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Histoire de la littérature occidentale au XXe siècle

De
279 pages
Otto Karpfen a été écrivain, journaliste et homme politique à Vienne. Exilé, le destin le conduisit au Brésil où il connut une carrière brillante. Il écrivit de nombreux livres. Inconnu en Europe, ce volume, traduction de quelques chapitre de son Histoire de la littérature occidentale, est un hommage à sa mémoire. Elle est la seule à même d'établir des liens intimes entre les littératures russes, nord-américaine, italienne et espagnole, en montrant leur incidence sur la littérature française.
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siècle
Otto Maria CARPEAU
Traduction ét Édition Luiz eduardo prado dé Olivéira
Histoire de la littérature e occidentale au XX siècle Extraits
précédé d’une Introduction à l’histoire du temps et de l’histoire en littérature
occidentale au XX
POUR COMPRENDRE POUR COMPRENDRE
Histoire de la littérature occidentale e au XX siècle
Pour ComprendreCollection dirigée par JeanPaul Chagnollaud L’objectif de cette collectionPour Comprendreest de présenter en un nombre restreint de pages (176 à 192 pages) une question contemporaine qui relève des différents domaines de la vie sociale. L’idée étant de donner une synthèse du sujet tout en offrant au lecteur les moyens d’aller plus loin, notamment par une bibliographie sélectionnée. Cette collection est dirigée par un comité éditorial composé de professeurs d’université de différentes disciplines. Ils ont pour tâche de choisir les thèmes qui feront l’objet de ces publications et de solliciter les spécialistes susceptibles, dans un langage simple et clair, de faire des synthèses. Le comité éditorial est composé de : Maguy Albet, Jean-Paul Chagnollaud, Dominique Château, Jacques Fontanel, Gérard Marcou, Pierre Muller, Bruno Péquignot, Denis Rolland. Dernières parutions Michel PERRIN,1848, Louis Blanc ou la fraternité en République. Un repère pour aujourd’hui, 2017. Elisabeth CHAMORAND,La liste noire,2017 Paul NDA,Sociologie politique, Pour comprendre ce qui se joue, se décide et se passe ici et ailleurs, avec sa géométrie variable,2017 Emmanuel FRAISSE,Les anthologies en France, 2017. Simon LAFLAMME,L’autonomisation des sciences humaines. Théories en sciences humaines au XXe siècle, Tome I, 2016. Laurence HARANG,Pour une communauté humaine et animale, La question de la dignité animale, 2016. Marc AUGIER,La société numérique, 2016. Michel BOURSE,Les Cultural Studies.Essai, 2015. Aimé FAY,Le Capital en quelques mots. De Platon à nos jours, 2015. Dominique JOSSE,L’avenir de l’homme postmoderne, L’urgence de retrouver nos racines, 2015.
Otto Maria CARPEAUX Histoire de la littérature occidentale
e au XX siècle
Extraits 1920-1980 précédé d’une Introduction à l’histoire du temps et de l’histoire en littérature
Traduction et édition Luiz Eduardo Prado de Oliveira Avec la collaboration de Hélène Schmitt et Jean-Claude Pons
Le conseil de la Société de gens de lettres (SGDL) et de l’Association des traducteurs littéraires de France (ATLF) nous ont orientés à apporter les précisions suivantes : l’auteur de l’œuvre originale, Otto Maria Carpeaux, est décédé en 1978 au Brésil sans laisser d’héritier. À ce jour et après des recherches approfondies, il a été impossible de trouver ses éventuels ayants droit, tant et si bien que le Sénat brésilien l’a considéré comme étant dans le domaine public et en a publié une première édition. La filiale brésilienne de la maison d’édition portugaise Leya a repris cette édition du Sénat. C’est à partir d’elle que j’ai traduit. Si des ayants droit existent, ils sont invités à se faire connaître auprès de l’auteur de la traduction, seul responsable du travail accompli.
Recherche iconographique de couverture de Jean-Michel Champolivier.
