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L'Amour diplomate

De
292 pages

Le théâtre du Châtelet à Paris a, comme on le sait, le monopole des grandes féeries qui, trop souvent dépourvues de sens (c’est leur droit), sont fréquemment aussi dépourvues d’esprit, mais n’en sont pas moins jouées deux cents fois, grâce à la science du machiniste, au talent du décorateur, aux costumes écourtés des actrices.

Ce genre de spectacle, après avoir attiré ce que, faute d’expression meilleure, nous nommerons le public bourgeois, excite aussi quelquefois la curiosité des gens du monde.

Fruit d’une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.


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L’AMOUR DIPLOMATE r Fer SARTORIUS Ed rue de Seine en Paris
Édouard Ferdinand de La Bonninière
L'Amour diplomate
A L’OMBRE
D’UN ILLUSTRE ET ANCIEN AMI
ALFRED DE MUSSET
I
RENCONTRE DE DEUX AMIS
Le théâtre du Châtelet à Paris a, comme on le sait, le monopole des grandes féeries qui, trop souvent dépourvues de sens (c’est leur dr oit), sont fréquemment aussi dépourvues d’esprit, mais n’en sont pas moins jouée s deux cents fois, grâce à la science du machiniste, au talent du décorateur, aux costumes écourtés des actrices. Ce genre de spectacle, après avoir attiré ce que, f aute d’expression meilleure, nous nommerons le public bourgeois, excite aussi quelque fois la curiosité des gens du monde. On va voir les féeries comme on va voir les mélodrames du boulevard lorsqu’ils ont un certain retentissement, et souven t on y va en partie, c’est-à-dire en louant une ou deux loges à l’avance et en se rendan t assez nombreux au théâtre pour pouvoir y former en quelque sorte un salon. De cett e façon, si l’on doit s’ennuyer, on s’ennuie moins, et, si l’on s’amuse, le plaisir gra ndit en se propageant. Cette combinaison est donc ingénieuse à tous les points d e vue. Pendant l’hiver de 1866, deux amis se rencontrèrent un soir au foyer du théâtre du Châtelet durant un entr’acte qui, pour cause de déc ors, sans doute, se prolongeait outre mesure et mettait à une rude épreuve la patie nce des spectateurs. Ces deux amis étaient jeunes tous deux et appartenaient à la haute société parisienne. L’un était secrétaire d’ambassade, « garçon ambassa deur, » comme disait un vieux ministre plénipotentiaire de nos amis. Ambitieux et prudent, il pesait et repesait les choses avant d’agir. Les paroles, avant qu’il les p rononçât, semblaient s’être gelées dans sa bouche ; Son père était un diplomate qui av ait servi sous le prince de Talleyrand, dont il cherchait à imiter les tics, le nasillement, voire même, par instant et sans s’en douter, la démarche irrégulière. Formé à cette école dès sa plus tendre enfance, Alain de Bonnerive était devenu un type co mplet, un échantillon superbe d’une très-rare variété de l’espèce humaine, telle que la civilisation nous l’a faite. Il semblait même qu’à mesure qu’il avançait en âge, ce type se perfectionnât chez lui, comme les bons vins qui, en vieillissant dans une c ave heureusement disposée, prennent encore de la saveur et du bouquet. L’autre jeune homme, qui se nommait Tiburce de Cast elnérac, était une nature absolument différente. Lieutenant dans un régiment de cavalerie de la garde impériale, il devait prochainement passer capitaine sans que s on avancement rapide pût être considéré comme une faveur, et tout simplement comm e conséquence d’actions d’éclat justement remarquées par ses chefs en Itali e et au Mexique, ces deux déplorables guerres qui n’ont servi qu’à faire ress ortir les qualités déjà si connues de nos soldats. Homme de premier mouvement, d’entraîne ment, de franches allures, Tiburce de Castelnérac possédait, ainsi que nous ve nons de le dire, un tempérament absolument opposé à celui de son ami Alain de Bonne rive, et il n’en était pas moins lié avec lui pour cela, car il est à remarquer que la d issemblance des caractères amène plutôt, dans le monde, le rapprochement que l’éloig nement. Alain de Bonnerive était blond, assez maigre et de taille moyenne mais bien prise. L’ensemble de sa personne présentait un certain cac het de distinction en dépit de quelques détails tels que des yeux gris légèrement enfoncés sous des sourcils assez épais et des lèvres minces que recouvrait à peine u ne moustache élégante de forme, mais peu fournie. S’il ne s’était pas donné tant de mal pour paraître sérieux et posé, c’est-à-dire s’il ne se fût pas composé une physion omie et une attitude spéciales, ce
