Ovide et la mort
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Description

Exilé par l’empereur Auguste au bord de la mer Noire, le poète latin Ovide (qui vécut de - 43 à18 ap. J.-C.) se trouva précipité dans une expérience existentielle à laquelle rien ne l’avait préparé. Son travail nostalgique le conduisit à ressaisir les sujets littéraires qu’il avait fréquentés : sous cet éclairage rétrospectif, l’œuvre entière prend, à la relecture, une couleur plus grave, plus émotionnelle, plus religieuse. Elle révèle un artiste complexe, curieux de métaphysique, abordant constamment la question des fins dernières. Dès ses débuts, Ovide avait vu la poésie comme un contrechant orphique à la fragilité de la vie et la métamorphose comme une transgression à la mort. C’est la même quête du sens qu’il retrouvera à la fin de son existence.
Cette étude montre comment un intellectuel pétri par l’imaginaire antique fut capable, par sa sensibilité et par son drame personnel ultime, de s’ouvrir à l’ère nouvelle. Il fut soucieux de traverser le formalisme touffu des liturgies romaines pour en identifier le sens sacré. Il s’insurgea contre la restauration mythologique et religieuse voulue par Auguste. Il s’interrogea sur l’Au-delà. Il pressentit enfin que le monde raffiné qu’il avait connu basculerait. Ainsi, isoler et analyser le motif de la mort chez l’auteur des Métamorphoses, c’est tenter de cerner la mentalité des élites romaines de son temps, à la fois éclairées et superstitieuses, indécises face au destin de Rome et perplexes devant l’accélération de l’Histoire.

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Informations

Publié par
Nombre de lectures 0
EAN13 9782130791638
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0150€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Xavier Darcos
Ovide et la mort
Copyright
© Presses Universitaires de France, Paris, 2009
ISBN papier : 9782130578185 ISBN numérique : 9782130791638
Composition numérique : 2016
http://www.puf.com/
Cette œuvre est protégée par le droit d’auteur et strictement réservée à l’usage privé du client. Toute reproduction ou diffusion au profit de tiers, à titre gratuit ou onéreux, de tout ou partie de cette œuvre est st rictement interdite et constitue une contrefaçon prévue par les articles L 335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle. L’éditeur se réserve l e droit de poursuivre toute atteinte à ses droits de propriété intellectuelle d evant les juridictions civiles ou pénales.
Présentation
Exilé par l’em pereur Auguste au bord de la m er Noir e, le poète latin Ovide (qui vécut de - 43 à 18 ap. J.-C.) se trouva précipité d ans une expérience existentielle à laquelle rien ne l’avait préparé. Son travail nos talgique le conduisit à ressaisir les sujets littéraires qu’il avait fréque ntés : sous cet éclairage rétrospectif, l’œuvre entière prend, à la relecture , une couleur plus grave, plus ém otionnelle, plus religieuse. Elle révèle un artis te com plexe, curieux de m étaphysique, abordant constam m ent la question des fins dernières. Dès ses débuts, Ovide avait vu la poésie com m e un contrecha nt orphique à la fragilité de la vie et la m étam orphose com m e une transgressio n à la m ort. C’est la m êm e quête du sens qu’il retrouvera à la fin de son existence. Cette étude m ontre com m ent un intellectuel pétri pa r l’im aginaire antique fut capable, par sa sensibilité et par son dram e person nel ultim e, de s’ouvrir à l’ère nouvelle. Il fut soucieux de traverser le for m alism e touffu des liturgies rom aines pour en identifier le sens sacré. Il s’ins urgea contre la restauration m ythologique et religieuse voulue par Auguste. Il s ’interrogea sur l’Au-delà. Il pressentit enfin que le m onde raffiné qu’il avait c onnu basculerait. Ainsi, isoler et analyser le m otif de la m ort chez l’auteu r des Métam orphoses, c’est tenter de cerner la m entalité des élites rom aines d e son tem ps, à la fois éclairées et superstitieuses, indécises face au des tin de Rom e et perplexes devant l’accélération de l’Histoire.
