Genet, Proust : chemins croisés

Genet, Proust : chemins croisés

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419 pages
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La rencontre et la confrontation de Genet et de Proust semblent des plus surprenantes. Jean Genet serait un écrivain sans modèles et sans parenté littéraires. Marcel Proust aura charmé et influencé de nombreux artistes. Le poète autodidacte, criminel et sulfureux, ferait-il partie des héritiers du grand romancier, auteur de la Recherche ? Cette étude invite le lecteur à entrer au coeur des salons et du bagne, à aller du côté de Combray et du côté de Mettray, afin d'interroger deux esthétiques, deux écritures jumelles et pourtant radicalement autres.

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Ajouté le 01 novembre 2010
Nombre de lectures 107
EAN13 9782296448353
Langue Français
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GENET, PROUST : CHEMINS CROISÉS
Critiques Littéraires Collection dirigée par Maguy Albet Dernières parutions Aude MICHARD,Claude Simon, La question du lieu, 2010. Amel Fenniche-Fakhfakh,Fawzia Zouari, l'écriture de l'exil, 2010. Maha BADR,Georges Schehadé ou la poésie du réel, 2010. Robert SMADJA,De la littérature à la philosophie du sujet, 2010. Anna-Marie NAHLOVSKY,La femme au livre. Itinéraire d'une reconstruction de soi dans les relais d'écriture romanesque (Les écrivaines algériennes de la langue française), 2010. Marie-Rose ABOMO-MAURIN,Tchicaya ou l'éternelle quête de l'humanité de l'homme, 2010. Emmanuelle ROUSSELOT, Ostinato, Louis-René des Forêts. L'écriture comme lutte, 2010. ConstantinFROSIN,L'autre Cioran, 2010. Jacques VOISINE,Au tournant des Lumières (1760-1820) et autres études, 2010. Karine BENAC-GIROUX,L’Inconstance dans la comédie duXVIIIe siècle, 2010. Christophe Désiré Atangana Kouna,La symbolique de l’immigré dans le roman francophone contemporain, 2010. Agata SYLWESTRZAK-WSZELAKI,Andreï Makine : l’identité problématique, 2010. Denis C. MEYER,Monde flottant. La médiation culturelle du Japon de Kikou Yamata, 2009. Patrick MATHIEU,Proust, une question de vision, 2009. Arlette CHEMAIN (Textes réunis par),« Littérature-Monde » francophone en mutation, 2009. Piotr SNIEDZIEWSKI,: le silence et la modernitéMallarmé et Norwid poétique en France et en Pologne, 2009. Raymond PERRIN,Rimbaud : unpierrotdansl’embêtement blanc. Lecture de La Lettre de Gênesde 1878, 2009. Claude MAILLARD-CHARY,Paul Éluard et le thème de l’oiseau, 2009. Idrissa CISSÉ,Césaire et le message d’Osiris, 2009. Christine RAMAT,Valère Novarina. La comédie du verbe, 2009. David N’GORAN,Le champ littéraire africain, 2009.
