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Fables nouvelles - Suivies de deux épîtres

De
316 pages

JUPITER ET LE SAPAJOU.

Un de mes honnêtes critiques,

Tout en louant mes vers, ce qui ne déplaît pas,
Me reprochait pourtant, comme un très-vilain cas,

Mes quelques fables politiques.
Le reproche arrive un peu tard.

Ésope dans Samos, Menenius dans Rome,
Et Phèdre et le malin qu’on appelle bonhomme,

Peuvent en réclamer leur part.

La fable politique est la première en date.

La Vérité jadis dut emprunter sa voix,

Pour régenter les peuples et les rois,

Tous les pouvoirs enfin qu’on redoute et qu’on flatte.

Fruit d’une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.


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Jean-Pons-Guillaume Viennet
Fables nouvelles
Suivies de deux épîtres
PRÉFACE
Si j’offre encore des fables au public, c’est entiè rement sa faute, puisqu’il m’y encourage tous les jours par ses applaudissements. La plupart de celles que renferme ce nouveau recueil ont déjà passé devant ses yeux, et recueilli les témoignages de sa bienveillance. J’aurais été ingrat si je n’avais co ntinué à traduire en apologues toutes les formes, tous les déguisements que prennent aujo urd’hui les passions humaines pour tourmenter notre pauvre siècle et notre malheu reux pays. La fable, n’étant d’ailleurs qu’une satire indirecte, est la manière la moins blessante que les moralistes aient encore trouvée pour corriger leurs contempora ins. Mais il est douteux que les Ésope y réussissent mieux que les Juvénal, les Boss uet et les Molière. Je crains que le monde ne soit incorrigible. Il y a bien par-ci, par-là des conversions particulières, mais il y a aussi des perversions, et la masse prés ente à peu près la même physionomie. Il y a longtemps que cela dure. Le gen re humain est sujet cependant à traverser par intervalles des époques plus difficil es, plus turbulentes que les autres. L’atmosphère a ses jours de calme et ses jours de t empête ; et le monde est soumis aux mêmes lois. Il y a seulement cette différence q ue, ne sachant pas encore bien positivement d’où viennent les vents qui troublent les airs, nous sommes excusables de ne savoir comment nous en garantir ; tandis que il nous est facile de remonter à l’origine des opinions qui font les tourmentes poli tiques, et que nous ne sommes pas plus habiles à les conjurer. Quand on a eu le malheur de naître dans une de ces tourmentes, il est triste de découvrir que ces fléaux s’usent d’eux - mêmes plut ôt qu’on ne les arrête. Ils font leur temps ; et après avoir été ballotté, bousculé, ruin é, décimé, ensanglanté, le genre humain se remet à bâtir sur le terrain qu’a bouleve rsé l’orage, et s’accommode comme il peut de ce qui lui est resté. C’est ce qu’on a v u après la folie des croisades, et la folie plus récente des guerres de religion. Il s’es t rencontré sans doute des Richelieu qui ont arrêté l’anarchie dans sa course. Mais l’an archie féodale était déjà bien affaiblie. La puissance rivale qu’avait créée Louis -le-Gros avait fait bien du chemin ; la er cour, cette autre création de François I , avait assoupli bien des caractères ; la coalition de ce roi galant et des belles châtelaine s avait triomphé de la sauvagerie des châtelains. Le ver à soie, protégé par ce monarque et par Henri IV, avait rongé bien des cottes de mailles et des rondaches. Au lieu des petits souverains qui avaient lutté contre ses prédécesseurs, Richelieu n’avait plus de vant lui que des conspirateurs ; et puis il y a du bonheur dans tout, et celui de ce gr and ministre, fut d’être suivi dans l’histoire du monde par un grand roi qui ne laissa point périr son ouvrage. Nous