Fleurs d

Fleurs d'été - Poésies

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Français
332 pages

Description

Comme un ermite effrayé du dehors
J’ai si longtemps gardé ma voix muette ;
J’ai si longtemps, non sans rudes efforts,
Croisé mes bras sur mon âme inquiète ;

Ainsi qu’un roi repoussant ses trésors
J’ai tant heurté mes instincts de poète,
Que j’avais cru rouler le drap des morts
A tout jamais sur ma muse discrète.

Et c’est pourquoi dans l’ombre j’ai pleuré.

Fruit d’une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.


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Date de parution 24 août 2016
Nombre de lectures 11
EAN13 9782346093083
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

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À propos de Collection XIX

Collection XIX est éditée par BnF-Partenariats, filiale de la Bibliothèque nationale de France.

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Adolphine Bonnet

Fleurs d'été

Poésies

RÉVEIL

Comme un ermite effrayé du dehors
J’ai si longtemps gardé ma voix muette ;
J’ai si longtemps, non sans rudes efforts,
Croisé mes bras sur mon âme inquiète ;

 

 

Ainsi qu’un roi repoussant ses trésors
J’ai tant heurté mes instincts de poète,
Que j’avais cru rouler le drap des morts
A tout jamais sur ma muse discrète.

 

 

Et c’est pourquoi dans l’ombre j’ai pleuré.
Qu’est-ce, pourtant ?... dans mon cœur déchiré
Ne sens-je pas frémir son aile ardente ?

 

 

Oui ! le tombeau n’était qu’une prison ;
Et je l’entends me dire avec frisson :
« Que t’ai-je fait pour m’enterrer vivante ? »

L’ÉPREUVE1

Il pleurait, il pleurait à flots
Comme sait pleurer la jeunesse ;
Avec une sauvage ivresse
Il s’abîmait dans ses sanglots.

 

 

Sous sa flottante chevelure
S’entremêlaient ses doigts crispés
Qui, fiévreux, de larmes trempés,
A sont front laissaient leur brûlure.

 

 

Sous le frisson, sous le tourment
En vain s’agitait tout son être.
Longtemps il s’était rendu maître
De son cœur ; mais, en ce moment,

 

 

En lui faiblissait la nature ;
Il était vaincu, l’homme fort !
Et ce cœur, qu’il avait cru mort,
Ressuscitait sous la torture.

 

 

Il pleurait, il pleurait toujours,
Et de son âme haletante,
De sa poitrine palpitante
Sortaient des gémissements sourds.

 

 

Soudain un pas se fit entendre,
Et jusqu’à lui vint doucement
Un jeune homme au visage aimant
Qui l’appela d’une voix tendre.

 

 

« Qu’as-tu ? » demanda-t-il bien bas,
Si bas que tremblait sa voix douce
Ainsi que le vent dans la mousse ;
Mais l’autre ne répondit pas.

 

 

Il pleurait, il pleurait encore ;
Le visiteur se rapprocha,
Vers son triste ami se pencha
Et pressa son front incolore.

 

 

Dans un compatissant émoi,
Il attira sur sa poitrine
Cette pauvre tête chagrine,
Et dit ensuite : « Ecoute-moi !...

 

 

Je ne sais pas pourquoi tu souffres
Ni quelle main fit ton ciel noir ;
Mais je comprends ton désespoir,
Car j’ai sondé les mêmes gouffres.

 

 

J’ai connu ce terrible jour
Qui, brûlant de sa sombre flamme
Les lambeaux sanglants de notre âme,
Broie ou déchire tour à tour ;

 

 

Et cependant de ce délire
Le souvenir seul m’est resté :
Mon sourire s’est attristé,
Mais j’ai conservé mon sourire.

 

 

Cette agonie où je te vois
Sur mon âme a pesé de même ;
Et ce déchirement suprême,
Je l’ai souffert !... et toutefois

 

 

Du stoïque à l’étrange gloire
Je n’ai pas emprunté le cœur ;
Je n’ai pas nié la douleur,
Non ! mais j’ai nié sa victoire.

 

 

Relève-toi ! dans ce désert
Rien n’est fécond comme les larmes ;
Contre la vie il est sans armes
Celui qui n’a jamais souffert !

 

 

Cette heure écrasante ou sublime,
Chacun de nous doit la subir :
De l’épreuve tu vas sortir
Lâche, méchant ou magnanime !

