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Frontière et Prison

De
338 pages

EN regardant en arrière et en consultant une expérience acquise sur terre et sur mer, je ne puis me rappeler une scène plus complètement affreuse et désolée que celle qui nous attendait au départ de notre navire, dans la matinée du 20 Décembre dernier. La même teinte neutre et chagrine répandue et s’étendant sur chaque chose — le ciel plombé — les côtes brunes et froides s’élevant devant nous — les mornes constructions de pierres grises bordant les quais — et la triste couleur jaune des eaux — se confondaient ensemble dans la pénombre, de telle sorte qu’il devenait difficile d’en discerner la ligne de démarcation.

Fruit d’une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.


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À propos deCollection XIX
Collection XIXest éditée par BnF-Partenariats, filiale de la Bibliothèque nationale de France.
Fruit d’une sélection réalisée au sein des prestigieux fonds de la BnF,Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes class iques et moins classiques de la littérature, mais aussi des livres d’histoire, récits de voyage, portraits et mémoires ou livres pour la jeunesse… Édités dans la meilleure qualité possible, eu égard au caractère patrimonial de ces e fonds publiés au XIX , les ebooks deCollection XIX sont proposés dans le format ePub3 pour rendre ces ouvrages accessibles au plus grand nombre, sur tous les supports de lecture.
OEUVRES
DE
GEORGE-ALFRED LAWRENCE
George Alfred Lawrence
Frontière et Prison
Juillet 1864.
A
Monsieur Paulin Limayrac
Réducteur en chef du Constitutionnel
Ch. Bernard Derosne
AVANT-PROPOS
LORSQUE, à la fin de l’automne dernier, je me déterm inai à partir pour les Etats Confédérés aussitôt que mes préparatifs seraient terminés, j’avais écouté non-seulement ma propre curiosité qui me poussait à voir au moins une campagne d’une guerre telle que le monde n’en avait encore vu, mais encore les conseils de ceux qui pensaient que je pourrais trouver là les éléments d’un livre d’un grand intérêt. Mon intention première était de servir comme volontaire dans l’état-major de l’armée de Virginie aussi longtemps que je trouverais à y exercer ou ma plume ou mon br as. Le Sud pouvait gagner une recrue plus importante, mais un adhérent de meilleu re volonté lui eût été difficile à trouver. Je n’essayerai pas de cacher que mes prédi lections étaient complétement arrêtées bien avant mon départ d’Angleterre ; et vraiment, c’est la conscience que j’avais au cœur les sentiments d’un chaud partisan qui m’a fait faire tant d’efforts, non-seulement pour constater les faits avec autant de s oin que possible, mais encore pour m’abstenir de céder,enles présentant, à d’involontaires préjugés. Pour ne rien dire de l’appui que j’ai trouvé plus tard auprès des agents Sécessionnistes à Baltimore, les lettres d’introduction qui m’avaie nt été remises par le Colonel Dudley Mann et par M. Slidell pour les personnages les plu s influents — civils et militaires — entourant le Président Davis, étaient telles qu’il était difficile qu’elles ne réussissent pas à m’assurer la position que je désirais, sans m’abuser sur là bienveillante exagération qu’on y faisait des qualités de celui qui en était porteur. Envers le premier de ces gentlemen, je suis reconnaissant de sa grande b onté et de ses précieux conseils ; quant au second, je lui suis personnellement inconn u, et je suis heureux d’avoir l’occasion de reconnaître son obligeante courtoisie . Ce fut le Colonel Mann qui me conseilla de passer par les États du Nord au lieu d e tenter de rompre le blocus de Nassau ou des Bermudes, comme j’en avais originaire ment l’intention. En dépit des événements, je suis tellement persuadé que cet avis était prudent et sage, que je ne me repens pas c’est à peine si je regrette — de l’avoir suivi. Il est inutile d’entrer dans les détails des précautions prises pour assurer la remise de ces lettres de recommandation ; il suffit de dire q ue jamais elles ne furent soumises à aucune inspection Fédérale, et que jamais, en aucun temps, je n’ai eu en ma possession un seul document de nature à compromettre ma réclam ation des droits de neutre et de bourgeois. M. Seward lui-même n’irait pas jusqu’à refuser à un simple étranger la liberté d’une muette sympathie pour l’un ou l’autre des deu x camps. Tant que j’ai été libre de mes actions dans les États du Nord, j’ai évité avec soin d’incliner vers aucun parti. Depuis