avons vu de notre temps un plus rude jouteur q ue Richelieu. Il a aussi comprimé l’anarchie ; mais les Thermidoriens lui av aient déjà enlevé ce qu’elle avait de brutal, de sanguinaire, d’atrocement énergique. Elle déportait, elle pillait, mais elle n’égorgeait plus. Elle n’était plus que dans les id ées, dans l’administration, dans le gouvernement. Ce n’était plus l’horreur, c’était le dégoût, la honte qu’elle provoquait. Les démagogues s’étaient dévorés entre eux, comme i ls se dévoreraient encore si l’État leur était livré. Les âmes fortes, les noble s passions, les grands caractères étaient aux armées. Napoléon y entraîna après lui t out ce qu’il en restait dans l’intérieur, tout ce qu’en apportait le cours des g énérations. Pendant dix ans de conquêtes merveilleuses, il jeta sur l’Europe tous ces esprits aventureux, ces ambitions vagues, ces vanités inquiètes qui ferment aient dans un pays dont les révolutions avaient bouleversé la face. Il les rass assia de gloire, de dignités,
d’espérances. Mais quand ce règne si brillant fut b rusquement tranché, quand le grand homme eut disparu de la scène, après l’affaissement momentané, qui suivit comme toujours cette bruyante commotion, tous ces élément s de trouble et de désordre retombèrent sur la France. Les cerveaux se remirent en ébullition. La fermentation des idées en produisit de chimériques, d’extravagantes ; et en littérature comme en politique, c’étaient toujours les plus folles qui remuaient et passionnaient les masses. Ce travail de trente-six ans que la tribune et la p resse ont si ardemment excité, qu’ont secondé avec un accord merveilleux l’apathie des gouvernements, la béate confiance des chambres, la philanthropie niaise de tout le monde, nous en soyons les fruits. Ces idées se sont fait jour chaque fois ave c assez de violence. Chacune de ces explosions a fait sauter un trône en l’air ; et le dieu-progrès ne veut point qu’elles s’arrêtent en si beau chemin. Nous voyons ce qu’ont produit, ce que produisent tous les jours les bouillonnements des imaginations en d élire. Nous touchons aux limites mêmes du dévergondage, et à moins de nous prendre, tous par le corps et de nous jeter les uns les autres dans le cratère d’un Vésuv e en éruption, je ne vois pas ce que le génie du mal aurait encore à nous proposer. Une troisième explosion est infaillible. Les moins timides, les moins défiants en conviennen t. Les plus résolus croyent à une compression nouvelle. Je ne demande pas mieux, mais les Napoléon sont rares ; les Richelieu le sont moins, mais on ne les a pas sous la main toutes les fois que le besoin s’en fait sentir. C’est d’ailleurs une question que de savoir si un Richelieu serait sùffisant. J’en doute. Jé comp. terais davantage su r l’autre, à condition toutefois quil passât par Montenotte, par Arcole, par l’Égypte, et qu’il revînt à Paris à travers les neiges du Saint-Bernard. Je fais comme tout le mond e, j’attends, je cherche, j’appelle, et je connais bien des Diogènes qui ont déjà éteint leur lanterne. Vous désespérez donc ? va-t-on me dire ; et dans ce cas pourquoi écrivez-vous ? pourquoi faites-vous des satires et des fables poli tiques ? Belle question. J’y ai déjà répondu dans la préface de mon premier volume. C’es t qu’il ne m’est pas donné d’assister en amateur aux extravagances de mon sièc le, que je ne suis pas de ces fatalistes de création nouvelle qui attendent de l’imprévula solution de nos crises, qu’il m’est impossible de ne pas blâmer tout haut l’arrog ance des Uns, la sottise des autres, les mauvais desseins de ceux-ci, l’aveuglem ent de ceux-là, la folie de tous ; c’est que tout en reconnaissant les périls de la si tuation, la