© L’Harmattan, 2017 5-7, rue de l’École-Polytechnique, 75005 Paris http://www.editions-harmattan.fr ISBN : 978-2-343-12363-9 EAN : 9782343123639
Une brève amitié si longue
J’ai connu Otto Maria Carpeaux en 1967. J’étais jeune, il allait vers ses soixante-dix ans. Nous résistions tous les deux à la dictature militaire qui frappa le Brésil à cette époque et qui le frappera encore durant une vingtaine d’années. Nous nous rencontrions rapidement et furtivement à la rédaction du journal où il travaillait, parfois aux comptoirs de cafés du centre-ville, dans l’arrière-salle de restaurants où les garçons le connaissaient et à qui il pouvait donc faire confiance. Je lui passais des textes à résumer, à réécrire et à publier. Il me posait des questions, sur nous, sur le mouvement étudiant de résistance, sur ma vie. Il me parlait de la sienne. Il me donnait des livres, dont les siens, que je lisais et que je distribuais à beaucoup de mes amies et amis. Cette dernière phase de la production de Carpeaux me semble être celle où il donne toute la mesure de sa culture : à quoi servirait-elle, sinon à résister aux différentes formes d’oppression ? Le silence ne s’est pas abattu sur le seul Carpeaux, mais sur le Brésil tout entier, à de très rares exceptions près. La dictature militaire écrasa des décennies d’effervescence culturelle, commencée par la construction de Brasilia. Pas un seul intellectuel ou artiste d’envergure n’est jamais venu cautionner les dictateurs. En 1968, dans une note à son livreVingt-cinq ans de littérature, Carpeaux prenait congé de ses activités d’écrivain et critique, disant adieu au « cercle littéraire d’amis » : « Ma tête et mon cœur sont ailleurs. Ce qui me reste, en tant que capacité de travail, appartient au Brésil et à la lutte de libération du peuple 1 brésilien . » J’ai invité Carpeaux à écrire dans les feuilles de chou de l’extrême gauche étudiante, comme aussi d’autres membres
1  E. Gomes Silva, « “Réactionnaire” ou “progressiste”? La dispute académique et éditoriale autour de la mémoire d’Otto Maria Karpfen/Carpeaux »,Annalesdu XXVI Symposium national d’histoire, ANPUH, São Paulo, juillet 2011 (titre traduit).  5
d’autres journaux de l’époque, d’autres journalistes, d’autres écrivains, d’autres artistes. Peu après, j’entrais moi-même dans le journalisme comme rédacteur auJornal do Brasil – je devenais donc un collègue de Carpeaux pendant un certain temps. Nous nous croisâmes le plus discrètement possible, mais enfin lui passer des textes devint plus facile car notre travail pouvait servir de prétexte à nos échanges. Présentation de Carpeaux Otto Maria Carpeaux est l’auteur de plus d’une centaine d’articles de critique littéraire, de quatorze livres importants dans ce domaine et d’une magnifiqueHistoire de la littérature occidentale, monument de la littérature brésilienne, qu’il écrivit au milieu des années 1940 et publia pour la première fois au cours des années 1950. Pourtant, elle n’a rien perdu de son actualité et, si elle est ignorée hors du Brésil, cela tient à la conjonction de plusieurs facteurs, dont le plus important est l’extrême solitude de cette langue portugaise exilée en Amérique du Sud, jouissant de peu de visibilité internationale, égarée au milieu des mythes exotiques dont s’attife le Brésil. Otto Karpfen, écrivain, historien, philosophe et homme politique autrichien, a joui de la confiance des deux derniers Premiers ministres de son pays avant l’invasion allemande. De père juif et de mère catholique, tiraillé entre ces deux cultures, juif à la naissance, né à Vienne en 1900, il y a étudié la chimie et la philosophie. Il s’est aussi essayé aux mathématiques à Leipzig, à la sociologie à Paris, à la littérature comparée à Naples, et à la politique à Berlin, avant sa brève carrière autrichienne. « Carpeaux a été obligé d’abandonner une prometteuse carrière d’essayiste et journaliste qu’il inaugurait à Vienne dans les années 1930. Il était rédacteur de l’hebdomadaireBerichte zur Kultur und Zeitgeschichteà et, l’âge de trente-et-un ans, il avait déjà publié des articles sur la 2 littérature dans l’importanteNeue Freie Presse. »
2 M. S. Ventura, « Carpeaux & Canetti. Juventude comum, trajetórias opostas »,Observatório da Imprensa, mis en ligne le29 novembre 2011, ano 18, n° 847.  6
Carpeaux a participé du mouvement culturelJung-Wien, avec Hugo von Hofmannsthal, Hermann Bahr, Arthur Schnitzler et Stefan Zweig, parmi d’autres. En 1933, il se convertit au catholicisme et change son nom en Otto Maria Fidelis Carpeaux, le second prénom en hommage à la mère de Jésus et le troisième comme un gage. Il abandonnera ce dernier, mais son manque de fidélité envers le judaïsme lui vaudra de ne pas pouvoir compter avec les réseaux de la diaspora juive. Il en paiera le prix et restera longtemps et injustement méconnu. À cette époque, il adhère au Parti social-chrétien autrichien. Il collabore alors à la revueDer christlicheStändestaat (Corporatisme chrétien).En 1938, il s’exile avec sa femme en Belgique où il est journaliste à laGazette d’Antwerpencollabore à la revue et catholiqueLa Cité chrétienne, sous le pseudonyme de Fidelis, le même qu’il avait utilisé auparavant pour signer le programme-pamphlet de son Parti,Österreichs europäische Sendung (La mission européenne de l’Autriche). Peu après, comme Stefan Zweig, il émigre au Brésil, bénéficiant d’un lien entre le Vatican et le Centre Dom Vidal, organisation brésilienne d’accueil