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Itinéraire d'un Penseur Atypique

De
142 pages

L'auteur nous livre ici un ouvrage qui regroupe l'intégralité de ses premiers écrits : des pièces aux styles et aux tons variés, mêlant poèmes, contes humoristiques et contes de terroir, où le lecteur pourra percevoir l'évolution d'une pensée et la transformation d'une écriture.


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Copyright
Cet ouvrage a été composé par Edilivre 175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50 Mail : client@edilivre.com www.edilivre.com
Tous droits de reproduction, d'adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays.
ISBN numérique : 978-2-414-21548-5
© Edilivre, 2018
Du même auteur :
Le Testament Olographe, romanEdilivre 2010
La Rançon du Bonheur, romanEdilivre 2010
Le Miroir Récurrent, nouvellesPublibook 2010
Bagatelles Contemplatives, poésiePublibook 2010
Avant-propos
Rééditer des ouvrages de jeunesse n’est pas forcéme nt une entreprise aisée pour un auteur, quel qu’il soit. La chose se complique e ncore lorsqu’il s’agit d’ouvrages consacrés à des genres marginaux, comme la poésie, les contes humoristiques ou les contes de terroir. Mais il faut bien comprendre aus si le contexte dans lequel ces ouvrages ont vu le jour. Il s’agissait à l’époque d e publications à compte d’auteur, sans diffusion, chez de petits éditeurs de province. J’é tais donc propriétaire du tirage et du copyright, mais je devais démarcher moi-même les li braires pour réaliser des ventes, après avoir payé l’imprimeur. Et comme les libraire s demandaient une remise pour leur prestation, je ne tirai pas un grand bénéfice de ce genre d’opérations, en définitive.
Aujourd’hui, en 2011, avec la démocratisation d’int ernet et l’édition en ligne, la situation a évolué favorablement pour les innombrab les auteurs qui proposent leurs manuscrits chaque année. La situation du monde de l ’édition ayant changé, j’ai souhaité regrouper en un seul ouvrage l’intégralité de mes premiers écrits, pour leur donner une seconde chance, avec une diffusion corre cte cette fois-ci. Tout en modifiant quelques détails ici ou là, et même en ré écrivant parfois certains textes, comme dans le recueil de contes. C’est la raison d’ être de ce livre : donner un lectorat à des ouvrages qui en avaient été privés lors de le ur parution, en raison du système qui était en place à ce moment-là.
F. P.
LE TESTAMENT IDEOLOGUE
Poésies
Cet ouvrage, paru initialement en 1998 aux éditions Sol’Air, à Nantes, est particulier. Dans le sens où son contenu ne correspond pas vraim ent aux stéréotypes de la poésie tels qu’on les conçoit dans les grandes villes, et surtout à Paris. Certains cercles poétiques parisiens considèrent en effet que la vra ie poésie ne peut être qu’érotique, sans quoi elle n’a aucun intérêt et ne se justifie même pas. C’est oublier qu’une poésie peut être aussi climatique et paysagère, et qu’un c adre rural peut également la générer. Chose qui n’avait pas échappé aux peintres impressionnistes, bien sûr, et que certains poètes, comme René-Guy Cadou ou René Char, considéraient comme allant de soi. Mais le plus important reste quand même les moyens mis en œuvre pour écrire une telle poésie, presque néo-virgilienne, si l’on peut dire, et si l’expression n’est pas trop caricaturale, ni anachronique. Certains préfér eraient peut-être une photo, ou toute autre image matérialisée. Mais, comme les mots ont aussi un pouvoir, et qu’ils font appel à l’imaginaire du lecteur, cette démarche tro uvait sa justification dans la progression de l’écriture sur chaque poème, et dans son renouvellement. A cette époque je parcourais en vélo la région d’Argentan, dans l’Orne, à la belle saison. Quand un endroit me semblait intéressant, je prenai s des notes sur mon calepin, que je retravaillais ensuite à la maison en leur donnant l a densité voulue. C’était le genre de démarche qui ne pouvait perdurer indéfiniment, d’où le titre du recueil. Quoi qu’il en soit, je ne regrette pas cet essai de jeunesse, qui pourra, j’en suis certain, intéresser les âmes sensibles et captiver l’attention de leur imaginaire. Ici, la suggestion des mots est expressive par elle-même, et c’était bien la fi nalité de ma démarche à cette époque-là.