difficulté d’y porter remède, la démence d’un pays qui court à sa perte, il est d u devoir de chacun de l’avertir à sa manière, d’essayer de l’arrêter au bord du précipic e jusqu’à ce qu’il y tombe, même en y tombant avec lui. Je n’ai pas le pouvoir de faire mieux. Je ne suis pas président de la - République, la prétention ne m’en est pas enco re venue ; je ne suis pas ministre, il y a longtemps que mon tour est passé. Je ne suis pa s représentant, et quand je le serais, jé n’aurais que ma voix, c’est-à-dire un se pt cent cinquantième de puissance. J’avertirais comme j’ai averti, et on ne m’écoutera it pas plus qu’on ne m’a écouté. J’ai prophétisé quelquefois, on a mis vingt ans à reconn aître mes prophéties. Je ne répèterai pas ce que j’ai dit dans les palais, dans les hôtels, dans toutes les coulisses de la scène politique. On dirait que je me vante. J e n’en appelle qu’à des témoignages imprimés, et d’abord à la trente-cinquième épître d e mon Recueil, adressée au roi Charles X, à propos du ministère Polignac. Voici le s dix vers qui la terminent :
Charles, reviens à nous, jète-toi dans nos bras. D’un peuple qui t’est cher ne te sépare pas. Ses amis sont les tiens ; tu n’en eus jamais d’autres. Comme tes intérêts, tes destins sont les nôtres. Charles, sans ce lien,tu n’as plus d’avenir.Romps avec un parti qui nous veut désunir.
Ce ministère indigne est son fatal ouvrage. Pour un peuple soumis ce choix est un outrage ; Et ma muse, à son tour, leur crie au nom de tous : « La France vous renie et ne veut plus de vous. »
J’écrivais ces vers dix mois avant les ordonnances de juillet, et Dieu sait quelles fureurs je soulevai contre moi. On me traita de rév olutionnaire, de factieux, de jacobin. Hélas ! je n’étais que prophète. Après le triste ac complissement de cette prédiction, que je fus le premier à déplorer, je vis que le ven t du désordre soufflait d’un autre côté, et dans la séance du 6 octobre 1831, je jetai mes p remiers avertissements du haut de 1 la tribune : « L’état de la société m’alarme, m’écr iai-je . Les doctrines les plus perverses se propagent à la faveur de l’impunité. L es masses sont travaillées par des voix aussi hostiles qu’elles sont habiles. Le talen t pauvre s’érige en sacerdoce pour prêcher une nouvelle espèce de loi agraire. J’ai en tendu proscrire la richesse sous le nom d’oisiveté. On offre le pillage à qui demande d u travail. L’autorité est attaquée sous le nom de tyrannie. L’obéissance est avilie so us le nom de servilité. Les bons citoyens se replient comme autrefois dans leur indi fférence. L’apathie s’empare même des classes moyennes. La justice ne compte plus sur le jury, et le jury seul est possible. Les amis de la dynastie déchue observent. Ils s’isolent de nous, se retranchent dans une folle espérance ; les yeux fix és sur l’avenir, ils doutent du présent et jouissent de nos fautes comme s’ils ne d evaient pas en être les premières victimes. Leurs organes périodiques poussent à l’an archie, et par une amère dérision, ils en font la conséquence d’un principe de notre g ouvernement... Le ministère croit à une conciliation impossible, et ses ennemis ne croy ent qu’à sa faiblesse. D’une situation pareille à l’anarchie il n’y a qu’un faib le intervalle. » L’intervalle a été de dix-huit ans, et ce temps n’a profité qu’aux démolisseurs. Ils nièrent d’abord leurs menées secrètes, c’est dans l ’ordre ; on ne s’en vante qu’après le succès, et Dieu sait si depuis trois ans on s’en est gêné. Mais l’avertissement réveilla-t-il le ministère ? pas du tout. Un attent at dirigé contre la vie du roi ne guérit ni la surdité ni l’aveuglement de nos hommes d’État. L a démolition fut poursuivie avec une