Un métis nommé Senghor

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Français
147 pages
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Qui est véritablement Senghor ? Plus qu'une réponse à la question posée (Senghor est en fait un métis culturel), cet essai se risque à examiner la formation culturelle de Senghor pour mieux comprendre ses engagements futurs.

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Date de parution 01 avril 2010
Nombre de lectures 247
EAN13 9782296253889
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

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Pour mes parents.
AVANT-PROPOS
Pourquoi étudier Senghor aujourd’hui ?
A cette question, Lylian Kesteloot a déjà répondu : « Parce qu’il voulaitle développement pour la culture, et que son projet concernait tout le continent noir. […] parce que sa poésie est un vin fort que l’on partage avec 1 tous les peuples de la planète Terre » ; « Parce que sa poésie est belle. Parce que cette harmonie, comme une grande rivière fraîche, irrigue toute son œuvre ; et, soit que Senghor vous apostrophe, soit qu’il vous murmure tout bas, toujours il dialogue avec vous, avec quelqu’un ou quelque chose. C’est de la poésie communicante d’être à être. Et dans notre monde fou, plein de bruit et de fureur, 2 c’est une vraie poésie du bonheur […] . » Raisons amplement suffisantes mais loin d’être les seules. Il faut étudier Senghor parce qu’il étaitun penseur d’une grande envergurecomme l’a déjà remarqué le philosophe Mudimbe : « A suivre Senghor, même lorsqu’on refuse certaines de ses démonstrations, l’on admet que cet homme a l’art de réfléchir en avant et de réunir tendances et systèmes. Et pour l’honneur de la Négritude, l’on se remémore Kant qui disait : penser c’est
1 Lylian Kesteloot,Césaire et Senghor. Un pont sur l’Atlantique, Paris, L’Harmattan, 2006, p. 146-147. 2 Ibid., p. 154.
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1 réunir » ; raison pour laquelle probablement « [son] influence […] sur la pensée africaine contemporaine est 2 considérable . » En effet, Senghor a eu le mérite de penser par lui-même - en quoi il est un véritable penseur -contrairement à plusieurs penseurs africains de son époque ; de chercher, presque toujours, à discuter les idées des autres, de ne jamais croire que telles ou telles idées soient immuables ou intouchables. N’a-t-il pas élaboré des théories critiques et esthétiquesnègrespour rendre l’Afrique indépendante, du moins artistiquement ? N’a-t-il pas proposé une « relecture africaine de Marx et Engels » quand d’autres intellectuels africains soutenaient obstinément que les théories mises au point en Occident pour l’Occident au XIXè siècle pouvaient être appliquées telles quelles en Afrique noire au xxè siècle ? N’a-t-il pas tracé une « voie africaine du socialisme » : « Non, une idéologie [la marxisme] qui était pensée pour d’autres et par d’autres, qui, de surcroît, niait les valeurs de notre civilisation, de notrepersonnalité collective, cette idéologie, nous ne pouvions l’adopter sans l’adapter. A moins de nous renier nous-mêmes et d’accepter, 3 passivement, notredé-réalisation: lenon-être. » ? Senghor reste donc, quoi qu’on pense - et dise - de lui et de ses idées, un penseur crédible, solide et digne d’intérêt. Boubacar Boris Diop, l’un de ses adversaires ne dit pas autre chose : « Toute une génération - la mienne - l’a combattu et parfois même nous avons prétendu le haïr, mais nous savions qu’au-delà de choix politiques
1 Valentin-Yves Mudimbe, « Panorama de la pensée africaine contemporaine de langue française »,Recherche, Pédagogie et Culture, 56, janvier-mars 1982, p. 18. 2 Ibid., p. 17. 3 Senghor, « Négritude et marxisme »,Pierre Teilhard de Chardin et la politique africaine, Paris, Seuil, 1961, p. 26. C’est Senghor qui souligne.
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