Avant-propos
Introduction
T a b l e
d e s
m a t i è r e s
Première partie - Le « mourir ». Ovide et son expérience personnelle de la mort
I. Quelques « signes » avant l’exil
A | Le sérieux d’Ovide
B | L’amour et la mort
C | L’idéal ovidien
D | La foi ?
E | Le problème de la mort
II. Partir, c’est mourir beaucoup
A | Une descente aux enfers symbolique
B|Mors gelida, mors getica
C | L’absence et l’oubli
D | Vivre au passé
E | La tentation du suicide ?
III. De l’angoisse au langage
A | Une autocritique ambiguë
B | Dévalorisation ou angoisse ?
C | La stérilité D | L’échec sublimé E | Écrire pour ne pas mourir
IV. Ovide et lenumend’Auguste Deuxième partie - Dire la mort. Formulation ovidienne de la mort
I. La terminologie directe
A |Mors B |Nex C |Letum D |Funus
II. Des métaphores obsédantes...
A | La chute
B | Le refus de l’« arrêt » du destin
C |« Fiat lux »
D | Le passage et la migration
III. ... au mythe personnel
La mort est ici-bas Troisième partie - Les mortels. Anthropologie ovidienne d’après les Métamorphoses
I. La condition humaine
A | De la théogonie à l’histoire de l’humanité
B | Mort et métamorphose
C | L’homme piégé
D | Mort et liberté
E | La mort douce
II. Le corps
A | Le corps terrestre
B | Le déterminisme physiologique
C | Le corps et son irrigation
III. L’âme et la personne :animus
A | Dualité et affectivité
B | Une psychologie de l’instinct
C | De l’intention à l’adhésion
IV. L’âme et l’esprit de vie :anima
A | La confuse matérialité de la vie
B | La « réanimation »
C | De la terre aux astres Quatrième partie - Les morts et nous. Une approche du spiritualisme ovidien
I. Visible et invisible
A | Tout vit, tout est plein d’âmes
B | Un univers de signes
C | Correspondances et compensations D | Les échanges entre la vie et la mort E | Mi-ange, mi-bête
II. L’Au-delà
A | Les ombres
B | La mémoire d’outre-tombe
C | La mort verticale
D | Chutes et stagnations
E | L’agonie
III. Les rites et la croyance
A | Tensions et crainte B | Des deuils et des obsèques ambigus C | Du formalisme au culte de la continuité
D | C’est la mort qui féconde
E | L’être et le temps
Conclusion
Bibliographie
Index nominum
Avant-propos
et ouvrage reprend l’essentiel des travaux, non enc ore publiés, que j’ai C consacrés à Ovide, jadis ou naguère, et que, faute de tem ps ou d’à-propos, j’avais laissés dispersés ou inédits. U ne relecture com plète a perm is divers am endem ents et quelques actualisations.
Je m e suis très tôt intéressé à Ovide, dans le sill age de grands universitaires qui furent m es m aîtres et qui encouragèrent ou encadrèr ent m a recherche. Cette publication est d’abord une façon de rendre hom m age à ce que je leur dois. Je pense notam m ent à Marie Desport[1] (dont les cours sur lecarmen virgilien étaient, com m e par m im étism e, enchantem ent[2]), à Lucienne Descham ps[3], à Sim one Viarre[4], à Danielle Porte[5], et plus encore, à Jean-Pierre Néraudau[6]disparu fin 1998, avec qui je m aturém ent , prém itié.lié d’am ’éta is Je rem ercie vivem ent m es collègues et am is, Michel Prigent en particulier, qui m ’ont incité à m ’acquitter enfin de cette dette.