mon retour, j’ai appris que quelqu’un avait été assez bon pour insinuer que j’eusse mieux réussi, si j’avais plus résolûment poursuivi mon voyage vers le Sud avec vigueur et à tous risques, ou si j’avais été moins imprudent et moins fait parade de mes projets lorsque j’étais à Baltimore. Je préfère rép ondre à la première de ces assertions par un simple rappel des faits, et par le plus complet démenti qu’il soit possible de donner à toute fausseté écrite ou proférée. Quant à la sec onde — en vérité tout aussi mal fondée — il peut être bon de dire que je n’étais pa s depuis une quinzaine en Amérique, que déjà j’étais mis en évidence dans les colonnes littéraires duWilliss’Home Journal.Je ne saurais critiquer les termes dans lesquels étaie nt donnés ces renseignements — de l’aveu même du journal, copiés dans une publication Anglaise. L’écrivain semblait mieux connaître mes intentions — sinon mes antécédents — que je ne les connaissais moi-même ; mais je puis dire en toute honnêteté que la teinte romanesque dont il lui a plu d’entourer un projet purement pratique ne compensait pas toutefois les dangers de sa
publicité. Ce paragraphe eut bientôt fait son chemin parmi les autres journaux, et à la fin me fit trouver place — à mon profond dégoût — dans leBaltimore Clipper, le plus méchant organe des Unionistes. Peut-être ceci suffira-t-il à l’accusation de « parade » ; car, lors même que j’aurais été disposé à me laisser aller à des appels et à des fa nfares de trompettes, les marchands de nouvelles m’auraient devancé dans cette voie d’absurdité. En outre, mes mouvements ne furent d’aucune façon entravés jusqu’au moment d e mon arrestation, qui eut lieu à quelques milles au delà de tous les piquets Fédérau x. Ceux qui s’emparèrent de moi n’avaient, naturellement, jamais entendu parler de mon existence avant notre rencontre. Il est plus que probable que l’article dont il vient d’être parlé a dû grandement compliquer ma position lorsque j’ai été en état d’arrestation ; mais alors c’est ma personne — et non mes projets — qui eut à en souffrir, et là s’est bo rné le mal réel de cette publicité involontaire. Après que mes plans eurent été arrêtés d’une manièr e définitive, j’eus une entrevue avec les pouvoirs éditoriaux duMorning Post; là il fut convenu que je communiquerais à ce journal, aussi régulièrement que les circonstanc es le permettraient, toutes les nouvelles intéressantes ou les incidents que je rec ueillerais sur ma route, en considération de quoi il me fut voté un libéral sup plément à ce qui est le nerf de la guerre ; mais il fut clairement entendu que mes mou vements et ma ligne de conduite restaient d’une manière absolue à l’abri de tout co ntrôle. Je n’aurais pris aucun engagement qui pût, de quelque manière que ce soit, influer sur le but que j’avais primitivement en vue. Je n’avais pas l’intention de commencer une semblable correspondance avant d’avoir passé les frontières du Sud : c’est ainsi qu’une lettre datée de Baltimore — qui sera citée ultérieurement — fut la seule part contributive qu’il me fut possible de fournir. Je me suis étendu sur ce point, parce qu’il peut se trouver quelqu’un qui puisse avoir intérêt à connaître clairement quelle position j’avais prise lors de mon départ ; car, pour le public en général, ce sujet ne peut avoir lé moindre intérêt. De tous les genres de composition, le récit à la première personne est celui qui est le plus fatigant pour l’écrivain, sinon pour le lecteu r : parler de soi-même peut être assez agréable, mais — confier cela au papier — c’est une faute qui emporte avec elle sa punition. Le recours à l’éternel pronom personnel d evient une véritable pierre d’achoppement. Cependant, pas possible de l’éviter, à moins de réduire son histoire aux proportions écourtées d’un journal succinct ; et pour arriver à cela, il faut une succession d’incidents plus variés et plus importants que ceux qui me sont arrivés. Ce défaut — absolu et complet — a pour conséquence de s’offrir comme point de mire à la raillerie, sinon à la censure. Peut-être pourtant puis-je espérer que quelques-uns de mes lecteurs, par charité, sinon par justice, voudr ont bien croire que j’ai honnêtement essayé d’éviter de m’appesantir sur les détails de mes propres aventures, et que je n’ai pas écrit un seul mot avec une idée préconçue de dissimulation ou de bienveillance, bien que ce volume soit écrit par un homme dont la haine pour toutes institutions purement républicaines ne finira qu’avec la vie.
