Jade : songes entre deux mondes

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Six heures douze. Le cœur battant à tout rompre, Jade se réveille. Depuis une semaine, chaque matin, le même cauchemar vient la tirer de ses songes. L’adolescente comprendra bientôt qu’elle doit tout mettre en œuvre pour aider un certain garçon. Qui est-il ? Comment pourra-t-elle lui porter secours ? Aidée de sa grand-mère décédée et de sa fidèle amie, Maude, la jeune fille se laissera guider par ses intuitions pour entrer en contact avec ce garçon. Saura-t-elle modifier le cours de son destin ? Pourra-t-elle lui éviter l’irréparable ?

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Date de parution 21 mars 2014
Nombre de visites sur la page 15
EAN13 9782895991410
Langue Français

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Catalogage avant publication de Bibliothèque et Arc hives
nationales du Québec et Bibliothèque et Archives Ca nada
Tétreault, Linda, 1979-
Jade : songes entre deux mondes
(Ados/adultes ; 46)
Comprend des références bibliographiques et un inde x.
ISBN 978-2-89599-123-6
I. Villeneuve, Mylène. II. Titre. III. Collection : Ados/adultes ; 46.
PS8639.E894J32 2013 C843'.6 C2013-941812-1
PS9639.E894J32 2013
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Direction littéraire Gilles Côtes
Révision Hélène Bard
Danielle Malenfant, La Plume Rousse
Illustration Mylène Villeneuve
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© Les Éditions de la Paix inc. et Linda Tétreault Dépôt légal 3e trimestre 2013
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David Maltais est l’auteur du roman Coeur d’argile.
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À vous, Markus, Jacob et Aurélie,
pour le soleil que vous mettez dans ma vie !
Chapitre 1 Le cauchemar
Paniquée, le corps tendu et le souffle haletant, Ja de posa son regard sur son réveil. Elle n’en croyait pas ses yeux, il était encore six heures douze du matin. C’était presque toujours pareil, depuis une semaine déjà, e lle se réveillait à la même minute. Chaque fois, c’était le cri de cette femme qui vena it la tirer de son sommeil. Le coeur battant la chamade, elle essayait, comme toujours, de reprendre ses esprits et de rétablir le fil des évènements. La jeune fille étai t submergée par un sentiment de panique. Pourquoi ces images lui revenaient-elles c ontinuellement en tête ? Qu’est-ce qu’elle devait en comprendre?
Elle prit le carnet qu’elle laissait traîner sur sa table de chevet et y nota rapidement le résumé de son rêve. Elle avait l’impression de touj ours y inscrire les mêmes mots, mais elle se dit qu’avec un peu de chance, elle fin irait bien par trouver des indices qui lui permettraient de tirer une conclusion à toute c ette histoire.
Attrapant son crayon, elle griffonna : 22 novembre 2011 – 6 h 12
Je vois un garçon couché sur le plancher. Il semble être dans une salle de bain. À côté de lui, traîne un pot de pilules presque vide. J’en tends des sirènes qui retentissent. Le bruit devient de plus en plus fort. Il résonne tell ement dans le silence de la nuit que j’en deviens tout étourdie. Des ambulanciers se précipitent vers le garçon. Ils apportent une civière. Une femme hurle. Je me réveille.
En écrivant ces derniers mots, Jade se replongea il lico dans les émotions de son rêve et ressentit à nouveau une oppression dans la poitr ine. Elle avait l’impression qu’un étau comprimait son thorax. Elle avait peine à retr ouver son souffle. Chassant ce sentiment, l’adolescente rangea son carnet et son c rayon dans sa table de chevet. Après tout, elle n’avait pas de temps à perdre, car elle devait se préparer pour aller à l’école. Il ne restait plus qu’une petite journée a vant de pouvoir profiter de la fin de semaine. Elle rangea son carnet à la même place que d’habitude. Elle ouvrit la porte de sa table de chevet, souleva quelques livres et r evues et plaça son cahier à l’abri des regards indiscrets. Par contre, cette fois-ci, la jeune fille entendit un froissement, comme si une feuille de papier coincée avait été éc rasée. Elle retira le carnet pour mieux observer et elle en eut aussitôt le souffle c oupé.
