La Veilleuse d
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La Veilleuse d'âmes

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Description

Maya, jeune anthropologue en herbe, a le don de communiquer avec les âmes des morts et les aide à passer dans l’au-delà. En volant au secours d’une âme égarée, elle traverse un mystérieux tableau et se voit transporter à des années-lumière de la Terre. Presque aussitôt, elle se retrouve au coeur de conflits et accepte de servir de marionnette pour ce qui lui apparaît être la bonne cause : éviter aux âmes de devenir une ressource d’énergie pour l’armée adverse et les libérer de leur égarement. Mais ne risque-t-elle pas de s’égarer elle-même dans ces conflits ? Ne risque-t-elle pas de faire le jeu de despotes en quête de pouvoir ?

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Publié par
Nombre de lectures 1
EAN13 9782956387930
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0034€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Directrice éditoriale : Sandrine Harbonnier Correction : Mélanie Houvrard Illustration de couverture : © Illoustratrice Couverture : © Katarina Cendak o Conforme à la loi n 49-956 du 16 juillet 1949 sur les publications destinées à la jeunesse © Lucca Éditions, 109, rue d’Arras, 59000 Lille (France) www.luccaeditions.com Lucca Éditions, 2018 ISBN (Lucca Éditions) : 978-2-9563879-3-0 Dépôt lég al : octobre 2018
LAVEILLEUSEDÂMES
1. LAVOIEDESMORTS
ALEXISDEMEY
PROLOGUE
Flot de mes pensées, Cesse de me tourmenter, Laisse-moi dériver en paix.
Ryan connaissait ces trois phrases par cœur. Cette panacée était, parm i bien d’autres, une source inépuisable où sa sœur s’abreuvait pour ne j am ais cesser de lutter. Il surprit le chuchotem ent de cette dernière qui releva prom ptem e nt la tête sous le g rincem ent de la passerelle. Devant la salle d’observation du vaisseau, le défenseur aux allures de jeune hom m e contem plait avec crainte Isis, blottie contre l’une des fenêtres qui donnaient sur l’im m ensité obscure de l’espace. Sa sœur aînée, protectrice d’un secteur si m ystérieux, peinait à calm er son m âne. Elle jeta un œil à son frère, penché sur la b arrière de la passerelle. Ryan se contentait de la fixer, perdu dans les m éandres de la m ission future qu’elle laissait à chacun. Elle se tourna de nouveau face à la noirceur infinie parsem ée d’éclats blancs. Le vaisseau était bien loin de toute civilisation, de toute espèce vivante. Il était inutile de prendre des risques. Un souffle chaud frôla la nuque de Ryan, sig ne incontesté de la présence de Sullivan qui tentait désespérém ent de le rassurer. Il se tourna vers les yeux jaunes, perçants, du drag on qui ém it un g rondem ent g uttural et fit vibrer le cœur du défenseur dans une étreinte chaleureuse. Un m ince sourire teinté d’inquiétude apparut sur son visag e, m ais le drag on, peu satisfait de cet air feint, laissa échapper un souffle qui lui ébouriffa les ch eveux. La m ajestueuse créature l’observa quelques instants, avant de descendre la passerelle pour se dirig er hâtivem ent vers Isis et s’enrouler autour d’elle. Ryan refusait de voir partir sa sœur. Il ne pouvait s’em pêcher de la com parer à un drag on aux ailes froissées par le tem ps, presque brisées, incapable de prendre de nouveau son envol, piég é au sol… Il ne restait plus qu’une seule solution au x défenseurs pour sauver leur protectrice ég arée. Le frère, à l’âg e m illénaire com m e chacun d es m em bres du vaisseau, voulait la voir déployer toute l’enverg ure de ses ailes et se libérer de sa tristesse. Ses plum es, à la fois douces et tranchantes, m enaçaient de choir sur la vie de chac un des m em bres de son secteur en les arrachant à leur calm e existence. Le drag on posa dé licatem ent la tête sur l’épaule de la protectrice. Ryan perçut un m ince sourire sur le visag e de la jeune fem m e, le reg ard toujours perdu dans les abysses de l’espace. Il ne parvenait g uère à saisir les pensées du drag on, seule sa vaillante sœur en était capable, ce qui accentuait le m ystère qui planait autour de cet être tant chéri. Ainsi l’un contre l’autre, ils paraissaient très loin de lui, com m e à des années-lum ière, bien au-delà de la m ince passerelle qui les