Imper et Passe

Imper et Passe

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74 pages

Description

4 f. - 3 h. ou 3 f. - 4 h.- Décor : le salon d'une maison bourgeoise - Durée : 1 h 40

Josépha, sexagénaire alerte et peu dépensière attend la visite d’un contrôleur des impôts, ce qui ne l’effraie pas outre mesure !

En revanche, elle est davantage préoccupée par son neveu, Philippe, qu’elle souhaiterait voir fiancé à Anne-Sophie, une jeune fille de bonne famille très BCBG. Seulement, Philippe n’a nulle intention de se fiancer... Mais, il a trop besoin de sa tante... ou plutôt de son argent pour rembourser une dette de jeu à un certain Monsieur Jack... Ce dernier, bien décidé à récupérer son « fric », va se présenter chez Josépha... le même jour que l’inspecteur du fisc !


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Ajouté le 28 juin 2016
Nombre de lectures 5
EAN13 9782373930818
Licence : Tous droits réservés
Langue Français
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IMPER ET PASSE
Vincent DURAND
Editions théâtrales ART ET COMEDIE 2, rue des Tanneries 75013 PARIS
Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction réservés pour tous pays ISBN : 978-2-37393-081-8 Disponible également en version papier, ISBN : 2-84422-122-X © Editions théâtrales ART ET COMEDIE 1999
PERSONNAGES
JOSEPHAire, autant alerte: La propriétaire des lieux, vieille fille sexagéna qu’économe. GISELE : La femme de ménage ; la quarantaine passée ; tra gédienne dans l’âme, elle s’évertue à jouer les entremetteuses. ANNE-SOPHIE: Jeune fille de bonne famille, très BCBG ; Josépha souhaiterait bien la voir fiancer à son neveu Philippe, c’est dans cette optique qu’elle l’a invitée à passer quelques jours chez elle. XENIA : érapie ; son arrivée àLa fille de Gisèle ; jolie étudiante en kinésith l’impromptue va embrouiller encore davantage les cartes. PHILIPPE : Le fringant neveu de Josépha ; la trentaine ; il a contracté une grosse dette de jeu auprès de Monsieur Jack et compte sur sa tante pour le sortir de ce mauvais pas. ROBERT TRANCHANTInspecteur des impôts stagiaire ; 25 ans environ  : ; aussi timide que maladroit. MONSIEUR JACK : l va se présenterUn escroc à la petite semaine ; la trentaine ; i chez Josépha pour récupérer son “fric”.
N.B.Le rôle de Gisèle, la femme de ménage, bien qu’i  - mportant, pourrait sans difficultés être joué par un homme, sous réserve de s quelques aménagements nécessaires.
DÉCOR
La pièce se déroule dans une maison bourgeoise et c ampagnarde, près de Fougères (Ille-et-Vilaine). Toute l’action se passe dans un vestibule à l’ameub lement classique et plutôt spartiate, avec un canapé, des fauteuils, une table basse et un petit secrétaire. Au fond, la porte d’entrée. Au premier plan, à gauche, deux portes, une conduis ant à la cuisine et l’autre à la buanderie. Au premier plan, à droite, une porte conduisant aux chambres par un escalier.
Au lever de rideau, on découvre une femme d’une quarantaine d’années. Elle porte une tenue de bonne (ensemble noir, tablier blanc.) Elle arpente la pièce de long en large, un plumeau dans une main, un livre grand ouvert dans l’autre.
ACTE I
SCÈNE 1
GISELE :(parcourant le livre en prenant une voix grave d’homme et en empruntant des gestes de tragédien pour illustrer sa déclamation :) “Et que, par ma main propre, un juste sacrifice De mon coupable chef venge mon artifice Avançons donc, allons sur cet aimable corps Eprouver, s’il se peut, à la fois mille morts D’où vient qu’au premier pas je tremble, je chancelle ? Mon pied qui me dédit contre moi se rebelle, Quel murmure confus ! Et qu’entends-je hurler ?” JOSEPHA :vers la porte qui(dont on entend, comme un écho, la voix forte à tra conduit à la buanderie)Gisèle, où êtes-vous passée ? GISELE :(continuant ses tirades comme si de rien n’était et prenant cette fois une voix de femme éplorée :) “Qu’Eraste abandonnant ses premières brisées Il faut vous préparer à des consentements (Reprenant sa voix grave d’homme du début.) Ta longueur m’y prépare avec bien des tourments Dépêche, tes discours font mourir Hippolite Mais qu’attends-tu donc encore ? Qu’il ressuscite ? L’insupportable femme, enfin diras-tu rien ?” (La porte de la buanderie s’ouvre alors ; entre une femme d’environ soixante ans, sobrement vêtue. Tout dans ses gestes et son allure traduit une vitalité certaine.) JOSEPHA:(en entrant)Gisèle, je vous trouve enfin ! GISELE :(repliant son livre et soupirant) Maudit sort, tu brises là le talent des tragédiens !