Chapitre 2 La lettre
Jade fut aussitôt projetée trois ans plus tôt. Son père, Philippe, lui avait remis cette lettre à l’occasion de son douzième anniversaire. L orsqu’il lui avait dit qu’elle avait été rédigée de la main de sa grand-mère, Jade avait été sous le choc. Claire était décédée alors que Jade n’avait que cinq ans. Elle avait de la peine à croire que cette dernière lui avait adressé un mot peu de temps avant de mourir et que son père le lui avait offert le jour de ses douze ans.
Elle se revit aussitôt, assise sur son lit, ouvrant avec curiosité et excitation, l’enveloppe sur laquelle il était simplement écrit: « Pour Jad e ». Évidemment, elle s’était empressée de lire la lettre qu’elle contenait, dès que son père avait refermé la porte derrière lui. D’abord touchée de voir que Claire lu i avait laissé une telle lettre, elle avait ensuite été surprise par le contenu de celle-ci. El le l’avait conservée précieusement dans sa table de chevet, se disant qu’un jour, elle pourrait trouver un sens aux mots de sa grand-mère. Ce matin, elle était persuadée qu’el le n’était pas tombée sur ce message par hasard.
L’adolescente savait en son for intérieur qu’elle d evait absolument se replonger dans cette lecture. Puisque cinq minutes de marche sépar aient sa maison de la polyvalente, elle disposait d’assez de temps pour relire ce que lui avait écrit sa grand-mère.
Elle déposa la lettre pliée par-dessus ses vêtements sur le comptoir de la salle de bain. De toute façon, elle n’avait à se méfier de personn e : sa mère avait déjà quitté la maison pour se rendre au travail, et son père était parti en voyage d’affaires pour trois semaines. Dès qu’elle fut sortie de la douche, Jade enfila un jean et un chandail chaud. Elle prit soin de glisser la lettre de sa grand-mère dans son jean.
En même temps qu’elle mangeait une rôtie au beurre d’arachide d’une main, de l’autre, elle prit son lunch et l’enfouit dans son sac d’éco le. Elle se brossa les dents rapidement, attrapa une pomme et partit pour l’écol e. En posant le pied à l’extérieur,
Jade n’avait pas regretté d’avoir choisi de mettre son manteau d’hiver et sa paire de gants. Les matinées étaient de plus en plus fraîche s, et l’adolescente était extrêmement frileuse.
Elle verrouilla la porte derrière elle, prit une croquée dans sa pomme pour se libérer les mains, déplia la lettre et la tint entre le pouce e t l’index.
Chère Jade, au moment où je prends ma plume pour t’ écrire, tu as seulement cinq ans. Tu es encore beaucoup trop jeune pour comprendre to ut ce qui t’attend. Je sais que l’heure de mon départ approche. Malheureusement, no us n’aurons pas le temps de nous côtoyer longtemps avant que je ne décède. J’au rais tellement souhaité partager de longues discussions avec toi. Nous aurions eu de nombreux intérêts communs.
Puisque le destin en a voulu autrement, j’ai décidé de communiquer avec toi à ma façon. Cette lettre est un premier moyen que j’ai u tilisé. Si tu la lis, c’est que ton père a respecté ma demande. Tu verras, j’userai d’ingénios ité, je trouverai d’autres manières d’entrer en communication avec toi. Garde les yeux bien ouverts et n’oublie jamais que ton coeur détient les bonnes réponses. En cas de do ute, recentre-toi toujours sur lui. Il t’indiquera la route à suivre.
