Pirates ! - La légende du drapeau noir
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Jadis barbare, hors-la-loi, source de terreur et de cruauté ; aujourd’hui, symbole de liberté, de résistance et d’aventure.


Comment expliquer une telle évolution ?



Embarquez sous le pavillon noir pour découvrir les distorsions de la légende de ces bandits qui, après avoir parcouru les sept mers, hantent désormais le cyber-espace...

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EAN13 9782361833473
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0045€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Pirates !
La légende du drapeau noir
Julie Proust Tanguy

© 2012-2016 les moutons électriques
Conception Mérédith Debaque


Long John Silver, Barbe Noire, Jack Sparrow… Jambes de bois, perroquets, rhum, trésors… Autant d’images qui tissent, dans nos esprits, la figure du pirate. Étonnante vitalité que celle de ce rufian qui, de l’Antiquité à nos jours, s’est toujours illustré dans nos imaginaires, quel qu’en soit le support d’expression !
Jadis barbare, hors-la-loi, source de terreur et de cruauté ; aujourd’hui, symbole de liberté, de résistance et d’aventure. Comment expliquer une telle évolution ?
Embarquez sous le pavillon noir pour découvrir les distorsions de la légende de ces bandits qui, après avoir parcouru les sept mers, hantent désormais le cyber-espace…


Introduction
« Arrgh ! »
Un cri de ralliement, porteur d’images tenaces : perroquets moqueurs et jambes de bois, bandeaux et cache-œil, canonnades et sabres dégouttant de sang, insultes propulsées par une bouche dévorée par le scorbut et noyée par des rasades de rhum, mers déchaînées et trésors enfouis, planches et chansons imbibées, tortures et têtes de morts…
Une silhouette familière émerge de ces clichés, drapée d’une inexorable cruauté : celle du pirate. Qu’il se nomme Long John Silver, Barbe Noire ou Jack Sparrow, il est la promesse d’aventures sanglantes, de coffres dégorgeant d’or et de terreurs exquises.
Que l’image se brouille et se transforme au travers des âges, jusqu’à devenir celle d’un geek prenant à l’abordage les trésors du web, ou celle d’un terroriste menaçant avions et yachts, le serment restera le même : celui de palpiter, fasciné et séduit, face à cette ombre de nos civilisations et de nos chimères.
Curieux destin que celui du pirate, criminel aux attaques-éclairs devenu malgré lui personnage à la vitalité persistante ! Alors qu’il n’a laissé derrière lui que peu de preuves physiques de son passage sur les mers, il s’est incrusté dans nos chimères et est devenu un archétype à part entière. De figure historique, il est devenu figure légendaire : qui ne saurait aujourd’hui décrire un bandit des sept mers ?
Envahisseur précoce de la littérature homérique, il a étendu son domaine d’action à toutes les formes artistiques : son cri rageur envahit tant les écrans de nos cinémas que ceux de nos consoles, encourage l’invention de nouvelles mélodies, et trouve un écho sur les planches de nos bandes dessinées. Loin d’être un simple phénomène de mode lié au succès de la franchise Pirates des Caraïbes , le pirate n’a jamais cessé de fasciner.
Mais qu’est-ce qu’un pirate : un aventurier des mers ? Un pilleur patenté ? Un ennemi du droit commun ? Un rebelle ? Un barbare ? Un escroc ? Un héros ?
Qui sont ceux qui se nomment entre eux les frères de la côte ?
Sera appelé pirate celui qui se positionne contre la civilisation, contre la loi (des mers, fussent-elles réelles ou virtuelles, des airs, voire des routes ou autoroutes de l’information), celui qui est banni par la société – d’où son surnom de forban, celui qui n’agit que pour son propre compte.
Notre prédateur des mers n’est donc pas à confondre avec le corsaire, qui agit au service d’un pays, ni avec le flibustier, corsaire des Antilles n’aimant rien tant qu’à titiller les Espagnols, ni avec le boucanier, sorte de contrebandier chassant les animaux sauvages. Ni même avec le viking, qui, malgré sa nature de pilleur, n’a rien du forban mais tout de l’aventurier, « découvreur de terres », « fondateur d’État » 1 : le normand n’est pas un individu en lutte contre la société mais constitue une société à part entière.
Le pirate est donc le ver dans le fruit, le parasite sur la branche, le refus d’une société soigneusement policée ; l’incarnation du Mal et de la révolte, le rapace et le contestataire.
Incarnation de la cruauté illicite de la contre-culture et du contre-pouvoir, on comprend mieux comment cette figure ambiguë a pu fasciner et générer autant d’incarnations à travers les médias. Mais comment réconcilie-t-on une telle ambivalence ? Comment transforme-t-on le barbare, le négatif des aspirations de la civilisation, en modèle radical et libertaire ? Comment l’imaginaire peut-il romancer un personnage aussi violent jusqu’à en faire un phénomène rock’n roll, aux cruautés jubilatoires et aux aventures haletantes ? Quels processus l’ont sublimé en archétype symbolisant la liberté ? Comment les ombres de l’Histoire sont-elles devenues les stars de l’Aventure ?
C’est cette longue récupération et distorsion à travers les siècles, les arts et les mentalités que nous nous attacherons à décrire : depuis les balbutiements antiques, où un mythe et un mot se créent et tâtonnent en quête de sens, en passant par l’explosion de la piraterie réelle et imaginaire du xvi e au xvii e siècle, jusqu’à la fixation romantique de l’archétype au xix e siècle et sa dilution-revivification aux xx e et xxi e siècles.
Suivant l’évolution de la figure du pirate, on verra combien les artistes ont transformé ce prédateur furtif en symbole éternel de l’aventure maritime et en marge sombre de nos sociétés et de nos imaginaires.


