Histoire de la littérature française

Histoire de la littérature française

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362 pages

Description

Le pays qui s’appelle aujourd’hui France portait autrefois le nom de Gaule. Ses habitants étaient les Gaëls ou Gais, plus communément désignés par le nom de Gaulois. L’histoire nous raconte qu’ils étaient de haute taille, qu’ils avaient le teint blanc et qu’ils aimaient les expéditions lointaines. Caton l’Ancien disait : « La nation gauloise aime passionnément deux choses, bien combattre et finement parler. »

La langue des Gaulois était le celtique, ainsi nommé d’une de leurs peuplades, les Celtes.

Fruit d’une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.


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Date de parution 10 mai 2016
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EAN13 9782346066377
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

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À propos deCollection XIX
Collection XIX est liothèque nationaleéditée par BnF-Partenariats, filiale de la Bib de France. Fruit d’une sélection réalisée au sein des prestigi eux fonds de la BnF, Collection XIXsiques et moins a pour ambition de faire découvrir des textes clas classiques de la littérature, mais aussi des livres d’histoire, récits de voyage, portraits et mémoires ou livres pour la jeunesse…
Édités dans la meilleure qualité possible, eu égard au caractère patrimonial de ces e fonds publiés au XIX , les ebooks deCollection XIX sont proposés dans le format ePub3 pour rendre ces ouvrages accessibles au plus grand nombre, sur tous les supports de lecture.
Ernest Lugrin
Histoire de la littérature française
Depuis ses origines jusqu'à la fin du XVIIIe siècle
AVANT-PROPOS
En composant pour mes élèves unRésumé de l’histoire de la littérature française au e XIXsiècle,vail par un nouveauintention était de compléter plus tard mon tra  mon volume renfermant une histoire générale de la litté rature française, dès les origines jusqu’à la fin du siècle dernier. Ce projet se trou ve réalisé aujourd’hui. Dans ce second ouvrage — que dans l’ordre logique j’aurais dû prép arer en premier lieu — j’ai cherché également à distinguer entre ce qu’il y a de plus e ssentiel, et ce qui, dans un cours élémentaire, peut être laissé de côté sans trop d’i nconvénient. C’est ainsi que les matières les plus importantes ont été traitées dans des chapitres spéciaux, tandis que j’ai rejeté dans des sections ou des alinéas imprim és en petit texte les considérations générales, les analyses d’ouvrages et les biographi es d’écrivains secondaires. Je me hâte d’ajouter que je n’ai pas voulu par là enchaîn er la liberté de choix de MM. les professeurs qui auraient l’intention de se servir d e mon ouvrage ; rien, en effet, ne les empêche de modifier à leur convenance le partage qu i m’a paru le plus approprié à mon enseignement. Il n’est pas besoin, je pense, de rappeler ici que la lecture des auteurs est la condition indispensable d’études littéraires vraime nt dignes de ce nom. En ce qui concerne les écrivains français, personne ne peut p rétendre les connaître convenablement, s’il n’a consacré à leurs ouvrages de longues heures de lecture et de méditation. Ces exercices se feront avec choix sans doute ; dans l’enseignement ils seront toujours proportionnés à l’âge, au sexe et a u degré de développement des élèves, mais ils seront aussi peu fragmentaires. qu e possible, car rien ne remplace ce que nous appellerons le contact direct avec les che fs-d’œuvre des poètes et des prosateurs. J’ajoute, en terminant, que l’histoire de la langue elle-même tient une assez large place dans ce volume, et que je me suis efforcé de tenir compte, dans mes appréciations sur les auteurs et leurs écrits, des meilleurs travaux de la critique contemporaine. Bâle, mars 1893. E.L.