Je tiens à t’écrire cette lettre pour que tu saches que tu me ressembles beaucoup plus que tu ne le crois. Je ne t’ai pas seulement légué mes yeux bleus. Tu as hérité, comme moi, d’un merveilleux don lors de ta naissance. Le jour où tu liras ce message, tu te demanderas probablement de quoi je veux parler puis que tu n’auras pas encore connu de bouleversements à l’intérieur de toi. Ne t’inqui ète pas, un jour tu comprendras et tu auras tout à fait raison de te sentir différente de s autres, car tu l’es.
Tout comme moi, tu as la capacité de pressentir les choses avant même qu’elles n’arrivent. Il faut que tu saches que ton chemineme nt sera particulier et que tu devras surmonter de nombreux combats intérieurs. Par contr e, il est primordial de te souvenir que tu as un grand rôle à jouer sur cette terre et que tu accompliras celui-ci en aidant les gens autour de toi. Ton pouvoir est immense, n’ en doute jamais.
Si certains essaient de te faire croire le contrair e, ne les écoute surtout pas. Aie toujours confiance en toi ! Tu n’es pas folle, je p eux te l’assurer. Je sais qu’un jour tu feras un rêve étrange à propos d’un garçon, un jeun e homme qui aura besoin de soins médicaux.
Jade cessa sa lecture. Ses yeux firent un retour en arrière pour relire les mots qu’elle venait de lire : « Je sais qu’un jour tu feras un r êve étrange à propos d’un garçon, un jeune homme qui aura besoin de soins médicaux. »
Jade avait complètement oublié que sa grand-mère fa isait allusion à un mauvais rêve qui concernait un garçon, et qu'en plus, celui-ci a urait besoin d'une assistance médicale.
Pour elle, il devenait évident que sa grand-mère fa isait référence au cauchemar qu’elle faisait depuis quelques jours et qui la hantait con tinuellement. Comment Claire avait-elle pu savoir qu’elle ferait ce cauchemar? Elle av ait pourtant écrit cette lettre alors que Jade n’avait que cinq ans. L’adolescente remarqua q u’elle arriverait bientôt dans la cour d’école. Elle poursuivit sa lecture…
Ce rêve te perturbera par sa récurrence et il occup era continuellement ton esprit. Il va tranquillement ouvrir tes yeux sur ce qui peut se p asser en toi. Je sais que tu te questionneras énormément au sujet de ce rêve. Obser ve autour de toi, la vérité est bien plus près que tu ne pourrais le croire. N’aie pas peur de poser des gestes, tes actions mèneront au bien être de tous. Encore une f ois, je te rappelle de suivre ce que te dicte ton coeur. C’est ta vie, et je ne peux pas agir à ta place. Par contre, sache que je suis là pour t’épauler. Ce que tu vis présenteme nt, je l’ai vécu moi aussi. Je suis bien placée pour savoir que ce n’est pas toujours d e tout repos. J’aurais aimé avoir quelqu’un qui m’aurait préparée à tout ce qui m’attendait.
— Oh ! Je m’excuse ! s’empressa de dire Jade, alors qu’elle venait de foncer sur un garçon qui marchait face à elle. Sous le choc de la collision, il avait échappé les livres qu’il tenait dans ses mains. Il la regarda à peine, d’un air gêné, comme s’il avait honte de ce qui s’était produit. L’étudiante voulut l’aid er à ramasser ses bouquins, mais, nerveux, il se hâta de les recueillir et reprit sa route, sans rien dire. Jade répéta qu’elle était désolée de cet incident, qu’elle était beauco up trop captivée par sa lecture. Le garçon ne se retourna pas. Jade alla sagement s’ass eoir sur un banc pour achever de parcourir les mots de sa grand-mère. Elle se dit qu ’elle serait moins dangereuse ainsi.