1 . Régis Boyer, « L’épopée normande », in Vues sur la piraterie : des origines à nos jours , Tallandier, 1992.



L’Île au crâne de Peter Pan, Eurodisney, photo personnelle


Partie 1
Naissances des pirates
Esquisse d’un archétype


Naissance d’un mot, naissance d’un mythe
« Les premiers Grecs étaient tous pirates », écrit Montesquieu dans L’Esprit des lois.
Cette affirmation a de quoi surprendre le lecteur moderne, qui imagine mal les Grecs, inventeurs de la démocratie, en brigands des mers ! Tous les peuples primitifs de la Méditerranée ont pourtant exercé la piraterie : dès le troisième millénaire av. J.-C., la vie maritime se développe, et, avec elle, la piraterie. Les premiers pirates attaquaient de petites républiques non fortifiées, les saccageaient et y trouvaient tout ce qui était nécessaire à leur vie. Il faut dire que nulle part ailleurs, si ce n’est en Chine et dans les Antilles, l’environnement naturel et humain n’a été aussi favorable à l’éclosion de ce mythe.
Il est peu étonnant que les premiers peuples aient alors souhaité associer cette réalité quotidienne à leurs légendes, entrelaçant les tâtonnements d’une technique nouvelle, la navigation, à ceux d’un corpus mythologique en cours d’élaboration. Si nous n’avons pas conservé de récits contant les exploits des premiers pirates égyptiens, minoens ou crétois, nous pouvons imaginer malgré tout ce à quoi ressemblaient leurs prouesses en lisant les premiers poèmes homériques qui retracent, notamment dans un corpus de légendes associées à Dionysos, des pirates qui, à l’image de Zeus enlevant Europe, n’hésitent pas à s’adonner au rapt et au vol.


Dionysos contre les pirates
Les premiers récits de pirates interviennent dans les légendes attachées à Dionysos. Au fil de ses innombrables voyages à travers la Grèce et l’Asie Mineure, le Dieu et son cortège sont amenés à combattre des bandits des mers.
Ainsi le dieu de l’ivresse sauve-t-il les Tanagréens 2 de Triton, fils de Poséidon et d’Amphitrite, à la morale de pilleur sans scrupule. Une première version de la légende conte comment les femmes de Tanagre descendent se purifier dans la mer après avoir célébré les mystères de Dionysos. Leur beauté excite les ardeurs de Triton qui fond sur elle. Celles-ci invoquent alors l’aide de Dionysos, qui les protège des intentions peu louables de la divinité marine. Dans une autre version de la légende, Triton convoite les troupeaux des Tanagréens : il dérobe les plus beaux bestiaux alors que les hommes les chargent sur des bateaux pour les revendre aux Cyclades voisines. Une fois de plus, le peuple de Tanagre invoque le dieu de la fête, qui décide de piéger le pirate : lors d’une nouvelle attaque, celui-ci trouve sur la plage un vase rempli du meilleur vin qu’il soit. Ivre, il s’endort sur le sable, où Dionysos le trouve et le décapite.
Ses exploits de justicier ne s’arrêtent pas là : un hymne homérique voué à Dionysos conte comment le fils de Sémélé fut enlevé par des pirates Tyrrhéniens, qui croyaient kidnapper un prince imbibé de doux vin et pouvoir en tirer une bonne rançon. Ligotant Dionysos, ils ont la surprise de voir que les liens ne le retiennent pas et tombent à ses pieds. Pire ! Les cordes, le mât, les voiles et les avirons se métamorphosent sous leurs yeux ahuris, devenant vignes, lierre, et grappes de raisin. Leur captif, sous la forme d’un lion, les terrorise et invoque des ours, des tigres et des panthères, qui les pourchassent sur le pont. Les malheureux ravisseurs n’ont plus qu’à se jeter à la mer où ils se transforment en dauphins. Seul le pilote, qui avait refusé de s’associer aux malversations de ses compagnons, survit, pour mieux devenir un prêtre du culte de Dionysos.
Cette dernière légende sanctionne le pirate comme celui qui pille et kidnappe. Elle connaîtra de nombreuses incarnations : Ovide en fera un tableau du troisième livre de ses Métamorphoses et Lysicrate demandera à ce qu’elle apparaisse dans une des frises du monument qu’il fit ériger à Athènes pour commémorer un premier prix qu’il avait remporté au théâtre de Dionysos. Ce dernier trône au centre de l’œuvre, entouré de ses satyres et d’un lion, veillant à ce que les pirates ayant osé s’en prendre à sa divine personne soient dûment châtiés, à grands coups de thyrses 3 , de torches ou de chaînes.
Des fouilles ont exhumé quelques vases à figures noires représentant le Dieu contemplant les pirates métamorphosés en dauphins, preuve que les premiers actes de piraterie ont, dès une époque reculée, imbibé l’imaginaire des premiers peuples.