séparait. Shakespeare, le cadet de la fratrie de cinq dont le physique juvénile cachait les m illénaires, vint se placer au côté de Ryan. – Tout est prêt ! annonça-t-il à la cantonade. Ryan observa son frère, le com m andant de la flotte. Son reg ard assuré lui perm it de croire qu’au m oins l’un d’entre eux était déterm iné. Ils s e tournèrent tous deux vers leur sœur. Les cheveux d’Isis tirés en arrière faisaient ressortir de m inces racines qui s’ag rippaient au coin de l’œil, au-dessus de son lég er sourire. Le reg ard ja une perçant de la protectrice, se confondant avec celui du drag on, sem blait bien loin d’eux. Tou tefois, Ryan connaissait parfaitem ent sa sœur ; loin d’être perdue, elle devait g arder son a ttention fixée sur leur m âne et l’eau qui parcourait leur corps. Ces deux élém ents étaient un e seconde vue, une seconde ouïe, un second toucher, un second odorat et une énièm e saveur pour l’Ouralienne, tout com m e l’air l’était pour
Ryan. Le jeune hom m e aurait souhaité que la protect rice vît une dernière fois leur planète natale, avant cette ultim e tentative qui, selon lui, n’en était pas une… m ais il était trop tard. Ouraliens ancestraux, les frères et sœurs avaient v u le jour sur l’une des quatre lunes qui tournaient autour de leur planète. Ces astres, à la beauté resplendissante, avaient donné naissance à leur espèce capable de m anier les élém e nts essentiels à n’im porte quelle planète pourvue de vie : l’eau, la terre, le feu et l’air. Isis, souveraine de l’eau, se dém arquait de Ryan, artisan de l’air, et du reste de la fratrie, dépour vue de la m oindre m aîtrise. « Ouraliens ancestraux… », le jeune hom m e tenait par-dessus tout à ce titre. Leur espèce, répartie sur quatre lunes, s’était vue pousser des ailes et s’était envolée à la découverte des confins de l’espace bien avant leur naissance. Les colons s’installèrent sur des planètes étrang ères et donnèrent naissance à d’autres peuples dont les m aîtrises étaient bien différentes des prem iers Ouraliens. Loin de leur secteur, ces nouveaux peuples dem euraient, pour la plupart, inconnus de tous. D’allure pourtant sim ilaire, les Ouraliens se diffé renciaient nettem ent des hum ains : leur physiolog ie ne laissait place à aucun doute avec le urs os renforcés pour résister aux élém ents qu’ils apprenaient à dom pter. D’une noirceur profonde, ces os prenaient racine dans leur peau et étaient connectés de petits am as de fils noirs qui leur touchaient parfois le visag e. Les Ouraliens se m ontraient si distincts des hum ains en term es de g énom e que la sim ilitude physique entre les deux espèces surprenait toujours autant le défenseur, m êm e après plusieurs m illiers d’années. Ces espèces ne possédaient pourtant aucune hom olog i e, aucun trait hérité d’un ancêtre com m un. Elles étaient uniquem ent reliées par des co nverg ences, des caractères sim ilaires m ais développés indépendam m ent par chacune. Isis percevait ses deux frères sur la passerelle, inutile de se tourner pour cela. Elle était capable d’entendre l’eau, qui circulait dans leur corps, ainsi que leur m âne, qui navig uait dans ses flots délicats. Toutefois, elle préférait g arder ses distances et se concentrer sur la dernière solution envisag eable : pour que les tiraillem ents qui envah issaient son m âne s’apaisassent, la jeune fem m e m illénaire devait som brer dans un som m eil qui pourrait être sans fin. C’était le dernier rayon d’espoir pour elle ; la prem ière noirceur du désespoir pour ses défenseurs, eux qui avaient bien peur de la perdre. La protectrice laissait une bien lourde tâche à ses défenseurs, et surtout à ses frères et sœurs qui se voueraient corps et m âne au secteur de la je une fem m e sans en connaître tous les tréfonds. Sullivan, fidèle à sa m ission, dem eurerait à leurs côtés. Tous prisonniers des tourm ents du secteur, ils devraient, ensem ble, faire face aux secteurs adverses, sans elle. Néanm oins, cette situation ne serait pas éternelle, Isis se réveillerait rapidem ent, du m oins le croyait-elle… – Isis, tu viens ? On ne va pas y passer une éterni té ! lança Ryan du haut de sa passerelle, cassant la distance infinie qui sem blait les séparer. – Parce que c’est de m a faute si vous avez pris