Histoires de l

Histoires de l'autre monde

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297 pages

Description

NEW-YORK, 13 janvier 188... — J’ai vingt-neuf ans aujourd’hui, et pas un cent dans ma poche. Comment faire pour augmenter cette somme ?

Il faut bien me décider à jeter sur la situation un regard impartial. Me lever de bon matin ? Ma complexion s’y oppose. Cela m’est aussi impossible que de conserver un emploi plus d’une semaine. Est-ce ma faute ? J’écris comme un chat, et suis tout à fait impropre à tenir des livres de commerce, les mathématiques n’ayant pas figuré sur le programme de mes études.

Fruit d’une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.


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Date de parution 31 mai 2016
Nombre de lectures 8
EAN13 9782346074327
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

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À propos de Collection XIX

Collection XIX est éditée par BnF-Partenariats, filiale de la Bibliothèque nationale de France.

Fruit d’une sélection réalisée au sein des prestigieux fonds de la BnF, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques de la littérature, mais aussi des livres d’histoire, récits de voyage, portraits et mémoires ou livres pour la jeunesse…

Édités dans la meilleure qualité possible, eu égard au caractère patrimonial de ces fonds publiés au XIXe, les ebooks de Collection XIX sont proposés dans le format ePub3 pour rendre ces ouvrages accessibles au plus grand nombre, sur tous les supports de lecture.

Jehan Soudan de Pierrefitte

Histoires de l'autre monde

Mœurs américaines

PRÉFACE

*
**

Au moment où de jeunes écrivains français, très épris de style et de liberté, tentent de ressusciter la verve des vieux conteurs gaulois, rien ne pouvait être plus intéressant et plus curieux qu’un échantillon de la gaîté du Nouveau-Monde, et nul n’était plus apte que M. Jehan Soudan à, nous apporter ces échos d’un milieu qu’il connaît comme pas un. Journaliste parisien, américain durant plusieurs années, de par les caprices du destin et son humeur aventureuse, il a pu mesurer avec une précision mathématique la dose de fantaisie yankee que nos cerveaux routiniers sont capables de supporter.

Le lecteur de ces histoires constatera qu’il y a réussi à miracle.

Le boulevardier n’y a pas abdiqué, et dependant elles nous transportent bien loin par delà les mers, où nous avait conduits déjà l’imagination lyrique d’Edgar Poë.

Mais Poë est une façon de tragique, et qui a écrit surtout pour les poètes.

Tout est aimable, au contraire, dans ce volume où les pages plaisantes abondent, où le rire est sans cesse évoqué.

Le rire ? non. Mais un sourire qui a bien son charme. Les larges hilarités de Rabelais et de ses imitateurs sont un produit du terroir. Nous les cherchions en vain, même dans les conteurs italiens, nos frères d’origine. Ce qui caractérise le livre que je me permets de présenter au public, c’est le bon goût parfait des plaisanteries et une distinction extraordinaire dans les moyens d’action.

Le génie américain est essentiellement mystificateur. La farce elle-même se présente dans ses œuvres sous des habits sérieux et de noir vêtue. Tout à coup, de cette ombre, jaillissent des clartés singulières, et cette nuit de convention est rayée d’éclairs bizarres, troublée dans sa solennité par d’étranges dessins de feu. Sur ce rideau obscur, sur ce drap mortuaire, des arabesques enflammées courent, se tracent des hiéroglyphes d’étincelles. Drap mortuaire est le mot juste : car la mort, dans ces contes, est un dés éléments constants de gaîté.

Il y a bien pour nous quelque chose d’impitoyable et de froid dans le mode peu expansif et irrespectueux de toutes choses de se divertir. Le grand art de M. Jehan Soudan me paraît être d’avoir amorti ces cruautés tout en en jouant comme un autre, par je ne sais quoi de bon enfant dans le récit qui lui est propre et naturel. C’est par là que bien que, très. imprégné de saveur yankee, ce livre est encore assez français pour amuser beaucoup de Français.