Urou le bienheureux
Drou le bienheureux, refuge du cheval, à deux pas d ’Argentan. C’est un simple bourg perdu au creux du temps, sous la candeur de m ai. ’un petit pont étroit on aperçoit son haras et toute sa bienveillance, et de hors de jeunes poulains batifolent sur un tapis d’innocence verte. Leurs mères aux robes b runes et ocrées les allaitent de leur mieux lorsqu’ils accourent à elles. On voit au ssi le château en pierres jaunâtres et ses dix cheminées guerroyer dans les airs. Ses fenê tres étroites et ses murs rectilignes veillent sur notre espérance, à la manière de senti nelles du rêve. ’un bref coup d’œil oblique, on dévore du regard les écuries intemporel les et cette courte mare cernée d’arbrisseaux, véritable oasis de fraîcheur. Ces je unes arbres sont tous penchés à leur façon parmi l’étroit gazon, dans un exercice de sty le digne de statues agrestes. On remarque encore des palissades de bois et de fil ro ux en guise de frontière, des abreuvoirs de platine comme reposoir du ciel et ref let des nuages. Sur le chemin d’asphalte, à l’extrémité du champ de vision, un ar bre mort nous rappelle que chaque chose connaît son heure, ici-bas. Et de loin en loi n, sur la grand-route de Paris et de L’Aigle, les complaintes métalliques des coursiers d’aujourd’hui nous content le temps présent, dans leur impressionnant volume. Plus loin encore, vers l’ineffable et l’invisible, on entend quelques scies chantantes qu i s’obstinent dans l’infini résonnant. Et tout cela se passe par une après-midi de printem ps, sur cette terre normande amie de la verdure et de la brume. Ce bref croquis procè de par consensus : l’élément naturel y est en parfaite union avec le labeur des hommes, et toujours il lui répond. ans cette quiétude ambiante proche de la contemplation, les ê tres et les choses communiquent une joie de vivre qui semble inhérente au lieu. Tou t cela ne peut être que le signe distinctif d’un village bienheureux, complice de l’ esthète impromptu, et source d’un émoi prometteur.
Le Jardin Suspendu
Aux confins d’Alençon se dresse un endroit des plus singuliers, pour moitié grand vaisseau, à demi éden vert. On y accède par d’étroi ts escaliers de bitume qui serpentent dans un mât de feuilles, à la manière de cordages rogues et durs que l’on aurait usés et laissés frire au vent. Si l’on grimp e maintenant jusqu’à la hune du lieu on marche tout à coup sur des travées de vide, et les pieds sont témoins que les arbres s’envolent au moindre coup du sort, comme si une ma in les guidait vers des criques choisies dormant à l’autre bout du golfe. L’océan s e tait, d’ailleurs, et ses bras ramifiés sont autant de silhouettes recouvrant les flots cal mes et moussus.
Au hasard d’un détour, parmi les voilures innombrab les et les gréements noueux, il est un grand vaisseau qui sans cesse prend congé et semble lever l’ancre au loin en se riant des flots. Mais ce n’est là qu’illusion de s yeux et affaire d’un instant, car bien vite l’étranger s’accoutume à ses dires et comprend qui va là.
Il s’agit en fait d’un grand jardin suspendu au-des sus d’un mont mince et s’ouvrant sur l’azur, d’une sorte de filet d’arbres surplomba nt la vaste plaine que l’on devine au loin. Cette dernière semble comme assoupie dans ses champs de blé et ses bourgs. Et dans les cieux le ballon de lumière les fait tous m iroiter.
Ce lieu est la forêt d’Ecouves et ses milliers de m âts, un des fleurons de l’ouest dans l’armada des bois. Quant au jardin suspendu et à ses lianes complices, ils se tiennent tout là-haut derrière sentes et chemins, a ux frontières du silence et des cieux infinis, négligés par les voix et les mots d’ici-ba s.