Principaux ouvrages consultés.E. Littré : — Histoire de la langue française ; Préface du Dictionnaire de la langue française. — A. Bréchet :Grammaire historique de la langue française. — Karl Bartsch :Chrestomathie e e provençale. — Gaston Paris :La littérature française au moyen âge (XI —XIV siècle). — Charles Gidel :Histoire de la littérature française.D. Bonnefon : — Les er écrivains célèbres de la France (1 vol.). — Paul Albert :La littérature française e (tomes I, II & III). — E. Talbot :Morceaux choisis des grands écrivains du XVI e siècle. — Aug. Brachet :Morceaux choisis des grands écrivains du XVI siècle. — Em. Lefranc :Histoire élémentaire et critique de la littérature française. — A. Vinet :Poètes du siècle de Louis XIV. — Emile Faguet :Etudes littéraires.D. Nisard : — Histoire de la littérature française.Georges Renard : — e De l’influence de l’antiquité classique sur la littérature française de la fin du XVIII siècle.Maurice Albert : — La littérature française pendant la Révolution, etc. — Vapereau :Dictionnaire universel des littératures.
INTRODUCTION
On appellelittérature la connaissance des belles-lettres, c’est-à-dire d es écrits qui, tout en instruisant, s’adressent au cœur, à l’imagi nation ou à la raison. Le langage littéraire est tantôt celui de lapoésie,savoir lesvers,tantôt celui de laprose. La littérature estgénérale ouparticulière,qu’elle embrasse les productions selon des différentes langues, ou qu’elle ne s’occupe que des ouvrages appartenant à une seule langue en particulier. Lorsqu’elle étudie le mouvement des lettres dans un certain nombre de pays placés de façon à avoir entr e eux des relations plus ou moins nombreuses, la littérature générale prend le nom delittérature comparée. Parfois aussi l’histoire littéraire a pour objet un e époque prise isolément, par exemple le moyen âge :l’Histoire de la poésie provençale,par Claude-Charles Fauriel, est une remarquable étude de littérature particuliè re. L’histoire de lalittérature française, c’est l’ensemble des meilleurs ouvrages écrits en français. Elle est intimement liée à l’histoire politique, qu’elle suppose, explique et complète tout à la fois ; et c’est pourquoi il est de la plus grande importance, lorsqu’on étudie les œuvres des écrivains français, de tenir compte des événements politiques, surtout de ceux qui marquent une étape considérable dans les destinées de la France. En outre, pour bien comprendre l’œuvre des poètes e t des prosateurs, il faut accorder une attention particulière au milieu dans lequel ils ont vécu, surtout dans leur jeunesse, ainsi qu’aux circonstances qui ont accomp agné l’éclosion et le développement de leur génie. En un mot, il faut fai re la biographie des auteurs, étude qui présente d’ailleurs le plus vif intérêt.
DIVISION GENERALE
Ce cours se divisera en sept périodes, qui correspo ndent à autant d’évolutions principales de l’esprit français, savoir : 1. Lesoriginestoire de la conquêtede la nation française, période qui comprend l’his de la Gaule par les Romains et leur établissement d ans ce pays ; l’arrivée des peuples germains et la fondation d’une société nouvelle ; l e remplacement de la langue latine vulgaire par le langage roman. 2. L emoyen âge,lequel se développent parallèlement la lang  durant ue du Nord et celle du Midi de la France : la poésie fleurit dans les chants des troubadours et des trouvères ; le drame naît dans les enceintes sacrée s et poursuit sa carrière sur les places publiques ; la prose, encore dans l’enfance, marche de progrès en progrès sous la plume des chroniqueurs et de l’historien Co mmines. e 3. L eXVIsiècle,s de la plus caractérisé entre autres par deux faits historique grande importance : laRenaissanceet laRéforme. 4. L apremière période moderne, qui comprend la fin du règne de Henri IV, la régence de Marie de Médicis, le ministère de Richel ieu et la minorité de Louis XIV. Cette période est marquée dans la poésie par l’infl uence de Malherbe ; l’Académie française est fondée par Richelieu, l’hôtel de Ramb ouillet tient ses réunions littéraires, et Corneille écrit ses quatre grands chefs-d’œuvre dramatiques. e 5. Lerègne de Louis XIV,siècleembrassant les quarante dernières années du XVII et les quinze premières du siècle suivant. C’est un e époque de grandeur dans les arts et la littérature comme dans la politique, mais don t la fin est assombrie par les revers du grand roi et la misère du peuple français. e 6. LeXVIIIsiècle,âge qui se distingue par une grande hardiesse dans les idées, et qui prélude à une mémorable rénovation dans l’état social. 7. L aRévolution française, période de stagnation dans les lettres et de bouleversement dans la société. Cette dernière péri ode s’écoule dans l’espace de dix années environ, c’est-à-dire de 1789 à 1799.
