Paradoxes des menteurs :

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Français
344 pages
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Description

Le deuxième volume de Variations sur le paradoxe - III propose une sorte de ronde des menteurs et de leurs ennemis qui les devancent avec prudence, les suivent avec opiniâtreté. Les menteurs sont multiples, en foisonnant de stratagèmes pour atteindre leur but, affermir leur plaisir, consolider leurs positions. Le mensonge se conjugue ici selon un mode politique, psychologique, historique, philosophique, économique, artistique, éthique, esthétique. Les principaux intervenants sont ceux qui le dénoncent ou qui l'assument pour mille et une (fausses et vraies) raisons.

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Date de parution 01 mars 2010
Nombre de lectures 323
EAN13 9782296694033
Langue Français
Poids de l'ouvrage 2 Mo

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PARADOXES DES MENTEURS :

PHILOSOPHIE, PSYCHOLOGIE,
POLITIQUE,SOCIÉTÉ

EDMUNDOMORIM DE CARVALHO

PARADOXES DES MENTEURS :

PHILOSOPHIE, PSYCHOLOGIE,
POLITIQUE,SOCIÉTÉ

Variations sur le paradoxe3,
volume2

© L’Harmattan, 2010
5-7, rue de l’Ecole polytechnique; 75005Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN:978-2-296-11129-5
EAN:9782296111295

À MA MÈRE

AU-DELÀ DU MENSONGE

POUR L'ÉTERNITÉ

VARIATIONS SUR LE PARADOXE – III

DEUXIÈME VOLUME

INTRODUCTION

Le monde du menteur logique est un monde dépeuplé,
paradoxalement sans menteurs. Le seul menteur qu'on puisse lui
attribuer est l'ombre fugitive et estompée du théoricien. Or, quitter la
sphère logique, cela veut rejoindre la cohorte des menteurs,
abandonner les esquisses d'une pureté essentiellement duelle. Au vrai etau
faux s'ajouteunetroisième possibilité — l'indéterminé, l'ambivalent,
l'incertain. Larelation entre le paradoxe etle mensonge doitalorsêtre
reformulée, quand onrejointlesmondeséconomique, politique,
idéologique, psychologique, entre autres. Après un premier volume
consacré au rapportdu rapportduparadoxe à la logique, à la
littérature, aulangage,voiciun deuxième multipliantles"scènes". Le
Menteurdevientde plusen pluspluriel, ce qu'il étaitdéjà dansle
premier volume, maisd'une manière moins soutenue. Nous yavions
glissé dumensonge logique aumensonge littéraire. Le mensonge
romanesque (Manganelli, VargasLlosa, etc.) estlié au travail de
simulation. Dire lavie en mieux, dépasserl'existence limitée,
apprivoiserlavérité "suffocante", brutale, dans seseffets, diminuerou
réduire l'infini oppresseur, jeter un baumesurla douleur— par une
transformationsymbolique.

Quitterla pureté logicienne, c'estaussi quitterl'univers
aseptisé deséthiqueslogico-philosophiqueset
reconnaîtrel'omniprésence du mensongeetle caractère marginal, etparfois tragique, de la
"vérité" prise dansles remousetles secoussesde l'État, desdivers
pouvoirsetde la collectivité à larecherche d'un lien qui fassetenir
l'ensemble, qui lui donneunsimulacre de consistance. Ce lien est
souventplutôtle mensonge que la "vérité" — l'égalitésurle frontdes
édificespublicsestpartiellement trompeuse, ainsi que la liberté etla
fraternité. Lavérité dansla cité, en dehorsdes
subtilitésdesmétalangages, estpeut-êtreminoritaire, etelle lesera d'autantpluslorsque la
cité a largement recoursaumensonge paromission, parincomplétude,

8 PARADOXESDES MENTEURS - II
par réélaboration ou réécriture, etc. Ilserait tentantde placerle
mensonge aucommencementetde lui accorderla place de
l'universalité de laquelle levraivientde déchoir. Maisil faut résisterà
cettetentation d'un pur renversementetd'une généralisation abusive.

Pourcertains, le mensonge estomniprésent,universel, la
vérité, par sa marginalisation, n'occupantqu'unterritoire assez réduit.
Le fauxestillimité,tandisque lavérité a deslimites, descontraintes.
En faisantbasculerla multiplicité ducôté dumensonge etdufaux, on
1
ne fera ainsi que les retrouverpartoutaisémentLe. «smensonges,
tellesdesmouches, apparaissententouslieux» (Pio
Rossi,Dictionnaire du mensonge, ÉditionsAllia, 1996, p.29). Quand on enlève
mille masques, on n'atoujoursqu'unseulvisLaage. «vérité n'est
qu'une. Lesmensonges sontinfinis» (ibid., p.28). On constate
d'ailleurscette même formulation chezMontaigne — le «reversde la
vérité a centmille figures»,tandisque lavérité n'a qu'unseul
«vis(Michel de Monage »taigne,Essais, I, 9, "DesMenteurs",
Garnier-Flammarion, 1969, p.74). On peutdonc dire que le mensonge
— c'est-à-dire lasérie d'énoncésoùil prend corps— a plusieurs
"visages" etlavéritéun "seul", ou toutle contraire, que le mensonge
estlavie etlavérité la mort, ou toutle contraire — cela ne change
rien à leurarticulation. Unerelation de conflitetd'exclusion à laquelle
se mêleunerelation de coexistence etd'intégration. Ilsuffitque la
chaîne desénoncés s'allonge etquitte l'énoncé atomique duparadoxe
dumenteurpourassisterà leurentremêlement. Ici, dans tel passage, le
vrai pointe;là, il est remplacé parle faux, créant unezone de
déstabilisation oùl'incertitude devientdominante. L'incertitude laisse
supposerque lescritèresquantitatifs sont toujoursopérationnels— la
partprécise du vrai etdufauxestindécidable dans uneréflexion
générale (exactementcomme dansl'universétroitduMenteurcrétois).
Il fautfaire descendre le "vrai" etle "faux" dansla mêlée
particularisantlesenjeuxetlesintervenantspourpouvoir tenirpeut-être l'un
etl'autre. Laréception de l'énoncé oude l'affirmation estle lieud'une
joute. Si lavie oulasociété estmensonge, elleseraitaussivérité, et
aurait unetête "crétoise". Le mensonge estd'ailleurspluriel parla
pluralité de nomsqui lesollicitent— de l'arnaque aumirage, du ragot
à l'embrouille (Aucommencement est le mensonge, Paul F. Smets,
Classe desLettres, Académieroyale de Belgique, Bruxelles,2006,
pp. 55/6).

Le mensonge ditetne ditpaslavérité : il l'appelle, la
dissémine, lui faitjouerlesapparitionsintermittentesaudétourd'un
développement. Il est unerefonte,un excès(donton ignore
l'ex

INTRODUCTION 9
tension),un embellissement,un dénigrementou rabaissement. Ilya le
mensonge presque instantané,réflexe, involontaire, etle mensonge
longuementcalculé. Le mensonge est volontaire etinvolontaire (le
menteurmalgré lui etle menteurassumé — en première oudeuxième
"nature"). Le paradoxe, entantquestratagème d'ambivalence, ne peut
querecouperlasphère dumensonge jouant surlesdeux"tableaux"
pourcréer une incertitude protectrice — ils'ydéveloppe commeune
fleurbien "nourrie".

La pluralité des mensonges

Ilyaunepluralité de mensonges— mensongesde politesse,
de méchanceté, de bonté, de "réclame", d'enfant, d'agentéconomique,
de philosophe, de littérateur, d'intervenantidéologique, mensongesde
l'art, de la métaphysique, de lareligion, de l'éthique (le
plusparadoxal !), dudroit. Le mensonge appartientà lasphère de la "comédie"
— celle des signesjouésd'une certaine manière, bien que la
"comédie" nesoitpasl'équivalentdumensonge. Mensonge n'estpas
synonyme de fiction oude fable. L'obligation de dire lavérité et rien
que lavérité n'estque mensongère, carelle n'engage àrien (avec ou
sansBible,voulantgarantirla pureté duperformatif) eton l'oublietrès
vite dèsqu'on commence à parler. "Tune mentiraspoint" ne
s'appliquesurtoutpasà l'énonciateurde larègle. Il pourra donc mentir
à condition que lesautres sous sa juridiction ne mententpoint(sinon
pluspersonne neretrouverasespetits!). Il estindispensableune
observationrigoureuse duprincipe pourquetoutnese mélange pas—
maiselle libère l'énonciateurde larigueurde la maxime (elle
s'applique auxautresqui l'appliquent…). Il estau-dessusdetout
soupçon parle faitmême de l'avoirétablie. Si le mensonge est undire
(énoncé déclaratif ounon),une manière de le contournerestde nerien
dire,touten mentantpeut-être encore. Le mensonge paromission est
soit un énoncé incomplet(casduparadoxe dumenteur),soit une
absence d'énoncé. Lesilence estmensonge etnon-mensonge, le point
extrême de l'incertitude oudesuspension dulangage. Il n'yarien à
quoi la parole de l'autre puisses'accommoder, d'où unredoublement
suspicieuxplusque logique à l'égard des"taiseux".

L'écart entre lefaireet ledire,
entre les signes et les choses

Le mensonge estaussil'écart entre le faire et le dire, entre
l'êtreetlepenser— mensongesdesintellectuels(Tolstoï, Marx,
2
Shelley, Sartre, etc.)se dispensantde mettre en œuvre la libération

10 PARADOXESDES MENTEURS - II
qu'ilsoffrentauxautreséloignés. C'est-à-dire l'esclavage qu'ils
nouaientà l'égard de leursproches, avec, bien entendu,toutesles
nuancespossiblesdansle degré desoumission etde libération. Le
mensonge concerne lesactivitésde la penséescientifique qui n'est
aussi pure etdésintéressée qu'elle le prétend —soumission auxlobbys
industriels, auxpouvoirspolitiques(affaire Lyssenko, physiciensdu
programme "Manhattan", etc.). Le mensonge lie lascience etl'État
qu'ilsoitdémocratique ou totalitaire.

