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Fantaisies et Boutades

De
191 pages

Que d’abus de nos jours percent sous les grands mots !
On veut nous ramener au temps des faux dévots.
Tromper n’est rien, pourvu qu’on trompe avec adresse,
Et tous moyens sont bons pour trouver la richesse.
Si nos aïeux aimaient le vin et la beauté,
Nous, — nous leur préférons le trafic effronté.
On ne distingue plus un grand seigneur d’un rustre,
Et l’antique blason a perdu tout son lustre.
Les tournois sont passés, les chevaliers sont morts.

Fruit d’une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.


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À propos de Collection XIX

Collection XIX est éditée par BnF-Partenariats, filiale de la Bibliothèque nationale de France.

Fruit d’une sélection réalisée au sein des prestigieux fonds de la BnF, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques de la littérature, mais aussi des livres d’histoire, récits de voyage, portraits et mémoires ou livres pour la jeunesse…

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J.-B. Bassinet

Fantaisies et Boutades

Poésie

PRÉFACE

La science, la littérature et les beaux-arts n’ont jamais pu prospérer et fleurir que sous les rayons bienfaisants d’une liberté généreuse et sagement progressive. — Si les anciens sont restés nos maîtres en poésie, en histoire et en éloquence, c’est qu’ils ont eu la faculté de s’exprimer avec indépendance et sans entraves. — L’intolérance amène naturellement l’abandon des jouissances intellectuelles, et entraîne par contre-coup les esprits dans le hasard des spéculations mercantiles. Ce n’est donc souvent qu’au préjudice des grandes idées, des nobles aspirations que grandit l’industrie. Les écus n’ont pas d’âme, et les belles pensées viennent du cœur. — Quand un peuple se jette tête baissée dans les folies du jeu et le luxe effréné, dans des entreprises désordonnées et dans l’abrutissement, il est digne et bien prêt d’être esclave. Si la France ne veut pas déchoir, qu’elle garde religieusement son ancienne générosité et ses traditions chevaleresques ; — et qu’en cultivant sans passion et sans extravagance le comptoir et la boutique, elle n’abdique pas sa plume et son épée. — Chaque jour, les appétits grossiers envahissent la génération actuelle. Les progrès matériels s’étendent et se développent ; mais le sens moral baisse. Les inventions se multiplient ; mais la foi, l’indépendance des caractères et le patriotisme perdent leur mâle énergie. — Tout grandit, — excepté le cœur de l’homme. C’est en vain qu’on bâtit des cirques grandioses, des casernes et des prisons magnifiques, des halles splendides ; qu’on ouvre des boulevards immenses ; qu’on sillonne le pays de nombreux chemins de fer et de canaux gigantesques ; — si aucun souffle n’anime ces pierres ; si les habitants incrédules qui peuplent ces villes embellies sont dévorés par la cupidité, l’égoïsme et la fraude, la société n’en sera ni plus civilisée ni plus heureuse, car le bonheur et la civilisation d’un peuple ne proviennent pas de ses richesses, mais bien plutôt de ses vertus.

Rome, Carthage, Venise, Athènes, Florence, ont possédé des monuments dont nous admirons encore aujourd’hui les ruines imposantes ; — mais que sont devenues les populations de ces contrées autrefois si florissantes ? La corruption a engendré la servitude ; la servitude, le dégoût et la décadence ! Aussi, n’est-ce pas sans appréhension que de nos jours l’observateur attentif voit la fièvre du luxe envahir toutes les âmes, l’envie empoisonner tous les bons sentiments, l’absence de toute foi plonger dans les ténèbres du doute et de l’incertitude, les consciences sans principe et sans guide. — Il ne faut pas se le dissimuler : — l’indifférence et l’égoïsme marchent à pas de géant. — Le charlatanisme a détrôné la modestie ; la rouerie, la bonne foi ; le calcul, le devoir ; l’étalage et la vanité, la simplicité des habitudes et des mœurs. — Dans la peinture de tous ces vices qui fourmillent parmi nous, la muse impartiale aurait assurément une ample moisson à recueillir ; mais il faudrait pour cela une puissance et une chaleur d’inspiration bien au-dessus de mes forces. Je n’ai fait que glaner un peu dans ce vaste champ des abus de notre société moderne. — Si le public trouve, par hasard, que j’exagère, l’amour de mon pays me servira d’excuse.

 

BASSINET.

AUTREFOIS ET AUJOURD’HUI

Portous toujours le cœur plus haut que la fortune.

DE LAPRADE.

I

Que d’abus de nos jours percent sous les grands mots !
On veut nous ramener au temps des faux dévots.
Tromper n’est rien, pourvu qu’on trompe avec adresse,
Et tous moyens sont bons pour trouver la richesse.
Si nos aïeux aimaient le vin et la beauté,
Nous, — nous leur préférons le trafic effronté.
On ne distingue plus un grand seigneur d’un rustre,
Et l’antique blason a perdu tout son lustre.
Les tournois sont passés, les chevaliers sont morts.
Ni la foi, ni l’amour n’excitent nos transports.
L’honneur est regardé comme une duperie.
On ne croit plus à rien, pas même à sa patrie !
 — On bavarde dans l’ombre, on médit du prochain,
On trahit ses amis en leur serrant la main.
L’assassinat moral est en vogue, en usage,
Car on peut avec lui se passer de courage ;
Et nous voyons souvent, quoiqu’il soit méprisé,
Ce vice recevoir un accueil empressé.
 — Des affamés d’argent la foule impatiente
Grandit, — grandit toujours. — C’est la mer haletante
Sans obstacle et sans frein qui, sur ses bords flétris,
Laisse en se retirant sa fange et ses débris.
Sourds aux beaux sentiments de la nature humaine,
Voyez-les accourir éperdus, hors d’haleine,
Ces insensés chez qui la soif d’un gain trompeur
Etouffe sans pitié les révoltes du cœur !
Dans les jeux du hasard ils cherchent la fortune
Sans jamais consulter la prudence importune ;
Et si quelque désastre arrive inattendu,
Ils se donnent la mort quand ils ont tout perdu !
Pour cacher au public sa propre petitesse,
Chacun veut s’affubler de titres de noblesse.
Le plus petit bourgeois le prend sur un grand ton,
Et du nom de château décore sa maison.
Il a son équipage et son salon splendide ;
Mais ce luxe est bâtard, quand il n’est pas perfide.
Et que de fois, hélas ! ce malheureux travers
Fait dans l’ombre, en secret, verser des pleurs amers !
Que sous ses oripeaux il cache de misère
Et de sombres soucis inconnus du vulgaire !
 — L’on ne sait pas assez tout ce qu’un sot orgueil
Amasse dans nos cœurs d’amertume et de deuil,
Et le plus étourdi, s’il voyait ce qu’il coûte
Parfois à notre honneur, le maudirait sans doute,
Car, on peut affirmer que la vertu n’a pas
D’ennemi plus ardent qui s’acharne à ses pas !
 — Les artistes s’en vont ; — et chaque jour la France
D’un souffle inspirateur sent à regret l’absence.
Tout ce qui brille un peu brille d’un faux éclat,
Tout est mesquin, étroit, ou ridicule et plat.
 — Je n’aperçois plus tant de ces hommes d’élite
Qui perçaient sans soutien, et par leur seul mérite ;
De ces esprits altiers, de ces cœurs chauds et droits
Sur le moule romain coulés comme autrefois ! !