PREMIÈRE PÉRIODE
LES ORIGINES
e (Depuis les temps reculés de l’histoire de la Gaule jusqu’à la fin du X siècle.)
LES GAULOIS. — CONQUÊTE DE LA GAULE
Le pays qui s’appelle aujourd’hui France portait au trefois le nom deGaule. Ses habitants étaient les Gaëls ou Gais, plus communéme nt désignés par le nom de Gaulois.ille, qu’ils avaient le teint L’histoire nous raconte qu’ils étaient de haute ta blanc et qu’ils aimaient les expéditions lointaines . Caton l’Ancien disait : « La nation gauloise aime passionnément deux choses, bien comba ttre et finement parler. » La langue des Gaulois était leceltique,nommé d’une de leurs peuplades, les ainsi Celtes. Mais cette langue n’avait pas de littératur e populaire, parce que tout ce qui constituait les lettres à cette époque reculée se r ésumait en des chants mystérieux, dont les prêtres seuls étaient les dépositaires et qu’ils se transmettaient de bouche en bouche. Les savants se sont efforcés de déterminer dans que lle mesure le celtique a laissé des traces dans le langage français. A cet égard, l eurs recherches n’ont abouti qu’à des conjectures ; en voici quelques exemples. Les s onsè, u, ainsi que l’e muet, seraient d’origine celtique ; il en serait de même des articulationsch etj,que le telles français les emploie, et l’habitude de compter parvingt (quatre-vingts, etc.) aurait son origine dans le langage des Celtes. On peut affirme r d’une manière presque certaine que les débris du celtique sont nuls ou à peu près nuls dans le langage français. Le peu que nous savons du peuple gaulois nous est p arvenu par l’intermédiaire des Romains, qui firent la conquête de la Gaule avec Ju les-César (58 — 50 avant J.-C.). Celle-ci accomplie, la langue celtique, objet de sé dition et de défiance, se cache et se confine dans les classes inférieures de la société, ou dans des retraites inexpugnables, comme les montagnes de l’Auvergne ou les rochers de l’Armorique (la Bretagne). Aujourd’hui encore, les Bretons paraisse nt avoir conservé assez fidèlement la langue et la poésie des Celtes. Longtemps avant la conquête romaine, c’est-à-dire v ers l’an 600 avant J.-C., des Grecs, venus de Phocée, avaient fondé sur les côtes de la Méditerranée la puissante colonie de Massilie (Marseille) ; toutefois le lang age grec des Massif liens n’eut, aucune influence sur celui des Gaulois. L’an 153 avant J.-C., les Romains pénétrèrent en Ga ule pour secourir les Grecs de Massilie menacés par les Ligures, peuple qui habita it les côtes voisines de la Méditerranée. Ils s’emparent de tout le bassin du R hône, et commencent ainsi la conquête de tout le pays, conquête qui ne s’achève pourtant que par César, un siècle après. Dès que les Romains sont maîtres de la Gaule , toute liberté disparaît dans ce pays, et le latin est substitué au langage celtique . « Le grand secret de la politique romaine, dit Auguste Brachet, réside dans la perfec tion de son mode de colonisation. Lorsqu’une province était conquise, on employait de ux moyens pour la conserver ; le moyen militaire consistait à entourer la portion co nquise par des légions placées à la frontière : une fois le pays conquis isolé de toute influence extérieure, on instituait à l’intérieur une administration énergique qui broyai t en peu de temps les résistances locales ; on imposait aux vaincus la langue et la r eligion des vainqueurs, on exterminait à huis clos ou l’on transportait les ré calcitrants, qu’on remplaçait par des colons et des affranchis venus de Rome. » La langue latine fit chez les Gaulois de grands pro grès en peu de temps, parce qu’il était impossible d’arriver aux moindres emplois san s connaître cette langue. C’était d’ailleurs une nécessité pour le peuple de comprend re le latin et de le parler, pour plaider devant les tribunaux romains. Aussi, les éc oles où s’enseignait le latin se multiplièrent en Gaule et jusqu’en Bretagne. Plus t ard, à Rome, on vit même des
