Géographies esthétiques de l

Géographies esthétiques de l'imaginaire postcolonial

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280 pages
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Le présent ouvrage, qui s'inspire des travaux de Mikhaïl Bakhtine, Michel Foucault, Edward Said et Edouard Glissant, propose la première lecture comparative faite de la production littéraire, de deux écrivains, parmi les plus représentatifs au sein de la francophonie actuelle : Patrick Chamoiseau (Martinique) et Ahmadou Kourouma (Côte d'Ivoire).

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Ajouté le 01 septembre 2011
Nombre de lectures 12
EAN13 9782296468481
Langue Français
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Géographies esthétiques de l’imaginaire postcolonial
Écriture romanesque et production de sens chez Patrick Chamoiseau et Ahmadou Kourouma
PALINURE Etudes de littérature générale et comparée Collection fondée et dirigée par Daniel-Henri Pageaux
« Et l·endroit aura éternellement le nom de Palinure. (Ó) Il se réjouit qu·une terre porte son nom » Virgile,lEnéide, VI, 381-383
La collection accueille des études de littérature générale et comparée, avec une attention particulière portée aux relations interculturelles, aux questions de poétique, aux rapports entre les lettres et les arts, aux littératures en situation émergente ou dans un contexte postcolonial. Dans sa volonté de s·ouvrir largement sur les lettres et les espaces culturels les plus divers, elle invoque le patronage d·un navigateur illustre, immortalisé par Virgile.
Volumes publiés
Germain-Arsène Kadi,Le champ littéraire africain depuis 1960 : Roman, écrivains et sociétéivoiriens, 2010. Georges Bê Duc,Zhou Zuoren et lessai chinois moderne, 2010. Michel Gironde,Carlos Fuentes entre hispanitéet américanité, 2011.
Heidi BOJSEN
Géographies esthétiques de l’imaginaire postcolonial
Écriture romanesque et production de sens chez Patrick Chamoiseau et Ahmadou Kourouma
L’Harmattan
© LªHarmattan, 2011 5-7, rue de lªEcole polytechnique ; 75005 Paris
http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-296-56452-7 EAN : 9782296564527
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À Emma
En honneur des femmes, des hommes et des enfants qui, dans des conditions sous-privilégiées ou hostiles, continuent à imaginer et à vivre le monde et ses espaces, dans une mise-en-Relation
Remerciements
Ce livre est le résultat d·un travail qui a duré plusieurs années. Il n·aurait pas été possible sans l·aide de nombreux amis et de collègues qui ont patiemment lu et commenté différentes versions et extraits du manuscrit. Je tiens ainsi à remercier Annie Bazin et JohanMalki Jepsen dont les conseils et les précisions m·ont encouragée à poursuivre ce travail malgrédes circonstances souvent difficiles. Dans ses cours à l·Universitéd·Aarhus dans les années 1990, Prem Poddar a fait une présentation des enjeux majeurs du champ de la recherche postcoloniale et il a fait connaître plusieurs textes centraux à sesétudiants dont je faisais partie.Àla même période, Jacques Caron m·a introduite à l·œuvre de Patrick Chamoiseau et ses commentaires ontétéindispensables pour l·accomplissement de mon travail. Je voudrais signaler ma reconnaissance la plus sincère pour l·intérêt qu·ils ont portéà mon travail. Par ailleurs, je remercie Bernard Mouralis, Romuald Fonkoua, Celia Britton et Jørn Boisen qui ont lu des versions précédentes de certains chapitres et qui ont pris le temps de me donner des références et des conseils pertinents. D·autres amis et collègues ont eu la gentillesse de communiquer leur intérêt et leurs avis sur mon travail à un moment donnéou à un autre de sa rédaction. Parmi ces derniers, je tiens à remercier Joan Anim-Addo, Pierre-Philippe Fraiture, Jeanne Pontoppidan, Samia Kassab, Renée Gossen et Robert Fotsing, sans oublier la patience et les conseils du directeur de « Palinure», Daniel-Henri Pageaux. Merci à Jacob, Jette, Lena, Emma et Esben qui m·ont encouragée pendant de différentesétapes de mes recherches. Sans pouvoir tous les mentionner par leurs noms, je voudrais remercier tous mes collègues, mes amis et ma famille qui m·ont patiemment soutenue au cours de ce travail. H. B.
Introduction Esthétique et résistance
Pour enrayer la violence, il faut inscrire son geste à cette exacte place. Le calme policier nest pas lordre des peuples. (Patrick Chamoiseau 1997a)
Lors d·un entretien donné en 1986, l·écrivain ivoirien Ahmadou Kourouma (1927-2003) se prononçait sur une question portant sur le fonctionnement postulé de l·écrivain en tant que porte-parole d·un groupe quel qu·il soit.