Le paradoxe comme le mensonge exploite l'écartentre les
signesetleschoses. Ainsi, danslasphère économique, d'aprèsJohn
Kenneth Galbraith, lesdénominations"libre entreprise"(oùil n'est
pourla plupartquestion que d'esclavage), oujadis"monde libre"
(celui de Franco etde Salazarentre autres), ou"travail"(recouvrant
les situationsetlesactivitéslesplusdiverses: du travail-torture,
désolément répétitif,respectueuxde l'étymologie, au travail beaucoup
gratifiantetcréateur, au sein d'une entreprise, etmême mieux
rémunéré...). Au-delà de lasphère dénominative, le mensonge apparaîtdans
la corrélation duprogrès social à la croissance duPIB, dans
l'oppositionstricte du secteurpublic, nécessairementbureaucratique,
au secteurprivé ayantle pouvoirmagique de la non-bureaucratisation.
Le mensonges'étend auxprincipauxoutilsde mesure de l'activité
économique (courbesduchômage, de l'inflation, etc.). Pourfinir, le
mensongerime avec civilisation,synonyme de barbarie,
parl'organisation de meurtresensérie, en masse, conformémentauxbesoins
desfabricantsd'armementsetde leurs salariés. Le mensonge, d'après
Pierre Miquel, estinhérentà l'histoire — il cesseraità peine lorsqu'elle
auraitfini. Mensongesdescroisades, desgoulags, descampsde
concentration oùle premier signe de bienvenue auxfuturescendres
étaitcelui du travail commesource de joie. Mensongesdesidéologies
chrétiennesensurface eten pratique "esclavagistes".

Le mensonge aune dimension métaphysique,religieuse. Aux
mensongesde l'économie, de l'histoire, il fautainsi joindre ceuxde la
métaphysique (Platon, Kant, Nietzsche, etc.) etde lareligion (St.
Augustin, etc.). PourPascal, lavie est« illusion perpétuelle », image
négative de la "vérité éternelle", flatterie et tromperieuniverselle. Le
mensonge estla forme même du"divertissement" dans ses versions
intelligentes(artistique ou scientifique) ouidiote (plaisirsde basde
gamme). L'homme estdonc déguisementoumensonge. La foi
pascalienne estportée auxlimitesde lasociété etde l'univers(cevide
effrayant!). Peut-être aupointidéal oùla "vérité"survitaumensonge
de l'homme età la mortdudieu. L'homme fuitlavérité etplace le

INTRODUCTION 11
mensonge aucentre desonunivers, de manière que lavéritésemble à
jamaiscompromise. Lavérité esténoncée au-delà de l'univershumain
(oumême physique). Elle ne peut venirque d'un "ailleurs". Pascal
généralise l'interditdementiraugustinien etleretourne contre la
position augustinienne elle-même, devenue la base pratique de l'église
institutionnalisée — la presquetotalité desinstitutions religieuses
participentdumensonge (jésuites, etc.). Dansce contexte, la "vérité"
estaussi miraculeuse que la "grâce" — d'ailleurs, elle est une affaire
de "grâce" dans un monde corrompu. Si on écarte le mensonge
universel deshommes, onrisque d'être confronté à l'univers tel quel
(etàson effrayant silence). De la parole au silence, ilya peut-être
l'aveu(qu'on écartetrès vite bien entendu) d'un possible
évanouissementdudivin. Si onse débarrasse dumensonge, il nerestera pas
non plusle "Vrai", maisà peineunsilence errantd'astre en astre. La
fin dumensongeseraitlavérité d'ununiversaphone, "silencieux". La
généralisation dumensonge comporteun "réduit" quise dérobe au
mensonge, quis'exprime aunom de lavérité etqui faitglisserle
mensonge dansle "trou" paradoxal...

La vérité ennuyeuse

Un desclichésde l'analyse dumensonge, c'estde prétendre la
vérité ennuyeuse etle mensonge jouissif, amusant, commesi c'étaient
despositions statiques. Alorsque le mensongerelance éventuellement
la course du vrai, etc'esten cela qu'il est"intéressant". Ilrelance
peutêtre le discoursetlarecherchevers une position inconnue — d'oùle
frisson qu'il apporte. Si le mensongese mariaità lui-même, il finirait
vite parengendrerl'indifférence, l'ennui (le mensonge "tue" le
mensonge, comme lavérité "tue" lavérité). Le hâbleurdoitcoexisteravec
l'hommesérieuxpourqu'on appréciesa performance. Lasociété
développe à l'égard dumensongeune attitude paradoxale : elle le
chasse, le méprise, etellesaitqu'elle estfondéeen partiesurlui.

Le mensonge est, dansbeaucoup de cas, la politesse du
désespoir, le baume de la blessure. Le mensonge estinhérentà la
possibilité depenseretdedire, à la possibilité d'énonciation — de
dépasserl'exacte mesure, ce qu'on nes'empêche la plupartdu temps
de faire (l'exacte mesure n'existantque de manière partielle). Le
Cogito, avecsesformules super-concentrées, pourraitindiquer une
esquisse d'une potentialité dumensonge. Je pense donc je mens /je dis
donc je mens /je mensparce que je disetje pense. L'évidence du
mensongevautcelle de la pensée claire etdistincte. L'idéevraie
s'accorde la clarté de latransparence qui l'habite. L'idée claire et

12PARADOXES DES MENTEURS - II
distincte qui proposesa propre adéquation estmensonge. Caren fait
elle déroge a priori à larecherche d'une adéquation. L'idéevraie
s'offre à elle-même ce qu'elleréclame dans une
appropriationspéculaire. La jouissance dumensonge estcelle du"pouvoir" etilrencontre
évidemmentlavérité, laquelle estaussiune affirmation d'un pouvoir
(identification à la nature, à l'histoire, à l'être, etc.).

Dansce deuxièmevolume, nousallons suivre certaines
lectures spécifiquesdumensonge — dansl'économie, l'histoire, la
politique, le mythe, la psychologie, l'art(cinéma, musique, etc.), la
philosophie, etaborderdesproblématiques tant sousl'angle dufaux
quesouscelui du vrai. Notre livre estd'une manière généraleune
lecture attentive —sansexclusivitéspointilleusesde notre part— de
la productionscripturalesurle mensonge, le désignantmême dansles
titresde couverture. Carchaque domaine pourraitcomporter une
infinité detitres, de manière directe ouindirecte, liésaumensonge età
sesproblèmesadjacents. Notretextesera globalementdivisé entrois
parties. Dansla première, nousprendronsen compte les stratégies
pluriellesdumensonge dansla psychologie, l'art, le mythe,
l'économie, l'histoire, la psychologie. Lesauteursderéférence
—accompagnésd'un numéro de page pour unrepérage facile —serontGuy
Durandin (voirp. 15), Pierre Miquel (p.20), John K. Galbraith (p.24),
Pascal Hachet(p.28), Serge Tisseron (p.34), René Le Senne (p. 40),
Frédéric Paulhan (pp. 47et 70), Claudine Biland (p.51), Lionel
Trilling (p.55), Joyce McDougall (p.61), FrançoisPagnon (p.80),
entre autres. Dansla deuxième partie, nouspasseronsenrevue les
mensongesde la politique, de l'histoire, de lareligion, autourdesaxes
"mensonge,vérité,véracité". LesauteursenscèneserontJonathan
Swift(p. 92), Alain Etchegoyen (p. 96), Hannah Arendt(p. 105), Paul
Ricoeur(p. 126), JacquesDerr1ida (p.37), SaintAugustin (p.154),
Jean-François1Kahn (p.63), Kant(p. 177), V.Jankélévit189),ch (p.
Platon (p.199), Bernard William (p.209), entre autres. Latroisième
partiesera exclusivementconsacrée à Nietzsche (à partirde la
page230) — dontla figure apparaîtdéjà auparavantdansla
problématique de certainsauteurs, comme chezDerrida — autourd'un
certain nombre de pointsconcernantle mensonge, lavérité, lethéâtre,
la comédie, la physiologie, la conscience, etavec lui nousfinirons
notretourd'horizon dumensonge, ensachantque le mensonge est
encoreune fois toujoursdevantnous. Maiscette dernière partie
commencera parla "question de lavérité" (à partird'un livre d'Ingeborg
Schüssler, p.215) ouvertementexplicitée dans une lecture, parallèle à
celle dumensonge, qui nous servira d'introduction à l'univers
nietzschéen dévoreurde mondes vraisetfaux, de masquesetde

INTRODUCTION 13
théâtres. Nousferonsencoreréférence dans« Notesetétoilements» à
des textescomme celui de Johan-Frédérik Hel-Guedjsurla «règle du
faux» dansl'œuvre cinématographique d'Orson Welles, en ce qui
concerne le droit, l'artetle cinéma. D'une manière générale, nous
glissonsdes scènes sociale, psychologique, historique, économique et
artistiqueverslascène politique etphilosophique, celle-ci étant
constituée parles théoriesclassiquesdumensonge (Platon,
St. Augustin, Kant, Nietzsche). Toutdesuite, nouscommençonspar
GuyDurandin qui a débusqué le mensonge,toutaulong desa
recherche, danslavie quotidienne, lavie publique, autourde cespôles
irradiantsquesontla publicité etla propagande étatique, oupolitique.

