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Jean-le-Conquérant

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440 pages

Le célèbre philosophe Candès, esprit éminemment observateur, prédit, dès le jour de la naissance de Jean dans la bonne ville de Marseille, que cet enfant aurait le naturel aventureux et batailleur. Il lui avait palpé le crâne, et le philosophe Candès possédait lui-même tant de bosses à sa tête qu’il devait nécessairement connaître les qualités inhérentes aux protubérances d’une boîte osseuse.

Le philosophe Candès, membre de l’Académie de Nîmes et professeur de philosophie exacte à la Société pour l’avancement des sciences de La Canebière, était un grand ami du père et de la mère du petit Jean.

Fruit d’une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.


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UNE NUÉE DE FLÈCHES PASSA AU-DESSUS DE LA TÊTE DES MATELOTS (p. 71).
Edgar Monteil
Jean-le-Conquérant
PREMIÈRE PARTIE
LA MER
CHAPITRE I
QUAND JEAN ÉTAIT PETIT
Le célèbre philosophe Candès, esprit éminemment observateur, prédit, dès le jour de la naissance de Jean dans la bonne ville de Marseille, que cet enfant aurait le naturel aventureux et batailleur. Il lui avait palpé le crâ ne, et le philosophe Candès possédait lui-même tant de bosses à sa tête qu’il devait nécessairement connaître les qualités inhérentes aux protubérances d’une boîte osseuse. Le philosophe Candès, membre de l’Académie de Nîmes et professeur de philosophie exacte à la Société pour l’avancement des sciences de La Canebière, était un grand ami du père et de la mère du petit Jean. Il passait presque toutes ses soirées auprès de ces honnêtes commerçants en denrées coloniales qui, la journée finie, à huit heures, et les magasins fermés, demeuraient tranquillement avec leurs parents et leurs amis. Il pouvait donc suivre attentivement le développement quotidien du petit Jean, et son œil scrutateur, sous un sourcil épais qui avait continué à pousser tandis que ses cheveux s’envolaient au souffle des hivers, ne quittait pas le jeune garçon. — Regardez-le, ce gaillard ! s’écriait-il. C’était quand il le voyait essayer d’égratigner sa nourrice ou brandir son hochet en poussant ses premiers vagissements, les premiers « ah ! ah ! » des enfants qui sont comme des cris de victoire.  — Il y a, dans ses gestes, de la décision, du comm andement, disait le philosophe Candès. Quand le petit Jean commença à marcher, il se metta it à hurler comme un loup si on l’empêchait de se diriger du côté où il voulait aller. — Manifestation très remarquable de la volonté, observait le philosophe Candès. Le père et la mère de Jean, qui étaient de braves g ens, regardaient alors leur rejeton avec une admiration presque égale à celle qu’ils pr ofessaient pour leur bon ami le philosophe Candès qui découvrait de si belles choses chez leur bébé chéri.
Mais bébé chéri était fort désagréable. Comme papa et maman faisaient scrupuleusement attention à ses cris, il en profitait pour piailler la journée entière. Quand on commença à lui donner des joujoux, il les cassa tous, les uns après les autres, après s’en être amusé pendant une heure. Cela continua quand il poussa un peu, et non seulement il cassa ses joujoux, mais les meubles de l’appartement.  — Ce petit Jean a l’instinct destructeur, disait le philosophe Candès, cet instinct qui caractérise les conquérants, ce qu’on est convenu d ’appeler de grands capitaines, tels Alexandre, César et Napoléon. Papa et maman finissaient par croire, lorsque Jean avait cinq ans, qu’il serait le maître du monde, et comme ils ignoraient si, dans leur enfance, Alexandre, César et Napoléon avaient cassé leurs joujoux et manifesté des dispositions aussi précoces, ils espéraient que le petit Jean vaudrait Alexandre, César et Napo léon tout ensemble et qu’il ferait comme eux la désolation de l’humanité, ce dont il retirerait personnellement beaucoup de gloire. Ces espérances devinrent des certitudes quand le pe tit Jean eut un sabre. Il ne se sentit pas de joie de pouvoir s’attacher à la ceinture un beau fourreau d’acier qui faisait du bruit quand il marchait et une poignée de cuivre qui brillait à portée de sa main.
