Jean Racine

Jean Racine

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Français

Description

Dès 1678, Racine mène une double vie : celle d’un courtisan assidu et respecté, de plus en plus proche de Louis XIV, qu’il suit dans toutes ses campagnes militaires ; celle d’un patriarche qui court rejoindre sa petite famille parisienne dès qu’il le peut et qui maintient ostensiblement des liens avec la vaste famille de La Ferté-Milon.

Comment nos auteurs préférés vivent-ils quand ils s’interrompent d’écrire ? Certains vont et viennent, se promènent, vagabondent. D’autres se posent le temps d’une saison ou d’une tranche de vie, avec femme, compagnon ou amis. Ils habitent des lieux de passage ou des maisons, qu’ils imprègnent de leur parfum.
Leurs meilleurs biographes les ont suivis et nous racontent.


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Date de parution 14 juin 2013
Nombre de lectures 61
EAN13 9782912319623
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

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éditions Alexandrines

 

La Ferté-Milon

Racine, une trace légère

« Les 8 et 9 juin 1775, logea à La Ferté-Milon un détachement de chevau-légers qui allaient à Reims à l’occasion du sacre du roi. Un de ces messieurs fit toutes les informations possibles pour connaître la maison où était né Racine avec intention d’y faire mettre une inscription qui en conservât à jamais la mémoire. Ces recherches furent inutiles ; car, comme sept villes dans la Grèce se sont disputé l’honneur d’avoir donné naissance à Homère, on compte à La Ferté-Milon autant de maisons qui se glorifient d’avoir été le berceau du grand Racine. » Moins d’un siècle après la mort de Racine, quarante ans après la mort de sa soeur Marie qui pourtant passa toute sa vie à La Ferté-Milon, un médecin curieux s’étonnait ainsi dans son journal qu’un si grand homme ait laissé si peu de traces matérielles de son passage dans la ville de sa naissance.

Non que la famille n’y fût pas solidement implantée : les Jean Racine s’y succédaient de génération en génération, de même que les Sconin, sa famille maternelle. Mais des circonstances dramatiques empêchèrent le futur poète d’y demeurer longtemps. Orphelin de mère à deux ans, de père à quatre, il perdit encore son grand-père paternel, qui l’avait recueilli, à l’âge de dix ans (en 1649), et Marie Desmoulins, sa grand-mère et marraine, ne tarda pas à se mettre au service des religieuses du célèbre monastère de Port-Royal des Champs. Le jeune garçon la suivit et fut désormais le pupille du monastère et l’élève des « Petites Écoles » de Port-Royal où professaient les meilleurs pédagogues de France (les « Solitaires », bientôt poursuivis pour leurs idées jansénistes). Ainsi, dès l’âge de dix ans, l’enfant de La Ferté-Milon était devenu l’enfant de Port-Royal.

Il faut souligner ce point. Son destin, s’il n’avait pas été orphelin et surtout si sa famille n’avait pas tissé des liens exceptionnels avec Port-Royal, était de devenir comme ses deux grands-pères, son père et certains de ses oncles et cousins, un notable de cette charmante petite ville du Valois qu’était La Ferté-Milon, occupant quelque fonction localement importante dans l’administration des impôts indirects (au « Grenier à sel ») ou de la justice ; ce que sera justement ce M. Rivière jugé digne plus tard d’épouser sa soeur Marie. La bifurcation vers Port-Royal en a décidé autrement.

Certes, au cours de son enfance, il fit de temps à autre de courts séjours à La Ferté-Milon : son tuteur légal était désormais son grand-père maternel, le rude Pierre Sconin qui élevait sa soeur Marie, et il était accueilli chez lui les jours de fête au milieu d’une parentèle nombreuse ; mais c’est à peine, rapportera-t-il plus tard à ses propres fils, si on daignait le regarder. Dès lors, quel souvenir pouvait-il garder des magnifiques ruines de la formidable citadelle qui dominait le bourg, des fortifications qui entouraient la cité, de la charmante rivière de l’Ourcq qui, canalisée à partir de La Ferté-Milon, transportait jusqu’à Paris, sur de longues et étroites embarcations, du blé, du foin et surtout ces célèbres faisceaux de bois léger destinés au chauffage qu’on ramassait dans la forêt voisine, dite Cot de Retz, et qu’on appelait pour cela des cotrets ? Ses premiers vers français, qu’il écrivit vers l’âge de quinze ans et qui sont les seuls qu’il consacra à l’évocation de la nature et à la description de bâtiments, c’est à Port-Royal des Champs qu’il les consacra.

Lancé dans le monde parisien à l’âge de vingt ans, en quête d’un emploi ou d’un bénéfice ecclésiastique, il trouva ses premières protections auprès des membres expatriés de sa vaste famille milonaise, tantôt du côté Racine, tantôt du côté Sconin. Son cousin Nicolas Vitart, fils d’une soeur Desmoulins, l’accueillit chez lui à Paris. Puis ce fut un oncle Sconin qui prit le relais : ce religieux, vicaire général de l’évêché d’Uzès, espérait lui transmettre l’un de ses bénéfices et l’attira ainsi à Uzès durant une vingtaine de mois. Il fut le seul des Sconin auquel Racine déclara vouer une réelle affection, s’étonnant même qu’il fût si différent des autres. Rentré du midi au printemps de 1663, c’est à Paris chez Nicolas Vitart qu’il s’installa à nouveau : point de détour, semble-t-il, par La Ferté-Milon. Il était clair pour toute la famille que l’avenir du brillant jeune homme était dans la capitale.

Pour autant, les ponts ne sont pas coupés : sa soeur Marie réside toujours chez les Sconin et les deux jeunes gens n’ont jamais cessé de s’écrire. Mais un fait nouveau intervient durant l’été de 1663, qui resserre leurs liens. Marie Desmoulins, sa grand-mère et marraine, celle qu’il appelle « ma...