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L 'Abbé Lanfranchi et ses calomniateurs

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Livres
82 pages

Description

SOMMAIRE. — Mes relations avec la dame Pagès, dans l’intérêt d’Héloïse.Effet de 20,000 fr. ; démarches que cette, fille fait auprès de moi.Promesse d’un second effet de 10,000 fr., et connaissance du testament olographe de cette dame.Arrière-pensée d’Héloïse contre la femme Hostins, la petite Lilie et sa maîtresse.Nouveaux chagrins d’Héloïse, qui me conjure de m’intéresser à elleJe vais chez M.

Fruit d’une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.


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Ajouté le 05 août 2016
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EAN13 9782346091317
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Langue Français
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À propos de Collection XIX

Collection XIX est éditée par BnF-Partenariats, filiale de la Bibliothèque nationale de France.

Fruit d’une sélection réalisée au sein des prestigieux fonds de la BnF, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques de la littérature, mais aussi des livres d’histoire, récits de voyage, portraits et mémoires ou livres pour la jeunesse…

Édités dans la meilleure qualité possible, eu égard au caractère patrimonial de ces fonds publiés au XIXe, les ebooks de Collection XIX sont proposés dans le format ePub3 pour rendre ces ouvrages accessibles au plus grand nombre, sur tous les supports de lecture.

Nicolas Lanfranchi

L 'Abbé Lanfranchi et ses calomniateurs

AUX BONS HABITANS
DE FLAUJAGUES.

Hommage

 

De mon profondrespect, de mon attachement sincère et de ma reconnaissance sans boames

M. Lanfranchi

INTRODUCTION

Seigneur, mon Dieu, si j’ai fait ce que l’on m’impute, si mes mains se trouvent souillées de l’iniquité, il est juste que je succombe sous l’accusation de mes ennemis... Mais si ma cause est sainte, signalez votre puissance contre leur fureur... Défendez l’innocent contre la malice de ses persécuteurs, qui est déjà enseveli sous le poids accablant de la justice et de la vérité.... Faites connaître au public, dont le jugement est aussi impartial que celui de la mort, au public, à qui j’offre et présente ce mémoire, que mes ennemis et ceux qui me persécutent ont travaillé avec peine à faire éclore des injustices contre moi... Ils ont conçu l’iniquité et enfanté le mensonge et la calomnie... Leur iniquité retournera contre eux-mêmes.

 (Ps. 7.)

 

Ami lecteur, soulagez le malheureux si vous le pouvez, votre œuvre sera méritoire aux yeux de Dieu ; mais l’opprobre, l’ignominie et l’ingratitude la plus noire des hommes seront votre partage et votre récompense ! J’avance sans orgueil ce fait, car il s’est accompli en ma personne. Ce ne sont pas des phrases que je vais écrire à ma louange pour preuve de cette vérité, ce sont des faits publiquement connus et judiciairement prouvés que je vais rapporter ici. J’avoue franchement, pour la gloire de Dieu et pour ma propre satisfaction, que les calomnies dont on m’a abreuvé n’ont eu pour cause principale que le succès de mon ministère à Flaujagues. Mes antagonistes ont profité de mon absence pour me traîner dans la boue et flétrir en ma personne la robe sacerdotale. C’est le clergé catholique qu’on a eu en vue de diffamer, dans l’odieuse accusation qui est venue fondre sur moi comme un coup de tonnerre ; mes ennemis, acculés dans leurs derniers retranchemens par une controverse où ils ont été vaincus et brisés en mille éclats, se sont crus forts contre un prêtre qu’ils croyaient au-delà des mers, pour atténuer leur défaite ou changer en chants de triomphe leurs lugubres lamentations. Je le répète, la cause du clergé tout entier est liée à la mienne. A ce titre, mais à ce titre seulement, je dois venger mon honneur outragé, faire connaître au public toute l’infamie de mes accusateurs, et les dénoncer à l’autorité compétente.

