentes gabonaises,
Auguste Moussirou Mouyama, Maurice Okoumba-Nkoghé,
Justine Mintsa, Angèle Ntyugwetondo Rawiri, Laurent Owondo
enfin, qui n’était pas un inconnu pour moi puisqu’en 1984,
j’avais découvert avec enthousiasme son premier roman,Au
bout du silence, immédiatement publié dans la Collection
ƎMonde noir pocheƎaux Editions Hatier.
Suite à cette série de rencontres, il s’en est naturellement
suivi la mise en chantier de plusieurs thèses de doctorat, parmi
lesquelles je retiens de mémoire, le travail de Bellarmin
Moutsinga, «Le roman gabonais entre oralité et écriture»
(2003), celui de Steeve Rénombo, «L’Ecriture et le voyage:
approche de l’itinérance(2001), tandis qu’en 2005, je présidais
à Nancy le jury chargé d’examiner la thèse d’Annie Paule
Boukandou, «Esthétique du roman gabonais – Réalisme et
tradition orale».
Jean Léonard Nguéma Ondo faisait partie de ce contingent
d’étudiants originaires du Gabon. Et en 2002, il a soutenu avec
succès une thèse intitulée «L’influence de l’Initiation
traditionnelle dans le roman gabonais», dans laquelle se
profilait déjà le projet qui fait aujourd’hui l’objet de son
ouvrage.
La première chose qui m’avait frappé à la lecture du corpus
gabonais, c’est que les romans le composant se distinguaient
nettement de la production contemporaine du reste de l’Afrique.
Rompant en grande partie avec la thématique de la dénonciation
des séquelles de la colonisation et de la satire des nouveaux
pouvoirs, ils semblaient en revanche investir tout un imaginaire

autour de la société traditionnelle et de ses pratiques. Et ce n’est
donc pas un hasard si la plupart des thèses que j’ai évoquées ont
pour dénominateur commun une étroite relation avec l’oralité.
J’ajouterai que, par sa tonalité originale, seul le roman du
Nigérian Chinua Achebe,Things fall apart, qui retrace la
configuration dramatique du monde traditionnel avec le monde
moderne au sein de la société Ibo, me paraîtrait susceptible
d’être mis en résonance avec les auteurs gabonais que nous
avons convoqués ici.
En intitulant son ouvrageLe Roman initiatique gabonais,
Jean Léonard Nguéma Ondo entend naturellement s’attacher à
une forme romanesque nouvelle, qui place l’oralité, et en
particulier le mythe, au cœur de sa narration. Et ce faisant, sa
recherche s’inscrit à l’intersection de plusieurs disciplines,
l’ethnographie, l’anthropologie et la littérature comparée. Les
récits sur lesquels s’appuie sa démonstration nous entraînent en
effet dans un monde où les contours du réel se brouillent au
contact d’un univers magique, insolite et bien souvent
problématique.

Le village s’oppose ici, le plus souvent, à une forêt
omniprésente, forêt obsidionale qui demeure par essence le lieu
de l’ésotérisme, là-même où se déroulent les rituels associés
aux cultes duBwiti, duMwiridu ouNdjembé, et où prennent
place les épreuves qualifiantes de l’initiation. C’est un monde
d’une inquiétante étrangeté qui se caractérise par le silence,
comme l’ont bien observé Jeanne-Marie Clerc et Liliane Nzé
dans leur ouvrage intituléLe Roman gabonais et la symbolique
du silence et du bruit, et qu’il convient à la fois de déchiffrer et
de décrypter. Ici, la narration pourtant de type occidental, ne se
distingue pas fondamentalement de certains textes de la
tradition orale, mythes, contes ou légendes, dont la
compréhension nécessite chez le récepteur une bonne
connaissance de la culture et des codes symboliques propres à
chaque société. On parlera alors de « paroles à coques »,
c’està-dire de paroles exigeant, pour être comprises, d’être
décortiquées. Manière de dépasser l’apparence pour accéder au
niveau ésotérique. Dans cette perspective, un roman commeAu
bout du silence, qui nous semble le meilleur paradigme du
12