Il y a une trentaine d’années, notam m ent grâce à Si m one Viarre, les études ovidiennes retrouvèrent une vigueur nouvelle et rom pirent avec les idées, trop répandues jusqu’alors, qui avaient surtout per çu Ovide com m e un habile et plaisant com pilateur. On s’était souvent plu, au paravant, à souligner son hum our, sa m aîtrise des jeux rhétoriques, le badina ge de son inspiration, com m e si la m ythologie revisitée et l’étiologie des rites suppléaient à une réelle profondeur ou à un im aginaire innovant. On s ’était attaché aux ressorts de sa leste com plaisance à un lectorat lassé des su jets m oraux et édifiants, au sortir des guerres civiles – et l’on voyait dans ce tte indécence la possible source de l’error[7]olentse les d e. Mêm qui le fit chasser de Rom énigm atique textes « pontiques », qui allaient pourtant servir de source, jusqu’à nos jours, à tous les poètes de l’exil, tels du Bellay, Pavese o u Mandelstam , sem blaient de fades redites. On ne voyait pas, derrière la person ne de l’exilé aigri et dépressif, la puissante figure du poète m audit qui s’en dégage . Il fallut attendre notam m ent les analyses de Betty Rose Nagle[8]d’Anne Videau- et Delibes[9]ie élégiaque pour qu’on réévalue vraim ent l’ultim e phase du gén ovidien.
On se m it aussi à rem arquer com bien le goût d’Ovide pour l’irrationnel, la confusion et le bizarre se dém arque sciem m ent de l’ idéal apollinien prom u par la restauration augustéenne. L’univers ovidien, trouble, fluide et m utant, sem ble une subversion des valeurs d’ordre qu’August e prétendait réhabiliter, par exem ple en rétablissant des rites et des cultes anciens, ou bien en valorisant la supposée ascendance troyenne de sa fa m ille, colonne vertébrale de l’Em pire. À l’inverse de l’Énéide, lesMétamorphoses déploient une
m ythologie qui ne glorifie plus l’histoire héroïque de Rom e et de son Prince, m ais qui m et à jour la confusion universelle et la perversité divine. Elles m ettent en scène l’ivresse générale d’un vouloir vi vre que rien ne contrôle. Les dieux se m ontrent souvent cupides et jouisseurs, as souvissant leur désir en sem ant, chez les créatures, déviances, douleurs et iniquités[10].
Bref, on se m it à reconsidérer l’œuvre et à changer de regard sur la personnalité de cet auteur paradoxal. L’approche ic i retenue va en ce sens. Il m ’a sem blé qu’Ovide, en sa relégation à Tom es, sur le Pont-Euxin, se trouvant douloureusem ent précipité dans une expérience exist entielle à laquelle rien ne l’avait préparé, était conduit à une sorte de pa linodie[11], le contraignant à se ressaisir de la totalité des idées qu’il avait s ollicitées ou des thèm es qu’il avait fréquentés. Du coup, sous cet éclairage rétro spectif, l’œuvre entière sem ble prendre, à la relecture, une couleur insolit e, plus tragique et plus ém otionnelle. Elle révèle un être com plexe, curieux de m étaphysique, abordant souvent la question des fins dernières. D’ailleurs, c’est peut-être cette équivoque qui laissa toujours les com m entateurs par tagés. D’un côté, certains ont décelé chez Ovide une inquiétude obsédante, un désir de transcendance, voire la prém onition de la grâce chrétienne, découv erte au bout des épreuves. U n rom ancier fit m êm e le récit édifiant de cette so rte de conversion avant la lettre[12]ecq. D’autres, tout au contraire, dont Marie Darrieuss [13] encore dernièrem ent, soulignent son paganism e, son athéism e, sa désillusion définitive, sa prière sans transcendance.