qui lui donnait toujours l’air de jouer un rôle app ris d’avance, Alain eût été sympathique, car, somme toute, c’était un assez jol i homme. Mais quel contraste avec son ami Tiburce, et comme ce contraste était frappant lorsqu’on les voyait l’un à côté de l’autre ! Tiburce était brun et sa figure très-ouverte avait une expression de franchise et de hardiesse qui frappait tout d’abord. Ses cheveux co upés court et ses moustaches assez longues étaient presque noirs. Comme tous les officiers de notre armée, il ne portait pas de favoris. D’une taille assez élevée, il avait une tournure fort élégante, même en costume bourgeois, et, sans cette absence d e favoris que nous venons de mentionner, on n’aurait point reconnu de suite en l ui un militaire portant l’habit civil. Les deux amis étaient, du reste, vêtus fort à la mo de, et leur tenue très-correcte reproduisait fidèlement le type adopté à notre époq ue comme toilette de théâtre par les jeunes gens du monde ou ceux qui veulent faire croire qu’ils en sont : habit, pantalon noirs et gilet très-ouvert laissant voir t out le devant de la chemise, toilette qui ne diffère de la tenue de bal que par un détail, l’ étroite cravate noire au lieu de la cravate blanche, et qui a été imitée par les élégan ts de Paris desdandysLondres de qui peuplent et ornent le théâtre de la Reine ou ce lui de Covent-Garden. Seulement un habile observateur aurait pu remarquer qu’Alain de Bonnerive portait un pantalon parfaitement semblable, pour la coupe, aux pantalons du ministre des affaires étrangères et que le nœud de sa cravate ét ait absolument copié sur les nœuds de cravate du chef de la direction politique à ce même ministère. — Tiens ! te voilà, Alain ? quelle bonne chance ! s’écria Tiburce en apercevant son ami et en se dirigeant vers lui. — Bonsoir, Tiburce, dit Alain avec peu d’élan et d ’un air légèrement contrarié d’être ainsi rencontré par Tiburce. — Je disais « quelle chance ! » j’aurais du dire « quel hasard ! » reprit Tiburce ; ma foi, je ne m’attendais pas, mon bon, à le rencontre r dans ces parages. Le théâtre du Châtelet a donc fait tort aux salons qui sont ouverts si nombreux ce soir ? — Mon Dieu ! oui ; on parlait tellement de cette f éerie, que j’ai voulu savoir par moi-même si elle méritait vraiment la réputation qu’on lui fait. — C’est, comme on dit, unepièce à femmes; j’avoue franchement, moi, que je suis venu pour passer les femmes en revue, et il y en a quelques-unes qui sont, ma foi ! fort agréables à voir. — Je ne dis pas le contraire.  — Il y a surtout Clorinde Laval, celle qui représe nte la Nuit, dont l’ensemble, au point de vue de l’art, est vraiment splendide. Qu’e n dis-tu, mon cher ? Les traits d’Alain se contractèrent légèrement ; ma is cet embarras passager ne fut pas remarqué de Tiburce. — Oui, oui, répondit-il en regardant de l’autre cô té du foyer, elle n’est pas mal. — Dis donc qu’elle est superbe ! Adolphine n’est p as mal non plus. — Je te l’accorde ; mais ces exhibitions de femmes en costumes trop courts, n’est-ce pas déplorable au fond ? — Cela récrée la vue. — Peut-être ; mais cela attriste la pensée.  — Ma foi, mon cher, je t’avouerai que lorsque je v iens voir un ballet ou une féerie, je n’apporte avec moi aucune préoccupation morale o u sociale. Je me laisse très-philosophiquement divertir et, chez moi, le plaisir des yeux n’est aucunement troublé ou amoindri par des réflexions d’une nature trop sé rieuse. Imite-moi et je crois que tu seras dans le vrai... A propos, es-tu seul ici ce s oir ? je ne t’avais pas aperçu dans la