roman gabonais contemporain, ne prend tout son sens que si le
lecteur, dépassant la simple anecdote, fait l’effort d’emboîter le
pas à son héros Anka sur le difficile chemin d’une initiation qui,
pendant une bonne partie du récit, demeure largement opaque.
«Comprenne qui pourra» déclare alors le narrateur qui prend
néanmoins soin de jalonner son récit d’une série d’indices ou de
figures susceptibles d’orienter la quête d’Anka, au premier rang
desquels se place son propre grand-père. Le rôle de la parole est
ici fondamental, même s’il s’agit d’une parole retenue, contiguë
au silence, tout simplement parce que l’initiation est avant tout
affaire de patience et de réserve, et que, pour être entendu, le
message doit nécessairement être relayé par des intercesseurs,
des passeurs qui établissent et maintiennent le lien avec la
longue chaîne des générations. L’aïeul constituant le garant à la
fois du passé, du présent et du futur, c’est lui qui, à l’instar de
Rediwa, permet l’intégration du héros dans la communauté
traditionnelle mise en scène dansAu bout du silence, et la
même observation peut s’appliquer au personnage de Tanguima
dans le roman de Jean Diwassa Nyama,La Vocation de Dignité.
Mais dans ce processus de dévoilement des réalités cachées, qui
permet le passage de l’extériorité, interviennent également toute
une série de médiateurs, les substances symboliques comme le
miel, l’eau, l’ocre et le kaolin ou bien encore les météores, dont
le rôle apparaît déterminant, dans l’interprétation du roman de
Laurent Owondo.
Si l’ocre et le kaolin sont directement liés aux figures
mythiques qui hantent l’espace surnaturel d’Au bout du silence,
Ombre, Mboumba et Ndjouké, il faut bien voir que les météores
y jouent également un rôle déterminant. Le roman, rappelons-le,
s’ouvre sur l’indication d’«un ciel inadéquat… Un Ciel
obstinément lisse» qui, par son avarice en nuages, condamne la
contrée à une inexorable sécheresse, métaphore de la soif
spirituelle dont souffre le héros en phase d’initiation. En
définitive, semble-t-il, ce que cherchent à nous dire les
romanciers et romancières gabonais par le plus convaincant
d’entre eux, Laurent Owondo, c’est que l’initiation qui est au
cœur de leurs fictions est une entreprise totalitaire. Totalitaire
dans la mesure où elle recherche avant tout la réconciliation de
l’homme avec lui-même et avec l’autre, une démarche qui passe
13

forcément par la conciliation-réconciliation avec les ancêtres et
avec la divinité.

Et la question qui en découle naturellement et à laquelle Jean
Léonard Nguéma Ondo tente ici de répondre est de savoir en
quoi et comment le recours aux mythes ancestraux est
susceptible de favoriser chez le Gabonais d’aujourd’hui la
double prise en compte de son appartenance simultanée ou
alternative à la mémoire collective et à une modernité parfois
agressive. Problématique formulée sans ambages par Laurent
Owondo lui-même, lorsqu’il déclare, en écho à son
roman : « pourma part, je n’ai pas voulu donner une vision
idéalisée du passé. Je n’ai pas voulu présenter deux aspects de
l’Afrique qui s’excluraient mutuellement ». Et il ajoute : « pour
parler d’une manière plus concrète, peut-on dire que nos
comportements d’Africains d’aujourd’hui, nos rapports avec
nous-mêmes et avec les autres, voire avec notre environnement,
n’ont absolument rien à voir avec notre passé, notre
mémoire ? »
Pour le romancier, on le voit, le mythe apparaît donc comme
un moyen de réfléchir sur la question de l’homme africain dans
le monde moderne, d’une manière qui se veut très pragmatique :
« si, face à la peur, enchaîne-t-il, le mythe me dit que l’ancêtre a
eu tel geste, en quoi ce geste peut-il me servir face à la peur
d’aujourd’hui ?C’est à cela que je me suis intéressé dansAu
bout du silence».
Enfin, pour ne pas alourdir cette préface et conclure ce qui
n’est qu’avant dire, il me semble que l’hybridité à laquelle Jean
Léonard Nguéma Ondo consacre la seconde partie de son
ouvrage est bien une problématique inhérente à l’aventure des
nouvelles écritures romanesques. En effet, observe-t-il, «les
héros du roman gabonais vont acquérir au fil du récit la
conscience d’une identité non plus monolithique, à racine
unique, mais d’une identité assumée en termes d’ouverture à
l’Autre ».Cet éloge implicite de l’hybride ne fait, au
demeurant, que confirmer une tendance qui s’est exprimée de
façon insistante ces dernières années, notamment par la voix de
l’écrivain indien Salman Rushdie qui, dans les circonstances
dramatiques que l’on connaît, a proclamé, l’un des premiers, sa
14

