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J'ai démissionné de l'Éducation nationale

De
86 pages

Enseigner ? Une vocation !

Pourtant, après seize années de dévouement auprès de jeunes élèves, la passion s'essouffle et le dégoût du métier s'installe pour notre auteure...



Voici le récit du parcours d'une institutrice qui a fait le choix surprenant, mais salvateur, de démissionner...


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Cet ouvrage a été composér Edilivre 175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50 Mail : client@edilivre.com www.edilivre.com
Tous droits de reproduction, d'adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays.
ISBN numérique : 978-2-334-07436-0
© Edilivre, 2017
À Maman qui, dans mes moments de doute, me répétait : « Allez, tu vas y arriver ! Tu y es toujours arrivée… »
Samedi 25 juillet – 15 h 55. Voilà maintenant trois semaines que nous sommes en congés d’été. Eloignée de la salle de classe, des cahiers, des tableaux, des cris des enfants dans la cour de récréation, je savoure ces beaux jours ensoleillés. Nous sommes au beau milieu des vacances d’été. A l’heure où les collègues bouclent leurs valises pour partir au bord de la mer, où d’autres pensent à faire la fête, à préparer un déménagement, une naissance, bref, à mille autres choses qu’à leur classe, à l’heure où d’autres encore songent déjà – et oui ! – à la prochaine rentrée, peut-être la toute première de leur carrière… Et bien moi, après 16 années de bons et loyaux services auprès de mes jeunes élèves, je viens d’entériner une décision radicale et irrévocable : je démissionne ! Oui, je viens de rédiger ma lettre de démission que j’adresserai au directeur des services académiques dès lundi matin. Je ne me suis jamais sentie aussi bien…
Une vocation
Aussi loin que je me souvienne, je rêvais d’être « maîtresse »… Et j’ai pu réaliser sans trop de difficultés mon vœu, enfin l’un d’eux, car comme la plupart des petites filles, je voulais devenir maîtresse ou infirmière. C’était ce que je répétais volontiers à ceux qui voulaient l’entendre. Jusqu’au jour où un camarade de classe est tombé de vélo et a été hospitalisé. L’institutrice avait décidé de nous emmener à l’hôpital lui rendre visite. Je me demande d’ailleurs encore maintenant comment cela a pu être possible – même si l’on a changé de siècle depuis – toute sortie à l’heure actuelle nécessitant de nombreuses autorisations et je doute qu’une telle sortie serait autorisée de nos jours, car elle serait considérée comme “sans intérêt pédagogique” et inappropriée… Bref, nous sommes donc arrivés dans la chambre de notre camarade, et à la vue de son visage esquinté et déjà recouvert de croûtes, je me suis sentie mal et ai dû rapidement quitter la chambre sous peine de tomber dans les pommes. J’ai bien compris qu’il faudrait un miracle pour arriver à devenir infirmière… Pour ce qui est de « maîtresse », cela a été bien différent ! Depuis le tout premier jour où j’ai été en âge d’aller à l’école, j’ai adoré cet univers. Chaque jour de classe était une fête ! C’était comme lorsqu’on présente un jouet à un jeune enfant : les yeux s’écarquillent, les mains s’agitent de bonheur et d’excitation, la bouche forme un large sourire. Chaque jour de classe était à l’image de ce jouet : un cadeau. Il était hors de question de manquer un jour d’école ! A la maison, j’adorais même jouer à la maîtresse : je faisais travailler des élèves fictifs, je leur distribuais des fiches de travail, je corrigeais leurs exercices – que j’avais complétés moi-même… – en reproduisant la manière utilisée par ma maîtresse. Bien sûr, pour faire plus vrai, j’étais bien obligée de me fâcher car certains élèves ne voulaient pas travailler et faisaient beaucoup trop de fautes…
Etant originaire d’un très petit village, il y avait dans notre école une classe unique, comprenant tous les élèves du village scolarisés de la section enfantine (l’année précédant le CP) jusqu’au CM2. C’est pourquoi, pour effectuer les deux premières années de maternelle, la plupart des mamans emmenaient quotidiennement leur enfant à l’école maternelle du village voisin. Evidemment, les souvenirs de mon passage en maternelle sont les moins nombreux de tous. Mais à l’évocation de ces premières années en tant qu’élève, il est un souvenir qui me reste en mémoire : celui de l’odeur de mon petit sac, un sac en forme de maison. Il était constitué de quatre morceaux de carton pour les murs et un pour la base, le toit arrondi constituait le couvercle. Les morceaux de carton étaient recouverts de plastique orange, comme celui utilisé pour réaliser les protège-cahiers. A l’image de la poésie de Pierre Gamarra « Mon cartable a mille odeurs » que l’on retrouve souvent dans les cahiers d’écoliers au mois de septembre, mon petit sac avait une odeur particulière de plastique, que je reconnaîtrais encore actuellement entre mille. Je me souviens que chaque enfant portait tout au long de la journée un tablier en tissu, et des chaussons, bien souvent tricotés… Une toute autre époque !