STRATÉGIES PLURIELLES DU MENSONGE

Mensonge et langage
Aux fondements du mensonge

ChezGuyDurandin, grandspécialiste dumensonge, la
problématique dumensongerecoupe celle quisetrouve aufondement
de la "Comédie de l'Intellect" chezValéry. Faire être ce qui n'estpas
présentouinexistant— dans une économie d'efforts. Le mensonge —
qu'ilsoit simulation psychologique oucomédiesignifiante — est une
manière de « "prendre le langage pourle monde"»selon l'expression
de Sartre (GuyDurandin,Les Fondements dumensonge, Flammarion
Éditeur, 1972, p.345), d'existerparl'appellation, des'approprier
l'objetexterne, de déroulerla loi duVerbe comme la formule
exclusive detoute loi. Latransformation de la parole est unetransformation
de laréalité. Le Verbe estActe — le motditetleréelsuit. L'impératif
est une injonctionspéculative, à finalité mimétique. Leréel estle
refletdudiscours ;la nomination est une possession dumonde (ibid.,
p. 143). Le mensonge est une croyance à latoute-puissance du
langage envue d'unetoute-puissancesubjective.

La définition dumensongerecoupe celle de la comédie :dire
ce qui est n'est pas, oule contraire. Le langage permetde « penseraux
chosesen leurabs(ence »ibid., p. 125). Grâce aumensonge, on évite
de manipulerleschosesconcrètesenvue de l'appréhension de leurs
relations. Ce qui joue audépart, c'est surtout un critère d'aisance
d'élaboration etd'«économiede forces» (ibid., p.20), ne demandant
qu'upene «tite dépense d'éner(gie »ibid., p.119), dans un enjeuqui
peutêtre conflictuLe pel. «rincipe général dumensonge estde
manipulerdes signespouréconomiserdesforces» (GuyDurandin,
Les Mensonges en propagande et en publicité, PUF, 1982, p.29). Il
estfacile de mentir, aumoinsdans un premier stade étantdonné le
caractère arbitraire dulangage — après, il faut sesurveilleret tenirà
une certaine cohérence. Pourcertains, le mensonge détourne lavisée

16PARADOXES DES MENTEURS - II
communicative dulangage (Les Fondements dumensonge, p.121/2)
ensapantlesliens sociaux— il brouille l'ordre desconsignesetdes
actions, détourne la finalité dulangage. En détournantla finsupposée
dulangage, le mensongetrahitlasociété, laraison, l'humanité, l'État,
Dieu, etc. Et s'iltrahitla fin, c'estqu'iltrahitaussi l'origine — "au
commencementétaitleverbe"se change en "aucommencementétait
le mensonge".

Typologie et stratégie du mensonge

Si onseréfère à l'acquisition dumensonge, la pratique
consciente dumensonges'effectueversl'âge desixd'aprèsles travaux
de Piaget(ibid., pp. 170/1;etJean Piaget,Le Jugement moral chez
l'enfant, chap. II). Etla pleine conscience des tenantsetaboutissants
(différence "vrai/faux",rôlesocial dumensonge, etc.)versl'âge de
dixà douze ans. Le mensongevientavec la maîtrise deschosesetde
l'environnementculturel, et visesa croissance. Ensomme, le
mensonge devientpleinementconstitué aufuretà mesure de la
socialisation etde la maturation psychologique. L'école, comme
l'universfamilial, est un milieufavorable audéveloppementdu
mensonge (ibid., p.29), en favorisantles rencontres, les rapportsde
force oudesimple apparatentre lesélèves.

Lesmensonges sontmultiples:officieux(oupieux),d'intérêt
(ibid., p.21), étantdonné que les raisonsde mentir sontmultiples
(ibid1., p.7,voir tableau).Mensonge de simplification(éviterla
fatigue d'une explication) (ibid., p.77, note).Mensonge par omission
(privationvolontaire de l'information) (ibid., p.112).Mensonge
d'extension(embellissement, exagération, fabulation).Mensonges directs
(en présence d'un interlocuteur) etindirects(dansl'absence immédiate
d'unrécepteur). Dansles« mensonges vitaux» (ibid., pp.380et 383),
l'opération de "lutte pourlavie"résulte de la concurrence entre
individusenvue d'obtenirla possession de positionsouderessources
limitées. Le mensonge estsurdéterminé(ibid., p.248) etcomporteun
double axe oucharge — dedéfenseetd'attaque(ibid., p.78),interne
(éviterl'infériorité, la culpabilité) etexterne(protégerl’"àsoi"),
conscientetinconscient,d'inférioritéoudesupériorité, purement
gratuit(le "mentir"sans savoirpourquoi) (ibid., p.62)) ouintéressé
(manipulation d'autrui pourlesplusdiverses raisons).

Le mensonge estaudépart une ambivalence. Le mensonge est
un aimantd'ambiguïtés,un
exploiteurd'imprécisionsetd'indéterminations: il explore ethabille la moindre brèche. En proposant une

STRATÉGIES PLURIELLES DU MENSONGE17
détermination à l'indétermination, ilsembletravaillerpourl'ordre, la
vérité. Le mensonge est une façon dese cacherdansl'universde la
transparence etde faire jouerlatransparence commeune forme
d'occultation (la lettrevoléerecherchée quisetrouvesousles yeuxde
toutle monde, ouce qu'on appelle le "mensonge de deuxième degré" :
dire lavérité "énorme" pourque personne ne croie àvosintentionsde
la mettre en pratique !). Le mensonge est une manière de contournerla
"loi" (quelle qu'ellesoit) en évitantde la défierouvertementetd'en
subirdonc lesconséquences répressives. Le mensonge estle langage
de lavictime (domestique, femme, colonisé, émigré, etc.) devantle
maître. Etcomme le mensongeviseunesouveraineté, même infime,
jamaisaccordée, le maître l'appréhende commeunerature de lasienne
— d'où sa ferveur répressive. Mensongesdonc des"pratiques" et
mensonge éventuel de lathéorie dumensonge elle-même. Les théories
veulentparfoiscontournerle mensonge pourl'éliminerdans untravail
d'élucidation, mais, danscetravail, ellesnesevoientpascommeun
redoublementde la puissance dumensonge déplaçant seshorizonset
reconstruisant sescadres. Le métalangageraisonne ensoi dansla
pureté d'une abstractionsouveraine.

Le paradoxe de la coexistence
"trompeur-trompé"
Adéquation et inadéquation

Leparadoxerésultesurtoutde lacoexistence dutrompeur et
dutrompé(ibid., p.242). Celui qui connaîtla "vérité" estaussi celui
qui la déguise. Maisil le faitpeut-être de manière involontaire ou
inconsciente, aumoinspour une partie de cesopérations, en désirant
écarter toutdanger— nerien "voir" ou"savoir" à l'avance. La
conscienceserait"fugitive", "incomplète", "lacunaire" ou"renversée",
protégée etempêchée, par une barrière protectrice dissimulatrice,
d'appréhenderl'ensemble duprocessus. Lemensonge à soi-même
révèle que la conscience comporte desdegrés(ibid., p.367), n'estpas
monolithique, cherche desdéfenses, desappuis, quand ellesesent
défaillir. Lemensonge paradoxal(àsoi-même) oscille entre l'intention
etl'absence d'intention, la conscience etl'inconscient, la paixde la
représentationtronquée etle conflitde la pulsion oududésir,
l'affirmation etla négation (dudanger), lareconnaissance etla
méconnaissance (duprocédé), le désiret sonrefoulement, la clarté etla
pénombre, la complexité etlasimplicité.

Le mensonge estla conséquence d'unrefoulementoud'une
négation oùl'on nie lesdangersexternes(expériences,rapports

18 PARADOXESDES MENTEURS - II
intersubjectifs) — oumême par une double négation : a)verneinung,
négation affective;b)verleugnung, déni de laréalité, négation
radicale (ibid., p.278). Ce qui dégageun certain "mieuxêtre" bien
qu'ilsoitchancelanten demeurantlié àun fondementdouloureux.
C'estla croyance aupouvoird'affirmation oude négation — nierle
pénible pourlesupprimeraussitôt, lerendre inoffensif. Le paradoxe
estl'abandon de l'axe intercommunicatif — oùletrompeuretle
trompésontdeuxpersonnesdifférentes. Cela dit, laséparation entre le
mensonge à autrui etmensonge àsoi-même demeuresouventfloue
(ibid., pp.361/2). Si lemensonge à soi-mêmeestparadoxal (sujetet
objetconfondus sousle prisme du"sujet"), lemensonge inconscient
l'estaussi (sujetetobjetconfondus sousle prisme de l’"objet").

Globalement, le mensonge estsymbolique(langage)
etpragmatique(pulsionnel,social). Le mensongesymbolique n'altère pas
forcémentlaréalité entantquetelle — ilvise à modifierlerapport
qu'on noue avec celle-ci. Le mensonge est"réflexe" (on neréfléchit
pas) (ibid., p.108) ou"discours". Le mensonge estacteetparole,
mêmesi la parole peutêtrevue commeun acte. Maisle mensonge
déborde la parole. Le mensonge estparfoisl'inadéquation de la pensée
à l'objetavec le butdetromper un adversairesurlaréalité de l'objet
(mauvaise description) etlateneurde la pensée (renversée dans son
contraire, comportantoune
comportantpasdescomplémentsd'information qui en changeraientlesens). Le mensongevise la confusion du
réel etde l'imaginaire parle biaisdu symbolique, c'est-à-dire que
l'inadéquation éventuelle estpasséesous silence. Le mensonge estde
croire qu'ilse limite aulangage ouà la conscience pleine — ilse loge
dansles« étatsde demi-conscience » (ibid., p. 189). Le mensonge est
une pensée quise cache etquis'offre, quis'ampute d'elle-même etqui
s'ajoute à elle-même. Le mensonge change l'ordre etletype des
caractéristiquesde la pensée latente (qui ne peutpasêtre aisément
reconstruite) dans une pensée manifeste lacunaire, incomplète
(privation d'information), ouexcessive,surabondante dans sesmultiples
incises(excèsd'information).