CHAPITRE I
UN TRISTE DÉPART
EN regardant en arrière et en consultant une expérience acquise sur terre et sur mer, je ne puis me rappeler une scène plus complètement affreuse et désolée que celle qui nous attendait au départ de notre navire, dans la matinée du 20 Décembre dernier. La même teinte neutre et chagrine répandue et s’étendant su r chaque chose — le ciel plombé — les côtes brunes et froides s’élevant devant nous — les mornes constructions de pierres grises bordant les quais — et la triste couleur jaune des eaux — se confondaient ensemble dans la pénombre, de telle so rte qu’il devenait difficile d’en discerner la ligne de démarcation. Même lorsqu’un violent coup de vent venant à balayer la cime des petites vagues de la rivière, les faisa it bouillonner et se briser avec colère, c’est à peine s’il y avait un faible contraste de c ouleur entre les eaux se brisant sous l’effort du vent, et la sombre écume qui se produisait. La Mersey en s’agitant essayait en vain de se faire entendre. D’autres sons — une voix qui par instant s’élevait à deux yards de notr e oreille — étaient couverts parle rugissement du puissant vent de nord-ouest. Pen, dant toute la nuit nous avions entendu cette note de guerre ; nous sentions les voitures du chemin de fer trembler et frissonner comme si elles eussent été secouées par la main d’un géant, chaque fois qu’on arrêtait à une station établie sur un terrain découvert ; et le matin les pilotes secouaient leurs têtes sérieuses et grisonnantes, et donnaient à entendre qu’au large le temps était pire encore. Depuis quarante-huit heures les signaux de tempête n’avaient pas été abaissés ni changés, excepté pour indiquer une variation d’un point ou deux dans le courant du vent, et peu de vaisseaux, s’il y en eut, avaient été ass ez hardis pour mépriser les avertissements de l’Amiral Fitzroy. Il avait été sérieusement discuté, à ce que nous ap prîmes plus tard, entre les propriétaires et le capitaine de l’Asia,le navire devait s’aventurer en mer ce jour-là ; si finalement, la décision sur ce point avait été aban donnée à ce dernier. Le point d’honneur est aussi chatouilleux et même encore plu s jaloux en ce qui concerne la réputation professionnelle sur les navires de comme rce que surtout autre ; une fois seulement, depuis que la ligne avait été ouverte, u nCunarder (navire de la Compagnie Cunard) avait été retenu au port par le vent et le temps. C’était le premier voyage du commandant à travers l’Atlantique depuis sa promotion : on peut facilement deviner de quel côté la balance devait pencher. Nous attendîmes sur l’embarcadère pendant une heure longue et froide. Cette construction forte et carrée, ordinairement aussi ferme et aussi solide que la terre elle-même, éprouvait un mouvement de tangage et de roulis aussi vigoureux qu’une galiote Hollandaise lancée sur mer, et le petit remorqueur qui devait nous mener à bord perdit trois amarres avant de pouvoir se ranger à nos côtés. Il était difficile de tenir pied sur le pont, agité et glissant ; mais en dix minutes, tous, en vacillant ou en roulant, dirigés par leur volonté ou par le hasard, trouvèrent place sur le tillac du petit steamer. Je cherchais un coin sec lorsqu’un passager Américain me fit une place d’une façon vraiment toute courtoise, et je commençai à causer avec lui — sur le temps, comme de raison. Il avait une fine et intelligente figure, en somme plaisante et agréable, et ne manquant pas dans son expression habituelle d’une joyeuse humeur. Mais, pour le moment, il était en proie à une inexprimable calamité. Rien d’étonnant à cela. « J’ai été malade pendant tout le voyage en venant d’Amérique, » me dit-il, « et
