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Kiriquette

De
378 pages

Cotte ! Cotte ! Colette ! co-hute codette !

Bonne arrivée !... Encore un jeune poulet qui vient d’échapper à la nuit ; puisse-t-il grandir au beau soleil et porter haut la crête !.... Kocorico !

Il était autrefois dans le vieux, vieux temps, il y a de cela beaucoup, beaucoup de siècles, et plus encore ; c’était à cette époque lointaine où, dit-on, les animaux n’étaient pas bêles, ce qu’ils seraient devenus depuis, paraît-il ; dans ce temps-, là, ils savaient peser et raisonner leurs actions, ils comprenaient tous les langages, même ceux des hommes.

Fruit d’une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.


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À propos deCollection XIX
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F. Bernardot
Kiriquette
PRÉFACE
QUI N’EN EST PEUT-ÊTRE PAS UNE
* * *
Au moment où Kiriquette allait prendre son essor, m es amis m’ont fait remarquer que mon livre n’avait pas de préface.  — Entre nous, leur dis-je, j’avoue que je n’y avai s point songé. Est-ce donc si nécessaire d’écrire une préface, pour résumer en qu elques mots ce que le livre dira tout au long ? « Pourquoi ne pas laisser au lecteur le soin d’anal yser lui-même ses impressions, d’en faire la synthèse, et de déduire ses conclusio ns, suivant ses idées, son tempérament et son intuition ? Pourquoi voulez-vous que j’essaye de m’emparer de l ’esprit du lecteur ? N’est-ce pas plutôt l’affaire de mon héroïne ? Laissez-moi d onc respecter la liberté de chacun. — Vous n’y êtes pas du tout, me répondirent mes am is, il ne s’agit pas de cela : la préface d’un livre, c’est comme l’ouverture d’un op éra ; or, on n’a jamais écrit d’opéra sans ouverture. Vous ne pouvez donc supprimer la préface de Kiriquette. — Mais, puisque je ne l’ai pas faite, je ne la sup prime pas ! — Alors, faites-la, et n’essayez pas de lutter con tre les usages reçus, autrement on ne vous lira pas. — Oh !... croyez-vous ? En êtes-vous bien certains ? — Absolument !  — Vous m’effrayez !... C’est que cela m’ennuierait beaucoup, si, faute par moi d’avoir sacrifié à l’Usage (je lui mets un grand U par déférence), le public repoussait mon livre. Car enfin, si j’ai écrit Kiriquette, si j’ai lissé ses plumes avec amour et foi, c’est pour que le lecteur puisse dire en tournant l e dernier feuillet : Voilà un livre que je ferai lire à mes enfants, à m es amis ; il ne pourra leur inspirer que de fortes et généreuses pensées. » Si on ne me lit pas, on ne dira rien, et j’aurai pe rdu mon temps — triste affaire, perdre son temps. — Allons-y donc de notre préface. Et, convaincu par les arguments de mes amis, je rés olus de l’écrire coûte que coûte. Vous qui m’écoutez avec bienveillance, qu’eussiez-v ous fait à ma place ? Seulement, entre le désir et l’action, il y a des r outes plus ou moins longues, et, malheureusement, j’étais tombé dans les premières. Elles s’étendaient à perte de vue devant moi ; plus je croyais avancer, plus l’horizo n reculait ; comme sœur Anne je ne voyais que le poudroiement produit par la brise. Que dire ? comment débuter lorsqu’on ne veut pas ra conter d’avance, par respect même de ses lecteurs, les pourquoi de ceci ?... les pourquoi de cela ?... Terrible Usage ! J’étais fort embarrassé ; je creus ais !... creusais !... à tel point que je ne voyais plus le fond. J’en étais là, lorsqu’un matin, me promenant songeu r et très préoccupé, j’aperçus, près de l’une de ces belles fermes qui sont une des richesses de notre pittoresque vallée de l’Oise, un coq magnifique qui se pavanait aux alentours de son poulailler. Il était bien beau ce coq ; il appartenait à cette race gauloise, franche d’allure, qui