tout votre tem ps ! répliqua la protectrice. – On peut te jeter dans l’espace, si tu préfères ? – Pourquoi pas ? Au m oins, je n’entendrais plus tes jérém iades ! riposta la jeune fem m e. Isis perçut les haussem ents de sourcils de son frèr e qui la narg uait. Shakespeare afficha un larg e sourire devant cette scène piquante, em blém atique de la fratrie, avant de s’éloig ner en com pag nie de Ryan, la laissant seule avec le drag on . Elle contem pla une dernière fois l’univers dont les confins infinis sem blaient disperser ses p ensées et apaiser son m âne. Elle effleura la vitre du bout des doig ts puis se leva. Le drag on suivit son m ouvem ent, étira ses m ajestueuses ailes noires dans la salle g ig antesque avant d’em boîter le pas de l’Ouralienne qui se dirig eait prestem ent dans les couloirs du vaisseau. Sullivan avançait avec fluidité derrière la jeune fem m e, sans toucher aucun m ur, aucune porte,
aucune vitre, aucun pupitre. Seuls les pas d’Isis résonnaient dans les corridors de cette structure devenue m uette. Plus aucun vivant ne peuplait le vaisseau de m étal, devenu son com pag non de voyag e dans le som m eil. Chaque salle traversée, cha que coursive parcourue, chaque porte dépassée la rapprochait du m om ent fatidique. Arrivée devant la porte de sa cellule de repos, ell e se tourna vers le drag on qui l’avait suivie silencieusem ent. Il continuait de la cajoler par se s pensées qu’elle seule percevait. Il avança la tête vers la protectrice qui le serra tendrem ent da ns ses bras. Le flot des pensées s’am enuisa petit à petit, jusqu’à disparaître. Elle flatta une dernière fois le m useau du drag on qui tenta de calm er les élans de son cœur par un g rondem ent sour d. Après un ultim e reg ard vers Sullivan, attristé par le départ de son Ouralienne, elle pivo ta brusquem ent sur ses talons, se faisant violence pour ne plus faire dem i-tour. Dans la salle, la fratrie, si chère à ses yeux, s’a ffairait déjà. Les pupitres s’anim aient d’une m ultitude de sym boles. Toutes les variantes avaient été calculées pour perm ettre de l’endorm ir paisiblem ent. Ryan se penchait derrière ses sœurs, Espérance et Prudence, hypnotisées par leurs écrans, tous trois effrayés de faire face à l’aînée . Leur silence, dépossédé des taquineries habituelles, alourdissait le poids de cet instant tant redouté. Shakespeare fit quelques pas vers elle et la prit dans ses bras, Isis ne put qu’étreindre son petit frère avant de se plong er dans son reg ard qui brill ait de toute sa sag esse. Quiconque se perdait dans les yeux du com m andant pouvait y lire l’exact m essag e qu’il désirait transm ettre. Aucun d’eux n’osa prononcer le m oindre m ot. Isis sentit Shakespeare resserrer son étreinte. Sa sœur, qui était depuis toujours à ses côtés, il ne pouvait se résoudre à l’abandonner. Pourtant, elle le savait, le com m andant ne se départirait pas de son rôle. Il préférerait laisser les sentim ents fam iliaux de côté pour m aintenir la flotte. Isis le lâcha enfin, Shakespeare lui adressa un m ince sourire puis quitta hâtivem ent la pièce sans se ret ourner. Elle le reg arda s’éloig ner, sans parvenir à décrocher ses yeux de sa silhouette. Ils étaient tant liés l’un à l’autre… Son allure décidée, sa déterm ination à ne plus rebrousser chem in fut la dernière vision qu’elle eut de lui avant d’en être séparée. Espérance se redressa et s’approcha d’Isis, un tris te sourire aux lèvres. Les deux sœurs tom bèrent dans les bras l’une de l’autre. La protectrice caressa ses long s cheveux, percevant les quelques larm es qui bordaient aussi bien les yeux de sa sœur que les siens. Espérance tâchait de les contenir, tout com m e elle, pour ne pas rendre ces adieux encore plus déchirants. Puis elle se retira enfin de l’étreinte et disparut furtivem ent sans se retourner, la tête lég èrem ent baissée. Isis la reg arda s’éloig ner, tout com m e Shakespeare, quoique son allure était un peu m oins résolue. Sullivan g ronda paisiblem ent une dernière fois, avant de suivre le m êm e chem in. Isis ne pourrait supporter un nouveau départ. Le cœur lourd , elle se tourna aussitôt vers Ryan et Prudence, toujours penchés sur la console. – Je peux faire quelque chose ? – T’asseoir sur la table et attendre patiem m ent ton opération, c’est possible ? répliqua Ryan sans m êm e lever la tête. – Est-ce que tu pourrais être g entil, pour une fois ? riposta Prudence. – Merci, Prudence, m ais notre frère est un cas dése spéré ! surenchérit la protectrice d’un ton sarcastique. Un nouveau silence pesant s’installa. Isis était plus qu’im patiente que tout ceci se term inât. – Où est Crys ? – Il arrive, ne t’en fais pas, répondit sa sœur sans quitter les écrans des yeux. Cette dernière ne cessait de tapoter le cercle holo g raphique sous ses doig ts, laissant toujours