cependant nous étions partis avec un temps superbe et un bon vent. » Je fus fortement attiré par une voix trahissant à peine un léger accent Transatlantique ; elle avait un ton calme et tranquille, comme celle d’un homme brave marchant à la rencontre d’une irrésistible douleur ou d’un ennemi, attristé par une agonie anticipée : il prévoyait, avec trop de raison, et la lourdeur de l’atmosphère et la furie de l’orage à venir. Encore un combat et une escalade, et nous étions en fin à bord. Il y eut quelque soulagement à quitter le misérable petit navire tou t mouillé pour le pont de l’Asia ; bien qu’encore un peu inconsistant, il oscillait à la fa çon tranquille et posée d’un puissant vaisseau de ligne. Une demi-heure mit fin au long courant des paquets de la malle, et les lourdes balles de journaux furent embarquées : alor s on lâcha les amarres et l’on entendit l’écho affaibli des acclamations venant de la terre — qui pouvait être bien enthousiaste par une semblable matinée ? — les gran des roues se mirent à tourner lourdement et avec tristesse, comme en haine du rud e travail qui les attendait ; et, ma foi ! nous étions partis. Les vagues et le temps devinrent de plus en plus terribles lorsque nous approchâmes des eaux bleues : et au moment où nous dépassions le vaisseau fanal, nous aperçûmes un gros navire dérivant d’une manière désespérée. « Pas d’espoir — dirent les marins — il va vers les brisants des bancs de sable du Nord. » Il avait essayé de marcher sans pilote, et les nôtres semblaient penser que so n sort était le plus juste des châtiments ; mais pour des spectateurs désintéressé s et n’appartenant pas à la profession, c’était un spectacle triste et quelque peu décourageant. Ainsi les présages, les augures, aussi bien que le vent, tout était contre nous,
La Destruction s’étendait sur la mer.
Pendant toute la journée et toute la nuit, l’Asiaroula et se vautra à travers les vagues écumantes du Canal, secouant ses passagers bien rudement, à cause de sa lutte avec les eaux de la haute mer qui se faisaient déjà sentir. Treize heures d’une rude navigation nous amenèrent à peine en vue de Holyhead. Le vent se modéra vers le matin, et nous courûmes le long des côtes d’Irlande, sous un ciel bleu, pour arriver en vue de Queenstown peu de temps après le coucher du soleil. Pendant ce temps j’avais fait connaissance avec mon compagnon de cabine, et sur ce point je fus singulièrement favorisé. M. était un Parisien pur sang, et un bel échantillon de son espèce. Petit de taille et de minces proportion s — point vraiment important lorsque l’espace est si limité — doué d’une voix peu sonore , évitant tous mots ou tous gestes inutiles, d’une propreté délicate dans sa personue et dans son costume — nul n’aurait pu choisir un plus aimable compagnon. Dans les circonstances présentant quelque difficulté, je puis certifier qu’il s’est toujours conduit avec une modestie et un décorum parfaits : il conservait miraculeusement son équilibre, lorsque depuis longtemps déjà il avait perdu sa ligne perpendiculaire : il ne tomba sur moi qu’u ne seule fois (dormant sur un sopha, j’étais exposé sans défense à de tels accidents) ; mais, dans cette circonstance, ce fut aussi légèrement que le duvet d’un chardon. Dans les rares occasions où le mal de mer surpassait sa force de résistance, il cédait à cett e impérieuse destinée sans un gémissement, sans une plainte ; s’enveloppant dans de maigres couvertures, il se glissait par degrés jusque dans sa couche, et là il arrangeait ses petits membres avec une grâce Césarienne. Sa politesse ne pouvait être mise en dé faut ni lassée ; il était anxieux de déférer et de se conformer même à mes préjugés d’insulaire. Ayant découvert que j’avais l’habitude d’une immersion quotidienne dans l’eau f roide — action qui ne peut être accomplie sans beaucoup de fatigue et de peine et sans friction de l’épiderme — il jugea convenable de faire semblant de se livrer à un pare il exercice, bien que rien ne l’aurait