volonté de revisiter le concept d’identité en déclarant à propos
de son roman controversé,Les Versets sataniques:

L’œuvre célèbre l’hybridation, l’impureté, le mélange, la
transformation issue des combinaisons nouvelles et inattendues entre
les êtres humains, les cultures, les idées, les politiques… Le mélange,
le méli-mélo, un peu de ceci et un peu de cela, c’est ainsi que la
nouveauté arrive dans le monde.



Paris, le 22 février 2010
Professeur Jacques CHEVRIER
Université Paris IV - Sorbonne

15




INTRODUCTION

La récurrence du fait initiatique dans le roman gabonais
s’explique avant tout par la survivance de l’initiation malgré les
profondes mutations de la société gabonaise actuelle. Elle peut
également se justifier par la place importante qu’occupe le
phénomène initiatique dans l’anthropologie, la religion, la
mythologie et la politique, domaines par excellence qui
participent activement à l’expression de l’individu dans la
société. Devant la vivacité de l’initiation dans la société
gabonaise, les romanciers qui y vivent ont, d’une manière ou
d’une autre, été témoins ou acteurs de telle ou telle initiation.
Toutefois, aborder la problématique de l’initiation n’est pas une
entreprise aisée, car le terme «initiation »est aussi complexe
que polysémique. Pour preuve, il nous suffit de songer à la
diversité et à la richesse de ses multiples expressions dans
l’œuvre d’art africaine comme l’atteste la classification de
Dominique Zahan dans son ouvrageSociétés d’initiation
bambara :le N’domo, le korèLes trois formes (1960).
d’initiations qu’il énonce vont nous permettre d’évaluer le
caractère initiatique du roman gabonais, à savoir, les initiations
pubertaire, religieuse et cosmique. Il faut signaler que cette
classification apparaît souvent fragile dans la réalité. En effet,
les trois types énumérés s’inscrivent dans une perspective
évolutive et complémentaire qui peut friser parfois la confusion.
Si le premier degré de l’initiation répond à la volonté
d’insertion de l’homme dans la société, le second vise l’accès
aux forces et aux connaissances cachées de l’existence à travers
des confréries secrètes; et le troisième, étape suprême de
l’aspiration initiatique, apparaît comme la fin d’un processus de
formation qui conduit à l’accomplissement de soi.
Cependant, quel qu’en soit le degré, l’unique principe qui
anime l’initiation est d’assurer le triomphe de la vie sur la mort
et de la connaissance sur l’ignorance. L’initiation se présente
alors comme la quête de l’intégrité et de l’intégralité. Elle
recherche, comme le fait ressortir le roman gabonais, la totalité
de l’être humain, garante de son unité, sa réconciliation avec
soi, avec autrui, avec les ancêtres et avec Dieu. Dans cette
perspective, la prédominance thématique du fait initiatique