Ce pays regorge d’azur et de lumière cueillis à mêm e le ciel, il est serein et grave comme un soleil d’hiver. En toute saison et depuis qu’il existe, son logis est sa voix et ses gestes sont ceux du vent. Du moins tel est-il, aux yeux de l’éclaireur.
Les Dessous du Pavé
Le chemin empierré qui coule entre les arbres droit s semble détenir un secret. Il se déroule au loin comme un serpent de terre et s’enfu it dans les bois ainsi qu’une bête furtive. Et ces rayons obliques qui au matin naissa nt teignent les troncs austères m’ont dit un jour qu’il abritait tout un conciliabule. Il recèle en effet les demeures de rongeurs amis des profondeurs. Lorsque les branches jouent d e l’archet au nom du visiteur, il se dit même qu’on y fait grande bombance et qu’il s’y tient un banquet à certaines heures du jour. En fait, c’est tout simplement en l’honneu r du vieux chêne qui dort, là-bas, près d’une courte hêtraie et d’un bouleau sans voix. C’e st en remerciement pour sa bonté, et pour la largesse de sa bienveillance qu’ils font ceci. Aux uns la profusion et la joie de se savoir aimés, aux autres la déférence et la gratitude unanime.
Qni Ne doNNerait Habloville ?
Qui ne donnerait Habloville pour un instant de vie ? Sa petite place est là près d’un ruisseau léger, qui glisse entre les murs et se cac he au lavoir après avoir chanté la mousse. C’est même un miracle de voir une vieille v illageoise y battre son linge comme aux jours d’autrefois, selon des gestes enfou is dans la mémoire des peuples. A deux pas de là, c’est un rude gaillard tout voûté trépassant du chardon. Il est armé pour cela d’une faux pointue qui fait s’émouvoir les cai lloux. Cette scène est contemplée par un mois de juillet vigoureux et conquérant, parfait ement approprié au rituel d’une nature en fête. Et on a comme l’impression que le t emps écoulé n’a pas de prise sur les événements, ici.
Qui ne léguerait vraiment aux autres ce havre de pa ix si convivial, rien que pour ses arbres sans âge et ses toits immobiles ? Le vent es t là, imitant le ruisseau parmi les jeunes feuillages. Ce faisant, il se fait l’avocat de tous les voltigeurs du bourg. Si l’on parcourt dix mètres en direction du bonheur, un off ice notarial nous étonne de par la couleur saumonée de sa façade. Son toit triangulair e semble littéralement écaillé par ses ardoises fines. En bord de route l’enseigne dor ée se tient près d’un prunus, délicatement frôlée par un câble noir. Et ce dernie r se trouve comme suspendu dans l’air ambiant, imperceptiblement bercé par la brise continuelle de l’été normand.
En vérité c’est là tout Habloville, un peu à l’imag e d’un morceau de France que l’on aurait laissé vieillir au temps en un émoi rêveur. En cet endroit préservé des coups du sort, le boucher vient encore avec son estafette po ur gagner des subsides. Et en ce lieu situé en dehors du système économique, la jeun e mère peut promener ses élus en milieu de chemin sans qu’un danger ne vienne. La qu iétude y est telle qu’ici les chiens nous parlent pour des motifs de joie.
Voici donc notre ami, village de l’Orne calme et de s soucis mineurs. Lorsque quelqu’un traverse la rue à pied on peut entendre l e bruit des pas faire peur au vol des abeilles.
Qui ne prêterait cet endroit pour un instant fugace ? En réalité, les gens parlent aux fenêtres et les mobylettes passent. Le laurier luit au vent doux et les poteaux se font vieux. Au loin là-bas une grange somnole sans fenêt re et sans voix, courbée sous un manteau de tuiles que les ans ont plié. Mais c’est déjà la fin d’un rêve et le charme s’estompe.
Qui ne donnerait Habloville pour un instant de vie ?