2 . Peuple de Béotie.

3 . Bâton évoquant un sceptre, il est l’un des attributs de Dionysos.


Les héros d’Homère
Les pirates ne sont pourtant pas toujours les vilains des légendes tant, aux oreilles grecques, le mot pirate a un sens ambigu. Chez Homère, Hérodote ou Pindare, il est synonyme de navigateur, d’aventurier. En effet, le pirate est, étymologiquement, celui qui tente sa fortune à travers des aventures avant d’être celui qui s’empare de ce qu’il désire par tous les moyens, qui s’adonne au brigandage. Faute d’avoir pu se rattacher aux civilisations naissantes on se fait pirate, navigateur indépendant, aventurier sans peur et sans reproche.
Le marin étranger se verra alors volontiers demander : « Ô mes hôtes, qui êtes-vous ? D’où venez-vous en sillonnant les humides chemins ? Naviguez-vous pour quelque négoce, ou à l’aventure, tels que les pirates, qui errent en exposant leur vie et portent le malheur chez les étrangers ? ». La question, loin d’être une insulte, prouve que la piraterie est une profession avouée, exempte de toute honte.
Elle permet à l’aventurier, grâce à la mer et au détriment des autres, de créer sa fortune personnelle et de trouver gloire, richesse et puissance. Il n’est pas rare que les rois s’y adonnent pour renflouer les caisses de l’État. Ainsi Ménélas, époux cocufié par la belle Hélène, confesse-t-il dans l’ Iliade : « J’ai erré pendant sept ans et beaucoup souffert pour amasser ces trésors et les ramener chez moi dans nos bateaux. J’ai été à Chypre, en Phénicie, en Égypte. J’ai vu les temples de l’Éthiopie et de Sidon. J’ai été en Libye » 4 . Les souffrances évoquées sont-elles liées à des activités de négoce ou à des pillages ? L’ambiguïté demeure.
Ménélas n’est pas le seul des héros de L’Iliade à avoir ainsi fait fortune : Achille, avant de partir pour Troie, exerçait lui aussi la piraterie, en attendant de pouvoir trouver une guerre à la hauteur de ses talents. Il n’hésita pas à piller la ville de Scyros et à enlever la belle Iphis qu’il donna ensuite à son ami Patrocle. Quoique des versions postérieures narrent une version différente du séjour d’Achille à Scyros, en faisant un moment ingénu où le fils de Thétis, déguisé en jeune femme, enlève sur un éclat de rire et en douceur la damoiselle, Homère reste formel : la ville, comme la jeune femme, fut prise et dépouillée par le guerrier implacable.
Celui-ci n’hésitera d’ailleurs pas, lors de la guerre de Troie, accompagné du sage Nestor, à poursuivre ses actes de piraterie, errant « avec leurs vaisseaux sur la mer brumeuse pour y ramasser du butin » 5 . On est loin de l’image immaculée des rois grecs luttant avec honneur contre les Troyens.
Achille n’est pas le seul héros d’Homère à offrir de semblables contradictions : le rusé Ulysse, que l’on imagine plus volontiers en sage propriétaire terrien attaché à sa patrie qu’en aventurier avide de richesses, s’est lui aussi adonné à la piraterie. Son Odyssée est parsemée d’actes d’enrichissement personnel plus ou moins douteux !
Ainsi, dès son départ de Troie, malgré sa nostalgie grandissante, Ulysse et ses compagnons ne résistent pas au plaisir de renouer avec les occupations guerrières qui ont occupé les dix dernières années de leur vie. Leur première escale est l’occasion de mettre à sac une ville de Thrace : « ils la pillèrent, tuèrent les hommes, prirent les femmes, beaucoup de bétail et de marchandises, et partagèrent entre eux. 6 ».
Ce n’est que la première étape d’une longue série de raids : Ulysse et ses compagnons se ravitailleront violemment au fil de leur parcours, massacrant des Égyptiens (« j’envoie seulement des éclaireurs à la découverte. Mais, emportés par leur audace, confiants dans leurs forces, ils ravagent les champs magnifiques des Égyptiens, entraînent les femmes, les tendres enfants et massacrent les guerriers 7 »), allant même jusqu’à oublier les recommandations de Circé et tuer les bœufs du dieu Soleil.
Si certaines de ces attaques tournent mal – on pense à l’épisode des Lotophages où, loin de pouvoir s’enrichir au détriment de la population locale, Ulysse tombe sur plus dangereux que lui, ou à celui de l’île des Cyclopes, où nos prédateurs deviennent proies, Ulysse tire toutefois grande fierté de ses actes, qu’il conte comme autant d’exploits dignes de l’admiration des Phéaciens, qui l’ont recueilli et réclament, en guise de paiement pour leur hospitalité, le récit de ses aventures.


