Les Errants, 3

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« Alors que je me saisis sans doute pour la dernière fois de mon crayon, je sens le poids du monde sur mes épaules. »

Toujours aux portes de Lunéville, les ados survivants, menés par Marion, doivent affronter de nouvelles menaces. Dans un monde qui se décompose, les Errants ne sont plus leur unique inquiétude. Entre les mutations qui se développent, les bandes armées qui battent la campagne et les militaires qui ne parviennent pas à repousser les hordes en marche, la petite troupe va devoir faire preuve d’initiatives, de courage et de sacrifice pour s’en sortir. Il n’est pourtant pas certain que tous y parviennent...

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EAN13 9791090627932
Langue Français

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Denis Labbé Les Errants Tome 3 Dispersions Editions du Chat Noir
À Audrey G., qui m’empêche de me disperser.
Exorde Alors que je me saisis sans doute pour la dernière fois de mon crayon, je sens le poids du monde sur mes épaules. Face à moi, les qua rtiers de la ville s’étendent dans la pénombre d’un soir de juillet illuminé par une lune maussade. J’ai le cœur lourd et les yeux épuisés par les épreuves. Je me s ens seule après avoir appris que ce qu’il reste de notre groupe a terminé son ultime voyage qui, je l’espère, a conduit chacun vers des jours meilleurs. Mais j’en doute. A près ce que nous avons vécu, nous aspirons tous à un repos bien mérité, afin de reconstruire nos corps et nos âmes. Nos blessures physiques ne sont rien comparée s à celles de nos esprits et, je le crains, elles mettront moins longtemps que ces d ernières à guérir. Les scènes que nous avons pu observer, les accrochages auxquels no us avons participé et les souffrances que nous avons endurées ne s’effaceront pas aussi facilement. Il se pourrait même que certains ne s’en remettent jamais . Pour ma part, j’espère pouvoir chasser une partie des horreurs que j’ai croisées d e mon esprit et retrouver un peu de l’insouciance qui était la mienne avant le début de l’épidémie. Je sais que ce sont des vœux pieux et que, plus jamais, je ne serai celle q ue je fus. J’ai mûri. Et beaucoup vieilli. Assise sur un rebord de fenêtre, je ne peux me rete nir de verser de chaudes larmes en repensant à ce que nous venons de vivre, aux épreuves auxquelles nous avons dû faire face, aux amis chers que nous avons perdus, à ceux que nous avons ralliés et aux autres que nous espérons toujours re voir. Les semaines qui viennent de s’écouler ont été terrifiantes. Celles qui s’annonc ent ne seront sans doute pas plus brillantes, tant nous demeurerons dans l’expectativ e. La Grande Mort n’est pas vaincue. Elle est même loin de l’être. Les ravages qu’elle a causés sont irréversibles et personne ne peut prévoir ce qu’elle nous prépare . Après sa naissance au camp de travail du Struthof et son extension à travers l’Al sace et la Lorraine, nous savons à présent qu’elle s’est répandue sur la France entièr e, gagnant également une bonne partie de l’Europe avant d’essaimer dans de nombreu x pays et sur d’autres continents. En l’espace d’un mois, elle est parvenu e à se transformer en ce que Louis a appelé une pandémie. Il a comparé cela à la gripp e espagnole de la Première Guerre Mondiale. Nous en avions parlé en cours pour son centenaire et je sais qu’elle a tué des dizaines de millions de personnes. On dir ait que l’Histoire se répète. Et qu’elle régresse. Une maladie créée de toutes pièce s dans les années quarante nous frappe plus de soixante-dix ans après, en nous rame nant à une hécatombe vieille d’un siècle. Heureusement qu’il s’est trouvé auprès de moi duran t toutes ces épreuves, et les autres aussi, parce que je ne sais pas comment je m ’en serais sortie. Ou plutôt, si. Je n’y serais pas parvenue. Je serais morte ou transfo rmée en errant. Cette perspective ne m’enchante guère. J’ai