Le détecteur de mensonge

Le mensonge peutêtreune façon de «tenirleréel à distance »
(GuyDurandin,De la Difficulté à mentir, Étude phénoménologique et
expérimentale, Publicationsde la Sorbonne, NS Recherches 23,
ÉditionsNauwelaerts, Bruxelles, 1977, p.8). Or, certains
typesd'appareiltechniques veulent supprimercette distance et rendre au réel
toutesa pureté et son immédiateté. DepuisLombroso en 1895

STRATÉGIES PLURIELLES DU MENSONGE19
jusqu'aujourd'hui, le détecteurde mensonge mesure lavariation de la
pressionsanguine etdupouls, leréflexe psycho-galvanique (décharge
accompagnée desudation), l'activité musculaire, etc. (ibid., pp.35/6).
Le détecteurde mensonge devient, danscertainscontextes, quand il
est utilisé parlesentreprisesprivées(embauches),un
élément(inducteur) de "totalitarisme" (envahissantlasphère privée etla négation de
sa liberté) (ibid., p.49, note). Etcela d'autantplusque les résultats
expérimentauxdemeurent trèscontroversés. En effet, «il n'ya pas
toujoursaccord entre ce que lesujeta éprouvé etce que nous voyons
surle graphique [...]» (ibid., p. 106);« parmi les sujetsqui disaient
mentirfacilement[...] les unsontété difficilesà détecter, maisles
autres trèsfaciles. Au total, nousn'avonspaspuétablirde loi » (ibid.,
p. 105).

Le détecteurfaitdonc office de la loi absente etocculte la
fragilité desesfondements. Le détecteurestducôté de la Loi, de la
Morale, de l'Honnêteté, de la Vertu. Il est une extension de la "loi";
or, la loi menten cachantlesprémissesetleslimitesopérationnelles
de la machine. Elle ne dégage en faitque des"moyennes"relevant
d'une codificationthéorique. Elle butesurle "symbolique" (la parole)
etla possible irréductibilité dupsychisme individuel. Sonusage
déclencheune attente qu'il nesauraitdécevoir. L'usage dudétecteurde
mensonge devraitfairl'objee «td'unrèglement très strict» (ibid.,
p. 49).C'est-à-dire que le "détecteur" estàsontour"coincé" comme
s'il mentait… En fait, on néglige l'action de l'appareil de mesure ou
d'observationsurl’"observé" — la "présence dudétecteur" altère
potentiellementla "présence dudétecté". Lasuspicion à l'égard du
détecteurauraitdûêtre entoutcas semblable aumensonge qu'il doit
mesurer.

Les mensonges en propagande et en publicité

En propagande eten publicité,toujoursd'aprèsGuyDurandin,
trois typesde mensongesdominants: lemensonge-omission(setaire),
lemensonge-addition, lemensonge-déformation.Le
mensonge-omissionestmanièla «re la plusfacile de mentir» (Les Mensonges en
propagande et en publicité, PUF, 1982Fai, p.94). «re croire qu'une
chose qui existe n'existe pas» (ibid., p. 93). On lasupprime dans son
ensemble etdanscertainesdesesparties. Lesilence permetd'éviter
une éventuelle contradiction. Toutce qui auraitdûêtre exprimé ou
communiqué ne l'estpas. Certainescaractéristiquesdesproduitsou
certainsaspectsdesévénements sontoccultés. Le cas type estcelui du
rapport"secret" Mac Namara,révélé parle NewYork Times, à propos

20PARADOXES DES MENTEURS - II
de la guerre duVietnam,révélantl'absence de fondementspour
envahir un pays. Cetype de mensonge meten oeuvre la disparition de
dirigeantspolitiques(Trotski,veuve Mao Tsé-toung, etc.)surcertains
documents(photographiques, etc.) dansleurpériode de disgrâce
historique. Il concerne aussi les"disparitionspolitiques" d'opposants
assassinésparlesÉtatsde Droit.Le mensonge-additionestde « faire
croire à l'existence de chosesqui n'existentpas» (ibid., p. 124). Cela
impliqueuntravail de l'imagination dans une création de
pseudoévénements. Il est une caractéristique dumarketing— desproduits
presquesemblables,sortantdumême
fabricant,sevoientdotésd'attributs toutautres sousdifférentslabels. Il est très utilisé entempsde
guerre oùl'on produitde fauxplansd'invasion pourocculterce quiva
3
être levrai lieude débarquement,sansoublierlesfameux tanksen
caoutchouc gonflable. On attire l'attentionsur un pointpourla
détourner sur un autre.Le mensonge-déformationestde «déformer
quelque chose qui exist(e »ibid14., p.3),soitaupointdevue
qualitatif,soitaupointdevue quantitatif. On exagère oul'on minimise.
Ainsi Goebbelsaffirmantque Hitlerne mentaitjamais, etqu'il était
doncsynonyme devérité absolue, ouPétain le disantde lui-même en
avouant sa haine dumensonge. Ils'attaque (ou vante) l'identitésérielle
d'un objet(description fallacieuse) oulesmotifsd'une action. Proche
de la négation (ibid., p.213), de l'antithèse (ibid., p.214), il meten
œuvreune «appellation parle contraire »(ibid., p.210).
«L'appellation parle contraire, c'est[...] le mensonge parfait» (ibid., p.216) —
«déformerl'objetàuntel pointqu'il le faitapparaître pourcontraire
même de ce qu'il est» (ibid., p.210).L'appellation par le contraireest
aufondementde ce qu'on appelle l'éloge oule blâme paradoxaux.

Types de mensonges historiques
Mensonges de l'histoire

Onretrouve globalement, chezPierre Miquel, lesmêmes
typesde mensonge que chezGuyDurandin. À côté
dumensongeomissionoudissimulation(les"disparus" de l'histoire), onsignale le
mensonge-déformation, lemensonge-diffamation,
lemensonge-négation. Pourlemensonge-déformation, l'exemple majeurestlatactique
hitlérienne à l'égard descamps— « Lesnazisne nientpaslaréalité
descamps, ilsprétendentque l'on peut y vivre libre entravaillant, la
liberté parletravail (Arbeit match frei» (Pie) [...]rre Miquel,Les
mensonges de l'histoire, éd. Perrin,2007, p.22).
Pourlemensongediffamation, on peutprendre comme exempletype
latactiquestalinienne à l'égard despremiersdénonciateursduGoulag — « Nierla
réalité ducrime, c'estinsulterVictorKravchenko, évadé dugoulag, au

STRATÉGIES PLURIELLES DU MENSONGE21
procèsqui lui estintenté parlescommunistesfrançaisen 1949,
affirmerqu'il est un menteurà lasolde desimpérialistesaméricains.
Onrépond aumensonge en imputantle mensonge, hurlantauloup
contre la pr(opagande »ibid.). Le "menteur" crie "aumenteur" en
espérantque cesubterfuge fonctionnera, etil fonctionne efficacement
toutaumoinsdansla courte durée. Lemensonge-négation(on nie ce
qu'on n'a puempêcherdese manifester) qui peutdevenir très viteun
mensonge-persécution (en peaufinantl'arme de la diffamation). En
fait, ces typesde mensonge interfèrent. La déformation est une
diffamation et une négation,setraduisantparfoispar une persécution
ou une élimination physique directe.

Si l'histoire estmensonge, fiction, littérature pourValéry, et si
l'histoire dumensonge estimpossible pourDerrida, cela n'empêche
donc pasleshistoriensd'être des"chasseurs" dumensonge etd'être
critiquesà l'égard de l'étatdeschosesetdesêtres. Cela commença
d'ailleursavec le "père" de l'histoire, Hérodote d'Halicarnasse, qui
transforma lesPersesen barbaresdénuésde civilisation. Le même
processusd'’"ensauvagement" chezle conquérantqu'étaitJulesCésar,
avec desconséquencesparadoxales. « Le mensongeserépète pendant
toute l'histoire de l'Antiquité. On ne connaîtla Gaule que
parl'historien etmémorialiste César, partie prenante [...]» (ibid1., p.6). Le
procèsdesGauloisestcelui d'unesauvagerie généralisée autourde
leurchef fruste etincompétent(accusésdetraîtrise, de manque de
pitié,sansdiscipline,sansloisni principes), mais«sansJulesCésar,
on ne découvriraitla Gaule, auhasard desfouilles, que
parl'archéologie, longtempsincapable desituermême Alésia »(ibid., p.18). Le
"récitfalsifié",suppléantà l'absence d'écriture chezlesGaulois, joue
unrôle de projecteurdéfaillant, partiel, etnéanmoins"nécessaire". Le
« faux servirait trèsparadoxalementla cause du vrai [...] » (ibid.). Les
voiesde l'histoire nevontpasen ligne droite etempruntentainsi les
boucleslesplus surprenantes. La datation historique — autourde la
naissance de Jésus-Christ— estaussiun "stratagème" qui aréussi.
« On dira l'an cent, en l'an milleaprèsouavantJésus-Christ» (ibid.,
p. 16),touten ignorantla date etl'année desa naissance, ainsi quesa
filiation. «La filiation dufilsde Dieuest une autre énigme» (ibid.,
p. 15). Ce mensonge estcelui qui a lavie la plusdure, puisque chaque
jourle célèbre.