 

 

O mon ami ! je sais ton choix :
Comme Dieu gravis ton Calvaire !
Nulle part l’homme du mystère
Fut-il plus grand que sur la croix ?

 

 

La douleur a d’âpres morsures,
Mais elle élargira ton cœur ;
La charité, divine fleur,
Naîtra du sang de tes blessures. »

 

 

Il dit ; et le désespéré
Lentement releva la tête ;
Victorieux de la tempête,
Son front brillait régénéré.

 

 

Pâle encore ainsi qu’un fantôme,
Mais noble et digne comme un roi :
« Merci ! dit-il ; Dieu parle en toi,
C’est d’aujourd’hui que je suis homme ! »

DEUX SŒURS

O Poésie,
O Fantaisie,
Toutes deux sœurs :
Si je vous aime
D’amour suprême,
Charmantes fleurs,

 

 

Dans un sourire
Daignez me dire
Tous vos secrets,

 

 

Pour que je chante,
Lyre touchante,
Vos doux attraits !

 

 

En votre phare
Le monde avare
N’a pas de foi...
Si sa parole
M’appelle folle,
Qu’importe à moi ?

 

 

Pures étoiles,
Je veux sans voiles
Vous contempler !
Livres de flamme,
Je veux dans l’âme
Vous épeler !

 

 

D’aimables songes,
De frais mensonges
Bercez mon cœur,
Car votre monde
Nul ne le sonde
Que le rêveur.

 

 

O Poésie,
Mon ambroisie
De chaque jour,
O Fantaisie,
Toi mon génie
Et mon amour,

 

 

Soyez l’idole
Qui me console
Aux temps d’effroi,
Et sous vos chaînes,
Mes belles reines,
Retenez-moi !

 

 

Noble servage,
Cher esclavage
Sans nœud fatal !
Heureux supplice,
Divin caprice
Que l’idéal !

QU’AS-TU ?

Sur ton front où gronde un orage
J’ai vu le pli de la douleur ;
Les larmes baignent ton visage,
Les soupirs oppressent ton cœur.
As-tu quelque épine dans l’âme ?
Quel ennemi t’a combattu ?
Ton regard est terne et sans flamme ;

Dis-moi, qu’as-tu ?

 — Ma douleur, comment te la dire ?

Moi-même ne puis la savoir ;
Dans mon cœur, pour pouvoir la lire,

Il fait trop noir ! — 

 

 

Alors pourquoi cette tristesse ?
Pourquoi cet aspect désolé ?
Pourquoi soupires-tu sans cesse
Comme soupire un exilé ?
Quel nom dis-tu dans le mystère ?
Roseau courbé, chêne abattu,
Quel deuil inonde ta paupière ?

Qui pleures-tu ?

 

 

 — Hélas ! mes regrets de toute heure
Sont inconnus même pour moi :
Je languis, je souffre et je pleure ;

Sais-je pourquoi ? — 

 

 

Mais quand ton œil mélancolique
Est cloué sur le firmament,
A quelle étoile sympathique
T’abreuves-tu d’enchantement ?

 

 

A l’horizon suis-tu la trace
De l’esquif par les flots battu ?
En te frôlant quelle ombre passe ?

Que rêves-tu ?

 

 

 — Ami, je voudrais te l’apprendre,
Mais ce secret n’est pas le mien ;
Mon rêve est-il cruel ou tendre ?

Je n’en sais rien ! — 

 

 

Qui n’ignore en soi quelque chose ?
Qui n’a connu ces pleurs sans cause,
Parfois amers, parfois bénis,
Du cœur problèmes infinis ?
De tous les abîmes du monde
C’est là le plus mystérieux...
Dans ses replis silencieux
Dieu seul le pénètre et le sonde !

LE SAULE PLEUREUR

Si mon feuillage tremble,
Si mon front est pensif,
Et si ma voix ressemble
A l’aquilon plaintif,
C’est que sur moi ne tombe
Qu’un soleil refroidi ;
C’est que sur une tombe
Lentement j’ai grandi !

 

 

Ici tout est silence
Et langueur et regrets ;
La mort, cachot immense,
Y garde ses secrets ;

 

 

Tout sommeille à toute heure,
Moi seul jamais ne dors...
Je suis l’arbre qui pleure,
Je suis l’arbre des morts !