On y retrouve constamment ce goût du surnaturel qui est caractéristique de la littérature américaine, et nous révèle un peuple jeune dont le spiritualisme est encore à l’état instinctif. C’est, dans l’histoire, un signe constant de l’enfance des races, La vie s’y présente, pour ainsi dire, doublée d’une vie invisible où se meuvent des dieux, des génies ou des fantômes, suivant que nous sommes à Athènes, à Ispahan ou à New-York. L’existence n’y est pas bornée, comme chez les nations repues de civilisation, au tangible et au matériel, J’avoue que cela ne me déplaît pas ; car la poésie y trouve son compte, la poésie qui n’est plus qu’un art d’expression chez les hommes qui ont trop étudié.

Dans la littérature qui nous occupe en particulier, elle se complique de préoccupations scientifiques. C’est. par là que le réel reprend ses droits. C’est que la science est aussi une source de poésie, comme Lucrèce l’a si bien révélé au monde latin.

Mais ce n’est pas là le lieu de philosopher aussi gravement sur de si académiques sujets. J’ai toujours considéré les livres comme des bateaux qui nous emportent sur des fleuves inconnus. Celui-ci coupe les océans avec l’audace d’un trois-mâts, avec la rapidité d’un steamer, et je le conseille aux voyageurs qui, comme moi, aiment à franchir des millions de lieues sans risquer le moindre naufrage. Il les conduira dans un pays demeuré nouveau pour nous, chez des peuples dont le génie est essentiellement différent du nôtre. Pilote irréprochable, M. Jehan Soudan leur épargnera les récifs de l’ennui. Car, je le répète, pas de lecture plus gaie que celle-ci, et j’imagine qu’après une première traversée, mes compagnons m’imiteront en faisant une seconde fois la route sous le même pavillon.

 

 

ARMAND SILVESTRE.

 

 

 

 

2 Avril 1884.

EXTRAIT DU CARNET D’UN DÉCAVÉ

*
**

NEW-YORK, 13 janvier 188... — J’ai vingt-neuf ans aujourd’hui, et pas un cent dans ma poche. Comment faire pour augmenter cette somme ?

Il faut bien me décider à jeter sur la situation un regard impartial. Me lever de bon matin ? Ma complexion s’y oppose. Cela m’est aussi impossible que de conserver un emploi plus d’une semaine. Est-ce ma faute ? J’écris comme un chat, et suis tout à fait impropre à tenir des livres de commerce, les mathématiques n’ayant pas figuré sur le programme de mes études. Il faut que je fume, et rien au monde ne saurait me faire fumer un cigare de qualité inférieure. Je dois donc au marchand de tabac, comme ailleurs, mais, qu’y faire ?

Je ne demanderais pas mieux que de travailler, le difficile est de trouver le genre de travail qui me convient. Je ne suis pas un sot. Personne à New-York ne parle français avec aussi peu d’accent que moi. Je chante mieux que la plupart des amateurs. Sans vanité, on ne me trouve pas mal de ma personne, je sais plaire quand je m’en donne la peine ; bref, j’ai du succès. Ce n’est pas ma faute. Avec tout cela, je suis comme un clou carré planté dans un trou rond. J’eusse dû naître fils aîné de duc avec un Majorat. Au lieu de cela, je suis orphelin avec rien du tout de rente. J’ai l’air de plaisanter, et je suis désespéré. Par bonheur, la propriétaire de mon boarding house a en moi une confiance aveugle, autrement je serais sur le pavé.

J’ai vendu ou engagé tout ce que je possédais ayant quelque valeur. Je pourrais encore porter chez le prêteur mon habit et les boutons en or de ma chemise, mais comment faire si l’on m’invite à dîner ? Et puis, c’est toujours autant d’économisé.

Mon ami Morton m’a arrêté aujourd’hui dans la rue : « A propos ! Valentin, vous savez que votre nom va être inscrit à l’Amsterdam Club. Vous êtes certain d’être agréé. » Me voyez-vous obligé de payer la cotisation du cercle, dans l’état actuel de mes finances ! Et pourtant, appartenir à l’Amsterdam Club est, depuis longtemps, un de mes rêves.