Le mensonge n'estpas une contrainte inhérente à l'histoire du
monde maisà celle deshommes, puisqu'elle implique desproducteurs
etdes récepteurs, lesquelsconçoiventles"ruses" lesplusdiverses
pourle mettre en œuvre. Le mensonge estprotéiforme etprend des

22PARADOXES DES MENTEURS - II
figureshistoriquesdifférentespour rédiger son pacte. L'«Histoire
mentparce qu'on la faitmentir» (ibid., p. 14). Si l'histoire, entantque
récitet traité, commence parmentirdans sespremièreslueurs, elle
accompagne l'histoire dans son irréversibilité. Le mensonge est
inhérentà l'action età la pensée, et vouloirl'abolir, c'est vouloir un
monde mortet une histoire close. « La fin dumensonge en histoire est
inimaginable, carellesuppose la fin de l'histoire elle-même» (ibid.,
p.381). L'histoire estmensonge adossé aumensonge (croisades,
inquisitions,révolutions, etc.), etelle « nerespire que parlui » (ibid.,
p.37). L'histoire estdéclarée mensongère et sans valeur(méprisà
l'égard du tempsetde la finitude) parles"menteurs" eux-mêmes
chargésde l'écrire, conformémentà leurfoi età leurscroyances.
Mensonge à la fois volontaire etinvolontaire, écritaunom de la
"vérité", dans unmentir auxautresqui estaussiunmentir à soi.

Mensonge
Leprofit

actif et passif
du mensonge

D'une manière générale, le mensonge est un outil de la "bonne
conscience" pour réduireses"ennemis" envisagéscomme desentraves
à l'ordre de la Tradition, de la Révolution, duPeuple, de Dieu—
stratégie justifiée parl'emploisymétrique dumensonge chezles
"ennemis" (on lesprésupposetoutaussi menteursque ce qu'on l'est
devenu, eton pourraitappelercela la "générosité" dumenteur...). Le
Mensonge estl'arme d'uneimposition— pourla conquête dupouvoir
oule maintien aupouvoir, pourlasauvegarde de la "mémoire"
officielle desactesetdesaffirmations, mise en œuvre
parlesinstitutionsétatiques,religieuses, politiques, etc., ayantpignonsur rue. Le
mensonge est uneprojection autoprotectriceassurantla nomination
d'un coupable oud'unesérie de coupablesgarantissantla" pureté" des
destinateursdumensonge idéologique. Le mensonge est unpiège,
énoncé aunom de la "Loi" etde la "Vérité", nourri parlesprétendants
aupouvoiretlesofficiantsdupouvoirpolitique ouidéologique — il
s'agitde déconsidérerl'adversaire incroyant, en dehorsdetout
précepte oudogme,réactionnaire ouen marge de l'histoire,
comploteurdanslesprofondeursde laviesociale, indigne oude mauvaise foi,
etc., danslesarcanesde la morale. Le mensonge conscientprend la
forme d'undouble langage— préparerla guerre etl'oppression en
tenantle discoursde la paixetde la liberté, etcela ne concerne pas
seulementHitleroule parti nazi, maisaussi lesdémocraties(Vietnam,
Algérie, etc.).

STRATÉGIES PLURIELLES DU MENSONGE23
Ilya lemensonge actifdesidéologues,
deshommesdupouvoirétatique, desagentsd'appareilspolitiques, des sympathisants
discretsetfloués, etlemensonge passifdes"indifférents" qui croient
ce qu'onveutleurfaire croire (en Pétain pendantl'époque de celui-ci,
en De Gaulletoutdesuite après, etc.),sansque leurpotentiel
d'indifférence disparaisse, carilsdemeurent toujoursdisponiblespour
un nouveaumensonge dèsqu'il garantitleur survie. L'indifférent
répète psychologiquementle mensonge créé parl'autre parce que cela
l'arrange en le dispensantde "chercher" etde "penser". Le mensonge
consiste aussi dansl'individualisation dumensonge (il n'ya d'ailleurs
que desdétecteurspourdespersonnesisolées) quand il estcollectif.
Le Mensongeseraitaussi de déclarerl'Histoire mensonge et rien que
mensonge (ibid., p.385) — ce qui est une position paradoxale. Il faut
maintenirla contradiction, le conflit, la discordancerenaissante. Les
mensongesfontl'histoire etl'histoire défaitlesmensonges,
maisentretempslesmenteursauront souventgardé le pouvoir,régi lavie des
autres, empoisonné,tué,torturé,survécuàtouteslesenquêtes(quand
ellesontlieu), avantd'être enterrés sansavoirl'affrontde perdre leur
pouvoiretla considération publique. Ilyaunprofit dumensonge—
quitienten compte la conscience de la finitude d'unevie humainesans
au-delà —surtoutquand il correspond àune demande publique,
collective. Lavérité de ceuxqui furentpoursuivis, humiliés, meurtris,
etn'asouventqu'unevictoiresymbolique post-mortem. Staline,
Franco, Salazar, etbeaucoup de bourreauxnazis,sud-américains, etc.,
meurentdansleurlitpardéchéance naturelle, en faisantpeut-êtreun
signe dereconnaissanceunsalutau seigneurde Clairvaux, à Innocent
III, à Simon de Monfort, à Mac Carthy, entre autres.

Les mensonges de l'économie :
le pouvoir de nomination

Le mensonge-déformation bouleverse la "réalité" qu'il ne nie
pas. Ilya là bien quelque chose, maiscela ne correspond pasdu toutà
ce quevous supposiez. C'estmêmetoutle contraire ! Le
mensongedéformation postuleunrenversement sansdouleurde ce qui esten fait
un fluxde douleur,une brisure générale de l'être. Lesmots sont
chargésdevoilerlaréalité qu'ilsappellent, désignent. Le langage a
une fonction d'occultation, conformémentà
l'investissementidéologique. Il montre etcache, présente etdérobe,signifie etinterditle
sens. Le pouvoirde nomination est un artifice dumensonge de plusen
plusactuel dans unesociété quiveutétoufferlesconflits, dissoudre les
contradictions,sansemprunterapparemmentles voiesduparadoxe.
Le mensonge en économie est un mensonge conceptuel, nominatif,

24 PARADOXESDES MENTEURS - II
dontl'intention estévidente dèsque l'ons'yarrête. Il estlesommetde
lastratégie publicitaire maquillantnonseulementlesmarchandises
maisopérantaussisurle "métalangage" qui accompagne en amontla
condition de possibilité de leurproduction, oulesystème économique
lui-même dans ses rapportsauxhommes, à la nature, à la politique.

Ilyaun baptême de mots voulant réduire
eteffacerlaviolence derapports, l'aspectbrutal de laréalité. On décèleun « décalage
permanententre lesidéesadmises[...] etlaréalit(John K. Gal-é »
braith, Les Mensonges de l'économie, éd. Grasset,2004, p.9), etle
mensonge doitici nierce fossé,rendre présentable la manipulation,
indolore l'oppression, etlà, l'accentuerquand il concerne le pouvoir
dans sesderniers retranchements. Or, le mensonge n'estpasinnocent
ni en histoire ni en économie. Ilva de pairavec l'avancée d'une
servitude prenant,si on n'ose lui confierle masque de la liberté,unton
anodin, indifférent, neutre, bureaucratique ouadministratif.
Lesmensongeséconomiques sont variés. Mensonge la « formuleéconomie de
marché» (ibid., p.21), carlesmarchésexistentdepuislongtemps.
Cette formulation nomme la "chose"sansl'avouernettement(c'est une
sorte d'euphémisme), commes'il agissaitde la meilleure manière
d'empêcherlareconnaissance de lavraieréalité — lasubordination de
toutevie indépendante auxdiktatsdumarché économico-financier.
Ellesertdonc devoile absurde au« capitalis(me »ibid., p.23) —
alorsque la «demande duconsommateur» estdirigée parle
«pouvoirde production ».

La dissimulation dupouvoiréconomiqueva de pairavec cette
offrande d'unesouveraineté àun personnage de farce, aupouvoir très
limité, qu'estle consommateurdans un contexte de «persuasion de
masse »(ibid.,p.27). « La croyance enune économie de marché où
le clientest roi estl'un de nosmensongeslesplusenvahissants»
(ibid., p.29). Leroi neva donc pasnu, maisporte leshabitsqu'on lui
a commandés! La croyancesertd'occultation de lavraie
«souverainet(dé »ucapital etdesdirigeantsdesentreprises), offrantau
consommateur unesouveraineté illusoire d'un pouvoirdéfini etconçu
parlesautres. L'expression «économie de marché» développe l'idée
qu'il n'ya ni positionsdominantesni dominées— elle occulte le
« pouvoirduproducteur» économique (ibid., pp.21/2). L'expression
« démocratie économique » (ibid., p.25) — «réalisée parle marché »
— déguise la force etle pouvoirdes"monopoles". Dansl'économie de
marché, ilya ceuxquitiennentle "haut" dumarché, gérantautant
qu'ilsle peuventle faire à leurprofit, etceuxquirestentconfinésdans
le "bas", etde cette façon l'expression, présupposant une certaine

STRATÉGIES PLURIELLES DU MENSONGE25
égalité desintervenants, est un mensonge en elle-même, étantdonné
son pouvoirdissimulateur. Nouveaumensonge de nomination — le
«système de la libre entreprise »(ibid., p.84), devenu un processus
autonome, est un facteurd'oppression, malgré lespromessesde
l'appellation, pourle monde non-entreprisarial,une menace pourlavie
humaine etla planète.