porte haut la crête. Son plumage, mosaïque éclatante, descendait de sa t ête à ses épaules comme le gorgerin d’une cuirasse de mailles frangée d’or, po ur se redresser ensuite, courbe gracieuse, jusqu’à la queue relevée en un plein-cin tre bien fourni de ces longues plumes, sur lesquelles la palette du soleil se plaî t à prodiguer les plus riches chatoiements. Grave et réfléchi, il tenait en son bec un beau gra in de maïs. Avant de le faire disparaître, il semblait l’éprouver, et savourer pa r anticipation les délices d’un parfait déjeuner. Il se délectait, levait patte gauche, lev ait patte droite, balançant le cou à l’unisson de la cadence de sa marche lente et mesur ée, avançant et rentrant le jabot, comme s’il digérait déjà le grain tenu délicatement . Tout à coup, une poule, que sans doute il n’avait p as vue à cause de ses intimes réflexions, s’avança, et, avec une prestesse et une dextérité extraordinaires, enleva le grain de maïs d’entre les rostres du coq et l’avala . Puis, pivotant sur une patte, elle s’en fut tranquillement, satisfaite du bon tour qu’ elle venait de jouer à son pacha. Celui ci fut d’abord tellement interloqué, qu’il re sta coi ; mais, tout de suite, il reprit son assurance. Avec une bonté dont on pourrait croi re les coqs incapables, il me parut hausser les épaules en souriant, et, d’un air calme et digne, regarda la poule qui s’éloignait. Son attitude disait : « Mangez, ma toute belle, vous n’épuiserez pas mes provisions ; j’ai encore bien d’autres grains en réserve et à votre service, si c ela peut vous être agréable. » A ce spectacle, il me sembla que je venais de tombe r dans la baignoire d’Archimède. Ma préface était trouvée ! Elle serait courte, et n’en serait que meilleure ; je savais où la prendre. Je rentre au logis, je sors de son rayon le fablier de notre vieux Coq Français ; je l’ouvre au hasard, certain d’avance que l’immortel La Fontaine va me fournir ce que je n’ai pu trouver encore. Je suis décidé à lui prendr e un de ses grains, sans choisir ; ils sont tous beaux et tous succulents pour l’esprit qu i les comprend et les aime. Mes yeux tombent au livre VIII, sur la fable IV, po rtant ce titre : LE POUVOIR DES FABLES
L’apologue se termine ainsi :
Nous sommes tous d’Athène en ce point ; et moi-même, Au moment que je fais cette moralité, Si Peau-d’Ane m’était conté, J’y prendrais un plaisir extrême. Le Monde est vieux, dit-on : je le crois ; cependant Il le faut amuser encor comme un enfant.
Oui, le Monde est vieux, mais s’il s’intéresse et s ’amuse encore aux faits de l’imagination, c’est que, chaque jour, nos enfants et petits-enfants se chargent de le rajeunir, et de nous rappeler notre propre jeunesse avec ses rêves bleus et roses. Je vous le demande, amis lecteurs, pouvais-je renco ntrer grain plus sain et mieux approprié à ce conte. Je l’ai pris, je vous le donn e, et, comme le beau coq de la ferme, le Bon La Fontaine ne protestera pas : il est si riche ! Enfants et jeunes hommes pour qui j’ai écrit ce liv re, lisez donc “Kiriquette”. Pères et Mères, tournez aussi ses pages si vous en avez le l oisir.