J’aurais tellement préféré te dire tout ça en perso nne, mais la vie a voulu que je m’envole pour un autre monde beaucoup trop tôt. Cep endant, n’oublie jamais que le fait que tu ne me voies pas ne veut pas dire que je n’existe pas. Je suis et serai constamment près de toi ! Je ferai tout ce qui est en mon possible pour t’aider à prendre les meilleures décisions.
N’hésite jamais à me demander de l’aide, même d’où je serai, tu pourras toujours compter sur moi.
Je t’aime, ma belle Jade!
Ta grand-maman adorée, Claire xxxx
Jade était bouleversée. Elle avait le goût de pleur er. Le bref instant où elle avait été prise par sa lecture lui avait permis de retrouver sa grand-mère. Au fil des mots qu’elle lisait, elle entendait sa voix rassurante et se sen tait entourée par ses bras aimants et réconfortants. Elle aurait tellement voulu poursuiv re la discussion avec elle. Au moment de replier la lettre, elle ressentit un vide immense. Elle se sentait à mille lieues de tous ces jeunes, excités, qui entraient dans la cour d’école.
Penser à sa grand-mère la replongeait dans la trist esse de son départ. Elle se sentait abandonnée. La jeune fille aurait tellement voulu p rofiter plus longtemps de sa compagnie ! Même si Claire l’assurait de sa présenc e, à cet instant précis, elle avait bien l’impression d’être seule au monde…
Chapitre 3 Nicolas
Une fois de plus, Nicolas avait connu une matinée o rdinaire. Plus les jours passaient, plus il détestait l’école. Il était l’objet de sarc asmes de toutes sortes. C’était la même histoire qui se poursuivait. En plus, il y avait eu cette fille qui lui avait foncé dessus, lui faisant perdre l’équilibre. Nicolas pensait qu’elle devait l’avoir fait exprès, il était habitué à ce que certains élèves se moquent de lui depuis q u’il avait changé d’école. Les gens
devaient avoir ri un bon coup quand il avait envoyé valser tous ses livres. Il ne comprenait pas ce qu’il faisait pour provoquer tout e cette hargne. Dans sa tête, il cherchait à concevoir ce qu’il avait pu dire ou fai re pour attiser la colère de ceux qu’il se devait d’appeler ses compagnons d’école. Ses pen sées, tel un film en boucle, lui revenaient continuellement en mémoire, il revivait toutes les scènes, entendait toutes les répliques. Il avait de la peine à se concentrer tellement le scénario se rejouait sans cesse dans sa tête.
Chaque fois, c’était comme s’il revivait la douleur . Il le ressentait dans son ventre et dans le fond de sa poitrine.
— As-tu fini de me regarder? criait l’un d’eux.
— Tu es tellement laid aujourd’hui. Ta mère t’habil le dans les friperies ! commentait un autre.
— Dis quelque chose ! Tu as peur, hein, tu as peur ! vociférait un autre, en lui donnant des coups dans le ventre.
Nicolas avait appris à ne pas riposter. S’il se ris quait à dire un mot de plus, il se faisait encore plus humilier. Il était préférable de se tai re et d’attendre que ses bourreaux le laissent tranquille. Il souhaitait que tout ça fini sse. Jamais il n’osait regarder les gens qui le harcelaient, de peur de les provoquer. Il se faisait tout petit et longeait les murs.
Malgré ça, ils continuaient de le menacer. C’était le souffre-douleur de l’école. Une fois au milieu de tous ces jeunes hommes, que pouvait-il faire? Il était seul, et ils étaient une dizaine. La cause était perdue d’avance. Il ne pouvait qu’encaisser les attaques et souhaiter qu’une aide miraculeuse vienne le sauver.
Évidemment, les jeunes hommes s’arrangeaient toujou rs pour faire leurs mauvais coups à l’abri des regards, si bien que personne n’ était pris en défaut. Ils ne se lâchaient pas.