décidé à s’exposer à un si inutile danger. Ses efforts, pour me tromper sur ce point, sans s’exposer lui-même, étaient ingénieux et adroits à l’excès. Assis dans le salon aux heures les plus mal choisies du jour ou de la nuit, il s’écriait : — « J’ai l’idée de prendre bientôt mon bain ! » — ou il parlait, avec un frisson de souvenir, du plongeon imaginaire qu’il avait fait dans la matinée. Je ne sais pas si je ne serais pas toujours resté dans l’erreur, si ma curiosité ne m’avait pas amené à questionner lesteward ;mais jamais par un mot ni par un regard je n’ai cherché à contester la réalité de ce bain de Barmecide. A toutes ses autres qualités accomplies, M. joignait un fort joli talent au piquet, nos forces étaient même assez bien assorties pour que la lutte fût intéressante avec un enjeu presque nominal. C’est ainsi que nous passâmes beaucoup d’heures agréables — dans les temps de brouillard, de pluie ou de tempête. Nous ne formions pas une nombreuse compagnie — en t out trente-trois personnes : peu d’amateurs voyagent pendant cette inclémente saison. Je ne connaissais qu’un autre Anglais à bord, officier dans la Brigade des Carabiniers, retournant au Canada après un congé de santé. Parmi les Américains se trouvait Cy rus Field, l’ardent promoteur du Télégraphe Atlantique, accomplissant (à ce qu’il a dit, je crois) sa trentième traversée depuis cinq ans. Il était certainementenposition d’être affranchi des effets de l’Océan, si une intime connaissance de chaque brasse, de sa pro fondeur et de sa largeur peut fonder une prétention. Eh bien ! je fus grandement surpris par la suite de voir tant de science et d’expérience céder si facilement à la co mmune faiblesse de l’humanité à la mer. M. Field me dit que, malgré le temps effroyable auquel leNiagara et l’Agamemnon furent exposés lors de la première tentative pour immerger le câble, il n’éprouva jamais la moindre sensation de nausée ; le corps n’avait pas le temps de souffrir tant que l’esprit n’était pas relevé de ses préoccupations. Trois jours après avoir quitté Queenstown nous trouvâmes les vents d’ouest soufflant d’une manière soutenue et avec force ; mais ce ne fut pas avant l’après-midi du jour de Noël que la mer commença à se soulever sérieusement, et le temps à faire présager un coup de vent. Alors, l’Atlantique sembla déterminé à prouver qu’il n’y avait rien d’exagéré dans les rapports faits sur les dangers d’une traversée d’hiver. Le vent souffla avec une force toujours croissante pendant toute la journée du Vendredi, et après un court apaisement, le Samedi — comme pour reprendre halein e pour le dernier assaut — la tempête atteignit son point le plus élevé, et diminua lentement, nous laissant des gages palpables de sa visite, sous forme d’avaries à nos embarcations, et par la destruction de tous nos bordages en ayant de la dunette. Je m’imag ine que la tempête n’eut rien d’extraordinaire, et que, dans un solide navire aya nt de l’eau en abondance pour ses manœuvres, il existe peu de réel danger ; mais quan t à l’intensité du malaise qu’on éprouva, ceci ne fait pas question. J’en parle avec une légitime amertume, car pour ce qui est des nausées quelles qu’elles soient, je les connais peu ou point ; mais — ô mon ennemi ! — si j’étais assuré que vous êtes sur l’At lantique, endurant, rien que pendant une semaine, le temps que nous avons eu à supporter , je rabattrais beaucoup de mon animosité, rassasié que je serais dé vengeance. A moins qu’il ne soit complétement abattu par la ma ladie, tout voyageur possède un appétit avide ; les choses étant ainsi, est-il rien de plus exaspérant que d’avoir à attraper une espèce de dîner en forme de diorama où les plat s représentent une série de tableaux fondants, — le mouton et le bœuf d’un âge mûr sautent autour de vous avec une gaieté qui n’appartient qu’aux agneaux et aux v eaux vivants — tandis que le proverbe « de la coupe aux lèvres » devient une vérité évidente que les faits se chargent perpétuellement d’illustrer ? Est-il aussi bien agr éable, lorsqu’on est tombé dans un vague assoupissement, de sentir l’humidité se mêlan t d’une manière étrange à vos