4 . Homère, L’Iliade (Folio, traduction de Paul Mazon)

5 . Homère, L’Iliade .

6 . Homère, L’Odyssée.

7 . Ibid .


Les Argonautes
L’expédition menée par Jason, rassemblant moult héros autour de la quête de la toison d’or, est, elle aussi, emplie de piraterie ambiguë. Que Jason et ses compagnons soient chantés par Pindare, Hérodote, Apollonius de Rhodes, Stace ou Valerius Flaccus, le constat est le même : ils se sont comportés en véritables pirates, courageux aventuriers autant que pilleurs avertis.
Le catalogue de ces cinquante héros correspond à l’image bigarrée que l’on peut se faire d’un équipage pirate : brassant diverses nationalités, différents profils d’aventuriers, les Argonautes semblent être avant tout une compilation de tous les hommes qui n’ont su se trouver une place dans les sociétés jaillissantes. Qu’ils soient poètes (Orphée), demi-dieux (Héraclès, Castor et Pollux), princes (se) ou rois (Jason, Thésée, Atalante) ou simples mortels (Hylas, Méléagre), ils sont avides d’aventures, de reconnaissance… et d’un trésor, la fabuleuse toison d’or, sorte de Graal antique, symbole autant de magie – certaines légendes prétendent qu’elle peut rendre invincible – que de richesse. Cette toison doit permettre à Jason de réclamer le trône qui lui est dû – tout comme le trésor permet au pirate d’acheter la place sociale qu’on lui a refusée.
Les diverses péripéties qui parsèment le parcours de ces aventuriers sont dignes des récits de pirates les plus familiers : on y pille, enlève, s’enrichit, tue, explore et banquète goulûment, en se drapant tant dans le qualificatif de héros que celui de pirate. Leurs mésaventures oscillent sans cesse entre l’exploit et l’action la plus répréhensible. Héroïques, les Argonautes le sont quand ils ramènent les génies de fécondité qui avaient déserté l’île de Lemnos, quand ils combattent des géants à six bras lors des noces du roi d’Arcton, les Harpies ou les oiseaux à plumes d’airain de l’île d’Arès, quand ils affrontent les terribles pirates de l’Hellespont ou survivent à des chasses épiques…
Mais le bilan est souvent assombri : qu’y-a-t-il de noble dans la façon dont ils pillent les mines de la Colchide ? Dans le meurtre du roi Cyzicos, qui leur avait pourtant offert l’hospitalité ? Dans les actes de Médée, encouragée par Jason à user de ses terribles pouvoirs pour les sauver, qui n’hésitera alors pas à découper son frère en morceaux pour permettre à son amant et à ses alliés de fuir la Colchide ?
Cette hésitation entre héroïsme et aventurisme malsain est perceptible à travers les différentes versions de la légende : alors qu’ils naviguent dans l’Hellespont, les Argonautes sont parfois considérés eux-mêmes comme de vils pirates et combattus comme tels. Ce n’est qu’au petit matin que les assaillants se rendent compte de leur méprise mais il est trop tard : les pertes se sont accumulées pour les Argonautes comme pour leurs attaquants.
S’ils ne naviguent pas sur les sept mers, les cinquante pirates connaissent un retour difficile chez eux, qui les fait traverser une géographie mouvementée. Chaque auteur ayant chanté leur épopée les fait repousser les limites du monde connu. Les voilà voguant au-delà des pays hyperboréens, sur le fleuve Océan et la mer Cronienne, flirtant avec la contrée des Ténèbres et les Îles Sacrées, traversant Charybde et Scylla, échappant aux sirènes… À travers eux naît l’image familière de l’écumeur des mers, du pirate arpentant un espace inconnu et potentiellement dangereux, et finissant par triompher des pires obstacles que Poséidon glissera sous ses rames.