Myriam BENDHIF-SYLLAS
GENET, PROUST : CHEMINS CROISÉS
L’Harmattan
© L’Harmattan, 2010 5-7, rue de l’Ecole polytechnique ; 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-296-13293-1 EAN : 9782296132931
ABRÉVIATIONS UTILISÉES GENET L’édition utilisée pourNotre-Dame des-Fleurs,Miracle de la rose,Journal du voleur etUn captif amoureuxFolio » est celle de Gallimard, collection « . L’édition utilisée pourPompes funèbres etQuerelle de Brest est celle de Gallimard, collection «L’Imaginaire». Toutes les citations des pièces de théâtre et des textes s’y rapportant sontextraites de l’édition de« la Bibliothèque de la Pléiade » publiée sous la direction de Michel Corvin et Albert Dichy, 2002 ; celles concernant le scénario duBagnede l’édition L’Arbalète.NDFNotre-Dame des-FleursMRMiracle de la rose PFPompes funèbresQBQuerelle de Brest JVJournal du voleur CAUn captif amoureuxBs Scénario duBagneBp Version théâtrale duBagneBLe BalconFFragments…L’AtelierL’Atelier d’Alberto GiacomettiLe Secret Le Secret de Rembrandt PROUST Toutes les citations d’À la recherche du temps perdusontempruntées à l’édition de « la Bibliothèque de la Pléiade » publiée sous la direction de Jean-Yves Tadié, 4 vol., 1987-1989. Elles sont indiquées par R. suivi du numéro de volume et du numéro de page.  Les citations de laCorrespondance générale de Marcel Proust proviennent de l’édition menée par P. Kolb en 21 volumes chez Plon, 1970-1993. Elles seront indiquées par Corr. suivies du numéro de volume et du numéro de page.  Contre Sainte-Beuve, précédé dePastiches et Mélangeset suivi deEssais et articles, éd. Pierre Clarac et Yves Sandre, Paris, Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », 1971. Ce volume sera abrégé en CSB.
AVANT-PROPOS Proust et Genet, deux écrivains bien connus, deux monstres sacrés de la littérature,étudiés à maintes reprises. Pourtant leur confrontation n’a pas encore eu lieu, et pour cause : tout semble les séparer et même les opposer. Que peuvent avoir en commun le romancier mondain, fragile et extravagant, observateur des salons de la Belle Époque et le dramaturge sulfureux des Paraventset peintre de la pègre ? Rien, à première vue., repris de Centrale Comment comparer la monumentale somme proustienneÀ la recherche du temps perdu avec des récits restés confidentiels et des pièces de théâtre ? Cela ne semble guère envisageable. Quelle ressemblance trouver entre une écriture arborescente, tissée de métaphoreset tendue vers l’expression d’une vision intérieure unique et un style mêlantmaniérismes et termes d’argot? Aucune assurément. Et pourtant, nous prétendons que l’étude conjointe de ces deux auteurs est possible, que la mise en parallèle de leurs parcours et de leurs vies, de leurs œuvres et de leurs formes d’écriture recèle de surprenantes découvertes. Mais afin d’y parvenir, encore faut-il dépoussiérer les apparences et les vieilles légendes. Les images évoquées précédemment ne sont-elles pas autre chose que des caricatures, des clichés empêchant de prime abord de possibles rapprochements ? Nous commencerons par ôter les masques de chacun et par déconstruire les présupposés qui brouillent l’appréhension de leurs œuvres et de leurs cheminements, et qui, de ce fait, rendent la rencontre comme la confrontation, impossibles. Il s’agira, dès lors, partant d’idées toutes faites, de démontrer la part du vrai et du faux, de tisser ou de défaire la toile de leurs relations. Ainsi, de prétendus écrivains homosexuels écrivent-ilssur l’homosexualité, des hommes enfermés par la maladie ou en prison se vouent-ils à la littérature, des hommes se dévoilent-ils par le recours à une écriture personnelle ?L’écrivain est un personnage.Le premier de son œuvre. Celuiqui partage avec elle la première de couverture. Qui est-il? Tout d’abord, le sujet d’une histoire somme toute banale dans le milieu des lettres : un homme qui écrit et qui cherche à être lu.Ensuite, c’est un individu qui se met en scène, écrivain et écrivant dans ses œuvres. Il se crée des doubles, artistes ou non, meilleurs ou plus mauvais que lui.Son œuvre,c’est un style.Suivre Genet lecteur de Proust, partir en quête des traces de laRecherchedans ses œuvres,implique également de lire Proust à travers le prisme de Genet. L’un reflète l’autre; la rencontre et la confrontation éclairant chacun d’un jour nouveau.Notre propos n’est pas de bafouer l’ordre de l’histoire littéraire, ni de 1 mettre en évidence des formes de « plagiat par anticipation » . Le choix de rapprocher Proust et Genet repose sur la volonté de comparer des auteurs qui nous ont semblé majeurs et marqués par une forme de radicalité. Plutarque dans