L·écrivain en Afrique n·a pas la même fonction que l·écrivain français. En France il y a une presse qui joue un rôle critique [...]. En Afrique nous devons cumuler. Comment écrire dans un pays où il n·existe pas de liberté sans faire allusion à cette situation ? On passe pour un lâche, un amuseur de foire quand on parle de tout sauf de ce qui préoccupe nos lecteurs (Kourouma, propos recueillis par Magnier 1986 : 14)
Porte-parole non, voix critique oui. Pour Kourouma et beaucoup d·autres écrivains africains de sa génération, l·écriture n·est pas uniquement un travail esthétique ou de l·art. Or, si la critique et la résistance aux conditions oppressives semblent jouer un rôle central pour Kourouma, son innovation esthétique dans le champ littéraire n·est pas moins importante. La critique littéraire a surtout remarquéson français malinkisé. Toutefois, il y a d·autres aspects de l·esthétique de Kourouma qui méritent d·être notés. La préoccupation de résister par la conception d·une esthétique littéraire se retrouveégalement de l·autre côtéde l·Atlantique, chez Patrick Chamoiseau (1953-),écrivain martiniquais, qui lui aussi se voudrait une voix critique et innovatrice dans ce qu·il nomme un contexte de « domination » dans son essai 1 Écrire en pays dominéson œuvre a suscit(1997). Si éune critique beaucoup plus variée et extensive que celle de Kourouma, la lecture qui suit va quand même porter sur le rapport entre son intention de « résister » et son esthétique particulière.
1 En faisant référence à l·histoire martiniquaise, Chamoiseau distingue entre la domination qui s·est effectuée par la traite et par l·esclavage, ensuite une domination politique et sociale par la dédomination insidieuse partementalisation en 1948 et enfin une « » par l·influence de la globalisation (Chamoiseau 1997a : 23).
Je m·appuierai surtout sur la partie de l·esthétique qui porte sur la façon qu·a l·individu de se relier au monde, c·est-à-dire aux gens, à toutes sortes de matérialités et à l·espace. En ce qui concerne les récits littéraires, l·une de ces façons se rapporte à la représentation, entendue comme la production du sens. Pour les œuvres d·art, la production du sens ne repose pas uniquement sur un système clos de définitions et de régularités sémiotiques, elle naît dans la rencontre de ces définitions et de ces régularitésetde la réception et de l·interprétation de l·expression artistique. La réception et l·interprétation des œuvres d·art provenant d·autres contextes sociaux et culturels que ceux du regard critique peuvent engendrer des confrontations ou des négociations des imaginaires. Ceci est une problématique bien connue de l·histoire anthropologique aussi bien que de l·histoire culturelle des arts. De temps en temps, on a pu observer des résistances de la part des producteurs des œuvres d·art contre ces traditions épistémologiques qui les auraient dotés de qualités ou de sens erronés. Or, en lisant les œuvres de Kourouma et de Chamoiseau ensemble, nous comprendrons qu·une telle « résistance » ne signifie pas nécessairement confronter des idéologies, des ordres sociaux ou des traditions esthétiques entre elles, elle consiste autant en la tentative de créer du nouveau, de bouleverser les idées connues ou, du moins, d·entrer en dialogue avec l·imaginaire du lecteur.
Représentation littéraire
Dans un article publié en 1984, Homi Bhabha, l·un des chefs de file du courant critique qui sera connu à partir des années 1980 et 1990 comme les recherches postcoloniales, situe la question de la représentation textuelle dans le rapport entre les sujets de l·énoncé et ceux de l·énonciation. Selon Bhabha, une investigation sur ce rapport aidera à comprendre en quoi le discours de l·histoire littéraire s·est appuyé sur l·idée d·une origine, d·une part, et d·autre part, sur la vocation qu·avait la critique littéraire de révéler la réalité potentielle qui résiderait dans les œuvres littéraires (Bhabha 1984 : 93-94). Bhabha se réfère à l·exemple de Foucault pour indiquer les résultats d·une critique littéraire qui voit la littérature comme un ensemble qui ne donne pas d·accès direct au sens de la réalité ; il vaudrait mieux dire que les liens de référence entre récit littéraire et « réalité » sont « transformateurs », historiques et relationnels plutôt que révélateurs. DansLArchéologie du savoir(1969), Foucault propose d·analyser les discours comme « des pratiques qui forment systématiquement les objets dont ils parlent. Certes, les discours sont faits de signes ; mais ce qu·ils font, c·est plus d·utiliser ces signes pour désigner des choses » (Foucault 1969 : 67). C·est cela qui, parmi d·autres références, a incité Bhabha à souligner que le texte ne reflète pas la réalité, il produit de la signification qui est construite dans un 10