(Comptant sur ses doigts en détachant les syllabes.)sort, tu bri- Mau-dit ses là le ta-lent des tra-gé-diens. Quinze pieds ! Zut alors ! Je suis refaite de trois pour l’alexandrin ! JOSEPHA: Ah, Gisèle, vous êtes là.
GISELE:(hochant lourdement la tête)Oui, Madame, là et lasse, hélas !
JOSEPHA:(qui n’a visiblement pas entendu)Que dites-vous donc ? GISELE: Eh bien, Madame, je suis é-rein-tée ! JOSEPHA:(faussement compatissante)Ah ?
GISELE: Vous savez, je n’ai plus le même coup qu’il y a vingt ans... JOSEPHA:(un peu surprise)Le même... coup ?
GISELE: Oui, le même coup de balai,(Montrant son plumeau.) ou de plumeau (Prenant un ton résigné.)J’ai vieilli... JOSEPHA: Et moi, que devrais-je dire ?... Que devrais-je dire ? Je vous le demande !
GISELE :(avec naturel) La même chose, la même chose...(Soupirant) Non, Madame, il n’est plus de mon âge d’épousseter et de curer. JOSEPHA:(la prenant au mot)A propos de ça...
GISELE: De quoi donc, Madame ? JOSEPHADu curé... : (Avec entrain.) Oui, bon, c’est vrai, je vous l’accorde bien volontiers, la transition était facile. GISELE :(consultant sa montre et avec un ton complice) Vue l’heure matinale, elle est fort acceptable... Si si ! JOSEPHA: Vous êtes trop bonne... GISELE:(amusée)Je sais, je sais. JOSEPHA:(apercevant sur la table basse un paquet emballé dans du papier journal et ficelé)Vous avez donc pensé à notre petite... affaire ? GISELE: Le colis est prêt. JOSEPHA: Le gros paquet, là ? GISELEffaire ! J’ai dû me mettre : Oui, et croyez-moi, cela n’a pas été une mince a en quatre pour le plier en huit et ne pas le froisser.(Après un temps.)N’aurait-il tout de même pas mieux valu attendre qu’il soit repassé avant de l’envoyer ? JOSEPHA :(fronçant les sourcils et prenant un ton inquiet) Parce qu’il n’est pas repassé ? GISELE: A ma connaissance, non, Madame. JOSEPHA:(inquisitrice)Comment cela, à votre connaissance ?
GISELE :(digne)je n’ai peut-être plus le coup de balai ou de plumeau, Madame, mais pour ce qui est du coup d’œil... Si le père Bugnon était repassé, je l’aurais tout de même vu ! JOSEPHA :(entre soulagement et amusement)que vous parliez du père Parce Bugnon ? GISELE: Vous me pardonnerez, mais je ne vois pas de qui d’autre... JOSEPHA :(haussant les épaules) Bah, en disant qu’il n’était pas repassé, j’ai cru qu’il s’agissait de l’imper ! GISELE: De... l’imper ? JOSEPHA:(avec évidence)Oui, de l’imper du père !
GISELE: Ouh la la ! C’est que je m’y perds dans vos affaires ! JOSEPHA: Tout cela ne serait pas arrivé s’il n’avait pas comme qui dirait perdu les siennes. GISELE: Vous parlez du père, cette fois-ci ? JOSEPHA: Oui, du père et de son imper... Quel étourdi !
GISELE:(croyant qu’elle est visée)Madame, tout le monde peut se tromper !
JOSEPHAre !... Ah ! Ces hommesGisèle, l’étourdi, ce n’est pas vous, mais le pè  :
d’église ont décidément la tête dans les nuages...(Après un temps.) Mais je me demande au fond s’il n’en a pas rien à cirer, de son imper ! GISELE: Qu’entendez-vous par-là ? JOSEPHA:(sans ambages)Qu’il aurait fait exprès de l’oublier ici ! GISELE: Vous n’êtes pas sérieuse ! JOSEPHA: Oh que si !
GISELE: Mais pourquoi donc aurait-il fait ça ? JOSEPHA:(même jeu)Parce qu’il s’est ainsi créé un prétexte. GISELE: Un prétexte ? JOSEPHA :(même jeu)un prétexte pour repasser Oui, (se reprenant aussitôt pour éviter une nouvelle ambiguïté des mots)enfin pour revenir me rendre visite. GISELE:(qui joue les prudes)Oh, Madame ! JOSEPHA: Allons, Gisèle, pas de vilaines pensées !... Quand je dis revenir me voir, c’est une façon de parler...(Se regardant dans le miroir et se passant une main dans les cheveux.)Même s’il est vrai que je pourrais encore plaire...(Après un temps.)A qui me direz-vous ? GISELE:(avec malice)Je ne dis rien.