audace qui eût fait honneur au courage des Répu blicains, si l’apathie des hommes monarchiques n’en eût pas atténué le danger. J’essayai encore une fois de les réveiller par un coup de tocsin, et dans la séa nce du 23 mars 1833, après avoir prononcé lecaveant consules,je lançai ce mot devenu si fameux :la légalité actuelle nous tue.Il n’y avait pas à s’y méprendre ; je l’expliquai immédiatement en réclamant 2 des lois plus fortes, plus efficaces . L’explication fut écartée ; ceux qui ne voulaient pas des lois que je réclamais s’écrièrent que je n’ en voulais aucune, que j’appelais l’arbitraire, le règne du bon plaisir, les lettres de cachet, et pour se donner raison ils supprimèrent l’épithète d’actuelleaurait ruiné leurs calomnies. On me poursuivit qui pendant dix-sept ans de cette phrase tronquée. Mais depuis que les vainqueurs de février l’ont justifiée, tous les honnêtes gens de l’opposition la répètent, non telle que je l’ai faite, mais telle qu’on me l’a attribuée. J e citerais quarante noms propres si je voulais. Ceux qui me blâmaient alors m’abordent dan s les salons, dans les foyers, sur les boulevards pour faire amende honorable de leur incrédulité. Il est bien temps, ma foi ! beau mérite de voir le mal quand il est venu ! Je le signalai plus tard dans la discussion de la l oi des associations ; et en 1834 à propos de la colonisation d’Alger, je demandais un débouché pour ces milliers de jeunes hommes sans fortune que les colléges jetaien t tous les ans sur le pavé des grandes villes et qui s’en prenaient au gouvernemen t de ce qu’ils ne trouvaient pas l’emploi des connaissances qu’on leur avait données . « Si vous n’avez point où verser
ce trop plein de votre civilisation, disais-je aux ministres, la catastrophe est 3 imminente ; elle est inévitable . » Des avis plus menaçants leur étaient donnés par l’opposition. Le premier des Garnier-Pagès, avec ce tte adroite ironie qui caractérisait son éloquence, leur révélait effrontément l’organis ation de ses bandes, et nous criait du haut de la tribune : « L’abîme est sous vos pas, vous êtes perdus. » On disait de lui : c’est un fanfaron, et de moi que j’étais un f ou. On me le redit encore, lorsque à mon début dans la Chambre des Pairs, je signalais l es dangers de ce gouvernement parlementaire qu’on voulait ériger en principe, et dont les champions venaient de conquérir le ministère. On disait alors que leur av énement avait satisfait tous les vœux de la gauche dynastique ; que les auteurs du célèbr e compte-rendu étaient devenus ministériels ; j’en félicitais le gouvernement et l e pays, je les invitais à rétablir avec nous la monarchie, le pouvoir dans sa force et dans sa dignité. « Qu’ils viennent, m’écriais-je, qu’on leur tende les bras. Travaillon s de concert à ce grand œuvre,il en est temps, et s les partisnous n’aurons pas trop des honnêtes gens de tou pour 4 résister au torrent qui nous entraîne. » Peu de jours après, et toujours en 1840, je démontrais qu’il y avait entre les ministres, les C hambres et la presse « une émulation de désordre qui ajoutait au chaos politique, au mil ieu duquel il n’y aurait bientôt plus de droit que l’audace et de loi que la force. » Épo uvanté enfin des progrès du mal, impatienté de l’aveuglement de l’opposition dynasti que, je lui criai : « qu’avant dix ans nous nous accuserions tous les uns les autres, sur des ruines, » A cela que répondait-on ? il est fou. C’est ainsi q ue m’apostrophait encore, le 18 février, un grand personnage auquel j’étais attaché de cœur, et que j’essayais d’éclairer
1Moniteurde 1831, pag. 1779, 3e col.
2Moniteurde 1833, pag. 812, 3e col ;
3Moniteurde 1834, pag. 1083.
4Moniteurde 1840 ; pag. 719.