marque une rupture profonde entre le roman gabonais et les
productions romanesques négro-africaines de la première
génération souvent influencées par le roman français.
Cette démarcation s’inscrit dans la continuité de la nouvelle
écriture romanesque africaine initiée par Ahmadou Kourouma
11
avecLes Soleils des indépendances etYambo Ouologuem
12
avecLe Devoir de violence, deux précurseurs du nouveau
roman d’Afrique noire d’expression française.
Contrairement aux romanciers africains de la première
décennie des indépendances, fascinés par les thèmes de la
colonisation et de la satire des nouveaux pouvoirs et des
nouvelles sociétés africaines, les romanciers gabonais tels
13
Robert Zotoumbat avecHistoire d’un enfant trouvé,Laurent
14
Owondo ave,c Au Bout du silenceAuguste Moussirou
15
Mouyama avec, Parolede vivantMaurice Okoumba Nkoghé
16
avecLe Chemin de la Mémoire,Jean Divassa Nyama avecLa
17
Vocation de Dignité,Ferdinand Allogo Oké avec
18
Biboubouah, etc., semblent avoir été séduits non seulement
par la satire socio - politique, mais surtout par la thématique de
l’initiation et par la nouvelle esthétique romanesque sur le
modèle de l’oralité africaine. Le parcours des héros ou plutôt les


11
AhmadouKourouma,Les Soleils des indépendances, Paris, Seuil
(Rééd.), 1970.
12
Yambo Ouologuem,Le Devoir de violence, Paris, Editions du Seuil,
1968.
13
RobertZotoumbat,Histoire d’un enfant trouvé, Yaoundé, Editions
Clé, 1971.
14
Laurent Owondo,Au Bout du silence, Paris, Hatier, 1985.
15
AugusteMoussirou Mouyama,Parole de vivant, Paris,
L’Harmattan, 1992.
16
MauriceOkoumba Nkoghé,Le Chemin de la Mémoire, Paris,
L’Harmattan, 1998.
17
JeanDivassa Nyama,La Vocation de Dignité: Les, Libreville
Editions Ndzé, 1997.
18
FerdinandAllogo Oké,Biboubouah, Paris, L’Harmattan, 1985.
Dans la quatrième de couverture du roman, l’auteur précise que le mot
‘’Biboubouah’’ est un mot bien populaire dans le lexique quotidien
fang. Il désigne «toute action, toute nouvelle, toute entreprise
étonnante, surprenante, en un mot insolite».
18

épreuves qu’ils surmontent, révèlent non seulement une forte
similitude avec le scénario initiatique et les techniques
narratives adoptées par ces auteurs, mais aussi une coïncidence
entre le roman et les genres littéraires oraux de l’Afrique
traditionnelle. De ce fait, ces romans peuvent faire l’objet d’un
questionnement initiatique susceptible de dégager les
signifiances organisant quelques aspects de la culture de
l’oralité et de la spiritualité gabonaises. Autrement dit, une
bonne connaissance de l’environnement socioreligieux gabonais
peut constituer un atout non négligeable dans l’interprétation de
certains signes et symboles initiatiques rencontrés dans le
roman gabonais.
Il ne suffit pas de dire que ces romans renvoient à l’univers
initiatique de significations, sans démontrer en quoi ils y
puisent leurs symboles, leurs valeurs et leurs images. Il est aussi
important d’indiquer de quelle façon ils taisent plus qu’ils ne
dévoilent l’intention signifiante de l’imagination créatrice de
leurs auteurs. Mes lectures et études liées à mon métier de
professeur de français m’ont amené à les côtoyer d’une manière
régulière et à prendre conscience de leur unité thématique. Pour
la nommer, je me suis référé à l’idée de roman initiatique qui a
pu m’aider à placer ces récits dans une même perspective de
recherche, en vue de montrer que malgré leur différence en
surface, ils exposent une vue et une intention communes, en
invitant le lecteur à trouver sous la platitude des histoires qu’ils
racontent, un savoir qui élève à l’absolu.
A mon sens, ces romans sont initiatiques parce qu’ils
laissent entrevoir une connaissance ésotérique en mettant en
scène des scénarii qui élèvent à la sagesse. Il serait difficile de
les interpréter sans se référer au sens initiatique, étant donné
que toute initiation est transformation et que l’originalité de ces
romans est d’être porteurs d’un message qui métamorphose
radicalement l’être et qui invite à dépasser les apparences et à
déchiffrer des signes et des symboles.
Ma démarche consiste donc à essayer d’interpréter ces
signes et symboles littérarisés comme des éléments culturels
essentiels à une connaissance autre de l’être humain, qui ne
confond pas l’horizontal et le vertical.