De l’année de section enfantine, je garde un souvenir particulier : celui des fiches de graphisme. Les fiches plastifiées n’existaient pas encore ! Nous possédions donc chacun un livret contenant ces fiches avec les lignes de grandes boucles, de petites boucles, de traits horizontaux, de traits verticaux, de pointillés… On retrouve encore de nos jours ces exercices de graphisme dans les écoles maternelles, en plus moderne ! Pour notre maîtresse, l’avantage était que pendant que nous étions occupés à remplir nos fiches, elle pouvait s’occuper des autres élèves, surtout des CP. C’était avec eux qu’elle passait le plus de temps. Les enfants de section enfantine étaient regroupés à une même table, séparée des CP par une petite étagère. Aussi, étant assez rapide, dès que j’avais fini mon graphisme, je suivais
les cours de lecture du CP, basés sur la méthode syllabique « Caroline et Bruno ». Cela m’a permis d’apprendre à lire avant même d’arriver au CP. Mais pas question de « sauter une classe » comme beaucoup le pratiquent actuellement ! J’ai donc continué mon parcours en élémentaire de façon ordinaire… ou presque. Car tout au long de ces années, je me suis ennuyée. Ennuyée d’attendre que l’on me donne ce travail que j’attendais tant. J’espérais inlassablement et patiemment que l’on s’occupe de moi. Les années de CM1 et CM2 ont été les pires, car je me suis retrouvée seule (certains camarades ayant été orientés vers d’autres établissements, d’autres ayant redoublé). Je possédais un fichier de lecture silencieuse que j’adorais par ailleurs retrouver. La plupart des textes étaient extraits des« Contes du chat perché »Marcel Aymé. C’était à chaque fois une joie de découvrir les aventures de de Delphine et Marinette. Malheureusement, une fois les questions portant sur la lecture terminées, je me heurtais à chaque fois au « Relis encore une fois le texte ! » de la maîtresse lorsque je lui disais que j’avais fini. De même pour les mathématiques : « Attends, je viens ! » Je m’ennuyais d’attendre. Je ne peux pas dire que je lui en voulais à cette maîtresse qui essayait d’être partout à la fois. J’aurais juste voulu avoir de quoi m’occuper quand j’avais terminé. Et c’est ce que je me suis employée à faire tout au long de mes 16 années d’enseignement : donner à manger à mes élèves les plus gourmands, car je ne voulais pas qu’ils se retrouvent dans la même situation d’ennui, qui fait que l’on se sent un élève « invisible » et qui aurait pu être source de souffrance ou de décrochage scolaire pour certains.
L’école élémentaire était alors bien différente de celle que les élèves fréquentent actuellement. Monsieur le Curé venait une fois par semaine assurer l’enseignement religieux à tous les élèves – il n’était à l’époque pas question de dispense. Pendant cette heure, la maîtresse pouvait rentrer chez elle ! Pour le sport, nous ne disposions que d’une plate-forme ensablée. Nous ne pratiquions que de l’endurance, et seulement lorsque les conditions météorologiques le permettaient. La corvée d’entretenir cette plate-forme et d’arracher les mauvaises herbes nous revenait : chacun y allait à tour de rôle, seul, pendant que la maîtresse restait en classe avec les autres élèves. Mais ce qu’il faut préciser, c’est que de la classe, il n’y avait aucune vue sur la plate-forme, de ce fait la maîtresse ne pouvait pas surveiller l’enfant qui était en train d’arracher les herbes… Inconcevable de nos jours… Le photocopieur n’existait pas ; pour reproduire les quelques fiches sur lesquelles nous devions travailler, la maîtresse utilisait un duplicateur à alcool. Comme l’odeur des copies fraîches, avec ce mélange d’encre, de papier et d’alcool était agréable ! Les bulletins ne comportaient aucune note chiffrée, seules les appréciations générales (très bien, bien, assez bien, moyen, insuffisant, très insuffisant) concernant chaque matière y figuraient. Les sorties scolaires n’étaient pas d’actualité à cette époque, et l’ordinateur n’a fait son apparition dans notre classe unique que lors de mon année de CM2. Les élèves sages avaient le droit d’y faire quelques jeux, mais il n’était question ni de traitement de texte, ni de sauvegarde, ni de recherche sur la toile…
Par la suite, le collège m’a permis de me sentir plus à mon aise puisque le système répondait plus à mes attentes. Au lycée, j’ai pu découvrir une véritable passion pour la biologie. Sachant que je souhaitais devenir enseignante, une professeur de biologie m’avait, pendant toute l’année de première, soutenue, encouragée afin que je passe par la suite le CAPES (Certificat d’Aptitude au Professorat de l’Enseignement Secondaire) de biologie. Par peur de la décevoir, je redoublai d’efforts pour apprendre mes leçons. Sa gentillesse et sa dévotion m’ont été droit au cœur. Mais malgré tout l’intérêt que je portais à cette discipline, enseigner chaque jour une seule matière me paraissait trop...