Gaulois professeurs de-rhétorique ou de grammaire, preuve de la facilité avec laquelle la Gaule soumise avait su s’assimiler le latin, que l’introduction du christianisme e achève de vulgariser. A la fin du V siècle, la langue de Tacite et de Quintilien est d ’un usage général en Gaule, au moins dans la classe ins truite, et cet usage persiste e e jusqu’au XIII et au IX siècle. Quant à la masse de la population, son langage étai t celui des soldats et des colons romains, c’est-à-dire lelatin populaire,s’était implanté en Gaule avec une telle qui rapidité que, dès les premiers siècles de notre ère , il avait remplacé partout le celtique, à l’exception de l’Armorique et de quelques autres contrées reculées : « Cent ans après la conquête, dit encore M. Brachet, les femme s. et les enfants chantaient des chansons latines, et l’usage du latin devint assez exclusif pour qu’au temps de 1 Strabon ) on ne regardât déjà plus les Gaulois comme des ba rbares. »
1Géographe grec, qui vivait sous l’empereur Tibère, au premier siècle de notre ère.
LELATIN POPULAIRE. — INVASION GERMANIQUE
Au temps de la deuxième guerre punique, c’est-à-dir e vers la fin du troisième siècle avant J.-C., l’idiome latin s’était scindé en langu elittéraire ou écrite et en langue vulgaire, d’après une loi de l’histoire en vertu de laquelle toute langue comme toute nation, une à l’origine, tend à se dédoubler. La la ngue littéraire était restée chez les Romains l’apanage des classes instruites ; les ille ttrés parlaient un langage que les écrivains latins appellent dédaigneusementla langue de la populace et des paysans (sermo plebeius, rusticus). C’est cet idiome que le s colons et les soldats romains transportèrent en Gaule après la conquête ; il s’y acclimata rapidement et devint le parler du plus grand nombre. C’est encore cet idiom e qui, en se modifiant insensiblement dans ce nouveau milieu, va devenir l ’ancien langage français. Le latin vulgaire est donc le tronc sur lequel la langue fra nçaise a été greffée. Il serait inexact de penser que le vieux français fût sorti du latin des écoles, de l’Eglise et des autorités ; ses origines sont moins aristocratiques . Et pourtant ce langage, dont les débuts sont si humbles, deviendra à travers les âge s la langue de Bossuet, de Voltaire et de Lamartine ! Comme preuve que le français est bien sorti du lati n populaire, nous citerons quelques exemples, qu’il serait facile de multiplie r. Ainsi les motssemaine, cheval, bataille, voyage, tourner, laisser, etc., ne dérivent pas dehebdomas, equus, pugna, iter, verti, sinere, qui appartiennent au latin des livres, mais bien d es mots vulgaires septimana(vieux françaisxare.sepmaine), caballus, battalia, viaticum, tomare, la La même origine existe pour les autres langues néol atines ; l’italien, l’espagnol et le portugais, ne sont, comme le français, que le produ it du lent développement de la 1 langue vulgaire romaine. ) A peine la Gaule était-elle devenue romaine et lati ne, que de nouvelles invasions vinrent la menacer. Dès le deuxième siècle, les inc ursions germaniques allaient avoir lieu. Les Germains s’établirent d’abord dans le nor d de la Gaule, que les Empereurs avaient cru devoir leur céder, pour élever ainsi un e barrière contre de nouvelles invasions. Ce ne fut toutefois qu’au cinquième sièc le que les Germains prirent définitivement possession de la Gaule, où la seule nation des Francs parvient à fonder un état sur les ruines de la civilisation gallo-rom aine. L’arrivée des Francs hâta la transformation de la l angue latine vulgaire, mais n’amena aucun changement notable dans le langage de s Gaulois. Pourtant un certain nombre de mots germaniques s’implantèrent dans le p ays ; et encore, pour pénétrer dans le français naissant, ces mots tudesques duren t-ils prendre d’abord une forme et une terminaison latines. C’est ainsi que les mots allemandsbann, alôd, skepeno, marahscalh, siniscalh, cités par M. Brachet, deviennent respectivement dan s le latin vulgairebannum, alodium, scabinus, mariseallus, siniscallus, et dans le françaisban, alleu, échevin, maréchal, sénéchal.ions civiles, àtermes se rapportent presque tous aux institut  Ces la hiérarchie féodale, à la politique, à la guerre, et en général aux différents domaines où règnent les nouveaux maîtres de la Gaule. On évalue à neuf cents environ les mots tudesques i ntroduits dans le français par l’intermédiaire du latin.
1A. Brachet :Grammaire de la langue française, page 28.