Tradition(s) - Innovation(s)
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Description

Generic legacies in literature, exploring various subgenres from the fairy-tale to the romantic epic, gender-oriented representations of past or contemporary female figures, or the Victorian cultural heritage in education or art, such are the various contexts within which the apparently contrasted fields of tradition and innovation are examined in the texts presented in this volume exploring their complementarity beyond their apparent divisions.

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Informations

Publié par
Date de parution 15 mai 2017
Nombre de lectures 4
EAN13 9782336789866
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0105€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

























© L’Harmattan, 2017
5-7, rue de l’École-Polytechnique, 75005 Paris
http://www.editions-harmattan.fr
EAN Epub: 978-2-336-78986-6
Cahiers d’AGORA


Françoise Baillet
Odile Boucher-Rivalain
Stéphane Guy
François Ropert




TRADITION(s) – INNOVATION(s)
een Angleterre au XIX siècle









INTRODUCTION
Tradition(s) et Innovation(s): Héritages génériques en littérature
Les trois textes réunis sous cette rubrique ouvrent trois perspectives sur la notion d’héritage
générique en littérature, et ce en lien avec trois genres différents: le roman historique, l’épopée
romanesque et le conte.
Le texte de Stephen Basdeo (Ivanhoe’s Afterlives: Walter Scott’s Legacy upon
NineteenthCentury Robin Hood Scholarship and Fiction in England and France) étudie la question de la
postérité littéraire et historiographique d’Ivanhoe, ce premier roman historique que Walter Scott
consacre au Moyen-Âge, et qui sera ensuite intégré à la série des Waverley Novels. Si la postérité à
long terme du roman de Scott a fait l’objet d’études antérieures, la contribution majeure du texte de
Stephen Basdeo est d’examiner précisément la postérité d’Ivanhoe à plus court terme et dans le cadre
d’une approche comparative, à l’échelle des dix-neuvièmes siècles anglais et français. Il peut être
tout d’abord surprenant aujourd’hui que le personnage éponyme soit Ivanhoé, et non pas Robin des
Bois. Mais il est aussi possible de voir ici l’expression d’une tradition séculaire qui a très longtemps
présenté Robin des Bois comme un personnage chétif et obscur, et donc incapable de porter en son
nom toute une histoire. En revanche, et malgré le titre de son roman, Scott réserve à Robin des Bois
un tout autre destin que celui d’un personnage obscur. Car l’innovation dans Ivanhoe se trouve bien
ici, sous les traits d’un Robin des Bois faisant désormais figure de héros légendaire. Et cet héroïsme
inédit a grandement contribué à la postérité d’Ivanhoe. Ceci se vérifie dans de nombreuses œuvres de
fiction s’inspirant du Robin des Bois de Scott, notamment sous la plume d’Alexandre Dumas.
L’historiographie du Moyen-Âge à l’époque victorienne est aussi porteuse de cet héritage scottien,
dont les travaux de John Gutch et Henry Walter sont notamment le reflet. De même en ce qui
concerne les travaux d’historiens français de l’époque: le Robin des Bois de l’Histoire de la
Conquête d’Angleterre par les Normands d’Augustin Thierry prend ainsi le personnage de Scott
pour modèle. Il apparaît, dans tous les cas, que la figure de Robin de Bois est devenue le creuset
d’une identité saxonne, celle-ci se forgeant notamment par opposition à une identité normande.
Grâce à son étude d’Ivanhoe, Stephen Basdeo rend donc compte de modalités d’écriture qui ont
généré le roman historique, un genre dont Walter Scott est souvent considéré comme le fondateur. Il
est démontré ici que l’historiographie peut aussi se nourrir du roman historique, et non seulement
l’inverse, au point de remodeler la tradition au travers du destin historique d’un personnage, qui
d’obscur devient le reflet éclatant d’une identité nationale.
Dans son texte intitulé Epic Innovations in Elizabeth Barrett Browning’s Aurora Leigh, Amy
Kahrmann Huseby se penche sur la question du genre épique à l’époque victorienne, notamment
quand celui-ci se prête au décentrement de l’autorité patriarcale qui le fonde et au bouleversement
consécutif des codes génériques qui le régissent, ici sous la plume agile d’Elizabeth Barrett
Browning, dont l’Aurora Leigh scelle l’alliance générique de l’épopée et du roman. Amy Kahrmann
Huseby étudie ce qui, dans cette épopée ainsi romanesque, relève d’une innovante loi du nombre et
du (/des) genre(s) (genre and gender), quand cette loi s’applique tout autant à la métrique d’un
poème qu’aux enjeux politiques et idéologiques d’un genre poétique mis dans tous ses états. Aussi
cette étude délimite-t-elle les contours d’un corps poétique, dont les proportions pourraient être
aussi celles d’un corps politique et social. L’étude fournit, d’autre part, une mesure pour évaluer les
tensions qui à la fois unissent et désunissent « tout » et « partie » dans les champs du poétique et du
politique à l’époque victorienne. La réflexion qui est ici menée permet donc d’approcher plusieurs
manifestations de l’irrégularité en métrique et de l’altérité dans divers domaines, en autant de points
névralgiques où les notions de tradition et d’innovation s’opposent et s’attirent. Ce qui semble
cependant prévaloir, au-delà même des tensions, est un mouvement d’émancipation, au souffle
héroïque de l’épopée – un genre non borné par le révolu – mais aussi à l’épreuve d’une domesticité
propre au roman – un genre s’inscrivant dans le révolu. De ce point de vue, Amy Kahrmann Huseby