Oui, ami lecteur, il est de mon devoir de faire connaître à tous qu’on ne s’est servi de la dame Pagès et de sa servante que comme d’instrumens contre moi. La véritable source de mes persécutions est la source de l’impiété. Le prosélytisme avait conjuré ma perte : Eradicamus eum de terrâ viventium. Pourquoi tant de haine contre moi ? Que vous ai-je fait pour attirer sur moi votre courroux ? Ne suis-je pas forcé d’emprunter ici les paroles du Sauveur du monde, et vous dire comme l’Homme-Dieu : « Si j’ai dit ou fait quelque chose contre vous frappez-moi ! Mais si j’ai dit vrai, si j’ai rempli ma mission ainsi que ma conscience me le dictait pourquoi me poursuivez-vous ? » N’est-il pas vrai, peut-être, que tous les reproches que vous avez eu à me faire pendant les huit mois de mon séjour à Flaujagues, ne consistent que dans un zèle ardent que j’ai manifesté dans vos propres intérêts et pour le salut de votre âme ? Ce zèle a été couronné de succès ; ce succès est-il un crime ? De plus, appelé par la Providence à vivre dans un pays mixte, ai-je jamais eu aucune espèce de préférence ostensible entre les catholiques et les protestans ? Ne vous ai-je pas considéré tous comme si vous étiez mes frères et mes amis ? N’ai-je pas eu les mêmes sentimens de bienveillance pour les uns aussi bien que pour les autres ? Ai-je jamais fait la moindre chose pour choquer votre susceptibilité ? Parlez, répondez ? N’ai-je pas été exact à remplir mes devoirs de religion vis-à-vis mes paroissiens et ceux d’un homme social vis-à-vis de tous ? Et si je n’ai obéi qu’à la voix de celui qui nous commande tous et qui domine sur tout, cela est-il un crime ? n’est-ce pas au contraire un devoir ? Nonne obedivi voci Domini mei ? (DEUT. 26.) Cette obéissance vous a-t-elle choqué ? Peut-être. Le bonheur que j’ai eu de ramener au bercail une centaine de brebis égarées et ignorantes des vérités éternelles, parmi lesquelles je compte plusieurs protestans, cela vous a contrarié sans doute ? Si j’ai mis le doigt sur la plaie, j’en suis fâché ; mais, encore une fois, je n’ai fait que mon devoir. Ce devoir est-il un crime ? Et cependant, vous le savez, enfans de l’erreur que vous êtes, je n’ai fait que du bien parmi vous ; j’ai réveillé la foi assoupie dans ce malheureux pays ; j’ai prêché la morale à tous, et vous-mêmes vous m’avez plusieurs fois témoigné votre surprise de me voir persévérer dans les travaux du ministère avec un zèle infatigable et une activité sans bornes.

De plus, vous ne l’ignorez pas, pour couronner d’un glorieux succès les travaux de mon sacerdoce, j’ai sacrifié ma santé, ma bourse et mon avenir. Qu’avez-vous donc à me reprocher ? ai-je pu faire quelque chose de plus dans l’intérêt de votre salut et de votre sanctification que je ne l’ai fait ? Quid potui ultrà facere vineœ meœ et non feci ? Et c’est pour m’être acquitté de cette divine mission, le mieux qu’il m’a été possible, que vous me détestiez et aviez conjuré ma perte : Occidamus eum et mittamus in cisternam veterem. (GEN. 37.) Mais s’il ne s’est pas trouvé parmi vous un second Ruben qui élevât la voix en faveur de l’innocence absente, il y eut au moins une seconde Judith qui, voyant en danger la religion de ses pères dont j’avais réveillé la foi et fait pratiquer la morale, méprisa tous les dangers et m’en fit part. Cette nouvelle me surprit ; je ne pouvais m’y accommoder ni y ajouter foi, quoique certain de son authenticité. J’exigeai d’autres renseignemens plus positifs avant de rien entreprendre. Ces renseignemens ne se firent pas attendre. Je m’aperçus alors que le signal du combat était donné, que tout était mis en œuvre contre moi. Dès que j’acquis la certitude de cette machination infernale, ces vers sublimes vinrent se poser sur mes lèvres :

Qu’en dites-vous, grand Dieu ? que faut-il que j’en pense ?
Ne ferez-vous pas taire un bruit qui vous offense ?

J’étais alors à Moissac (Tarn-et-Garonne), et prêt à partir pour Bayonne où des affaires importantes m’appelaient. Mais voyant que mes antagonistes de Flaujagues avaient attaqué en ma personne, et sous les apparences les plus infâmes, la religion et le corps sacerdotal, et qu’on cherchait en même temps à tourner en ridicule tout le bien que Dieu y avait opéré par mon ministère, je fis abnégation de moi-même. J’étouffai en moi tout ressentiment personnel ; les sacrifices, les obstacles que j’avais à surmonter et l’infamie dont le joug devait peser sur ma tête pendant quelques jours, ne m’arrêtèrent pas un seul instant. Je méprisai tout, en présence des devoirs que la religion me commandait impérieusement.

Pour moi, je l’ose dire, et vous l’avez pu voir,
Je n’ai point consulté pour suivre mon devoir.

 

N’ont pu mettre un moment mon esprit en balance.

Je pris sur-le-champ ma résolution. M. le procureur du roi de Libourne reçut de mes nouvelles de Moissac. Je lui fis part que j’avais connaissance de tout ce qu on avait tramé contre moi, que ces calomnies infâmes étaient portées à son parquet, et que je partais à l’instant même pour venir me mettre à sa disposition.

Arrivé à Bordeaux, je crus ne devoir chercher d’autre asile que la prison ; aussi je me rendis tout droit au fort du Hâ. Je déclinai mon nom, ma qualité et mes intentions au chef de la gendarmerie, qui refusa de me recevoir. Repoussé de cet hôtel, je me présentai au commissaire central, au parquet du procureur du roi et de la cour royale ; ces messieurs furent surpris de ma démarche. Ce refus de la part de la justice départementale m’étonna, car d’après tout ce que M. le maire de Flaujagues avait dit sur mon compte, je les croyais à ma poursuite. Je fis part de toutes mes courses à M. le procureur du roi de Libourne, et lui fixai en même temps, pour la troisième fois, le jour de mon arrivée à son parquet pour me mettre à sa disposition. Je lui tins parole. Ce magistrat me dit ce qu’il crut me devoir dire ; je lui répondis ce que je crus lui devoir répondre. Après un adieu de part et d’autre, je partis pour Flaujagues, où je me rendais pour justifier ma conduite sur les accusations portées contre moi.