A tout moment, il brandissait son sabre comme autre fois son hochet, et il crevait un fauteuil.
Ily avait, sur une console, un magot chinois en porcelaine qui balançait la tête et tirait la langue. — Tiens, le chinois ! s’écria-t-il. Et il lui trancha la tête d’un coup. Cette fois, malgré la gronderie de papa et de maman qui tenaient à leur magot, le philosophe Candès n’hésita pas à déclarer qu’il fallait faire de Jean un militaire e t le pousser du côté des écoles spéciales, parce qu’il était cer tain que sa vocation était on ne peut mieux dessinée par la série d’actes observés chez lui. Le plus célèbre marin du port de Marseille, le capi taine Pamphile, se trouva exactement du même avis que le philosophe Candès.  — Il doit nécessairement faire un soldat, dit-il, à moins qu’il ne fasse un marin. En attendant d’entrer à l’école spéciale militaire, le petit Jean devait commencer par apprendre à lire. On l’en voya au lycée. Au lycée, il travailla de façon à donner à ses maîtres assez de satisfaction ; mais il passa la plupart de ses récréations à se disputer et à se flanquer des piles avec ses camarades. Un jour, même, il s’attaqua à un grand qui lui administra une verte volée ; mais jamais Jean ne voulut s’avouer vaincu. Le grand, qui portait le nom de Mingassou, lui sut gré de ne pas se déclarer battu et d’avoir immédiatement cherché querelle à un autre petit, pour lui rendre la pile qu’il venait de recevoir.  — Tu as trop d’amour-propre, lui dit-il, mais c’es t égal, tu es un brave ; on ne doit jamais dire qu’on a eu le dessous tant qu’on n’est pas mort. Et à partir de ce jour-là, Mingassou prit Jean sous sa protection et le défendit au besoin. Ce Mingassou se trouva précisément connaître le capitaine Pamphile, car le cousin d’un de ses cousins était aussi capitaine au long cours, également fort connu dans le port de Marseille, et vieux camarade du capitaine Pamphile. Le but de Mingassou était de s’embarquer avec le cousin de son cousin ou avec le capitaine Pamphile, et de s’en aller au loin sur les mers.  — Ta comprends, disait-il à Jean, que je m’amuserai, à voyager tout le temps. Jean ne saisit pas immédiatement ce que Mingassou voulait faire, mais à mesure qu’il grandit, Mingassou continuant toujours à lui parler de la mer, il comprit mieux et commença à me ttre le métier de marin qui lui avait d’abord paru inférieur sur le même rang que le métier de soldat ; puis, quand il se rendit davantage compte de l’indépendance du marin, de l’autorité que peut avoir un capitaine à son bord, de la manière de pouvoir absolu qu’il e xerce, quand il se dit qu’on pouvait être marin et avoir un sabre, il plaça le marin au-dessus du soldat. D’ailleurs, quand il rencontrait dans la rue un sol dat à côté d’un matelot, c’était ce dernier qui avait l’air le plus dégourdi. Le soldat avec sa longue capote grise, son pantalon trop court, ses gros souliers ferrés, coiffé d’un képi déformé, dont la visière se relevait d’un côté et baissait de l’autre,
ne se comparait certes pas au fringant matelot, coi ffé du béret crânement posé en arrière, au cou dégagé dans un large col, à la vare use courte et au pantalon flottant descendu sur des pieds lestes et bien chaussés. Ça ne l’empêchait pas de jouer au soldat, de comman der une dizaine de ses camarades avec lesquels il faisait, tambour battant , la longueur de la rue, et qui se divisaient pour se battre ensemble avec fureur, qui tte à se repromener cinq minutes après dans les mêmes rangs. Mais cette guerre terre stre ne valait pas pour lui la vue d’un bateau.
Ah ! les bateaux ! C’est ça qui était joli et amusa nt, les bateaux ! Ils avaient une belle coque luisante avec de splendides sculptures dorées à la proue, une machine qui faisait de la musique comme si elle avait battu la caisse en marchant, pouf, pouf pouf, pouf, et des grands mâts qui s’élançaient vers le ciel avec des vergues qui se balançaient, tout ça bien astiqué, en ordre, et de beaux petits matelots dessus. Et quand il y avait des canons sur les bateaux et que pan ! pan ! les canons partaient, laissant une belle fumée bleuâtre s’évanouir dans l’air, c’est ça qui était superbe !