19

Sans vouloir réduire le roman gabonais à un parcours
initiatique, nous pouvons cependant noter que d’Au Bout du
19
Silence, à,Voyage initiatiqueen passant parLe Chemin de la
Mémoire,Biboubouah, Parole de VivantouVocation de La
Dignité, le parcours des principaux personnages s’apparente à
celui d’une quête initiatique.
Certains jugeront peut-être présomptueux le fait de traiter
d’un sujet lié directement au sacré traditionnel, une aventure
réservée logiquement aux "initiés"spécialisés dans la question.

Que ceux-là se rassurent, je suis conscient que l’initiation
traditionnelle est une affaire d’anthropologues, de sociologues
ou d’ethnologues. Leurs recherches et ouvrages m’ont d’ailleurs
beaucoup appris sur le scénario et les finalités initiatiques des
différentes confréries secrètes du Gabon et d’Afrique.
J’applique, par le choix de mon sujet, l’acte comparatiste. De
l’intérieur, je rapproche et mets en relation des textes
appartenant à un même genre littéraire, mais à des
microcultures initiatiques différentes. De l’extérieur, je confronte
littérature et anthropologie. Il va de soi que l’approche choisie
s’inscrit dans la définition que Pierre Brunel et ses co-auteurs
donnent à la littérature comparée :

Art méthodique par la recherche de liens d’analogie, de parenté et
d’influences de rapprocher la littérature des autres domaines de
l’expression ou de la connaissance ou bien les faits et les textes
littéraires entre eux, distants ou non dans le temps ou dans l’espace,
pourvu qu’ils appartiennent à plusieurs langues ou plusieurs cultures,
fissent-elles partie d’une même tradition, afin de mieux les décrire, les
20
comprendre et les goûter.

La démarche comparatiste à laquelle m’invite cette
définition consiste, d’abord à étudier conjointement des romans
appartenant à des écrivains différents, ensuite à être sensible
aux nuances existant entre ces textes, enfin à les associer pour

19
Noël-Aimé Ngwa-Nguéma,Voyage initiatique, Paris, L’Harmattan,
2008.
20
PierreBrunel, C. L. Pichois, D. M. Rousseau,Qu’est-ce que la
littérature comparée? Paris, Armand Colin, 1983, p. 150.
20

aboutir à une synthèse supérieure. En ce sens, le présent
ouvrage analyse les ressources narratives de l’oralité
traditionnelle contenues dans le roman gabonais, en se fondant
sur les liens qui unissent roman et initiation. L’orientation, loin
d’être exhaustive, sera non seulement axée sur la démonstration
des convergences et divergences intéressantes, mais aussi
envisagée dans un cadre socio-culturel :

Toute littérature, toute fiction est nécessairement le reflet, dans une
certaine mesure, des éléments socio-culturels, historiques et
sociohistoriques inhérents à la société qui l’inspire. A ce titre, le romancier,
en tant qu’individu, fait nécessairement partie d’une collectivité dont
les traits psychologiques, culturels, historiques et sociaux sont
partagés par tous les membres de la communauté. Dans un tel
contexte, chaque individualité partage avec les autres ce que l’on
21
pourrait appeler une mémoire collective.