Le langagesetrouve en première ligne danslastratégie du
mensonge. On écarte certainesexpressionsestimées troprévélatrices
pourd'autresincoloresetinodores, eton attribue à d'autres un pouvoir
presque "magique" parce que fondésurla "science" etl’"objectivité"
(lastatistique). Mensonge encorpe le «roduitintérieurbrut» (PIB)
qui estl'o« àrigine d'une de nosformesde mensongesocial lesplus
répandues» (ibid., p.29). « Comme évolue le PIB ? Son échelle et son
contenu sont trèslargementimposésparlesproducteurs. La bonne
tenue d'une économiese mesure à la production desbiensetdes
services. Pasl'éducation, la littérature, lesarts, maisla production
d'automobiles, VLT compris» (ibid., p.30). Le "progrès"social est
orienté par un certaintype deréussite qui éliminetouteslesautres
manièresdevivre, etqu'il fautparfoisprotégerdansdes"réserves"
sousl'onctéion de l'«talon moderne de laréussite moder(ne »ibid.).
Mensonge encore que le mot"travail"rassemblantlesfonctionsetles
opérationslesplusdiversesetincompatibles. Letravailsouventlimité
àune «activité imposée parlesnécessitéslesplusprimairesde
l'exist(ence »ibid., p.33) etoffertnéanmoinsen modèle d'activité et
de libération. Si on fait référence au slogan nazisurle "travailrend
libre", il peutêtre mis surbeaucoup d'autreslieuxdetravail dansnotre
société post-nazie, etla célèbre pancarte — «Arbeit match frei» —
ornerlesportailsde certainesde nosentreprises"démocratiques". En
fait, la droite nationaliste etlesnazisl'ont"récupéré"sur un fronton
d'uneusine allemande (IG Farben). On ne feraitdonc ainsi que le
réexpédieraudestinateur. «Le paradoxe estlà. Le
mottravails'appliquesimultanémentà ceuxpourlesquelsil estépuisant, fastidieux,
désagréable, età ceuxquiyprennentmanifestementplaisiretn'y
voientaucune contrainte »(ibid., p.34). Paradoxe auquels'ajoute la
différence entre les tâchespéniblesetles tâchescompensatrices: le
salaire le plusbas va de pairavec letravail le plusingrat. L'« énormité
dumensonge inhérentaumot travail » (ibid., p.37) — dontla
conséquence morale estla condamnation de l'oisiveté populaire
(lasuspicion permanente de fraude parl’"assisté") etlatolérance dont
bénéficie l'élite économique et socialesouscetaspect.

26PARADOXES DES MENTEURS - II
Mensonge que le contrôle desdirectionsmanagérialesparles
conseilsd'administration, en principe porte-parole desactionnaires,
offrant unsimulacre de partage des responsabilités, alorsqu'ilsontété
nommésparla "direction générale", danslesmainsde laquellese
concentre le pouvoir. Cette dernière détientle pouvoir réel face aux
propriétairesducapital etauxactionnaires(ibid., pp. 44/6). Le conseil
d'administration "n'administrerien" quisoitcontraire auxintérêtsdes
directionsgénérales. La preuve estl'auto-augmentationdesdirigeants
fixantle montantde leurs rémunérations, etle conseil d'administration
se limite ainsi à enregistrer une décision prise ailleurs. Lastratégie du
mensongetrouve doncson pointd'orgue dansle conseil
d'administration "béni-oui-oui", approuvant toutet rien, «ycomprisles
rémunérationsdesdirecteurs, fixéespareux-mêmes» (ibid., p. 44). Etdans
l'« impression d'une autorité dupropriétaire » (ibid., p. 46), accordée à
l'actionnairestatutairement une foisparan dans une cérémonierituelle
oùles vraisenjeux sont souventpassés sous silence.

Autre mensonge — leremplacementdu terme "bureaucratie"
par"management" (ibid., p.41). «L'illusion dumanagementestl'un
de nosmensongeslesplus raffinéset, cesderniers temps, lesplus
évidents» (ibid., p. 43). Stratégie qui metplaceun fossé entre
l'administration publique où untel faitest reconnu,redit, fortement souligné,
etl'entreprise privée oùla bureaucratie disparaît sousl'incantation du
"management" etdanslaquelle ilya aussiune organisation des
rapportsdetravailtrèscentralisée. Le mensongesetrouve ainsi dans
le «mythe desdeux secteurs» (ibid5., p.3) —secteursprivéet
public, etde leur séparation éthico-économiquerigoureuse. De «
grandesfiguresdumonde desaffaires» occupentdes« posteséminents
dansl'administration fédér(ale »ibidin54). L'«., p.trusion du secteur
manifestementprivé
danslesecteurapparemmentpublics'estgénéralisée » (ibid.), avec la promotion d'industrielsau sein de la Défense,
desministèresde l'Économie, de l'Énergie, etdansleséquipes
présidentielles. La «mainmise du secteurprivésurle Trésor. Surla
politique de l'environnementégalement» (ibid55). Le con., p.traire
étant vrai aussi —
deshommespolitiquesmonnayentlerelationnement social, politique, économique, juridique (le fameux"carnet
d'adresses"), qu'ilsontacquispendantqu'ilsexerçaientdesactivités
publiques, dansla période quisuitleuréloignementdupouvoir
politique. La mainmise du secteurprivésurle public peut serévéler
dangereuse danscertains secteurscomme l'armementoul'énergie
(pendantla période Bush, parexemple, auprofitde dirigeantsde
l'État).

STRATÉGIES PLURIELLES DU MENSONGE27
Dernieroupremiermensonge — l'innocence dumensonge
révélée par sesacteurs, caril n'engendre « aucunsentimentde
culpabilité ni deresponsabilité »(ibid1., p.3). Maisle «mensonge
innocent» (ibid.)serévèle de moinsen moinsinnocentaufuretà
mesure queses"échos" (guerres, etc.) d'autosatisfaction
etd'occultation même dumensonges'accumulentet s'amplifient. Le mensonge
innocentest un mensongerégénéré parle langage (reformulé), avant
même qu'il nes'abritesous un prétexte légal. Le pouvoirétatique,
économique, publicitaire, imprimesa marque dansle pouvoirde
nomination en espérantque lesmotsne letrahirontpas. Le pouvoir
finitpar se déstabiliserle langage dans une collection de "fausses
synonymies" puisque les"mots remplaçants"signifientdifféremment
que les"mots remplacés". Le glissementdesensest une occultation
d'uneréalitétendue, conflictuelle, par uneréalité "soft" ouapaisée,
prèsdupointderéconciliation générale.

Le mensonge n'estpas uniquementdansleschiffresmaisaussi
danslesexpressions. Globalement, outre le changementnominatif, le
mensonge estdevenu une habitudesacralisée,une forme de gestion
deshommes,un moyen d'exacerbation nationaliste,un arrangement
idéologique dissimulateur,un levierde laspéculation financière,une
sorte de loi pratique cachée detoutÉtat,un "sauve-qui-peut" des
possédantscraignantpourleurspossessions. Le mensonge estla
manière pourle pouvoir— économique, politique, étatique — dese
cacher, des'offrir un paraventd'invisibilité dansla grandescène
transparente dontils'estime l'artisan etqu'il offre àses subordonnés,
sescitoyens,sesemployés, en grandserviteurbénévole etdévoué. Par
lasuite, nous reviendronsauxmensongesdu social- politique etde
l'histoire, maisnotre prochaine étape nousmène aumythe comme
mensonge avantde
passerauxmensongesdesémotionsetdescaractères. Ci-dessus, le mensonge correspond àune forme d'intervention,
d'activitévoulantencadrer un futuret un présent. Il est une entreprise
de conditionnement. Dansla partie ci-dessous, le mensonge aune
forme de compensation imaginaire à l'égard d'un passé etd'un présent
traumatiques: ilsertà protégerd'un "trauma collectif". Le mensonge
est tantôtducôté des"bourreaux",tantôtdes"victimes".

Le Mythe comme
mensonge indispensable

Si le langage estle lieud'un pouvoirde nomination, dansle
"mensonge-déformation", occultantle caractère dur,tendu,rendu
inacceptable, de laréalitésociale, économique (ouautre), ilsert

2DES MENTEURS - II8 PARADOXES
encore à occulter un "traumasocial" dansl'acte même parlequel il
l'exprime. Il énonceunsubstitut symbolique, idéologique, du trauma
social, envue desarésolution oudesa pleine acceptation parla
conscience "collective". Il joue lerôle ambigud'instance chargée à la
fois du voilement et dudévoilement(comme la littérature chezGirard).
Au«mensonge officieux» (visantà préserverl'ordre de la cité, l'État
transcatégoriel) etau«mensonge pieux» (vivantà préserverla
relative paixmentale d'un malade, d'unsouffrant, à ne pasaggraverla
souffrance), on peutaussi ajouter, d'aprèsPascal Hachetmen-, le «
songe indispensable »qu'estle mythe devantles traumas sociauxet
collectifs. Le «Mensonge indispensable» est un mélange
demensonge officieux(qu'un individuou un groupesocial-culturel-ethnique
s'applique à lui-même) etdemensonge pieux(encoreune foisqu'onse
faitàsoi-même). Il peutêtrevucommeun mensonge pieuxàusage
personnel etcollectif, maisavecune différencetrèsimportante : il ne
vise pasà cacher un avenirproblématique (parexemple, la mortau
boutde la maladie), mais un passé ou un présentproblématique,
angoissant, douloureux. C'est unesorte d'auto-mensonge engageant
une expérience communerévolue qu'il estimpossible d'énonceren
touteslettres. Si le mensonge estmythe, l'analyse dumythe est vérité.