aux réfugiés, d’orientation catholique, dirigé alors par Alceu Amoroso Lima, penseur de l’existentialisme catholique, un des fondateurs de la démocratie chrétienne de son pays. Carpeaux ne connaît presque personne au Brésil, n’en parle pas la langue et ignore quasiment tout de son histoire et de sa littérature. En revanche, il parle l’anglais, le français, l’allemand, le flamand, l’espagnol, le catalan, le serbo-croate, le provençal et le latin, ce qui n’a strictement rien de surprenant ni d’exceptionnel pour un citoyen cultivé de laMittel Europa. Mais, en paraphrasant Nabokov, nous pourrions ajouter qu’il parlait toutes ces langues en allemand d’Autriche. Carpeaux essaye de se faire embaucher comme journaliste, mais n’y parvient pas. Il écrit alors, en français, une lettre à un critique littéraire brésilien, Alvaro Lins, au sujet d’un grand écrivain de langue portugaise, Eça de Queiroz. Lins reconnaît immédiatement le talent de son correspondant, prend contact avec lui, l’invite à écrire un article de fond sur Queiroz pour leCorreio da Manhã, journal de Rio de Janeiro, alors
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capitale du Brésil. Carpeaux est immédiatement embauché dans ce journal et déménage pour la ville où il vivra durant le restant de ses jours, jusqu’à sa mort en 1978. Arrivé au Brésil avec le soutien des réseaux liés à l’Église catholique, Carpeaux se fait attaquer par les communistes. Plus tard, il en viendra même aux mains avec Jorge Amado, écrivain qui a toujours joui largement des réseaux communistes. Ignoré par les juifs, attaqué par les communistes, objet de la méfiance des catholiques, les positions que Carpeaux a pu occuper ont longtemps été précaires ou délicates. Jusqu’en 1942 il écrit ses articles en français, langue maîtrisée par les élites intellectuelles brésiliennes de l’époque. Ses articles sont ensuite traduits. Cette même année, il acquiert la nationalité brésilienne et publie un livre d’essais littéraires, Cendres du purgatoire. Pendant les deux années suivantes, il est directeur de la bibliothèque de la Faculté de philosophie. Ensuite, pendant cinq ans, il occupe le poste de directeur de la bibliothèque de la Fondation Getúlio Vargas, qui venait d’être créée, institution d’excellence dans le panorama culturel du Brésil de l’époque et encore aujourd’hui. C’est dans cette décennie, entre 1940 et 1950, que Carpeaux commence la rédaction de sa formidableHistoire de la littérature occidentale, qui vient de connaître une première réédition, en 2008, par la prestigieuse maison d’édition du Sénat Fédéral brésilien. En 2014, cette œuvre impressionnante connaîtra une seconde édition, par les soins de l’éditeur portugais Leya à travers sa filiale de São Paulo. « À l’encontre d’autres œuvres similaires, l’histoire littéraire de Carpeaux ne se limitepas à lister les noms significatifs d’unepériode littéraire ou de la littérature d’unpays ou d’une langue déterminés, avec des résumés biobibliographiques de leurs écrivains remarquables éventuellement accompagnés d’unepetite anthologie. Il s’agit ici d’une vision d’ensemble de toutes les littératures occidentales, analysées dans leurs articulations réciproques, où leurs chronologies apparaissent tissées de composantes sociologiques, économiques, politiques, religieuses, etc., d’où se
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gagent des tableauxqui cherchentplutôt à comprendre qu’à expliquer lesphénomènes humains et sociaux, non pas dans le but d’identifier leurs causes, maisplutôt de 3 déterminer les propos et les buts qui les déterminent . » L’œuvre de Carpeaux ne déméritepas d’une telle description. Il est normal, étant donné son importance, qu’elle soit hétéroclite, révélant davantage la maîtrisequ’a Carpeaux de certains auteursplutôtque d’autres, de certainespériodesplutôt que d’autres. En ce sens, la conversion de Carpeaux au catholicisme n’apas été un acte opportunistepour essayer d’éviter lapersécution nazie, mais ungeste d’obéissance à une convictionprofonde, vu les très bellespagesqu’il consacre à la littérature d’inspiration chrétienne en France etplus généralement en Europe.Qu’il écrive en français n’estpas non plus surprenant, vu les pages qu’il consacre à nombre d’auteurs de cette littérature. Avant sa reconnaissance posthume par l’État brésilien, Carpeaux s'est opposé au coup d'État militaire de 1964 et l’a exprimé dans plusieurs articles. Au début, la dictature était relativement tolérante. Pendant cette période, avec Antonio 4 Houaiss , autre grande figure de la culture brésilienne, Carpeaux dirige la traduction brésilienne de l’Encyclopédie Delta Larousse, qui deviendra pour l’intelligentsia brésilienne une référence littéraire incontestable et incontestée. Dans ce sens, Carpeaux est probablement l’un des inspirateurs de l’encyclopédie des auteurs publiée plus tard en France par cette maison d’édition. UneHistoire de la littérature occidentale pourrait sembler dépassée à une époque où lesEncyclopédies se banalisent etWikipédiaest à portée de chacun. Il n’en est rien,
3  I. Barroso, « A História de Carpeaux »,O Estado de São Paulo, 2 novembre 2008, São Paulo, Brésil. 4  Antonio Houaiss (1915-1999), écrivain, lexicographe, traducteur et diplomate brésilien, opposant à la dictature des militaires. À la faveur d’un remaniement gouvernemental, Houaiss occupera pendant un an (octobre 1992-septembre 1993) le poste de ministre de la Culture.  9