Cette approche de textes sera l’occasion d’analyser le
cheminement initiatique des protagonistes, à l’origine de la
quête identitaire, ainsi que de la quête de soi liée à la
connaissance ancestrale. Une telle orientation considère la
fiction romanesque comme le reflet de la vie vécue, et les
pratiques initiatiques n’y seraient qu’un écho de ce qu’elle est
en réalité. Il est peu probable que l’approche littéraire nous
apprenne grand-chose sur ce phénomène, à moins que le
réalisme ne soit qu’un déguisement et la vérité romanesque, du
côté du surnaturel. Le roman ne serait plus un miroir mais une
création souveraine de l’imaginaire, complètement détachée de
la réalité.
Le romancier gabonais a souvent cette liberté de mettre sur
scène un maître initiateur, de créer un sorcier pour jeter des
mauvais sorts ou même pour tuer un personnage au moyen de
procédés magiques. Cela a pour rôle de faire progresser
l’intrigue.


21
Daniel Mengara M.,La Représentation des groupes sociaux chez les
romanciers noirs sud-africains, Paris, L’Harmattan, 1996, p. 251.
21

Je pense qu’une approche comparatiste qui s’appuie sur
plusieurs romans et sur des savoirs anthropologiques, peut
apprendre quelque chose sur l’initiation traditionnelle, et même
sur la société gabonaise. Certes, il existe un écart entre les
initiations traditionnelles pratiquées au Gabon et le scénario
initiatique peint dans la fiction romanesque gabonaise. Mais, le
critique littéraire et l’anthropologue, tout en suivant des
chemins divergents, peuvent avoir pour finalité, une excellente
connaissance du phénomène.
Il convient toutefois de préciser que les romans comme
Parole de vivant, La Vocation de Dignité et Le Chemin de la
Mémoiresont un lieu de rencontre entre, d’une part, la religion
chrétienne de laquelle on attend le salut, sans explication
possible, et l’initiation traditionnelle basée sur une tradition
primordiale, d’autre part.
Le parcours initiatique des héros peut être comparé au
passage de la vie à la mort, d’où le choix de nous appuyer sur
les informations tirées des livres traitant des rites initiatiques du
Gabon. Dans le domaine de l’initiation traditionnelle, un effort
de recherche a été déployé sur le thème aussi bien en
anthropologie qu’en littérature, au point où l’on dispose
aujourd’hui de quelques ouvrages sur le sujet. Ainsi, si
22
l’ouvrageLes Peuples du Gabon Occidentald’Anges François
Ratanga-Atoz évoque l’initiation traditionnelle dans son dernier
23
chapitre,Rites et Croyances des peuples du Gabon d’André
Raponda Walker montre la diversité, la richesse et l’unité
magico-religieuse des peuples du Gabon. Toutefois, ce livre de
Raponda Walker constitue une contribution non négligeable à la
connaissance des hommes de l’Afrique Equatoriale, même s’il
faut reconnaître qu’il souffre de quelques insuffisances quant à
l’interprétation de certaines valeurs initiatiques, dues à une
confusion perceptible entre l’univers de pensée de chaque
groupe ethnique et celui propre de l’auteur, influencé également


22
Anges François Ratanga-Atoz,Les Peuples du Gabon Occidental
pendant la première période coloniale (1839-1914), Tome I, Le Cadre
traditionnel, Libreville, Ed. Raponda Walker, 1999.
23
André Raponda Walker, Roger Sillans,Rites et Croyances des
peuples du Gabon, Paris, Présence Africaine, 1962, 1983 et 1995.
22