Dès ses débuts, Ovide a vu lecarmen perpetuum[14]un contrechant com m e orphique à la fragilité de la vie, lesMétamorphosesillustrant une résistance à l’arrêt fatal ou à la décom position irrém édiable. C e leitm otiv subsiste dans les poèm es de l’exil, com m e l’a souligné Éléonora Tola[15]. L’univers ovidien est une m utation perm anente : les corps changent ; la m atière s’anim e ; la vie se déploie selon une hybridité générale, où les espèce s s’allient et se confondent. Ces m otifs baroques et extravagants sont féconds po ur l’im aginaire du poète et des artistes qui s’en inspireront[16]e et ce transform ism e ne. Mais ce vitalism pourvoient pas seulem ent à un jeu littéraire ou fig uratif. U ne telle obsession, si am plem ent développée, ne se réduit pas à des tou rs esthétiques. Car la théorie de la m étem psycose renvoie au néo-pythagori sm e latin et à une eschatologie de l’im m ortalité, com m e l’expose, en g uise de clé de lecture, le dernier livre desMétamorphosesot conclusif de cette. En atteste aussi le m vaste fresque de 11 995 vers, sonnant com m e un défi :vivam, « je vivrai ». Le dessein d’Ovide conduit à une réflexion philosophiq ue, au m oins sur la nature hum aine. Sa pensée exam ine ce qui « trépasse », tra nsgresse ou subsiste m algré tout.
Diverses conjectures ont égalem ent perm is de penser qu’il fréquenta les cercles néo-pythagoriciens, en vogue à Rom e à son é poque, où se pratiquaient
la divination et autres rites initiatiques ou ésoté riques[17]. Mais ces préoccupations religieuses, chez Ovide, ont com m enc é plus tôt. Elles sem blent m êm e fondatrices : « j’étais encore enfant que, déj à, le céleste et le sacré m ’attiraient », dit-il[18]. C’est cette m êm e quête du sens, toujours insatisf aite, qu’Ovide retrouve – bon gré m al gré – dans la phase ultim e de sa vie, d’autant qu’elle est désorm ais sa seule façon de survivre et de se projeter[19]ilié. Hum et orgueilleux, il déploie une stéréophonie am biguë , une oscillation. Ce tangage lyrique et élégiaque reste d’une lancinante beauté, m êm e si, au cœur de la m élopée, des bouffées agressives surgissent p arfois, telle l’im précation litanique contre Ibis, probable allégorie d’Auguste lui-m êm e. Cette veine révoltée prolonge d’ailleurs sa dénonciation, ironi que et im plicite, perceptible dans lesMétamorphoses[20], de la m ainm ise idéologique, opérée par le pouvoir augustéen, sur la m ythologie gréco-latine.
Les pages qui suivent proposent leur éclairage sur cette orientation tragique de l’œuvre d’Ovide. Elles suggèrent que cet intelle ctuel, pétri par l’im aginaire antique, fut capable, par sa sensibilité et par le dram e final de sa vie, de s’ouvrir à l’ère nouvelle. Il pressentit m êm e que l e m onde raffiné et jouisseur qu’il avait connu basculerait, et, avant Tacite, qu e la vigueur brutale des barbares em porterait un jour la civilisation rom ain e. Ainsi, au-delà d’Ovide, isoler et analyser le m otif de la m ort dans ses écr its, c’est tenter de cerner la m entalité des élites latines de son tem ps, à la foi s éclairées et superstitieuses, indécises face à l’élargissem ent du destin de Rom e et perplexes devant l’accélération de l’histoire.
août 2009.
Notes du chapitre
[1]1910-1985.
[ 2 ]1952.
M. Desport,L’Incantation virgilienne. Virgile et Orphée,Delmas, Bordeaux,
[3]Même si ses travaux ont surtout concerné Varron.
[4]L’image et la pensée dans lesMétamorphosesd’Ovide,Paris, PUF, 1964, etEssai de lecture poétique,Paris, Les Belles Lettres, 1976.
[5]Notamment sonÉtiologie religieuse dans les Fastesd’Ovide,Les Belles Paris, Lettres, 1985.
[ 6 ]Voyez les hommages qui lui sont rendus dansLectures d’Ovide, Paris, Les Belles Lettres, 2003, et dansLiber amicorum. Mélanges sur la littérature antique et