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Guyane française - Étude sur son administration et ses richesses aurifères

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108 pages

N’est-ce pas au moment où l’on crée, pour le détruire aussi vite, un ministère des colonies, et où le Jardin d’Acclimatation expose un spécimen de la tribu des Galibis qu’il convient d’attirer les regards sur notre colonie de la Guyane.

Pour y aborder on part de St-Nazaire sur un beau transatlantique, à la marche trop lente pour les progrès du jour, mais où l’on se trouve fort bien, malgré les critiques acerbes de quelques individualités qui pensent ainsi se relever et faire croire que chez elles, les ortolans sont l’ordinaire de la table, et que le velours et le satin seuls règnent au salon : petite faiblesse de l’humaine nature.

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Ernest Nibaut

Guyane française

Étude sur son administration et ses richesses aurifères

GUYANE FRANÇAISE

Étude sur son Administration et ses Richesses aurifères

Illustration

N’est-ce pas au moment où l’on crée, pour le détruire aussi vite, un ministère des colonies, et où le Jardin d’Acclimatation expose un spécimen de la tribu des Galibis qu’il convient d’attirer les regards sur notre colonie de la Guyane.

Pour y aborder on part de St-Nazaire sur un beau transatlantique, à la marche trop lente pour les progrès du jour, mais où l’on se trouve fort bien, malgré les critiques acerbes de quelques individualités qui pensent ainsi se relever et faire croire que chez elles, les ortolans sont l’ordinaire de la table, et que le velours et le satin seuls règnent au salon : petite faiblesse de l’humaine nature.

Ce brave navire en quatorze ou quinze jours, vous met à la Martinique que la fièvre jaune y existe ou non. De là une annexe vous transporte à Cayenne en six ou sept jours après avoir traversé une partie des Antilles et cotoyé toutes les Guyanes. Sur cette annexe on prend possession de la race noire et de la saleté qui lui est inhérente ; rien de nauséabond comme cet intérieur de petit navire si ce n’est sa cuisine.

On arrive enfin, heureux de pouvoir mettre le pied sur la terre ferme ; à moins que le conseil sanitaire, être omnipotent et irascible, n’en juge autrement et ne vous envoie pendant une vingtaine de jours en pâture aux moustiques de Larivot, lazaret de la bonne ville de Cayenne.

Nous ne voulons pas refaire un précis historique de la Guyane découverte en 1498 par Christophe Colomb et visitée successivement par Alphonse d’Ojéda, Améric-Vespuce, Vincent Pinçon, Vasco Nunez, Philippe de Hutten et l’anglais Walter Raleigh en recherches de l’El -Dorado ; ni raconter les péripéties d’un aventurier français, La Ravardière, s’y établissant en 1604, ni celles des cultivateurs français qui abordèrent au Sinnamary, ni la fameuse expédition de 1652 entreprise par les associés de Rouen sous le titre de Compagnie de la France équinoxiale, ni celle des seigneurs, ni celle de 1763, semant douze mille cadavres entre Kourou et les îles du Salut, ni les différentes guerres entre Français, Anglais et Hollandais.

A cette première époque notre colonie guyanaise comprenait tout le territoire existant entre l’Orénoque et les Amazones ; aujourd’hui cinq Guyanes se partagent cette immense étendue : la vénézuélienne, l’anglaise, la hollandaise, la française et la brésilienne.

En ce qui regarde notre colonie, nous n’avons plus actuellement, sans contestation, que la partie comprise entre le Maroni et l’Oyapoc, 370 kilomètres de côtes ; et cela grâce à notre criminelle indolence à l’égard de nos colonies, puisque nous n’avons pu, depuis le traité d’Utrecht (1713), faire délimiter la partie sud de la Guyane française qui reste en réserve entre le Brésil et nous sous le nom de territoire contesté, encore que nos droits soient incontestables ; mais notre diplomatie a bien d’autres choses à faire depuis deux siècles que de s’occuper d’une pareille misère, et, d’ailleurs, quand on songe que la Guyane représente une superficie égale à plus d’un tiers de la France et qu’elle n’a que dix-sept mille habitants on conçoit le dédain diplomatique envers cette pauvre conquête.