Vous n’y rencontrerez ni fée, ni enchanteur ; mais peut-être y trouverez-vous autre chose qui vous intéressera autant que les hauts fai ts du Petit-Poucet, de Peau-d’Ane ou de la Belle-au-Bois-Dormant. Voilà donc chose faite, ma préface est écrite et l’ Usage n’ayant plus à réclamer, c’est bien le moins que le « Devoir à accomplir » s e présente maintenant, lorsqu’il aurait pu venir d’abord. Je ne le ferai pas attendre, et, pour lui donner sa tisfaction, j’adresse ici mes remercîments... et aussi les vôtres, lecteurs... à l’éminent artiste, à mon excellent ami, Léon Benett dont la collaboration m’a été si précie use, et qui, mariant son pinceau si fin et si délicat à ma plume, a rendu tangibles les personnages de cette histoire. Puisant sans compter dans son talent, et fouillant de la pointe de son crayon comme avec un scalpel les âmes de nos : héros, il a fait rayonner la pensée sur les figures et dans les attitudes, donnant ainsi une vie nouvelle à tout ce qui vivait déjà. Puisse le charme des yeux se transformer pour vous, chers lecteurs, en charme du cœur et de l’esprit, nous aurons atteint notre but. F.B.
I
MADAME LUCRATÈS KIRIQUIS ET PHILOCRÊTES
Cotte ! Cotte ! Colette ! co-hute codette ! Bonne arrivée !... Encore un jeune poulet qui vient d’échapper à la nuit ; puisse-t-il grandir au beau soleil et porter haut la crête !.... Kocorico ! Il était autrefois dans le vieux, vieux temps, il y a de cela beaucoup, beaucoup de siècles, et plus encore ; c’était à cette époque lo intaine où, dit-on, les animaux n’étaient pas bêles, ce qu’ils seraient devenus dep uis, paraît-il ; dans ce temps-, là, ils savaient peser et raisonner leurs actions, ils comp renaient tous les langages, même ceux des hommes.
Certains de ces animaux, mieux doués encore, prédis aient l’avenir, et nos archi-ancêtres n’auraient osé entreprendre quoi que ce fû t, sans les consulter d’abord ; cela tendrait à prouver que ces intelligents animaux voy aient alors un peu plus loin que le bout de leur bec ou de leur museau. A cette époque donc, il y avait, tout près de la li sière d’une immense forêt, une magnifique basse-cour dépendant d’une ferme très im portante, enclose dans une vaste propriété reliée aux domaines royaux. Les archéologues n’ont jamais pu se mettre exacteme nt d’accord sur le nom de la contrée où se trouvaient cette forêt et cette propr iété. Nous le tairons pour ne pas risquer de donner à nos lecteurs un nom qui ne sera it qu’un à peu près. Tout ce que l’on a pu débrouiller, dans les archive s d’où l’on a tiré cette histoire, après avoir compulsé des documents aussi authentiqu es que nombreux et inédits, après de longues années de recherches et de fouille s consciencieuses, c’est que, à quelques milles de là, il existait une grande et be lle ville nommée Rostopolis. Cette ville avait un grand roi ; par conséquent, un gouvernement avec des ministres dévoués, des administrateurs plus dévoués encore et des administrés dont le zèle et le dévouement envers sa Majesté étaient mis, sans d oute, à de fréquentes et rudes épreuves. Enfin on trouvait à Rostopolis tout ce qu’il faut à une capitale digne de son rang. Nous aurons certainement l’occasion de nous y rendr e et de faire connaissance avec son monarque. Pour le moment, revenons à notre basse-cour. Le poulailler, entouré de murs et séparé des autres habitations de la ferme, contenait naturellement toute une population de belles poulettes, de mères poules et de jolis poussins, depuis ceux qui venaient d’éclore après avoir brisé leur coquille sous les coups redoublés de leur petit bec jaune, jusqu’à ceux dont les plumes commençaient à pousser en fin duvet. Il y avait dans ce poulailler modèle des coqs de toute beauté portant gaillardement sur la tête leur crête rouge aux contours crénelés. De belles queues, aux plumes recourbées et ondoyantes, dont les reflets nacrés chatoyaient aux rayons du soleil, augmentaient la grâce de ces fiers gallinacés lorsqu’ils paradaient au milieu de leur cour emplumée. Rien n’était plus charmant que de voir, au soleil l evant, les seigneurs de la basse-cour, juchés sur les toits de leur palais ou sur le s murs environnants, se redresser crânement sur leurs ergots et relever leurs têtes e mpanachées au-dessus de leurs soyeux pourpoints, dans des attitudes pleines d’entrain et de joyeuse humeur. Rien n’était plus gai, que de les entendre jeter, a ux rayons naissants que leur envoyait l’aurore, leurs éclatants : Kocoricos ! qu i partaient et s’envolaient de leurs becs largement ouverts, comme une vibrante, aubade et une prière reconnaissante au grand Régénérateur de la Nature. C’était la joie de vivre qui s’affirmait en face de la vie même qui s’éveillait !