nous permet de percevoir en quoi tradition(s) et innovation(s) concourent à des évolutions menées
au (x) rythme(s) d’un corps poétique et politique en marche vers un certain progrès social.
Dans son texte intitulé The Genie of the Golden River: Ruskin’s Fairy Tale and the Thousand
and One Nights, Haythem Bastawy porte un regard neuf sur Le Roi de la Rivière d’or (The King ofthe Golden River), un conte que le jeune Ruskin composa en 1841, en réponse à un défi que lui
lançait la toute jeune Euphemia Gray. Il était jusqu’ici de tradition, parmi les spécialistes de Ruskin,
de voir dans cette œuvre de jeunesse une réécriture de L’Eau de vie des Frères Grimm. Il n’était pas
observé d’innovations particulières dans le texte de Ruskin, ni même aucun emprunt significatif à
d’autres histoires, ce qui aurait pu apporter, en ces deux cas, à l’histoire ou au récit des Grimm.
Ulrich C. Knoepflmacher et Jane Merrill Filstrup contribuèrent cependant à renouveler le discours
critique concernant Le Roi de la Rivière d’or. Ils apportèrent notamment des éclairages
psychologiques et biographiques inédits. La contribution de Haythem Bastawy vient à son tour
compléter ces éclairages, au plan de la genèse du conte et de certains préjugés critiques et
idéologiques qui l’entourent. Elle met précisément au jour de nombreux emprunts que Ruskin fait
aux Mille et Une Nuits. Il apparaît notamment que Le Roi de la Rivière d’or doit beaucoup aux
variantes les plus commerciales et populaires de ces contes orientaux, notamment telles qu’elles
étaient diffusées depuis Grub Street. Haythem Bastawy s’interroge sur les raisons pour lesquelles
l’ancrage du conte de Ruskin dans une tradition germanique ait été si longtemps mis en avant par la
critique, alors même que des emprunts tangibles à la tradition moyen-orientale des Mille et Une
Nuits n’aient pas été davantage portés à l’attention des lecteurs. Grâce à son étude du Roi de la
Rivière d’or, Haythem Bastawy nous permet donc de cerner certaines des tensions liées à l’héritage,
non avoué ou insu, d’un patrimoine littéraire qui s’avère avoir été nié ou insuffisamment reconnu
par l’auteur et par le discours critique.
Tradition(s) et Innovation(s): question de genre
La question de la place et du rôle des femmes dans la société avait marqué les débats politiques,
sociaux, culturels de l’Angleterre victorienne qui avait hérité de la question posée en 1792 par Mary
Wollstonecraft dans son traité A Vindication of the Rights of Women . Dans le second volet de notre
étude sur la survivance des traditions et l’émergence d’innovations à cette époque, Rosemary
Mitchell aborde la question de la représentation de la femme à l’époque édouardienne (1901-1910) à
travers la figure historique de Lady Jane Grey et sa présentation par deux de ses biographes de cette
époque, Ida Ashworth Taylor et Richard Davey. Lady Jane Grey (1537-1554) se trouva mariée contre
son gré à Guilford Dudley dans le but de son accession au trône d’Angleterre à la mort du roi
Edouard VI (1537- 1553). Il convenait en effet que la dynastie protestante des Tudor reste sur le
trône sans céder sa place aux Stuart catholiques. Par manipulation Jane Grey, mariée à Guilford
Dudley, monta sur le trône en 1553 pour n’y rester que neuf jours avant de mourir sous l’échafaud.
En quoi les biographies de Taylor et de Davey restèrent-elles fidèles à l’image de Jane Grey présentée
au cours des siècles précédents ou apportèrent-elles une nouvelle image de la jeune reine au destin
tragique? Telle est la question à laquelle répond Rosemary Mitchell. Interrogeant la biographie d’Ida
Taylor, Lady Jane Grey and Her Times (1909) elle y trouve une représentation ambivalente. D’une
part elle reste fidèle à la représentation des époques passées de Jane Grey comme victime de
manipulations familiales, politiques et religieuses, mais elle va au-delà montrant comment la future
reine fut une enfant et adolescente soumise à des pressions qui la privèrent de sa jeunesse. C’est le
domaine de la psychologie de l’enfant et de l’adolescent qui est exploré pour la première fois par une
historienne qui avait bénéficié des découvertes de Freud. Quant à la représentation de Richard Davey
dans The Nine Days’ Queen: Lady Jane Grey and Her Times (1909) il se démarque encore
davantage de la représentation traditionnelle de Jane Grey comme héroïne et martyre protestante.
Alors que la décennie édouardienne était marquée par l’activisme des suffragettes qui revendiquaient
le droit de vote pour les femmes, Davey voyait Jane Grey comme la victime de manipulations
politiques et lançait par là un avertissement quant à la participation possible des femmes à la vie
politique: elles pourraient bien, à leur tour, devenir victimes de manipulations au sein de du monde
politique. Davey est en accord avec la représentation traditionnelle de la jeune reine romantique et
d’une extrême sensibilité, se soumettant au rôle traditionnel d’épouse. Il craint pour les femmes du
e20 siècle les retombées de leurs revendications et préférerait les voir rester fidèles à l’image de
l’Ange au Foyer, si chère aux Victoriens. Ainsi, à travers le personnage de la jeune reine qui eut le
règne le plus bref des souverains et souveraines sur le trône d’Angleterre, Taylor et Davey ont montré
les choix cruciaux auxquels la société britannique était confrontée: accorder aux femmes le droit de
vote ou les maintenir à l’écart de toute responsabilité politique.
Un autre domaine où s’est posée la question de la tradition face à l’innovation est celui de la