1 Pierre Bayard,Le Plagiat par anticipation, Paris, Les Éditions de Minuit, 2009.
sesVies parallèlesassocie des figures illustres qu’il emprunte auxmondes grec et latin. Il n’hésite pas à faire se rencontrer des personnalités fort différentes et à les raconter dans le but de comparer leurs parcours, leurs réussites et leurs erreurs. Par ailleurs il nous a paru intéressant de mettre au jour une parenté cachée dans l’histoire de l’écrivain orphelin. La filiation avec Cocteau s’impose,Genet revendique celles avec Dostoïevski ou Rimbaud. Sur Proust, peu de mots. Ce travail relève de la gageure, peut-être, mais son assise et sa démarche scientifiques espèrent emporter l’adhésion, passée les premières interrogations quant à son bien-fondé. Nous avons choisi d’embrasser toute l’œuvre de Genet –à l’exception de la seule poésie–, comme l’ensemble delaRecherche, afin d’établir les différents mouvements, parfois contradictoires qui unissent les œuvres de Genet à celle de Proust. Il ne s’agit pas d’un simple jeu d’école,de la réécritured’un volume de Proust, sous laforme d’un pastiche tantôt sacrilège, tantôt malicieux et élogieux, maisd’une présence forte au sein de l’écrituregenétienne, de ses modalités et de ses structures, sans doute l’une des fondations de sa formation et de son projet. Il aurait été possible de se concentrer sur un seul roman de Genet, 1 comme sur les volumes de la Recherche explicitement cités . De telles études peuvent être menées afin d’approfondir notre propos.De ce fait, nous avons suivi l’évolution chronologique qui, chez cet auteur, donne lieu à trois grandes périodes de création privilégiant chacune un genre littérairela notion même de genre impliquant chez Genet son hybridation et sa subversion. Ensuite, au-delà d’une miseen évidence de sources littéraires, ces deux œuvres, mais aussi ces deux parcours d’hommes et d’écrivains que tout semble opposer, comportent de nombreuses ressemblances, des rencontres inattendues. Leurs différences recèlent de secrètes parentés, tandis que leurs points communs toujours les séparent, dévoilant divergences et variations. Genet renvoie à son modèle un miroir où ce dernier vient se refléter, engageant ainsi un dialogue par-delà les règles du temps, où chacun se distingue tout en se rapprochant de l’autre, où la confrontation apporte un regard neuf, une vision renouvelée. La mise en parallèle de ces écrivains et de leurs ouvrages respectifs met en œuvre plusieurs notions. Celle d’influence permetd’embrasser de nombreux 2 phénomènes : des relations intertextuelles aux mouvements inconscients, des 1  Alain Buisine, « Proust et Genet, floralies en tous genres »,Magasine Littéraire, n° 313, sept. 1993, p. 42-45, repris et augmenté dansRoman 20/50, n°Jean-Bernard20, déc. 1995, p. 5-13. Moraly « Les cinq vies de Jean Genet »,Les Nègres au port de la lune, éd. de la Différence, 1987, p. 22 : «Notre-Dame-des-Fleurs,À l’ombre desJeunes filles en fleurs: mêmes livres à la composition complexe, à la fois romans, réflexions esthétiques, philosophiques. Même rythme de la phrase, même musicalité, même emploi d’un «je » trompeur ». 2 Les ouvrages suivants ont éclairé notre démarche : Gérard Genette,Palimpsestes, La littérature au second degré, Paris, Seuil, « ; Nathalie Piégay-Gros,Points Essais », 1982 Introduction à l’intertextualité, Paris, Dunod, 1996, p. 7 : «L’intertextualité est donc le mouvement par lequel un texte récrit un autre texte, et l’intertexte l’ensemble des textes qu’une œuvre répercute» ;
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