Le deuxième caractère du"mythe-mensonge indispensable"
est son caractèrevague. Ilseraitce que certainsappelleraient une
"idéologie" et, d'autres,une "élaboration secondaire". Le Mythe, en
tantqu'introjection collective,traumasocialrésultantd'une expérience
commune douloureuse (massacre, persécution, catastrophe naturelle,
etc.), est un acte de "réappropriation idéologique". LesMythesen
questionsont, parexemple, le mythesioniste (Pascal Hachet,Le
Mensonge indispensable,DuTrauma social aumythe, Armand Colin,
1999, p. 59), le mythe de la Grande Serbie (ibid., p.60), le mythe de
Clovisoudeson baptêmesupposé être l'« acte fondateurde la nation
française »(ibid., pp. 121 et97). En fait,toutpeutêtre mythe en
passantparle film, leroman, l'essai, le journalisme. Le Mythe est,
pourl'auteur,une opération danslaquelle il ne fautpas surestimerle
« mythe-text(e »ibid., p.141) — en effet,unerupture
épistémologique devantinterveniràson égard. Le mythe est une opération qui
nese limite pasàune énonciationsousla forme
d'unrécithistoricocosmologique. Ilyaune dimensionrituelle prenantd'autres voiesque
lastrictevoiesignifiante. Or si letexte peutêtresurélevé àune
position mythique, entantquetel, il comporte
desdifférencesirréductibles. Le "texte",terme générique, est une pluralité en acte — il n'ya
pasletextesansles"textes". Le mythe comme mensonge nesurvitpas
chezl'auteurà l'affirmationtemporelle de lavérité — ce qui prouve

STRATÉGIES PLURIELLES DU MENSONGE29
son caractèrestrictementdiachronique etoblitèresa dimension
"synchronique". Si le destin dumythe estl'oubli, celaveutdire que la
vérité dumythe l'efface entièrement. Lavérité correspond àune
désintégration, àune dissolution. Lemensonge-mytheest unmensonge
paradoxal. Habité parlavérité, ilymène, ens'effaçantdèsqu'elle est
reconnue. Lavérité dissoutle mythe enraturantle mensonge, etla
disjonction estainsiradicale.

Mensonge contre mensonge
La nécessité du mythe

LeMensonge indispensableest unmensonge qui travaille
contre le mensongeetl'empêche de devenirpluspuissant. Le mythe,
indispensable pouroublier,suppose d'aborduntravail de la mémoire
s'occupantdetoutce qui demeuretoujoursprésentpourl'amener vers
un pointd'évanouissement. Danscettevision, iltravaille pourl'oubli,
et saréussite correspond àsa perte, àson effacement. Il demandeune
vraiereconnaissance de la conscience quis'apaise en éliminantle
trouble. Puisque le mythe estmensonge dans son parcours, iltrouvesa
partdevérité aumomentdesa dissolution. Il opèreparadoxalement
envue de la dissolution dumensonge. Le mythe estle mensonge qui
travaille contre lerefoulement total. Il estmensonge quise batcontre
lesilence, lesecret sousforme de "crypte", l'obstruction. La finalité du
mythe justifie le mensonge, carelle correspond àune délivrance. La
mortdumythe, qui estla fin dumensonge, estlavérité dumensonge,
lequelserature pour répondre àune pression contraire. En plaçantle
"mythe" dansle champ du vrai etdufaux, on le condamne àsa
disparition dèsque lavéritése manifeste etdevientpleinement
reconnue. Le mythe ne peutêtre mensongesansêtrevérité,sauf que
toutcelas'emmêle. Lemytheoccupe la position du"menteur vrai" (à
l'image de lathéorie quisuscite le mensonge, le découvre, etqui ditla
vérité à ce propos). Il joueunrôle derévélateur, de guérisseur, de
transition entre la blessure etla cicatrice. Entantqumene «songe
indispensable », le mythe est une demi-vérité : il asa propre nécessité.

Le mensonge estla nécessité dumythe — le mythey trouve
son mode opératoire detravestissement, de déplacement, de
condensation, derature, de dénégation. À la limite, le mythe fonctionne
commeunrêve dansla phase deveille ! Onrêve àyeuxouvertspour
ne pas voirce qu'on avuetce qu'onvoit, dans une mission empreinte
d'ambiguïté, fourmillantd'impasses: ne paspouvoir voir, et voir
quand même,voirmalgrétout, maisenyajoutantdesentractes
d'aveuglement. Le mythe mentpar« nécessité » (ibid., p. 52) —tel le

30 PARADOXESDES MENTEURS - II
mensonge quis'impose àun niveauindividuel commeune « nécessité
vitale »pourl'enfantdans son acquisition d'uen «space physique »
propre, à l'abri des turbulenceshumaines(ibid51). Le m., p.ythe
résulte de l'impossibilité d'assumer un événementou unesérie
d'événements. Il équivautau traçage d'unevoie dérivée qui contourne
la blessure etqui essaie des'en approcherdeson centre enréduisant
progressivementlescercles. Laraison n'évolue pasen ligne droite en
fonction d'une disjonction initiale envrai eten faux, condamnant
d'emblée àuneretraite forcée, àun exilsanspardon. Le « mythe ment
bel etbien. Il estincontestable qu'il déforme, à degrés variables, des
faits. Maiscette entreprise de falsification de laréalité n'estpas un
sous-produitde l'activité psychique. Elle nesigne pas une quelconque
tare de laraison. Le mythe obéitaucontraire àune nécessité profonde
de l'esprit: on ne peutpas toutdesuitevoir» (en face [...]ibid.,
p. 142). Avec le mythe, on commence àvoiretà parler, là oùilyavait
letoutoppressif du silence etdunon-voir. Dans sa double dimension
motrice (lerite) etdimensionsignifiante ou sémiologique (lerécit,
l'image oul'icône), le mythe est une conséquence d'untrauma, d'une
souffrance : il faitpartie d'un dispositifintrojectif(d'incorporation,
d'assimilation), etil assure entantque créateur symboliqueune
"issue". Le mensonge estindispensable pourlaréussite de
l'introjection etla bonnesanté mentale d'une collectivité oud'individusfaisant
face àtoutes sortesdetraumatismes. Le mythe estmensonge parce
qu'il estoccultation, etil estparadoxeparce qu'il est un
demivoilement. Le Mythe est une négation, ouplutôt une dénégation,
fondéesur un langageréparateur, apaisant,un langage-leurre, qui est
un langage-reconnaissance.

Mythe et trauma social

Les"traumas" concernentl'origine de l'homme,son devenir,
lerapportavec l'environnementphysique (faune, flore,relief), les
transformationsnaturellesde la planètesoudainesetexcessives
(éruptions,séismes,raz-de-marée). Ilsconcernentencore les rapports
historiqueset sociauxentre collectivités, nationsetpeuples, à lasuite
de conflitsetde guerrescoloniales, mondiales, de persécutions, de
massacres, entre autreschoses. Parexemple, le mythe peutoffriràun
peuple lavision d'unerésistance héroïque quirachète
lescompromissions, leslâchetés, laservitude de la plupartdeseséléments. Le
trauma engendreun clivage queseul lerécitmythique aide à
surmonter— etaprès une phase d'introjection de l'expérience pénible,
traumatisante, il peutmourirdesa "belle mort",sontravail ayantété
accompli. Il aune fonction psychothérapeutique étendue à la
col

STRATÉGIES PLURIELLES DU MENSONGE31
lectivité ouà certainsdesesgroupes. La déformation mythique estla
« facevisible »(ibid5., p.3) duprocessusd'introjection. On avance
vers une démystification de la déformation. Le mythe est une
représentation fausse, erronée (ibid1., p.6),reconnue commetelle
dans un deuxièmestade — quand le mythe aura achevésontravail de
vérité.

Le mythe est transitoire — etdevientàun momentdonnéun
mythe mort(« coquille formelle » (ibid., p. 87)). Un « "bon" mythe est
un mythe mourant» (ibid., p. 52). La mortdumythe présuppose qu'il
aune fonctionstrictement utilitaire. Aprèsl'usage, il cesse d'être. La
fin du trouble estla fin dumythe. Le « Mythe estappelé à disparaître
après usage [...] » (ibid., p. 142). « S'il accompagneuntravail
d'introjection collectifréussi, il disparaît[...] » (ibid., p. 144). En casd'échec
de l'introjection collective, le mythe perdson fondementde nécessité
etaccentue letrauma, le clivage engendré. C'est-à-dire lorsqu'on
n'arrive pasà introjecterles« composantes» de
l'expériencetraumatique (ibid15),., p.ses tracesdiffusesetintermittentes, devantles
composantesnouvellesetinconnuesqui larappellent. Le mythe,
comme conséquencetraumatique,subsistetantque dure letrauma. Il
disparaîtavec l'évanouissementdu trauma à lasuite d'une introjection
réussie. Letrauma dumythe est surtoutcelui del'histoire(politique).
Quand celle-ci qui est vécue commeun cauchemar,une oppression,
une désappropriation, engendre des visionscompensatricesoudes
récitsbienfaisants. Lavision essentiellement traumatique dumythe
occulte d'autresfonctionséventuellesdumythe (parexemple,sa
dimension de fondementcosmologique, dereconnaissance
communautaire, d'affirmation politique originaire).