Je me suis tiré au plus vite des mains de l’importun, et j’ai fui en criant : Merci, Morton, mais vous ferez bien de retirer mon nom, en ce moment, car je pars en voyage ! »

J’en suis à ce point, que je songe sérieusement à me procurer un trou de six pieds en terre, s’il ne me tombe pas quelque chose du ciel. Ce Morton ! il a toujours eu le don de m’agacer. Son bonheur imperturbable me fait sentir plus cruellement encore ma malechance.

 

15 janvier. — Il y a du nouveau. J’ai une idée. C’est étrange, mais il faut voir.

En rentrant cette après-midi, j’ai trouvé sur ma table la circulaire que voici :

New-York, 14 janvier 188..

Les familles qui donnent des réceptions, dîners, bals, fêtes de toutes sortes, apprendront avec intérêt qu’on peut trouver dans nos bureaux des gens propres à égayer une société.

Il suffit de s’adresser au bureau du Globe, office de placement pour les deux sexes.

Les personnes que nous recommandons ne sont pas des professionnels1, mais des gens du monde, de bonne mine, à l’esprit cultivé, aux manières distinguées, à la mise élégante. Ils se mêlent aux invités, sont toujours à l’affût des occasions de jouer la comédie, chanter, dire des vers, conter une anecdote pu engager une conversation humoristique ; en un mot, ils cherchent à faire tout ce qui peut rendre une soirée agréable.,

En organisant ce nouveau service, le bureau du Globe, (office de placement pour les deux sexes,) ne fait que répondre aux demandes, chaque jour plus nombreuses, de sa clientèle aristocratique.

Le prix de la séance pour chaque amuseur, jeune ou vieux, est fixé à la somme modique de 15 dollars par soirée, souper non compris.

Nous garantissons la moralité et l’honorabilité absolue des personnes adressées.

Respectueusement à votre service.

Le bureau du Globe ».

L’idée m’a para drôle, et m’a plongé dans l’abîme des réflexions que doit suggérer ce chapitre curieux du New-York moderne : Quels gens singuliers peuvent bien se décider à louer à prix d’argent des convives pour leurs fêtes ? Comment sont faits ceux qui se louent ainsi à l’heure ?

Dire que je pourrais, tout comme un autre, prendre des hôtes à mes gages pour le prix modeste de quinze dollars, etc.

Une pensée, tout à coup, traverse mon cerveau : « Je ne puis, faute d’argent, engager à mon service l’un des jeunes gens du Globe. Mais, tant pis ma foi ! tout plutôt que de mourir de faim ! Je serai moi-même un jeune homme du Globe ! »

 

Janvier 18.. C’est arrangé.... Je suis au service du Globe. Après avoir hésité deux jours, je me suis présenté ce matin au bureau ; l’on m’a conduit aussitôt en présence d’un jeune homme plein de respectabilité. Son œil froid et clair a passé en revue toute ma personne, et paru deviner d’abord la nature de ma démarche. Je produisis la circulaire comme le plus simple moyen d’introduction.

Le jeune homme digne promena sur moi un regard indécis : « Diable ! Diable ! Cela fait déjà trois mille demandes inscrites depuis avant-hier, la liste est au grand complet ! Pourtant ? six pieds, blond, bonne mine, et même distingué... »

Il mordilla le bout de son porte-plume et réfléchit. Enfin, prenant une décision : « Suivez-moi, ie vous prie. »

Je le suivis jusqu’à un petit salon où était un piano ouvert, avec de la musique. A côté de l’instrument, se tenait debout un homme au teint bistré, qui fit un salut poli. Il me revint je ne sais quel souvenir des chambres de torture dans l’histoire de l’Inquisition. Qu’allaient faire de moi ces deux hommes ?

Le grand Inquisiteur, c’est-à-dire le jeune homme qui m’avait interrogé, commença la cérémonie par une nouvelle question : « Je suppose que vous ne vous présenteriez pas, si vous n’étiez en mesure de remplir toutes les conditions stipulées dans notre circulaire. Soyez assez aimable pour vous asseoir et chanter ce morceau en vous accompagnant.