Cayenne, bâtie vers 1635, située 4° 56’ 28” latitude N., 54° 38’ 45” longitude O., est une ville fort laide, dont le port a peu de fond. C’est une ville endormie, sans activité, sans travail, sans industrie, et comme tout ce qui a horreur du travail, sans honneur. La population noire ou métis y donne une triste idée des progrès obtenus par l’abolition de l’esclavage : tout cela se vautre dans la fange, fange où vient barboter tant soit peu la race blanche. Ces nègres émancipés sont plus orgueilleux encore qu’ils ne sont ignorants ; mais ils sont républicains et français, pendant que nous sommes des étrangers dans leur pays. Les métis méprisent autant les noirs que les blancs ; mais, dans ce mépris, on devine la haine et l’envie : plus intelligents, moins ignorants, ils cherchent la richesse dans un commerce interlope ou dans des opérations du même genre. Quand la bonne foi sera bannie du reste de la terre, il ne faudra pas la venir chercher en ce pays, car elle y est complètement inconnue.

Un exemple amusant de l’ignorance dont nous parlons. M.G..., président de la défunte Chambre de commerce, remerciant un jour ses collègues, leur disait : Messieurs, soyez convaincus que mon estime vous est acquéri — acquis, acquis, lui souffla un avocat, son voisin. — A qui, messieurs, reprend-il majestueusement, mais à vous tous !

La Guyane française est une immense ruine où tout respire l’abandon. Pas d’industrie locale, pas d’agriculture, pas d’exploitation forestière, pas de commerce, si ce n’est celui d’importation pour les besoins de la population recevant tout du dehors.

Depuis 1848, où l’abolition de l’esclavage a été décrétée, la ruine va chaque jour creusant de plus en plus son gouffre. La culture des cannes à sucre et sa fabrication sont mortes : quelques grandes cheminées marquent encore l’endroit où furent les usines, c’est tout. Les plantations de caféïers, de cacaoyers, de girofliers, de poivriers, de rocou sont abandonnées et perdues.

Dérision humaine ! pendant que tout un pays meurt, chaque année une douzaine de vieilles barbes se réunissent dans un banquet pour acclamer et couronner l’un d’eux comme un émancipateur des peuples, un bienfaiteur de l’humanité !

Mais, pauvres idiots que vous êtes, venez donc voir l’œuvre produite ; et, quand partout, vous aurez vu le néant et la ruine ; quand partout vous aurez vu cette race soi-disant délivrée, émancipée, n’être qu’une race dégradée, sans un sentiment ni d’honneur, ni de patrie, pas même de paternité ! ! être retombée sous un joug au moins aussi dur que le précédent, le servage, succédant à l’esclavage, vous vous demanderez si vous avez droit à vos couronnes et si ceux qui savent n’ont pas, eux, le droit de vous écraser de leur méprisant dédain alors que vous osez vous asseoir à votre banquet ridicule !

La ruine est consommée, la Guyane est morte ; scellez sa tombe et n’en parlons plus ! La France n’est-elle pas assez riche pour se payer, au prix de ses colonies, quelques hommes illustres, de bêtise amère, d’inconséquences ruineuses. Mais la moribonde s’agite dans le cercueil où les hommes l’ont clouée ; elle proteste : elle n’a plus rien sur son sol, c’est vrai ; tout est ruine, c’est vrai ; elle n’a aucune industrie, c’est encore vrai ; plus de commerce, car tout a sombré, tout a été détruit ; mais dans son sein il y a de l’or ! entendez-vous ce mot magique : de l’or ! !

Après un moment d’incrédulité, quoique dès 1855 M.J. Couy, commissaire commandant le quartier de l’Approuage, constata officiellement la présence de l’or dans les sables alluvionnaires de la crique Arataie, affluent de l’Approuage, chacun, en 1867, se jeta dans la bagarre. C’était la fièvre de l’or qui s’emparait de la population, et tout aujourd’hui converge vers ce même point : la production de l’or.

La Guyane sera-t-elle notre EL DORADO ? Hélas ! tout ce que l’on y voit dispose peu à croire que notre pays de France en retirera jamais un grand profit ; car, au lieu de favoriser cette industrie naissante en lui laissant la plus grande somme de liberté et toute initiative aux hommes qui, les premiers, s’en vont frayant cette voie nouvelle au bout de laquelle on entrevoit la richesse, l’instruction, l’indépendance de toute une population deshéritée, l’administration coloniale, dans son désir jaloux de le protection inepte, a trouvé et trouvera le moyen d’entraver tout l’essor d’une exploitation qui, seule, au jour où nous sommes, peut sauver la colonie.