Le mythe, entantque bonneréponse au trauma, permetà la
sphère clivée(individus, groupes sociaux, communautés, peuples,
nations) devivre etde dialoguermalgré la coupure, le déni,
l'occultation, etd'arriverplus tard àune prise de conscience libératrice. Si le
clivages'accentue, les rapports se figentetdeviennent toutà fait
opaques. L'évolution duprocessusestgênée — « Si l'expérience a été
verrouillée parlesecret, le clivage esthermétique eton parle alorsde
"crypte" »(ibid., p. 16). Lorsque le mytponche «tueun échecsévère
dansl'entreprise d'introjection qu'iltente d'accompagner, il détruit,
aveugle, opacifie lerapport[...] » (ibid., p. 53). Lescaractéristiquesde
l'introjectionsontessentiellement sesfacteurs"favorisants"
ou"inhibiteurs". Cela comprend l'«intensité du traumatisme »,le «caractère
extraordinaire ounon etla prévisibilité ounon de l'expérience »,
l'« appuisurl'introjection desexpériencesantérieuresé», l'«tatdes

32PARADOXES DES MENTEURS - II
relationsentre lesindividusqui partagentl'expérience »,la «honte
éventuellement ressentie lorsde l'expérla «ience »,verbalisation de
l'expérience avec ceuxqui l'ont vécula «e »,reconnaissance de la
pleineréalité de l'expérience parceuxqui ne l'ontpas vécue »,la
«reconnaissance de la pleineréalité de l'expérience parlesleadersde
la communauté »(ibid., pp.61/3). Lesphasesde l'introjection, quise
produisentdans unesuite positive,sontdites: a) «amorcée» —
formation du rite etdumythe (ibid., p. 81);b) «plénière» — apogée
du« dispositif mythico-ritu(el »ibid., p.84);etc)déclinante ou
l'« après-introjection »— mortdumythe (ibid., p. 85). Dans unesuite
négative, l'introjection est«ratcondamnée à laée »,répétition
traumatisante (ibid., pp. 93, 95/7). Larépétition mythique est signe de
l'impossibilité pourle mythe de dénouerce pourquoi il futélaboré.

Laréussite dumythesetraduitpar satransformation dumythe
en «légende »(ibid85), o., p.upar un effacementde l'élément
sensoriel, affectif etmoteur(c'est-à-dire durite) qui l'accompagnaitetle
scandait. Le mythe est, en dernier ressort,réduitàunesymbolisation
formelle, confiné à l'étatdeverbe, brefsans"contenu" ni "expérience"
aubout. Le «squeletteverbal » (ibid., p. 86) correspond à la mortdu
mythe. Quand le mensonge estchassé parlareconnaissance de la
vérité, le mythese change entexte. S'ilyaun « mythe-texte », lorsque
le mythe devient untexte dépourvudesa dimension "pratique" ou
"sensorielle", il disparaîtentantquetel. Le mensonge, aupointdevue
théorique, estaussi de promouvoirletexte à l'étatde mythe dèsque le
mythe a cessé d'être etqu'il nesurvitplusque commeune espèce de
"fantôme"sémiologique,restreintaudomaine desbibliothèques. Le
paradoxe du"texte" (dumythe) estdonc inhérentà la mortdumythe.
Il "naît" quand le mythe estmort, etest secondaire, presque "mort",
quand le mythe est vivant. Ilyaun mensongethéorique dumythe.

La mortdumythe estl'avènementdu"texte" aupremierplan,
bien queréduità l'étatdetrace "morte" — c'est-à-dire qu'on change de
type de mensonge. En devant texte etlangage, le "mythe" commence
déjà à "mourir", às'éloignerdu trauma. Le passage du trauma parle
langage est une distanciation bénéfique —un moyenrusé derevenirà
l'origine des troubles sansproduireune angoisse ou une anxiété
supplémentaire. Le Mythe estmensonge entantquetexte etlangage
(parlantde "choses" qui nesontpasdulangage) etil est vérité entant
que mythe guérisseur(ordonnateurdespulsions, desactes, des
conduites). On passe dumensongevivantdumythe aumensonge mort
du texte, celui-ci étantaussi indissociable de lavérité —reconnue
malgrétoutcomme "assassine" parle mythe. Letexte estdoncun

STRATÉGIES PLURIELLES DU MENSONGE33
fossoyeurde mythes, aprèsavoirété l'une desespossibilitéset réalités
entantquesymbolisation ou"parolevivante". Letexte estle lieuoùle
mensonge mythiquese ditentantqu'affaire affective-sensible, etla
vérités'affirme entantqu'instance "cadavérique". Le mythe, en
devenant texte, instance de langage,trahitle fondsensible, pulsionnel,
pragmatique, maisil ne peutque le faire pour se déclinercommetel.
Le mensonge estainsi d'employerdesmotspouressayerderésoudre
quelque chose qui échappe aulangage. Le Mythe nese change
définitivemententexte qu'envoyantdisparaître ce qui faisait sa force
— le "trauma" historique, politique, collectif. Lavictoire dumythe
coïncide avecsa défaite,son effondrement. Letexte n'est tel qu'après
l'abandon de ce qui lerendait vivant— quand ilrejointle "silence"
desarchivesetdesbibliothèques. Le mensonge mythique estdonc
qu'ilyait un langage pourle dire, l'assumer. L'avènementdulangage
signale l'avènementdumythe etdumensonge, etil figure leurmort.
Le langage aunefonction de menteur qui ditvrai— bien qu'il ne le
fasse qu'ens'abandonnantà l'étatdetrace, de document, derécit, d'une
originerévolue. Le langage estnécessaire aumensonge
indispensable ! Mêmes'il devientparlasuite le contraire. Dans son ensemble,
le langage, matrice desmythes, est souslesigne dumensonge, du
mensonge-vérité etde lavéritésansdéchets surleterritoire de
l'analyse.

Le paradoxe des émotions :
vérité et mensonge affectifs

Le "traumasocial" impliqueuneréponse idéologique àun
sentimentcommun de déracinement, dereplisur soi dansla douleuret
la perte. Il pose le "transpersonnel" au sein du"personnel".
Leparadoxe des émotionsenva faire autant. Il est un "héritage" comme le
"trauma". Le paradoxe nomme latraversée d'une
émotionsurplusieursgénérations rendantle partage entre le "mien" etle "tien"
difficile. L'émotionse dilue dansla matricetemporelle desgénérations
successives— ilyaunemimésis transgénérationnelle. Le paradoxe
estfondésurlareconnaissance de la mauvaise origine de l'émotion —
elleappartient à l'autreet vientcheznousparidentification et
intériorisation. Le mensonge, aupointdevue émotionnel, estde
prétendre attribueraupersonnelce quirevientàl'ordre familial ou
collectif. L'émotion estcommeuappan «rtementmeublé »donton
aurait« libre disposition »(Serge Tisseron,Vérités et mensonges de
nos émotions, éd. Albin Michel,2005, p.207). Danslesdeuxcasde
figure, lesujet setrompe entantque propriétaire oulocataire. "Nos"
émotionsnesontpasles nôtres. Lesujetémuest victime d'une

34 PARADOXESDES MENTEURS - II
arnaque, à laquelle il collabore deson plein gré. Le paradoxe
correspond àun envahissementduquel ilrésulte lareconnaissance de
quelque chose quirésiste à cette "occupation par l'autre". L'autre
libère le moi en lui imposant sa "loi" ou son "poids". Dumélange, il
advient une différenciation. «Lesémotionsd'un autre
nousenvahissentparfoisaupointde créer une confusionsurleurorigine. Pourtant,
c'estaussi dansle partage que nousidentifionscellesqui nous
appartiennenten propre. Tel estle paradoxe desémotions. L'échange
qui nouspousse parfoisà confondre cellesd'autrui avec lesnôtres
permetaussi de lesdistinguer» (ibid18., p.7). La nomination
estessentielle aupartage età l'union. L'intervention dulangage est
nécessaire pourque lareconnaissance puisse avoirlieuLe.
«sémotions trompeuses sontcellesqui nousenvisageonscomme nôtresalors
qu'ellesne nousappartiennentpas» (ibid., p. 135).
Erreurd'appropriation dansl'acte dudiscoursnommantce quise dérobe à lui etqu'il
avaitcrufairesien. Maisilya aussi lesémotions« que nous refusons
farouchementalorsqu'ellesnousappartiennent(bien »ibid.). Le
"propriétaire" estpartagé entre ce qui lui appartientetqu'il
nereconnaîtpas, etce qui ne lui appartientpasetqu'il fait sien. La méprise est
double, bien qu'elle n'aitpasla mêmevaleurdanslesdeuxcas.

Les cercles concentriques de l'émotion :
l'émotion transgénérationnelle,
le souffle du "revenant"

Lesémotionsfurentprescritesaucoursde l'enfance parles
parents, leséducateursetlescamaradesde jeux, etd'aprèsl'auteur,
« plusieursgénérations» peuventêtre «traverséesparla même
émot(ion »ibid., p.69),vécues«surplusieursgénérations». On évolue
chronologiquementethistoriquementdansle même cercle affectif.
L'émotion prescritesupposeufidéline «té inconscient(e »ibid.),une
formerépétitive,souventinà l'«sudesprotagonistes» (ibid., p.68).
Lesémotionséprouvées«serépètenten nous sansaucune indication
de leurorigine [...] » (ibid., p.209). Les«réactionsémotionnellesde
chacunsontconfirméeset renforcéesparcellesde l'autr(e »ibid.,
p. 87). Résonanceunilatérale, jeude
mimiquesintérioriséespar"empathie",réversibilité d'un lien — le moi c'estl'autre etl'autre c'estmoi
—, proximité fantasmatique dansle partage d'untraumatisme qui
transite ainsi de génération en génération.

L'émotion est un héritage,uinflne «uence
intergénérationnelle »(ibid., p.106) — héritagetraumatique, douloureux, fondésur
la honte etla culpabilité. L'émotion estfondéesur une identification