plus de sym boles se répartir sur chacun des écrans. Crysler entra dans la pièce, une tablette entre les m ains. Im passible, il tendit cette dernière à Prudence. La protectrice connaissait m ieux que quiconque ce reg ard, em pli d’une intransig eance froide propre aux Einherjars. Capables de m aîtriser le m étal qui pouvait laisser une véritable arm ure se déployer sur leur peau, les Einherjars, branche cousine des Ouraliens ancestraux, étaient des soldats im pitoyables en apparence insensibles. Exercés depuis m aintes g é nérations à l’im passibilité, ils m aîtrisaient avec finesse chacun de leurs sentim ents et ne laissaient que peu d’individus entrer dans leur vie. Le soldat posa son reg ard intraitable sur Isis, qui perçut une lég ère brise d’inquiétude dans ses yuler la confusionlacés. Il s’approcha de l’Ouralienne, bien incapable, elle, de dissim eux bruns g qui rég nait dans son esprit. Le g uerrier prit le vi sag e de la protectrice entre les m ains et l’em brassa tendrem ent. Isis se laissa em porter par son étreinte, le serrant une dernière fois contre elle. Le soldat recula et appuya sa tête contre la sienne. – Il faut que ça se finisse, m aintenant… chuchota-t-elle, déterm inée. Elle était décidée à tenir jusqu’à la fin, ce qui n ’étonna g uère Crys. Toujours bercée entre ses bras, elle sentit les m ains de l’Einherjar lui care sser une dernière fois le visag e. Il était tem ps… Isis recula lentem ent puis se tourna vers la table pour s’y allong er. La surface froide et dure était bien loin d’évoquer un lit douillet. Prudence s’approcha d’elle, m unie d’une sering ue. – Je t’injecte le rég ulateur, l’inform a-t-elle. Isis hocha ferm em ent la tête. L’épaisse aig uille s’enfonça douloureusem ent dans sa peau, m ais elle ne broncha pas et se contenta de reg arder sa sœur, sa chère sœur dont elle allait ég alem ent être séparée. Le liquide contenant le fin objet m étallique s’infiltra lentem ent dans son avant-bras sans la faire sourciller. Prudence retira rapidem ent l’aig uille, prit la tablette apportée par Crys et en tapota la surface transparente. Tout éta it prêt, le som m eil était proche, plus aucune m arche arrière n’était possible. Ryan s’approcha alors d’elle. – Je ne suis pas indispensable, lui confia-t-elle. – Mais m oi, oui, surenchérit-il. Elle sourit. La repartie pointilleuse du jeune hom m e n’était qu’un m asque. Il prit la m ain de sa sœur et la serra chaudem ent, le reg ard plong é dans le sien. Il ne voulait pas la laisser, il ne voulait pas l’abandonner dans son som m eil, elle le savait. Le tem ps passa sans qu’elle ne pût détourner les yeux de son frère. Ce dernier se réso lut toutefois à reculer de plusieurs pas, avant de sortir en jetant un dernier reg ard à Isis qui ne le quittait pas des yeux. Prudence se pencha alors au-dessus de la protectrice et l’em brassa doucem ent sur le front. Un air triste, identique à celui d’Espérance, était fig é sur son visag e. Isis tenta de lui adresser un sourire, sans succès, puis, sans un m ot, Prudence se détourna et se pencha de n ouveau sur son pupitre. Crys s’approcha à son tour. Isis passa les doig ts sur le visag e puis dans les cheveux du soldat. Elle ne voulait pas se séparer de celui qu’elle aim ait. Le g uerrier lui saisit doucem ent la m ain sans la quitter des yeux une seule seconde. – On va s’en sortir, tu le sais ? Quand ce sera le m om ent, je te retrouverai et je te sauverai. Je te le prom ets, m urm ura l’Einherjar. Isis hocha la tête. Le m êm e sourire triste toujours fig é sur le visag e, elle contem plait le reg ard de Crys. Ce dernier se troubla lentem ent pour final em ent disparaître. La protectrice som bra dans le som m eil.