Le premier ennemi de l’humanité antique : le pirate, vilain officiel
C’est avec la littérature latine que le pirate devient un véritable barbare, sans foi, ni loi… et sans ambiguïté. Sa fertile carrière de méchant populaire se poursuit des exercices de déclamation aux comédies ou aux romans, en passant par les discours, les lois, et les essais historiques. Il y deviendra une sorte d’épouvantail sur lequel les Romains se sont appuyés pour justifier le développement et la volonté de puissance de Rome, seule légitimée à dominer la Méditerranée.
Le cursus honorum 8 négatif du pirate trouvera son accomplissement en 44 av. J.-C., dans le De officiis ( Des devoirs ) de Cicéron. L’homme d’État et orateur classifie dans ce traité les devoirs et liens moraux organisant la société et en vient à évoquer ceux qui se trouvent hors des frontières de la collectivité. Sont alors nommés pirates ceux qui, contrairement aux ennemis classiques, ne sont unis par aucun cadre juridique, aucune société ; ceux qui, bien qu’ils commettent des méfaits, ne sont pas considérés comme des criminels puisqu’ils ne sont pas intégrés à la société romaine ; ceux qui, bien qu’agressifs, ne sont pas considérés comme une force ennemie combattant légalement, lors d’une bataille organisée et reconnue par la loi ; ceux qui, organisant une contre-culture presque malgré eux, remettant en cause par leur simple existence la doxa romaine et la « société immense du genre humain », sont alors considérés comme « adversaire commun à tous », comme « premier ennemi » de l’humanité antique.
Ce n’est pas la première fois que Cicéron met son éloquence au service du combat contre la piraterie. Vingt ans auparavant, dans le Pro Lege Manilia ( En faveur de la loi Manilia ), il célébrait la réussite de la campagne de Pompée contre la piraterie : « Quel homme s’est embarqué sans s’exposer à la mort ou à l’esclavage, quand il avait à craindre ou la tempête ou les pirates qui couvraient les mers ? Cette guerre si grave, si honteuse, si ancienne déjà, qui se divisait et s’étendait si loin, qui eût jamais pensé qu’elle pût être mise à fin par tous nos généraux en une seule année, ou par un seul général au bout de longues années ? Quelle province avez-vous protégée, dans ces derniers temps, contre les attaques des corsaires ? Sur quel revenu avez-vous pu compter ? Quel peuple allié avez-vous défendu ? À qui vos flottes ont-elles porté secours ? Combien pensez-vous qu’il y ait eu d’îles abandonnées ? Combien de villes alliées désertées par crainte des pirates, ou prises par eux ? »
À travers ces louanges à Pompée, Cicéron pointait du doigt des années de terreurs maritimes. Oublieux des actes de piraterie qui accompagnèrent les fondements de leur propre société (pillages du territoire de Nuceria, descentes sanguinaires en Campanie…), les Romains, piètres marins, s’étaient posés pendant des années en éternelles victimes, accusant les Carthaginois, les Mamertins et quiconque maîtrisait mieux l’espace naval qu’eux, d’outrageux actes de piraterie. Quoique sortis vainqueurs de la Première Guerre punique et de ses batailles navales, ils n’avaient pas cherché à construire une vraie puissance maritime, persuadés qu’il était suffisant de posséder les rivages pour que la mer leur appartienne : les actes de piraterie ne cessèrent donc de se multiplier, avec les remerciements des pirates 9 , trop heureux que les Romains n’aient pas saisi cette opportunité de dominer la Méditerranée.
Il fallut bien des pillages, l’enlèvement du jeune Jules César (libéré contre une énorme rançon ; il ne saura de cesse, par la suite, de poursuivre les forbans l’ayant capturé pour les faire pendre haut et court), la participation active des pirates à la fameuse Révolte des Esclaves menée par Spartacus et aux guerres menées par Mithridate, pour que les Romains décident de punir ceux qui remettaient ainsi en cause leur grandeur et n’hésitaient pas à les humilier quand ils les faisaient prisonniers : « pour comble d’insolence, lorsqu’un prisonnier s’écriait qu’il était Romain et disait son nom, les flibustiers feignaient l’étonnement et la crainte ; ils se frappaient la cuisse, se jetaient à ses genoux et le priaient de pardonner. Le prisonnier se laissait convaincre à cet air d’humilité et de supplication. On lui remettait alors des souliers et une toge, afin qu’il ne fût plus méconnu. Après s’être ainsi longtemps moqués de lui et avoir joui de son erreur, les pirates finissaient par jeter une échelle au milieu de la mer et lui ordonnaient de descendre et de retourner chez lui ; si le malheureux refusait, ils le précipitaient eux-mêmes et le noyaient . 10 »
Mais les exploits de Pompée et la reconquête par les Romains de ce qu’ils pouvaient à nouveau appeler « mare nostrum » furent avant tout célébrés par des historiens (Appien, Florus, Plutarque, Dion Cassius) : la barbarie des pirates ne devint un sujet romanesque qu’après la déclamation du De officiis . En rejetant le pirate hors des limites de l’éthique et du droit romain, en le définissant par un cadre juridique et moral solide, en suggérant de n’accorder à ce nouvel ennemi « ni foi, ni serment », Cicéron semble définir clairement, pour la première fois, l’archétype du pirate comme être littéralement sans foi ni loi.
Persécuté par la loi, le pirate sera désormais pourchassé dans l’imaginaire romain.