vu tant d’amis tomber et être infectés que je ne souhaite à personne de vivre ça. En écrivant ces mots, je revo is les visages de tous ceux que nous avons laissés sur la route, aussi bien nos pro fs et nos camarades touchés dès les premières heures, que nos familles durement épr ouvées ou les amis que nous nous sommes faits tout au long de notre périple. Ét rangement, j’entends la voix de Steve me montrant comment faire démarrer une voitur e et celle de monsieur Fleckinger nous expliquant en quoi le Centre Europé en du Résistant Déporté est important pour nous souvenir des exactions nazies. L’un et l’autre ne se doutaient
pas qu’ils me marqueraient à ce point. Ni qu’ils me seraient si utiles. Je repense aux coups de folie de Jean-Michel, à la silhouette de p oupée manga furieuse de Cornélia, aux moments de partage si précieux avec Mélina et à mon copain Thibaut qui m’a si souvent soutenue. Malgré ce qui nous a séparées et rapprochées, même Nellie tient une place particulière dans mes souvenirs, ainsi qu e Fanny qui n’a pourtant pas débuté l’aventure avec nous. Tandis que je noircis mes derniers cahiers avec ce qu’il me reste de crayons à papier, je repense aux vestiges de ce qui a représe nté ma famille depuis notre fuite du Mont Louise la dernière fois que je les ai vus. Chacun avait l’air à la fois abattu par ce que nous avions laissé derrière nous et heureux de s’en être sorti. Car j’ai pu voir dans leurs yeux qu’ils étaient aussi marqués que mo i. Par rapport aux passagers des bus qui ont quitté Lunéville avant le début de l’ét é, nous sommes si peu nombreux à avoir échappé à l’infection que mon cœur se brise. Mais que puis-je y faire ? À part survivre afin d’honorer leur mémoire et faire que p ersonne ne les oublie ? Comme je l’ai expliqué dans mes précédentes chroniq ues, ce que j’écris est essentiel, non seulement pour moi, mais aussi pour tous ceux qui tiennent le coup au milieu de cette pagaille sans nom. C’est un témoign age de ce que fut notre vie durant les premières semaines de l’invasion, de ce que nou s avons dû déployer comme force de caractère pour échapper à la mort et de ce que nous espérons laisser derrière nous. Ce témoignage vaut aussi pour ceux q ui le lisent afin de leur apprendre que l’on peut résister à l’inexorable avancée des e rrants et, peut-être, les vaincre. Heureusement qu’après une trop longue période de fl ottement, les autorités paraissent avoir repris le dessus, nous offrant un peu d’aide et de réconfort, ce qui ne fut pas le cas au départ. En tout cas, pas pour nou s. Il semblerait que des poches de résistance se soient organisées dans certaines régi ons et que des groupes parviennent à repousser les zombies ou à les tenir à distance des enfants. Cela m’apporte un peu de baume au cœur, même si je sais que c’est trop tard pour beaucoup de gens. Beaucoup trop. Les militaires qui nous entourent et qui protègent le camp ont quelque chose de rassurant. À présent, je n’ai plus à me concentrer que sur ma personne et non plus sur le groupe, comme au paravant. Il faut avouer que depuis notre fuite de Lunéville et le double échec de Moncel et de Laronxe, nous n’avions quasiment pas vu une seul e lueur d’espoir dans le néant qui nous submergeait. Découvrir qu’au milieu de cet te apocalypse, des hommes étaient capables de s’en prendre à leurs semblables au lieu de les aider avait été vécu comme une véritable trahison. Certes, nous ne sommes pas des Bisounours et nous avions déjà conscience que l’être humain peut être animé de mauvaises intentions, mais pas à ce point. Nos rencontres ave c monsieur Klein et avec les squatters de la maison de Nellie nous avaient profo ndément changés. Notre amie avait vécu cela comme une sorte de viol, tandis que Jean-Michel avait été obligé de dévoiler une partie de son passé qu’il aurait sans doute préféré laisser dans l’ombre. Ce double choc avait soudé notre équipe, tout en no us marquant. « Ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort » disait je ne sais plu s qui. Monsieur Legrand me pourrirait pour ne pas m’en être rappelé, vu qu’il nous a parl é de cet auteur durant plus d’un mois. Malheureusement pour lui, j’ai oublié. En tem ps normal, je m’en serais souvenue. J’aimais plutôt apprendre mes leçons. Il faut dire que j’ai eu d’autres errants à fouetter et qu’ils ne m’ont pas laissé le loisir de réviser pour un éventuel examen qui n’aura jamais lieu. À ce sujet, vous allez sans doute trouver ça bête, pourtant je me demande comment nous allons faire pour l’année prochaine. C e n’est pas que ça me
tourmente, ou plutôt un peu, mais pourrons-nous pas ser en terminale ? Et y aura-t-il encore un baccalauréat à la rentrée ? Et une rentré e, d’ailleurs. Dire que je devrais avoir passé l’oral et l’écrit de français ! Tout ce la me paraît si loin. Nous avons stressé pendant des mois en pensant que nous devion s nous présenter à ces épreuves et, aujourd’hui, je ne sais même pas si ce la nous est venu à l’esprit plus de deux fois au cours du mois écoulé. Nos priorités on t changé. Nos angoisses aussi. Je crois que si je me retrouvais face à un examinateur , je ne baliserais plus, alors qu’avant, rien qu’à l’idée d’en croiser un, je sent ais mon pouls s’accélérer. Il me suffirait d’imaginer un errant à sa place pour fair e s’évaporer toutes mes appréhensions. Comme j’ai commencé à vous le raconter, suite à not re départ de Laronxe, notre communauté a évolué en profondeur. Nous avons grand i, nous nous sommes endurcis. Après l’arrivée de Fanny, un nouvel équil ibre s’était mis en place. Sa complicité avec Nellie avait apporté un nouvel élan , surtout depuis qu’elle s’était réveillée après le traumatisme qu’avait été la mort de sa famille. Il fallait bien ça pour soutenir sa meilleure amie qui avait cru pouvoir re ntrer chez elle et qui s’était retrouvée face à une double énigme. Où étaient pass és ses parents et sa sœur et qui étaient ces gens qui avaient envahi son domicile ? Jean-Michel était resté égal à lui-même, même si avec tous les jouets qu’il avait pu d érober à monsieur Klein, il pouvait faire des cartons sur tout ce qui bouge. À ses côté s, Thibaut ressemblait de plus en plus à un nouveau Rambo, comme si son esprit n’étai t plus tendu que vers un seul but : apprendre à mieux tirer pour descendre le plu s de zombies. Fidèle à elle-même, Mélina avait continué à jouer le rôle de confidente et de mère protectrice, même si sa blessure l’avait grandement affaiblie. Quant à Loui s, il s’était imposé en tant que leader, bien épaulé par Cornélia qui, étrangement, avait fini par se révéler plus dure que je ne l’aurais cru. Mais tout cela n’a pas duré. Alors que je vais reprendre mon récit là où je l’ai laissé il y a quelques semaines, je dois vous avouer que je ne peux m’empêcher de vo us annoncer qu’énormément de choses sont venues bouleverser notre groupe. Que nous avons été durement touchés. Et que si vous ne désirez pas poursuivre v otre lecture, je ne vous en tiendrai pas rigueur. Car ce que je vais devoir vous apprend re n’est sans doute pas ce à quoi vous vous attendiez. La vie ne se déroule pas souve nt comme dans un roman et, je le conçois, cela peut se montrer déroutant, inquiét ant ou traumatisant. Que je sois encore là pour vous en parler tient d’ailleurs du m iracle… J’éprouve de la peine à poursuivre la narration de nos aventures tant les souvenirs de ce qui nous est arrivé me pèsent. Me d échirent. Au Struthof, déjà, nous avions fait l’expérience de la perte d’un être cher puisque Thibaut avait dû se résoudre à abattre Clémence, alors que j’avais perd u Emma. Ensuite, c’est Steve qui nous avait quittés. Mais là, comment dire… La Grand e Mort ne nous a pas laissé choisir. Elle est venue et s’est servie parmi nous. Si notre situation s’est améliorée, certains d’entre nous n’en profitent pas. Et n’en profiteront jamais.