par sa qualité de prêtre catholique. Cependant, cet ouvrage reste
une référence pour tous ceux qui veulent découvrir la dimension
magico-religieuse des peuples du Gabon et même de l’Afrique.
Quant au livre de Paulin Nguema Obame,Aspect de la religion
Fang, l’auteur y consacre toutes les pages aux croyances chez
les Fang, un important groupe ethnique non seulement du
Gabon, mais aussi du Cameroun et de la Guinée Equatoriale.
Son choix n’exclut pas l’intérêt qu’il porte aux autres systèmes
religieux du pays parce qu’il est souvent difficile d’établir une
ligne de démarcation au niveau des croyances et des modes de
transmission initiatiques des groupes ethniques du Gabon ou
même d’Afrique noire.
Par ailleurs, le livre de l’Abbé Noël Ngwa Nguéma,Rites
initiatiques gabonais à la rencontre de l’Evangile, présente la
nouvelle approche de l’évangélisation qui se propose désormais
de tenir compte des croyances autochtones. L’auteur y explique
comment, à partir de certains rites traditionnels, les pasteurs
peuvent amener les fidèles à mieux comprendre l’Evangile.
En outre, au niveau de la critique romanesque gabonaise, en
dehors de l’ouvrageLe Roman gabonais et la symbolique du
silence et du bruit quiaccorde une importance remarquable à
une forme de compréhension "initiatique" du monde, aucune
autre étude mettant le sacré initiatique au cœur de ses
préoccupations n’a été réalisée. Le livre de Jeanne-Marie Clerc
et Liliane Nzé examine la dialectique du silence et du bruit
comme constitutive du roman gabonais. Il «analyse dans
plusieurs romans lelien direct qui a très tôt uni la réalité du
24
monde perçu à un imaginaire collectif lui donnant un sens» .
Notre ouvrage qui s’inscrit dans cette compréhension initiatique
du monde, se propose d’évaluer le roman gabonais comme le
récit d’un cheminement initiatique qui dévoile au fil du texte
l’identité hybride de ce texte partagé entre l’oralité africaine et
la modernité occidentale. Cette évaluation passe par une saisie
sémantique rigoureuse du concept de l’«initiation »,étant
donné que le roman initiatique n’est que le résultat de la
transmutation du scénario initiatique en littérature.


24
Jeanne-Marie Clerc, Liliane Nzé,op. cit., p. 319.
23

Aussi, dans une première partie, le livre saisit-il
synthétiquement les caractéristiques du roman initiatique en
déclinant son historiographie, sa charge sémantique, sa
typologie, son cadre symbolique et son idéologie.
La deuxième partie, quant à elle, est consacrée à l’esthétique
de l’hybridité perceptible dans les romans de Robert
Zotoumbat, Jean Divassa Nyama, Laurent Owondo, Auguste
Moussirou Mouyama, Eric Joël Békalé, Noël-Aimé
NgwaNguema, Peter Ndembi, Maurice Okoumba Nkoghé, Angèle
Ntuygwetondo Rawiri et Ferdinand Allogo Oké. Si le premier
chapitre de cette partie examine l’hybridité générique, le
deuxième aborde l’hybridité identitaire des personnages. En
effet, l’hybridité se manifeste au niveau du caractère
polymorphe du roman initiatique. Pour analyser les rapports
entre l’oralité et l’écriture dans le roman gabonais, quatre
genres oraux seront successivement abordés: le mythe, le
conte, le proverbe et la chanson. Puis, dans le deuxième
chapitre, sera montré comment les romans initiatiques gabonais
révèlent au fil des textes, la réhabilitation d’une identité
narrative hybride qui émerge par la médiation textuelle et qui
s’engage dans deux directions: la tradition initiatique et le
christianisme.
Il ressort de cette inculturation ou de cette interculturalité,
une attitude syncrétique favorable à une mondialisation qui
tienne compte de l’exception culturelle et du dialogue positif
entre les cultures, les religions, les langues, etc. Il s’agira
d’évaluer chez les personnages, les rapports entre le sacré
clanique local et le christianisme. Autrement dit, nous
étudierons la confrontation des spiritualités initiatiques
traditionnelle et chrétienne dans l’espace romanesque gabonais,
en examinant le passage des personnages d’un rejet mutuel à
l’acceptation de l’Autresa différence, sous-bassement dans
d’une hybridité culturelle harmonieuse.

24