8 . Littéralement « course aux honneurs » : c’est ainsi que les Romains nommaient leur carrière politique.

9 . Remerciements littéraux : des pirates n’hésitèrent pas à s’introduire chez Scipion, le général qui mena les Romains à la victoire, pour le féliciter de n’avoir pas fait brûler la flotte des Carthaginois et de ne plus faire usage de ses bateaux !

10 . Plutarque, Vie de Pompée (traduction de Philippe Remacle, sur son site : remacle.org).


Du ressort théâtral…
Si les mentalités romaines ont ainsi pu engloutir aussi facilement cette nouvelle identité juridique du forban, c’est que le théâtre travaillait depuis quelques années à construire un portrait pernicieux du pirate.
Prenant appui sur une actualité ensanglantée et désireux de développer les clichés hérités de la Grèce, les dramaturges Plaute et Térence parsemaient leurs pièces de pirates : on les retrouvait régulièrement dans leurs comédies, sous les traits de marchands d’esclaves, de voleurs et/ou de kidnappeurs. De pièce en pièce, un véritable tableau des mœurs et coutumes des pirates se dessinait – en une description qui devait être d’autant plus juste que Térence était un ancien esclave et que Plaute avait été enlevé par des pirates ! Ces auteurs de comédie populaire démystifiaient ainsi le comportement sans aveu des héros de L’Odyssée, qu’Homère avait reconnus jadis dans leur droit de pillage et d’exactions.
Chez eux, le pirate est cruel avant tout. Si nous n’avons malheureusement pas hérité de l’intégralité de la comédie de Plaute, Prædones vel cœcus ( Les Pirates ou l’Aveugle ), il en reste quelques vers, dont l’un résume parfaitement ce qu’était la piraterie à l’époque romaine : « Voilà comme sont les pirates, ils n’épargnent personne ! ». On peut reconstituer, à partir de ces bribes, une scène représentative de l’époque : des pirates africains – probablement Carthaginois, Plaute n’aimant rien tant qu’exciter la haine des Romains contre leurs ennemis – envahissent une riche demeure, au cours d’une fête. Suite à leur victoire, ils triomphent avec insolence, se vantent de leur violence et menacent ainsi ceux qui ne leur livreraient pas leur richesse : « si tu ne nous dis rapidement où est caché l’or, nous te scierons les membres un par un »…
Quand ils ne s’adonnent pas à la torture sur ceux qu’ils prennent d’assaut, les pirates théâtraux se consacrent à l’esclavage. Le leno (marchand d’esclaves) est un personnage récurrent de la comédie romaine : rusé, malfaisant, fourbe, misérable, sans honneur, il forme le nœud de maintes intrigues et sert de ressort comique en acceptant de bonne grâce les insultes les plus fleuries qui soient. Ainsi, dans Persa ( Le Persan ) de Plaute, le leno Dordalus se voit-il ainsi apostrophé : « Ah ! te voici …. être impur, infâme, sans foi ni loi, fléau du peuple, vautour de l’argent d’autrui, insatiable, méchant, insolent, voleur, ravisseur effronté ! Trois cents vers ne suffiraient pas pour exprimer tes infamies ! » Quand on ne l’insulte pas, c’est lui-même qui se vante de son inhumanité : dans les Adelphes de Térence, Sannion se décrit comme « la ruine des jeunes gens, un voleur, un fléau public » – des termes qui ont dû inspirer Cicéron ! –, avant de s’en retourner paisiblement sur l’île de Chypre pour malmener les courtisanes dont il fait commerce, outrageant ainsi le culte de Vénus qui a cours sur l’île.
Si Térence met surtout en scène des marchands d’esclaves, Plaute, au fil des œuvres, tisse un véritable cliché théâtral qui formera le lit de nombre comédies et tragédies : celui de l’enfant enlevé (e) par les pirates ou vendu (e) à ces vils marchands d’esclaves, et qui, après des années d’absence, réapparaît dans la famille (noble) à laquelle elle ou il a été arraché (e), soit parce qu’on la/le retrouve, soit parce qu’elle/il vient réclamer ses droits.