Première étape : En forêt
I’m gonna be a VIP gonna be a VIP a VIP in hell Kissin’ Dynamite : « VIP in Hell » Après avoir quitté Laronxe afin d’échapper aux pill ards, puis avoir fui les errants qui avaient tenté de nous surprendre dans la clairi ère, nous avions dû nous résoudre à rouler durant plusieurs kilomètres afin de trouve r un nouveau point de chute. Ce qui n’avait pas été de tout repos. Surtout pas pour nos deux chauffeurs. Tout le monde était épuisé, tant nerveusement que physiquement, e t ce n’était pas le petit casse-croûte que nous étions parvenus à avaler à la hâte qui nous avait remis sur pieds. Même si certains d’entre nous avaient pu dormir d’u n œil pendant le trajet, personne n’avait réellement pu récupérer. Nous affichions de s mines de papier mâché et nous ressemblions presque aux zombies qui nous pourchass aient depuis des semaines. Aussi, lorsque Louis décréta qu’on pouvait mettre e n place un campement, tout le monde fut soulagé. — Je crois que je vais piquer un somme, lança Thiba ut. Je n’en peux plus. — Dans ce cas, je prends le premier tour de garde, lui rétorqua Jean-Michel, toujours prêt à manipuler ses armes. En même temps, je vais sortir les chiens, cela leur fera du bien de se dégourdir les pattes et ils pourront, une nouvelle fois, nous prévenir si un danger survient. — Bonne idée, lâcha Mélina dans un bâillement. Je c rois que je vais passer mon tour pour la bouffe. Je ne suis pas en état. Mon ge nou me lance. — Tu veux que je regarde ? lui demanda Fanny. — Non ! Laisse. Pas maintenant. Je veux dormir. Je suis claquée. — OK. Je vais faire comme toi. — Et prier. Nous la fixâmes avec étonnement. Certes, ce n’était pas la première fois qu’elle nous laissait entendre qu’elle était croyante, mais depuis quelque temps, la religion semblait prendre de plus en plus de place dans sa v ie. Sa blessure semblait avoir éveillé des douleurs plus profondes que notre amie tentait d’apaiser en se rapprochant de Dieu. — Qu’est-ce que vous avez ? — Rien, lâcha Jean-Michel en s’éloignant. Tu fais c e que tu veux, de mon côté j’ai une tâche plus importante que ça. — Ne lui parle pas comme ça, lui lançai-je. Tu devr ais te regarder avant de critiquer les autres. — Laisse tomber ma puce. L’homme est tenu de s’inte rroger sur ses propres défauts avant de regarder ceux des autres. Et c’est valable pour tout le monde, moi et toi en premier. — C’est ça ! lâcha Jean-Michel depuis l’arbre sous lequel il venait de s’installer. Brassez votre air ensemble. Si vous voyez arriver u n errant, n’oubliez pas de lui raconter vos salades, je suis certain que cela le f era mourir de rire. Une bonne croix devant les yeux, cela devrait le faire fuir. Ah non ! J’oubliais, ça ne marche que pour
les vampires. Si vous en rencontrez, faites-le moi savoir. J’allais me précipiter vers lui, mais la main de Mé lina se posa sur mon bras. Elle m’adressa un sourire empreint de souffrance et de s érénité. Allongée sur la banquette arrière du 4X4, elle avait l’air grave et infinimen t plus âgée que nous, comme si elle percevait toute la douleur de l’univers et qu’elle l’absorbait. Je ne connaissais pas toute son histoire, cependant j’avais conscience qu e de terribles événements avaient émaillé sa jeunesse et qu’elle ne s’en était pas re mise. La Grande Mort n’était pour elle qu’un détail, qu’une nouvelle épreuve, qu’une pierre supplémentaire jetée sur elle. À la voir ainsi, à la fois diminuée physiquem ent, et si forte mentalement, je fus prise d’un profond élan d’affection pour elle. — Il se peut que tout se détourne de toi, reprit-el le, et Allah reste avec toi. Sois avec lui et tout sera avec toi. — Moi, je décroche aussi, dit soudain Thibaut, qui partit se coucher dans le break. Ce n’est pas que je me moque de tes croyance s, Mélina, mais au milieu de ce bordel, j’en arriverais à croire au diable plutôt q u’à Dieu. — Je respecte ton absence de croyance, mais un jour prochain, tu trouveras certainement la voie vers la lumière. Je te le prom ets. — En attendant, je vais chercher celle des rêves si cela ne te dérange pas. Comme Fanny et Nellie avaient décidé de s’allonger sous un chêne centenaire, Louis, Cornélia et moi fûmes les seuls à rester aup rès d’elle. Et elle en avait visiblement besoin. Le visage défait, malgré ses ye ux éclairés par une étrange force que je ne comprenais pas, elle était au bout du rou leau. Notre périple nocturne avait eu raison de sa résistance. À force de prendre sur elle les malheurs du groupe, elle n’avait sans doute pas pu se ressourcer, si bien qu ’elle lâchait prise. Je lui pris doucement la main afin de lui faire com prendre combien je tenais à elle. Celle-ci était froide et presque sans force. Mélina m’adressa un sourire forcé en tentant de serrer la mienne. — Je vais bien, s’empressa-t-elle de dire alors que tout son corps soutenait le contraire. Comme Jean-Mich’, toute seule, j’ai vécu des choses qui déboussolent et qui, aujourd’hui, remontent en pleine lumière. Avec tous ces événements qui nous emportent dans leur flot, je n’arrive simplement pl us à assurer. Mais consolez-vous, si ma tête ne suit pas, mon corps va bientôt se remett re et je vais à nouveau pouvoir m’occuper de vous. — Prends le temps qu’il faudra pour aller mieux, lu i dit Cornélia en lui déposant un baiser sur le front. — Tu es trop gentille, ma belle. Heureusement que v ous êtes là. Peu importe l’endroit où l’on va, pourvu qu’on y aille avec les personnes qu’on aime. Et vous êtes, tous autant que vous êtes, mes amours. Dès que je s erai debout, je vous le prouverai. Nous nous regardâmes tous les trois et, sans rien d ire, nous la laissâmes en lui intimant l’ordre de dormir. Dans le jour naissant, son corps martyrisé semblait avoir fondu. Ses traits étaient tirés et sa poitrine se s oulevait avec un bruit inquiétant. Je n’avais aucune idée de ce qu’elle avait, ni comment le savoir. Au milieu de ce nulle part qui ressemblait à un camp retranché entouré d’ ennemis invisibles, nous n’avions aucun moyen de trouver un médecin, encore moins la possibilité de l’emmener aux urgences. Depuis que la Grande Mort frappait, c’éta it le premier endroit à éviter puisqu’on y entassait les malades et les blessés. P ourtant, il allait bien falloir faire
quelque chose. Je m’en inquiétai auprès de mes amis . — Je crois que nous devrions examiner sa blessure, dit Louis. — Tu es capable de voir si c’est infecté ? lui dema nda Cornélia. — Non. Fanny le peut. Je crois. — Fanny n’en sait pas plus que nous. Tout ce que no us pouvons faire, c’est changer son pansement. À part ça, nous ne pouvons q ue constater les dégâts. Et comme vous le voyez, elle ne va pas bien du tout. — Pourtant, elle semblait avoir meilleure mine, int ervins-je. Elle avait même dit que son genou ne lui faisait plus mal. — Peut-être qu’elle nous a menti. — Je suis d’accord avec Cornélia. Elle n’a fait que nous protéger, nous dorloter et se comporter comme une mère ces dernières semaines. Tu as déjà entendu ta mère se plaindre ? Moi, non. — Arrête avec ta psychologie à deux balles. On a au tre chose à faire que nous étudier les uns les autres. — Ne commence pas, Marion ! Je ne vais pas te suppo rter encore longtemps si tu recommences à nous engueuler ou à nous clasher. Si tu n’as pas compris, l’heure est grave. Mélina a peut-être attrapé un virus… Ou pire… Soudain, une sombre pensée m’envahit l’esprit. Je l evai les yeux vers Louis. — Tu ne crois quand même pas que… ? Il haussa les épaules. Cornélia chuchota : — On ne sait pas réellement comment on peut attrape r la Grande Mort. Ce qui est certain, c’est que la salive et le sang sont de s, comment tu dis déjà Louis ? — …vecteurs… — C’est ça : des vecteurs de la maladie. La morsure est le moyen le plus connu de se choper cette merde, mais qui nous dit que de l’eau contaminée ou un simple contact entre une plaie et un objet souillé ne peut pas nous la transmettre ? — Si c’est le cas, nous sommes perdus. — Ce ne sont que des suppositions, nous rassura Lou is. Pour l’instant, il faut juste veiller Mélina et voir comment son état évolu e. Cornélia, est-ce que tu peux t’en charger ? — Bien sûr. — De mon côté, je vais roupiller un peu tant que no us en avons la possibilité. On ne sait jamais ce que l’avenir nous prépare. — Voilà que tu parles comme moi, dis-je. — Ne m’insulte pas la puce, sinon, ça va mal tourne r. Son sourire me réchauffa un peu le cœur. Au milieu de cette apocalypse, il était encore capable de blaguer, ce qui aviva les sentime nts que j’éprouvais pour lui. Il me donna une petite tape sur l’épaule avant de me tour ner le dos et de se retirer. Je le regardai un instant en pensant à ce que nous avions vécu ensemble depuis que nous nous connaissions. Toutes ces parties de fou rire, ces concerts, ces chahuts, ces engueulades et ces réconciliations. Avec Thibaut, c ’était le meilleur ami que je n’avais jamais eu. Je ne comprenais donc toujours p as pourquoi mes sentiments pour lui avaient évolué de la sorte. En deux ans, i l était devenu un frère, un partenaire, pas un petit copain. Enfin, je n’aurais pas dû le percevoir comme ça. Est-