C’était Il Trovatore, je me trouvais en voix, et commençai à chanter avec toute l’expression dont je me sentis capable.

  •  — Bravo s’écria le second inquisiteur, c’est-à-dire l’homme au teint bistré. Il m’adressa alors, en italien, et en mauvais français, plusieurs questions auxquelles je répondis de mon mieux. Après quoi, il me fit chanter tour à tour une romance, une chanson à boire, une ariette, un couplet d’opérette, une ballade anglaise, et me demanda enfin de lui réciter une pièce de vers. Je me sentis perdu et dus confesser que je ne savais rien par cœur.
  •  — N’importe ! dit le jeune homme à l’air respectable. Vous vous êtes tiré, à votre avantage, de toutes les épreuves. Mais il faudra, étudier les morceaux de rigueur, pour les déclamer, le cas échéant. Et, dans un recueil spécial, le jeune homme me désigna obligeamment un certain nombre d’extraits tirés des meilleurs auteurs.

Je refoulai un violent désir de lui jeter le livre à la tête ; mais que n’aurais-je fait pour gagner 15 dollars par soirée ?

  •  — Très bien, dis-je d’un ton soumis.

Je sortis de la salle de la question, épuisé mais vivant encore. On me demanda mon vrai nom. C’en était trop. Toutefois on me donna l’assurance positive que cette affaire demeurerait absolument confidentielle. Enfin, l’on exigea des références ; heureusement j’avais eu soin de me munir de lettres de recommandation émanant de commerçants bien connus, lettres écrites peu de temps auparavant, alors que je cherchais un emploi dans une maison de gros.

Cette dernière formalité remplie à mon honneur je me suis laissé mettre la corde au cou.

N.B. — Si Morton allait jamais découvrir !...

 

20 janvier. — Je viens de faire mes débuts dans mon nouveau rôle. On m’avait averti de me tenir prêt et d’attendre les ordres, à partir de cinq heures tous les jours. Hier, vers six heures, je reçus du Globe un billet de service pour une maison située dans la 74e rue Est, près de la cinquième avenue. Je devais me présenter à neuf heures et me mettre aux ordres de M.G.-K. Blater. Je trouvai une consolation dans la pensée que jamais ce nom n’avait frappé mon oreille,et que la 74e rue Est appartenait à une région qui m’était entièrement inconnue.

A neuf heures sonnant, je me trouvais dans un salon brillamment éclairé et rempli de monde. Au milieu de la pièce était un espace vide où l’on dansait aux accords d’un orchestre. Près de la porte un grand gentleman, à l’air imposant, au visage encadré de favoris gris, causait avec une dame en toilette de bal. Mes propriétaires, sans doute, ou mieux, mes locataires.

Comment me faire reconnaître ?

Je demeurai un moment indécis, tout à coup, j’aperçus les regards du mari et de la femme qui se fixaient sur moi avec une persistance significative. J’approchai sans hésiter, lorsque à mon grand étonnement, la maîtresse de la maison m’interpella par mon nom, et dit sur le ton de la plus exquise suavité :

  •  — Bonsoir, M. Valentin, je suis charmée de vous voir.

M. Blater mâcha une phrase inintelligible signifiant à peu près : comment vous portez-vous ?

Je répondis que j’étais ravi de faire leur connaissance... non, de les voir.

Mme Blater se tourna vers une dame en disant :

  •  — Chère madame Raggle, laissez-moi vous présenter M. Valentin. Nons avions grand peur qu’il ne put pas venir.

Je tins compagnie à Mme Raggle, et fis de mon mieux mon devoir de cavalier.

Tout en parlant, j’observais M. Blater : il avait l’air mal à son aise. Il semblait se dire que si je jouais un rôle, il avait sa part dans la supercherie. Je commençais à craindre qu’il ne nous trahit l’un et l’autre avant la fin de la soirée. Mme Blater au contraire, planait au-dessus de tout sentiment de ce genre. Sa soirée obtenait un grand succès et c’était l’important.