Ainsi, dans le Pœnulus (Le petit Carthaginois), un Carthaginois se lamente à propos de l’enlèvement de ses deux filles en bas âge et de leur nourrice, accusant le ravisseur, un pirate de Sicile, de n’être pas tout à fait humain, et le décrivant comme « le coquin le plus achevé que la terre ait porté ». Désespéré, il cherche ses filles, espérant les retrouver « intactes ». Il finira par les retrouver et traîner le vil ravisseur – également rendu coupable de vol – devant la justice.
L’enlèvement est souvent prétexte à compliquer l’intrigue : dans Les Ménechmes, Plaute met en scène un jumeau en quête de son frère, enlevé par les pirates, ce qui donne lieu, en raison de son nom et de son apparence, à de nombreux quiproquos. Dans Rudens ( Le Câble ), c’est une succession d’enlèvements qui lance la pièce : une jeune fille enlevée par un pirate proxénète tente de s’échapper pour rejoindre son amoureux, qui a essayé de la racheter, et est à nouveau enlevée par le pirate..
Le pirate, moteur et personnage, s’avère donc un ingrédient négatif essentiel à la comédie romaine.
… au roman
Il n’est pas étonnant, alors, qu’il ait envahi le roman, dès l’éclosion du genre, en réexploitant les codes mis en place par le théâtre romain.
Après s’être moqué, dans l’ouverture du Satiricon , de ceux qui s’attendraient à y retrouver une histoire rebattue de pirates préparant des chaînes pour leurs futurs captifs, Pétrone ne résiste pas au plaisir d’introduire, dans son intrigue à rebondissements, un passage sur un bateau de pirates qu’il compare au repaire du terrible Polyphème, le cyclope de L’Odyssée . Bien moins rusés qu’Ulysse, craintifs et incertains de leur sort, ses personnages se retrouvent soumis au bon vouloir du capitaine du bateau, un trafiquant d’esclaves curieusement amateur d’Épicure. Ils ne seront sauvés des griffes rapaces du pirate et des assauts amoureux de sa femme, que par une tempête qui les relâchera sur un rivage inconnu, vers de nouvelles aventures. Le pirate n’échappe ici aux clichés mis en place par le théâtre que par le ridicule et l’absurdité de sa conduite et de sa compagne.
Dans L’Âne d’or ou les Métamorphoses d’Apulée, le héros, un aristocrate prénommé Lucius connaît différentes aventures, après que sa maîtresse, Photis, l’ait transformé en âne par accident. Qui dit aventures, dit rapt, viol, naufrages, pillage, ruine, esclavage… et donc piraterie. Dans un premier temps, nos brigands y sont égaux à eux-mêmes : violents, cruels, brutaux, ils pillent, battent le héros sous sa forme d’âne, torturent ceux qui leur résistent, et entassent des butins extraordinaires.
Cependant, Apulée introduit une légère nuance dans son propos, en donnant la parole aux pirates eux-mêmes. Ainsi, s’adressant à une jeune princesse qu’ils ont enlevée : « Votre vie et votre honneur, disaient-ils, sont ici en toute sûreté. Un peu de patience ; laissez-nous seulement tirer notre épingle du jeu. C’est la misère qui nous a réduits au métier que nous faisons. Vos parents roulent sur l’or, et, bien que durs à la desserre, ils n’iront pas se faire tirer l’oreille pour mettre à leur sang une rançon convenable. » Pour la première fois depuis que les Romains noircissent leurs actes, les pirates justifient leurs exactions et gagnent, le temps de quelques paroles, un peu de dignité… avant de mieux réfléchir à la façon dont ils vont tuer Lucius l’âne et la captive, qui ont tenté de s’évader : « Nos principes, notre mansuétude à tous, ma modération personnelle, répugnent à la cruauté, à l’exagération des supplices . […] Que demain donc sans plus tarder on lui coupe le cou, qu’on lui ouvre le ventre, et qu’après en avoir retiré les entrailles, on y enferme cette créature qu’il nous a préférée ; qu’on l’y couse comme dans un sac, de manière à l’emprisonner tout entière, et ne laisser passer que la tête. Puis exposez-moi cet âne, farci de la sorte et bien recousu, sur quelque pointe de rocher, aux rayons d’un soleil ardent. » Curieuse miséricorde !


