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Jean Reynaud

De
50 pages

En annonçant aux lecteurs du Siècle, il y a peu de jours, la perte que notre pays vient de faire dans la personne de ce grand et excellent homme, un des amis qui l’ont le mieux connu et le plus aimé, M.E. Legouvé, a résumé en quelques lignes énergiques et touchantes sa valeur morale, l’ascendant qu’il exerçait sur les autres, et l’impression qui résulte de son principal ouvrage. Aujourd’hui, devançant à notre tour le moment qui viendra pour les siens de payer à sa mémoire le tribut qu’elle attend d’eux en présentant à nos contemporains l’ensemble des monuments de sa pensée, nous essaierons d’en rassembler ici les traits les plus généraux et de présenter une esquisse de sa noble carrière.

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Henri Martin
Jean Reynaud
NOTE PRÉLIMINAIRE
Nous réimprimons ici, comme un hommage à la mémoire du philosophe que la France vient de perdre et de l’ami que nous pleuron s, l’esquisse de sa vie et de ses œuvres, qui a paru dans leSiècle16 et 18 juillet, suivie d’une étude sur des Terre et Ciel, que nous avons publiée dans laRevue de Paris1854, à l’époque de en l’apparition de ce livre. Nous avons tenté, dans ce tte étude, d’analyser l’œuvre capitale de Jean Reynaud avec des développements qu e ne pouvaient reproduire les quelques pages sur l’ensemble de sa carrière, desti nées à la presse quotidienne ; nous la reproduisons ici, parce qu’il l’avait appro uvée, quant à l’esprit et à l’ensemble, comme une interprétation fidèle de sa pensée.
Juillet 1863.
HENRI MARTIN.
I
En annonçant aux lecteurs duSiècle,y a peu de jours, la perte que notre pays il vient de faire dans la personne de ce grand et exce llent homme, un des amis qui l’ont le mieux connu et le plus aimé, M.E. Legouvé, a rés umé en quelques lignes énergiques et touchantes sa valeur morale, l’ascend ant qu’il exerçait sur les autres, et l’impression qui résulte de son principal ouvrage. Aujourd’hui, devançant à notre tour le moment qui viendra pour les siens de payer à sa mémoire le tribut qu’elle attend d’eux en présentant à nos contemporains l’ensemble des monuments de sa pensée, nous essaierons d’en rassembler ici les traits les plus généraux et de présenter une esquisse de sa noble carrière. Jean Reynaud, né à Lyon en février 1806, passa son enfance et son adolescence en Lorraine. Il eut pour tuteur Merlin de Thionville, dont la va illante nature démocratique et guerrière inspira une vive sympathie à l’ardent éco lier, et lui communiqua de bonne heure le sentiment vrai de la révolution française. Une mère à l’âme forte et tendre, origine commune qu’on retrouve au point de départ d e presque tous les hommes signalés par la grandeur morale, éleva dans la libe rté de la campagne Jean Reynaud et ses deux frères, destinés aussi à se distinguer dans des carrières très-différentes. Ce fut là que Reynaud prit ces habitudes d’intimité avec la nature qui ne le quittèrent jamais, et se forma ces organes robustes avec lesqu els, plus tard, il faisait vingt lieues d’une haleine, et passait de glacier en glacier, d’ une crête à l’autre des Alpes, sur d’étroites corniches où ne se hasardent point les c hasseurs de chamois ; force physique qui, hélas, ne l’a point préservé d’une fi n prématurée ! Ses études furent rapides et fécondes ; tout en man ifestant, dès son jeune âge, le goût le plus vif pour les lettres et pour toutes le s formes du beau, il tourna d’abord ses vues d’avenir vers les sciences, heureuse direction qui devait lui fournir les aliments et les instruments de sa pensée, et faire du savant l’ utile serviteur du philosophe. Sorti au premier rang de l’école polytechnique, il était ingénieur des mines en Corse au moment de la révolution de Juillet. Il revint à Par is ; le saint-simonisme venait d’y faire explosion. Il avait déjà quelques attaches de ce cô té. Il fut enveloppé dans ce grand et singulier mouvement qui prenait alors tant de jeune s intelligences par l’attrait du dogme de la perfectibilité du genre humain, du déve loppement des religions et de l’harmonie sociale, et qui séduisait surtout l’espr it polytechnique par les maximes transmises de Condorcet à Saint-Simon, maximes qui promettaient à la science le gouvernement du monde pour le bonheur du plus grand nombre, jusque-là déshérité. L’école cependant prétendit à devenir une Église : Jean Reynaud ne la suivit pas. Il rompit sur la question morale, reliée, dans les thé ories du chef, à une métaphysique qui absorbait l’individu dans la société, la libert é dans l’autorité, et la famille dans un sacerdoce omnipotent. La vigoureuse individualité d e Jean Reynaud résista invinciblement à ces plans de théocratie renouvelés d’un vieux monde. Il quitta le saint-simonisme pour la démocratie, et rejeta le cosmopolitisme humanitairele patriotisme, mais sans cesser de concevoir la patrie comme pour destinée au service de l’humanité, sans abdiquer du saint-simonisme les aspirations progressives, ni l’effort pour interpréter et s’app roprier la tradition, au lieu de la e repousser à l’exemple du XVIII siècle, sans renoncer enfin à chercher une nouvell e philosophie religieuse ni un renouvellement social, mais par des voies plus conformes aux principes essentiels des sociétés. Il tâcha de reconstituer un groupe et un centre d’a ction intellectuelle avec les amis
qui s’étaient séparés en même temps que lui du sain t-simonisme. Pierre Leroux, Carnot et lui reprirent des mains de Julien de Pari s laRevue encyclopédique ;ce fut là que Jean Reynaud publia le morceau si frappant del’Infinité des cieux,germe de son grand livre deTerre et Ciel,blique, oùainsi que ces études sur l’organisation de la répu il se dégageait du courant qui portait l’opinion dé mocratique à l’unité conventionnelle ; il tendait, lui, à un organisme politique plus sava nt et qui distinguât les éléments principaux de la société au lieu de les confondre d ans le tout. Le cadre d’unerevue parut èrent unetrop vague à Reynaud et à ses amis. Ils tent entreprise plus synthétique et plus hardie. Le titr ed’Encyclopédie nouvelle, « sous la direction de Pierre Leroux et de Jean Reynaud, » di t où se porta leur ambition ; à dresser le tableau des connaissances humaines au di x-neuvième siècle, tableau dont toutes les parties seraient liées par l’unité de do ctrine. Ils visaient encore alors à une entière unité, à une sorte de nouvelle orthodoxie, mais comme devant résulter du libre concours des esprits et non plus d’une autorité mys tique. Dans les questions politiques et historiques, la réaction contre l’ins uffisance du libéralisme, trop effacé alors sous l’école doctrinaire, emportait encore qu elque peu Jean Reynaud ; il accordait encore un peu trop à l’autorité, à l’acti on du pouvoir central, quoique au fond il représentât déjà plus particulièrement que Lerou x, dans leur groupe, l’élément de la liberté, et qu’il tendît déjà, contrairement à l’es prit qui dominait dans les sectes du temps, à rasseoir la philosophie sur l’individualité humaine.