Il y avait le chef, Raphaël, qui donnait habituelle ment les ordres, et tous les autres qui l’écoutaient au pied et à la lettre. Nicolas ne con naissait même pas le nom de chacun. Il savait qu’il y avait un Mathieu, un Justin, un C arl et un Alexandre parce qu’il entendait leurs noms criés lors de leurs altercatio ns.
Les étudiants qui étaient témoins de ces scènes pré féraient garder le silence par peur de devenir à leur tour des victimes. Un jour, alors que Raphaël voulait le forcer à entrer dans un casier, quelqu’un s’était interposé pour le protéger.
— Ça suffit, je pense que tu peux le laisser tranqu ille, avait déclaré le garçon d’un ton pacifique, espérant calmer la situation.
Raphaël l’avait pris au collet et l’avait regardé d roit dans les yeux d’un air menaçant :
— Tu te mêles de tes affaires ou tu vas le rejoindr e dans le casier d’à côté. Qu’est-ce que tu choisis?
Évidemment, l’étudiant avait préféré sauver sa peau plutôt que de jouer les héros.
Nicolas avait appris à ne pas attendre de renfort d e la part de ses compagnons de
classe et il les comprenait bien d’agir ainsi. Tout ce manège avait commencé alors que Nicolas venait de déménager. Les parents de Nicolas avaient choisi de se séparer après vingt et un ans de vie commune. C’est Chantal , la mère de Nicolas, qui avait obtenu la garde principale de son fils et elle avai t choisi de quitter la ville pour bénéficier de la tranquillité de la campagne.
Puisque le père de Nicolas contribuait très peu fin ancièrement, l’argent durement gagné par Chantal servait principalement à combler les besoins primaires de la maisonnée. Ainsi, une fois que l’hypothèque, l’élec tricité, le téléphone et l’épicerie étaient payés, il ne restait pas beaucoup de sous p our les extra. C’était plutôt rare que Nicolas avait droit à de nouveaux vêtements. Il com prenait que sa mère faisait son possible pour lui offrir une vie décente. Il s’esti mait chanceux d’avoir un toit sur la tête et de pouvoir manger ses trois repas par jour. En f ait, il acceptait sa situation, contrairement aux élèves qui posaient un regard mép risant sur lui et sa famille.
À son ancienne école, il ne pouvait pas dire qu’il était le plus populaire, mais il avait quelques bons amis sur lesquels il pouvait compter. Il n’avait pas été habitué à autant d’arrogance, si bien qu’il trouvait extrêmement dif ficile d’être rejeté par ses compagnons.
Dès la première journée où il avait mis les pieds à sa nouvelle école, il avait été regardé de travers par le groupe de garçons. Ils ét aient plutôt costauds et avaient l’air arrogant. Ils se promenaient le dos droit en se cro yant plus fins que les autres. Nicolas n’avait encore rien fait que déjà, il faisait rire de lui. Ils étaient six à s’être regroupés devant lui, les bras croisés. Ils ne lui avaient d’ abord rien dit, mais la façon dont ils le regardaient l’avait laissé de glace. Leurs regards étaient si méprisants que Nicolas n’avait pas été capable de les fixer. Il avait été contraint de baisser la vue. Chacun y allait de son commentaire, c’était à savoir qui serait le plus méchant.
— Avez-vous vu le nouveau ? Je ne sais pas ce qu’il fait ici, avait crié haut et fort Raphaël, en regardant tous les autres élèves qui pa ssaient à leurs côtés.
— J’espère que tu ne comptes pas trop te faire des amis ! On n’aime pas les petits nouveaux ! avait ajouté un second garçon, en se bom bant le torse.
—Tes parents ne doivent pas avoir assez d’argent po ur acheter du savon, ça pue jusqu’ici! avait renchéri un de ses acolytes en fai sant une moue de dégoût.
Cette première journée, Nicolas s’en souviendrait t oujours. Cet épisode avait donné naissance à un calvaire qui se poursuivait encore.