Déclamer –
une nouvelle affirmation de la haine romaine du pirate
En parallèle de ces circuits littéraires, le pirate connaissait une nouvelle popularité dans les écoles de déclamation. L’enseignement de la rhétorique se développant à Rome, il fallait soumettre à l’éloquence des élèves, désireux d’apprendre l’art du beau parler pour mieux accéder à des fonctions publiques, des discussions philosophiques, des éloges ou des harangues judiciaires.
L’un des sujets de controverse souvent soumis à leur sagacité était la piraterie. La plupart des déclamations étaient brodées selon un canevas rappelant les clichés littéraires à la mode : des jeunes gens enlevés par des pirates écrivent à leurs pères de les racheter, un pirate plaide pour sa défense…
La plus célèbre de toutes ces déclamations, Archipiratæ filia ( La Fille du chef de pirates) est ainsi décrite par Jules-Marie Sestier, dans son essai sur La piraterie dans l’Antiquité : « un jeune Romain enlevé par les pirates écrit à son père de le racheter, mais le père reste inflexible. La fille du chef des pirates s’éprend d’amour pour le captif et lui fait promettre de l’épouser si elle parvient à le délivrer. Les deux amants s’échappent, et le jeune homme, fidèle à son serment, épouse sa libératrice. Aucun enfant n’étant né de cette union, le père du jeune Romain veut contraindre son fils à répudier sa femme ou à la vendre. Sur le refus de celui-ci, le père le désavoue et le déshérite. Était-il fondé à le faire en droit ? » Le sujet est particulièrement intéressant : tout en explorant une situation digne d’une pièce de théâtre, il va à la rencontre des réflexions juridiques de Cicéron, et amène les jeunes orateurs à faire le grand écart entre leur imagination (nourrie des clichés littéraires en vogue) et leur connaissance du droit romain.
Qu’ils prennent parti pour les amants ou les condamnent, qu’ils accusent la jeune fille de céder à la volupté ou l’innocentent de toutes mœurs pirates, qu’ils tentent d’ébranler la fidélité de l’époux ou l’inflexibilité du père, qu’ils cèdent au romanesque amour ou blâment fermement cette trahison de la nation romaine, ils ne font qu’osciller entre les deux portraits de pirates que leur tendent leurs contemporains : celui de l’ennemi du droit commun et celui d’un personnage qui porte en lui les germes du roman d’aventures et ses promesses de trésors, de flots intrépides, d’amour et de mort.


Une parenthèse moyenâgeuse
En dépit des exactions de Cicéron, la piraterie restera longtemps florissante en mer Méditerranée, plus particulièrement après que les Invasions barbares aient jeté le chaos dans la belle structure de l’Empire romain. Le mot pirate se spécialise alors et ne désigne plus que le bandit pillant les navires de commerce – et non plus seulement « celui qui tente sa chance sur la mer ».
Est-ce parce que ce que le mot a perdu de son impact et de sa complexité que le pirate déserte quelque peu nos imaginaires ? Ou doit-on attribuer cette baisse de popularité au fait que les civilisations du Moyen-Âge développent un imaginaire plus terrien ?
Le pirate se voit en effet détrôné par le bandit de grand chemin, plus proche des préoccupations populaires, ou par des sujets plus nobles : de grandes épopées chantant les vertus de la chevalerie et le glissement de la légende à l’Histoire ( La chanson de Roland, Le Couronnement de Louis , les chansons de geste de Chrétien de Troyes), l’amour courtois et ses versants passionnels ( Tristan & Iseut ), l’hagiographie et le développement du merveilleux chrétien ( Le Jeu d’Adam, Vie de saint Alexis), des vies ou mythes antiques romancés ( L’Alexandréïde, Le Roman de Thèbes), la scolastique universitaire (la Somme théologique de Thomas d’Aquin)…
Lui qui avait été un champion de la comédie antique se voit remplacer par d’autres sujets comiques : les animaux du Roman de Renart, les prêtres, paysans, bourgeois ridicules des fabliaux ou de la Farce de Maître Pathelin …
Alors que les vikings, quoique plus pilleurs que pirates, auraient pu raviver le mythe et le développer, notre ruffian semble peiner à trouver sa place dans les riches expérimentations littéraires de son époque.
Pendant les guerres de religion, sa définition se trouble à nouveau : le mot « pirate » désigne alors ce qui relèverait, à nos yeux modernes, plus du corsaire. Sont pirates ceux qui, instruments des puissances chrétiennes et musulmanes, contribuent à structurer ou détruire des communautés méditerranéennes. Ces nouveaux genres de forbans font alors quelques timides apparitions dans certaines gestes chrétiennes italiennes décrivant les exploits des marins contre ces barbares dévastant des cités au cours de raids sanguinaires, brûlant, pillant, violant, enlevant – on retrouve là les schémas établis par nos auteurs antiques. Ainsi, le personnage d’Enrico Pescatore, pirate engagé par Gênes, attaque-t-il la Crète, territoire vénitien, et les navires de Pise. Considéré comme pirate par ces deux nations, qui décrivent en sanglotant ses exactions, il est vu par ailleurs comme un héros des mers, un fin et courageux stratège éclaboussant de sa gloire son souverain : « il est hardi dans son cœur et fidèle à la cour de Gênes ; il fait trembler ses ennemis sur la terre, comme sur la mer », chante le troubadour Peire Vidal, célébrant ainsi sa valeur et la terreur qu’il inspire à ses ennemis.
Il faudra attendre le xiii e siècle pour que...