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Inspirations prophétiques - Au tombeau de mademoiselle Le Normand

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Si jamais une personne fut visitée de curieux avides de connaître les événements que leur réservait le destin, ce fut mademoiselle Le Normand, célèbre cartomancienne, amie de l’impératrice Joséphine, dont l’existence fut exceptionnelle et en quelque sorte royale, entourée, ainsi qu’elle le fut jusqu’à sa mort, des hommages des personnes les plus illustres de son siècle.

Cette existence fut tout-à-fait splendide ; on peut dire d’elle qu’elle égale, si elle ne surpasse, toutes les sibylles antiques : celles dont parlent Suidas Varron, Elien, Martinus Capella, Pausanias, Virgile, Aristote ne furent pas visitées par de plus grands personnages.

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Eugénie Bonnejoy Pérignon

Inspirations prophétiques

Au tombeau de mademoiselle Le Normand

MADEMOISELLE LE NORMAND

Si jamais une personne fut visitée de curieux avides de connaître les événements que leur réservait le destin, ce fut mademoiselle Le Normand, célèbre cartomancienne, amie de l’impératrice Joséphine, dont l’existence fut exceptionnelle et en quelque sorte royale, entourée, ainsi qu’elle le fut jusqu’à sa mort, des hommages des personnes les plus illustres de son siècle.

 

 

Cette existence fut tout-à-fait splendide ; on peut dire d’elle qu’elle égale, si elle ne surpasse, toutes les sibylles antiques : celles dont parlent Suidas Varron, Elien, Martinus Capella, Pausanias, Virgile, Aristote ne furent pas visitées par de plus grands personnages.

 

 

Pour apprécier les anciennes Pythonisses, il faut se supposer habitant de la Grèce et de Rome, lorsque la croyance des peuples admettait comme le plus grand bienfait l’existence d’êtres surnaturels placés par les dieux entre le ciel et la terre, et dominant le vulgaire de toute leur supériorité intellectuelle.

 

 

On peut se faire une idée de l’impression et de la terreur, souvent très salutaire, que la voix de ces femmes célèbres exerçait sur tous, par l’empire qu’elles avaient sur l’imagination des peuples et des rois. L’antiquité leur portait une vénération profonde et chacune de leurs paroles était un oracle, même pour l’autorité.

 

 

Le roi Tarquin résistant un jour à l’acquisition des livres sybillins d’une de ces antiques prophétesses, y fut contraint par le conseil des augures. Dès ce moment on porta la plus grande vénération à ces livres, et un collége de prêtres fut institué pour en garder le dépôt ; on ne consultait ces recueils que dans les grandes occasions et sur un décret du sénat. Ces œuvres sublimes étaient, en un mot, la charte des Romains, et ce fut dans cette ville une immense calamité quand ils périrent, lors de l’incendie du Capitole, quatre-vingt-trois ans avant Jésus-Christ.

 

 

Ce que nous venons de dire des Pythonissesde Rome, on peut le rapporter à celles de la Grèce.

 

 

Il y a loin de ce culte porté par la succession des siècles à la divinisation et au don de seconde vue, au mépris déversé aujourd’hui généralement sur toutes les personnes qui exercent la cartomancie.

 

 

Sans doute le plus grand nombre de ces modernes adeptes est sans instruction ; plusieurs unissant à cette profession des industries répréhensibles, justifient la sévérité des magistrats lorsqu’ils appliquent à leurs coupables menées toute la sévérité des lois. La pauvreté et l’ignorance sont les moindres choses qu’on leur reproche, leur ardent amour de l’or en fait les êtres les plus vils et les plus démoralisateurs qui puissent exister.

 

 

Cependant il y a parmi le grand nombre de ces cartomanciens quelques personnes dont l’amour de la science et la délicatesse de sentiments forment, à travers cette fange, une heureuse exception ; elles doivent contribuer puissamment à relever dans l’esprit du vulgaire cette science difficile et qu’il est donné à un si petit nombre de pouvoir comprendre et expliquer.

 

 

Les étranges phénomènes modernes le somnambulisme, les tables tournantes et parlantes, cette communication dés esprits immatériels avec la pensée de l’homme qui, aujourd’hui, sont un fait réel repoussé vainement par la raison et l’incrédulité humaines, serviront victorieusement à prouver la réalité de ces prodiges incompréhensibles.

 

 

Tout est mystère dans ce qui nous entoure : notre existence, notre mort, l’univers dans son ensemble imposant et superbe, est en vain interrogé par nous : rien ne fut rendu visible à nos regards obscurs, et jusqu’à ce jour, un voile épais recouvre pour nous le secret de la cause des phénomènes à travers lesquels notre vie s’agite impatiente et tourmentée.

 

 

Le temps est proche où ce voile disparaîtra, d’étranges révélations bientôt vont se faire entendre ; et la pensée de l’homme s’élevant majestueuse, pénétrera avec surprise et admiration dans ce monde intellectuel, fermé jusqu’alors à sa curiosité, et que va enfin lui faire connaître une voix toute puissante, inspirée par la divinité.

 

 

Mademoiselle Le Normand ne procédait pas, comme les anciennes prophétesses, dans les convulsions de la fureur et dans le délire sur un trépied. C’est à l’aide de la science, de l’étude des langues, du dessin, de la peinture, de la musique qu’elle se rendit célèbre. Elle était très instruite et pratiquait de bonne foi la science de Corneille Agrippa, de Cagliostro et d’Etteila. Elle avait beaucoup de pénétration, ce qui lui fit jeter un regard juste sur les conséquences des événements.

 

 

Quelle que soit l’opinion sur mademoiselle Le Normand, il est impossible de ne pas être frappé d’étonnement en considérant la longue carrière pendant laquelle cette femme extraordinaire est toujours demeurée elle-même, livrant son passé et son présent à l’examen du censeur le plus rigide, qui ne saurait, en ce long espace de temps, la prendre en flagrant délit de contradiction.

 

 

Sollicitée sans relâche par les personnages les plus éminents de ces cinquante dernières années, et voyant successivement toutes ses prédictions réalisées, s’il n’y a que du hasard, il faut reconnaître que ce hasard est un habile sorcier ; si, au contraire, mademoiselle Le Normand n’a prédit l’avenir qu’en déduisant les conséquences des prémices qu’elle avait sous les yeux, il faut se prosterner devant cette capacité prodigieuse.