Les poulettes, encore enfermées, réveillées par la fanfare, descendaient des perchoirs. C’était d’abord dans le palais un murmure confus, d oux et ronronnant de mille gloussements ; puis les voix s’accentuaient, les pl umes s’ébrouaient dans des auréoles multicolores d’où surgissaient de petites têtes joyeuses ; les ailes battaient et claquaient, et la gent emplumée prenait son essor p ar toutes les issues des maisonnettes en entonnant le concert des louanges m atinales. Les mille et mille bruits du matin qui, dans l’espa ce, montent du sol, comme les échos des premiers baisers que la terre envoie à so n Astre bien-aimé, se perdaient dans le caquetage affairé des mères poules et de le urs poussins, des poulets et des poulettes se caquetant les rêves de la nuit ou les plaisirs que l’on se promettait pendant les promenades de la journée. La basse-cour, très vaste, renfermait également un grand nombre d’animaux de toutes les variétés ; la place n’y manquait pas, lo in de là ; mais notre grand-père, de qui nous tenons l’histoire, a oublié de nous en par ler, ou s’il en cite quelques-uns, ce n’est qu’accidentellement. Toute sa sollicitude et toutes ses recherches se sont concentrées sur les « Kiriquis » ; d’ailleurs on ne peut à la fois écrire l’histoire de tous les peuples. Le personnel de la ferme ne tardait pas à s’éveille r. Les grands bœufs accroupis, à peine reposés du labe ur de la veille, avaient fait entendre leurs longs mugissements au jour qui naiss ait ; l’aiguillon les avait redressés, et dans leur placidité pensive et résignée, ils se courbaient sous le joug qui venait d’être posé sur leur tête ; les lourds chariots s’é branlaient en grinçant sur leurs essieux, et bêtes et gens se dirigeaient vers le travail. Bientôt la grosse fermière, ouvrant la porte d’un b âtiment en façade sur la basse-cour, descendait les quelques marches de pierre y d onnant accès et arrivait près du poulailler, en portant dans son large tablier, rele vé et rebondi, la provision de graines destinées au premier déjeuner de ses élèves. C’est que la fermière Lucratès aimait ses poules. P our rien au monde, elle n’eût négligé le plus petit soin qui leur était dù. Mais, si la fermière aimait ses Kiriquis et était p leine de mansuétude pour eux, les Kiriquis adoraient leur fermière ; et, parmi tout s on peuple, c’était à qui s’empresserait de venir la saluer et rendre à une personne si nobl e et si généreuse les hommages qu’elle méritait. .... Idylle charmante ;... mais au fond, troublante énigme : Pendant le cours de l’année, à des époques régulières, Madame Lucratès emmenait un certain nombre de poulets et de poulettes, puis jamais ceux-ci ne revenaient ; c’étaient toujours les plus beaux et les plus vigou reux qui s’en allaient ainsi. Ils disparaissaient.... Il en était résulté d’abord beaucoup de tristesse d ans ce petit monde à deux pattes. On se tourmenta, on voulut savoir ; on interrogea la bonne fermière qui, le temps venu, désignait les émigrants. Madame Lucratès, toujours excellente personne, avai t essayé de consoler son petit peuple, répondant que « poulettes et poulets étant devenus grands, le poulailler ne convenait plus à leur état... Il leur fallait donc parcourir le monde pour parfaire leur éducation et répandre au loin la gloire des Kiriqui s... Et la preuve que ces migrations étaient tout à l’avantage des voyageurs, c’est que jamais aucun d’eux n’avait demandé à revenir au berceau de son enfance. « ... D’ailleurs une grande partie des honneurs qu’ ils recueillaient revenant à leur