— Je gage que tu vas aller bavasser ça à ton ti-pro fesseur… Tu fais tellement pitié! avait ajouté un autre, alors que la cloche annonçan t le début des cours venait de retentir.
Les autres membres de la bande s’étaient esclaffés, tandis que des centaines d’étudiants s’empressaient d’entrer dans l’école. L a plupart poursuivaient leur chemin sans se soucier de ce que pouvait vivre Nicolas. À la limite, la situation pouvait sembler normale pour certains.
—Les petits amis dehors me font mal, ils me donnent des tapes! avait ajouté un certain Carl, en imitant une voix enfantine.
C’est à ce moment que deux garçons s’étaient rués s ur Nicolas en le poussant par terre. Ils l’avaient roué de coups de pieds comme s ’il n’était rien de plus qu’un sac à ordures. À cet instant, il n’y avait rien d’autre q ui pouvait mieux décrire comment il s’était senti. Il avait véritablement eu l’impressi on d’être un déchet, un bon à rien… Il aurait voulu disparaître, là, à cet instant précis.
Après tout, qui voudrait bien de lui maintenant? Pe rsonne n’osait l’approcher de peur de se faire humilier à son tour. Nicolas aurait tou t donné pour rentrer chez lui. Il ressentait de la honte juste à l’idée de passer la porte et de faire face aux regards qui s’abattraient sur lui. Il ne voulait attirer ni mép ris ni pitié. Il ne voulait que s’effacer, rester couché ici et qu’on l’oublie pour un bout de temps.
Souffrant, il s’était tout de même relevé pénibleme nt pour entamer une première journée dans sa nouvelle école… Quand il était entr é dans sa classe, les regards s’étaient portés sur lui. Le jeune, défait, n’osait regarder personne en face, mais il avait tout de même surpris certains sourires en coin. Il sentait son pouls résonner jusque dans ses oreilles.
Il se doutait bien que personne ne voulait qu’il pr enne place à ses côtés. Il s’assit en avant, dans la première rangée. Il crut entendre un commentaire chuchoté venant de plus loin derrière, mais il ne se retourna pas. Il se demandait comment il finirait la journée.
Chapitre 4 Pensées
Les cours du matin étaient endormants. Alors que so n professeur de français tentait d’expliquer les règles du participe passé employé a vec les auxiliaires être et avoir, Jade continuait de penser à la lettre écrite de la main de sa grand-mère. Elle ne cessait de réfléchir à ce supposé don qu’elle devait avoir. Peu d’indices lui permettaient présentement d’y croire, hormis ce fameux rêve qui se répétait sans cesse. Comment se pouvait-il que Claire sache qu’elle allait faire un tel songe? Y avait-il un message caché dans ce cauchemar? Que devait-elle y comprend re? Qui était donc ce garçon couché par terre? Le connaissait-elle? Est-ce que q uelque chose la reliait d’une manière ou d’une autre à lui?
Les expériences passées lui avaient appris à faire confiance à son intuition. Quand elle était plus petite, elle suivait un cours de ballet- jazz et un jour, elle avait dit à ses parents qu’elle ne se sentait pas bien, si bien qu’ ils avaient retardé leur départ, le temps qu’elle reprenne du mieux. Finalement, en se rendant à l’école de danse, ils avaient constaté qu’un accident venait de se produi re sur le chemin qu’ils empruntaient.
Les parents de Jade avaient vite réalisé qu’ils aur aient pu être impliqués si leur fille n’avait pas eu ce malaise. Une autre fois, sans tro p savoir pourquoi, elle avait choisi de changer de chemin pour rentrer de l’école. Elle ava it alors été interceptée par une jeune femme qui avait couru vers elle, guidée par l a panique.
La dame avait laissé ses clés dans le contact de la voiture alors que les portes étaient verrouillées et que ses deux enfants étaient à l’in térieur. Jade avait couru au dépanneur le plus près pour appeler un chauffeur de taxi qui était venu déverrouiller la porte.