JOSEPHA :(comme répondant à elle-même)à qui, c’est une autre histoire... Oui, Mais pour revenir au père Bugnon, c’est après mon argent qu’il en a ! GISELE:(jouant une fois de plus les prudes)Madame ! JOSEPHA: Si si ! Oh, pour la bonne cause, c’est entendu ! Je ne les ai même que trop entendus, lui et sa cloche ! GISELE: Sa cloche !? JOSEPHA: Oui, vous savez, la fameuse bonne grosse cloche de notre village ? GISELE: Vous voulez sans doute parler de Madame Lafonte ? JOSEPHA : Mais non, Gisèle, pas celle-là !(Lentement)cloche du clocher de La l’église de notre village ! GISELE:(qui vient de comprendre)Ah ! JOSEPHA: Oui ! Eh bien, figurez-vous qu’elle est fêlée ! GISELE:(bas)S’il n’y avait qu’elle !
JOSEPHA:(tendant l’oreille)Que dites-vous ? GISELE: Oh, rien, je raisonnais tous bas. JOSEPHA:(la prenant au mot)La cloche, elle, risque de ne plus résonner tout haut si elle n’est pas réparée, et ce au plus tôt... Le père Bugnon n’a cessé de le répéter avec une insistance plus qu’appuyée ; j’en ai encore les oreilles qui bourdonnent ! GISELE:(faussement naïve)S’il a tant insisté, c’est qu’il doit avoir une raison ? JOSEPHA: Hélas oui ! D’après lui, entretenir une cloche coûte cher, bien plus cher qu’entretenir une danseuse ! GISELE: Monsieur le curé aurait dit cela ? JOSEPHA: Oui... Enfin non, pas tout à fait sous cette forme... Mais bon, il n’est pas besoin d’être cardinal pour comprendre que les caisses de la paroisse sont quasiment vides et que le père Bugnon sollicite fortement l’a ide financière de ces ouailles, et la
mienne au premier chef ! GISELE :(avec une fausse légèreté) Il en a d’autant besoin qu’il n’y a pas que la cloche qui lui cause des tracas... Si j’ai bien com pris moi aussi, les murs intérieurs de l’église seraient défraîchis et mériteraient d’être retapés. JOSEPHAe subir comme qui diraitOui, c’est juste : il est grand temps pour eux d  : un... lifting ! GISELE:(bas)Ils ne sont pas les seuls ! JOSEPHA:(qui n’a visiblement pas entendu)Plaît-il ?
GISELE:(avec insouciance)Rien, rien.
JOSEPHA: Mais dites-donc, comment êtes-vous au courant de tout cela ? GISELE :(sans de démonter) Comment ?... Disons que j’ai surpris votre conversation d’hier après-midi avec le père Bugnon. JOSEPHA :(l’index pointé en avant et comme pour gronder un e nfant)ce Gisèle, n’est pas bien de votre part ! GISELE: Que voulez-vous ? Si vos oreilles bourdonnent, les miennes ont tendance à se balader, alors... JOSEPHAOui, bon, en tous cas, je ne comprends pas pourq uoi le père est venu : frapper à ma porte ; diantre ! Il y a certainement dans la paroisse des gens plus fortunées que moi ! GISELE: Ah oui ?... Je serais curieuse de savoir lesquelles... JOSEPHA :(gênée) Bah euh... des gens... dont la liste serait trop l ongue à énumérer... GISELE:(faussement désintéressée)Ah ? JOSEPHA:(cherchant une nouvelle fois à se justifier)Des gens dont je tairai le nom par décence... GISELE:(même jeu)Ah ? JOSEPHA :(esquivant) Et puis vous êtes trop curieuse... Et puis j’ai de lourdes charges vous savez... GISELE:(une pointe de doute dans la voix)Ah ? JOSEPHA: Oui, vous ne pouvez pas vous imaginer !
GISELE: Non. JOSEPHA: Tenez : vous, par exemple, vous ne savez pas ce que vous me coûtez ! GISELE:(du tac au tac)Oh que si !… A propos, ce serait peut-être le moment choisi pour parler d’augmentation ? JOSEPHA:(faisant mine de ne pas avoir saisi)De... ? GISELE: De rattrapage de salaire, pour être plus proche de la réalité... JOSEPHA:(même jeu)Comment cela ? GISELE :(le livre sous le bras et tout en passant le plumea u sur les quelques meubles)Sauf à ce que mes émoluments soient liés à l’indice trimestriel du coût de la construction qui, je vous l’accorde, est au plus bas, ou à ce qu’ils ne soient, comme les loyers, c’est-à-dire révisables tous les trois ans, je suis au regret de vous apprendre qu’en la matière, c’est le calme plat, mais alors ce qu’il y a de plus plat ! JOSEPHA :(jouant la surprise)Ah ? Vous m’étonnez ?... J’aurais pourtant cru... Ce