L’attitude de Mme Blater me rassura vite. A la bonne heure ! Entre ses mains je me sentais l’abri. Elle avait autant que moi intérêt à cacher la vérité. J’eus bientôt pris mon parti et fait mon plan : Eviter M. Blater, et m’arranger de façon à ce que Mme Blater pût m’utiliser selon les besoins de la soirée. Vaguement j’éprouvais l’impression que cet homme que j’évitais, était une ancienne connaissance. Il y avait dans sa figure, je ne sais quoi qui m’était familier...

Je ne me souviens que confusément des incidents de cette soirée. Des lumières, des fleurs, de la musique, des invités, comme dans toutes les fêtes. A onze heures, quand il fut question de danser l’Allemande, le chef de la figure s’avança avec un chapeau contenant des petits papiers pliés. Chaque cavalier en tira un. J’étais ennuyé, ne sachant pas bien ce qu’il y avait à faire, je craignais de commettre quelque sottise ; quand M. Blater se trouva à côté de moi pour m’expliquer la chose en quelques mots à la hâte :

  •  — A la suite de rivalités féminines, on avait décidé de tirer au sort les noms des danseuses : Après la soirée, chaque cavalier devait reconduire celle que le sort lui avait donnée pour danser l’Allemande. — Vous voyez ce qu’on attend de vous, dit Mme Blater, Vous dansez, n’est-ce pas ? — Elle prononça ces. mots d’un ton plein d’assurance, le ton du propriétaire,

Je tirai mon petit papier. Il portait le nom d’uue jolie jeune fille qui n’était autre que miss Raggle.

Ces notes de monjournal, personne ne les lira. Je puis donc écrire en confidence, que j’ai paru faire impression sur l’esprit de ma danseuse. D’ailleurs, j’ai plu à tous ceux que j’ai rencontré. Je sentais que, de ce soir-là, dépendrait mon succès futur. Causer, danser, flirter, manger des glaces, à 4 dollars par heure, tel était mon métier pour l’instant. Pourquoi ne pas relever, glorifier la profession, en accomplissant ces devoirs mieux qu’on n’avait jamais fait avant moi.

Cette pensée me transporta, et je fus inimitable. On me demandait partout, je fus présenté à presque tout le monde. Vers la fin de la soirée, Mme Blater me pria de chanter. Il y avait beaucoup de monde, je m’exécutai. Ici se place un petit incident : après avoir chanté, je me tenais près de la porte du couloir. Des voix de domestiques frappèrent mes oreilles, je distinguai ces suaves paroles : Ou dis-tu qu’il est ? — là-bas, près de la porte. Ce gentil garçon. Il a l’air de n’avoir jamais fait que cela toute sa vie. — Et tu dis qu’on lui donne 15 dollars par soirée pour ce métier-là ? Nous avons manqué notre vocation, Billy !

J’aurais tordu le cou aux bavards. Mais de quel droit ?

Ils disaient vrai. D’ailleurs, Noblesse oblige ! Je me contentais de grincer des dents, et, sur un coup d’œil de Mme Blater, pour remplir mon devoir, je conduisis ma danseuse à la table du souper.

Au moment du départ, M. Blater me rejoignit.

Il avait une expression assurément très digne, M ; Blater, mais un peu triste.

  •  — M. Valentin, vous avez été tout à fait charmant, fit-il, avec un doux sourire. Vous avez été le boute entrain de notre soirée. Et comment trouvez-vous qu’elle s’est passée notre fête, votre sincère opinion ?
  •  — Tout à fait bien.

J’avais pris un ton de confidence, comme si nous étions de moitié dans quelque mystérieux forfait.

  •  — Mme Blater, reprit-il, est ambitieuse, elle désirait avoir une autre sorte de jeunes gens que ceux qu’elle reçoit d’ordinaire... Eh bien, conclut-il, en me regardant avec orgueil... Elle l’a eu. Elle l’a eu !

Décidément, je connais cette voix... Comme je fouille mes souvenirs, voici miss Raggle qui reparaît avec son manteau. Je prends congé de M. et Mme Blater. Nous partons.