salle. — Je suis à l’orchestre, à droite, et j’occupe l’u n des derniers fauteuils du troisième rang, près des baignoires. — Moi je suis à gauche ; voilà pourquoi je ne t’av ais pas aperçu. — Je me trouve même placé à la hauteur d’une de ce s baignoires occupée par des personnes de connaissance... — Ah !... et qui donc ?  — La comtesse de Noireterre avec le ministre de Ha novre, et sa fille ; j’ai été tout surpris de me trouver placé si près d’eux.  — Surpris et satisfait, sans doute. Madame de Noir eterre, passablement pédante d’ailleurs, est une femme de beaucoup d’esprit et f ort agréable encore de sa personne ; quel âge peut-elle donc bien avoir ? — De trente à trente-quatre ans peut-être.  — Elle ne les paraît pas. Au reste, c’est le bon â ge. Je suis, sous ce rapport, de l’avis du grand Balzac. Elle a, dit-on, un salon tr ès-intéressant ; il faudra que tu m’y présentes. — Très-volontiers, mon cher. — Elle a su admirablement se poser, celte femme-là , et on la dit très-influente. — C’est parfaitement vrai.  — Donc, il faut fréquenter son salon ; si cela ne fait pas de bien, cela ne peut pas faire de mal. Tu es un de ses assidus chevaliers, toi, Alain ? — Je vais chez elle de temps en temps. — Tu savais qu’elle venait ici ce soir ? C’est ce qui t’y attire, je te parie. — Vraiment non ; un pur hasard  — Le hasard ?... oh ! oh ! mon bon, tu ne donnes p as grand’chose au hasard, toi, que je sache ; ce n’est pas comme moi qui vais touj ours tout droit comme un boulet de canon ; le hasard n’entre pas beaucoup dans ton exi stence.... — C’est pourtant comme cela... je te dirai même qu e j’ai été plutôt contrarié qu’elle me vît ici. — Ah ! et pourquoi ? Alain parut retenir une parole qui allait lui échap per.  — Mais, reprit-il, avec un embarras assez bien dis simulé, d’ailleurs, parce que j’aurais dû ce soir assister à deux réceptions offi cielles très-importantes et que c’est un peu léger d’avoir préféré venir ici admirer comm e un provincial des pirouettes, des effets de lumière électrique, des décors et des cos tumes. — Ah ! tu trouves que cela nuit à ta gravité ? — Je ne dis pas cela ; mais, enfin, j’aurais dû être ailleurs. — Bah ! la belle Noireterre n’en parlera pas. — C’est une femme très-fine qui remarque tout. — Vraiment ?... Mais, à propos d’elle, pourquoi do nc ne se remarie-t-elle pas ? elle est assez bien encore pour cela et, vraiment, si el le a plus de trente ans, on ne lui donnerait pas son âge.  — On dit que madame de Noireterre n’a pas été heur euse avec son mari et que, par toutes sortes de bonnes raisons, elle ne veut p as se donner un second maître. Elle préfère vivre libre, à sa fantaisie et le plus inte lligemment possible dans le milieu qu’elle s’est créé. Le fait est que la présence d’u n époux nuirait singulièrement à son salon et qu’elle tient à son salon par-dessus tout ; elle a raison puisque c’est sa force. En ce moment se fit entendre la sonnette qui annonç ait que la toile allait se lever de nouveau. Alain se précipita vers le comptoir du lim onadier qui ornait un des coins du
foyer et y prit une boîte de bonbons et de pastille s qu’il comptait, sans aucun doute, offrir à ses voisines, madame de Noireterre et made moiselle de Feldhausen, la fille du ministre de Hanovre. Tiburce l’avait suivi dans cette évolution.  — J’oubliais de te demander, mon cher, lui dit-il, si tu veux venir, après le spectacle, souper avec Richard Lacroix, le vaudevil liste, Henri de Riaux, Albert Frimont, Lionel de Saint-Landry, le journaliste Geo rges Sturmer, d’autres encore, et moi-même. Nous avons invité quelques-unes de ces da mes que nous venons d’applaudir. C’est Richard Lacroix qui s’est chargé de transmettre notre invitation, et il est certain, nous a-t-il dit, qu’elle sera acceptée ; veux-tu être des nôtres ?  — Je le voudrais, mon ami, mais tu comprends ? aya nt rencontré ici madame de Noireterre et les Feldhausen, il m’est bien diffici le de ne pas les reconduire... — A leur voiture, oui, c’est possible, mais pas pl us loin, je suppose ; tu as donc tout le temps qu’il te faut pour nous rejoindre.  — La sortie peut être longue ; la foule sera grand e ; les voitures peuvent se faire attendre... — Mais ne faut-il pas aussi que ces dames aient le temps d’ôter leurs costumes ? — Et puis, je te dirai, car je veux être franc ave c toi... — Ah ! oui, par exemple, je n’en serais pas fâché. — Je te dirai que je ne tiens pas énormément ce so ir à souper... — Aurais-tu mal à l’estomac ? — Tu ne me laisses pas achever... à souper bruyamm ent avec des actrices même les plus charmantes, les plus spirituelles, les plu s amusantes du monde. Toutes ces choses-là finissent toujours par se savoir, surtout lorsqu’il y a des gens de lettres parmi les convives. Dans ma situation actuelle, une partie de ce genre peut avoir des inconvénients... — Tu crains que cela nuise à ton avancement ? Ah ! elle est bien bonne celle-là !  — Tu sais... une indiscrétion... un hasard... la r encontre d’un homme sérieux lorsqu’on est en cette joyeuse compagnie... — Eh bien, quel mal y a-t-il à cela ? — Je ne dis pas précisément qu’il y ait du mal ; m ais une partie de ce genre peut, je le répète, avoir des inconvénients graves.  — Alain, tu me fais de la peine, ma parole d’honne ur ! tu vois quelquefois les choses d’un si petit côté...  — Il n’y a pas de petit côté dans les choses de la vie. Tout a son importance lorsqu’on y réfléchit bien.  — Parbleu ! j’aime mieux moins réfléchir. Et puis qui te parle de souper bruyamment, comme tu dis ? nous souperons tranquill ement, gaiement, sans excès, dans quelque salon retiré de chez Philippe ou de ch ez Brébant, les deux bons restaurants le plus rapprochés d’ici. C’est un plai sir bien permis, cela, il me semble ; un plaisir d’honnêtes gens. — Je ne dis pas le contraire. — Alors ce sont les dames de théâtre que tu redoutes ? — J’ai mes idées là-dessus. Bonsoir, Tiburce ; l’a cte est commencé. — Au revoir, mon trop prude ami ! Et Castelnérac sortit d’un côté du foyer, tandis qu e, emportant son sac de bonbons, Bonnerive disparaissait rapidement de l’autre.
II
A L’AMBASSADE D’ANGLETERRE
La toile était tombée sur une apothéose dont les sp lendeurs multicolores éclairées par la lumière électrique avaient été vivement appl audies. La foule s’écoulait lentement, descendant les large s et élégants escaliers du théâtre et causant avec animation des merveilles scéniques qui venaient de défiler devant ses yeux. Alain de Bonnerive s’était précipité vers la loge de madame de Noireterre pour offrir ses services, qui avaient été gracieusement acceptés. Il avait aidé ces dames à revêtir leurs pelisses, et voyant le ministre de Ha novre donner le bras à madame de Noireterre, il avait aussitôt offert le sien à made moiselle de Feldhausen. Cette dernière, près de madame de Noireterre, eût p arfaitement représenté le bouton de rose auprès de la rose épanouie. Sa jeune beauté, rapprochée de la beauté plus mûre de sa compagne, les complétait toutes les deux aux yeux du public qui, également frappé de leur mise élégamment distinguée , se retournait pour les voir encore, tandis qu’elles traversaient le péristyle d u théâtre pour gagner leur voiture ; car, sur un signe fait par le baron de Feldhausen à son valet de pied, stationnant au bas de l’escalier, avec d’autres domestiques qui ap partenaient à des gens du plus grand monde, celui-ci avait couru sur la place appe ler le cocher et le faire avancer devant la façade du théâtre. Ces dames rendirent à droite et à gauche des saluts qui leur étaient adressés par des personnes de connaissance, puis elles se dirigè rent vers la voiture, où elles prirent place, soutenues sur le marchepied par le b ras de leur cavalier respectif. La portière se referma ; Alain fit un grand salut. — A bientôt, j’espère, monsieur de Bonnerive ! lui cria madame de Noireterre. Et la voiture s’éloigna rapidement. Alain regarda tout autour de lui, aperçut Tiburce q ui descendait lentement l’escalier, s’arrangea pour ne pas se trouver sur son passage, le vit aborder deux amis et causer quelques instants avec eux, puis sortit du théâtre. Alors il quitta également le péristyle, et tout en rasant les murs, tourna la façade et vint se placer dans un coupé de remise qui attendai t devant la porte de sortie des artistes. Plusieurs autres voitures stationnaient dans le mêm e endroit. Alain le remarqua, mais il n’y avait dans ce fait rien de bien extraor dinaire, d’autres pouvaient avoir la même idée ou les mêmes intentions que lui. Il ne do nna donc pas une grande attention à ce rassemblement de carrosses qui, aprè s tout, n’avait rien d’insolite. Il attendit très-patiemment un premier quart d’heur e, assez patiemment un second quart d’heure, mais fut très-impatient durant le troisième. Du fond de son coupé il entrevoyait à chaque instan t, soit des groupes de femmes enveloppées de tartans se dispersant gaiement sur l e trottoir et s’adressant d’assez bruyants adieux (c’était sans doute, le joyeux bata illon des figurantes), soit des individualités féminines chaudement drapées dans de s burnous, des cachemires, ou des manteaux garnis de fourrures et dont il était i mpossible de reconnaître les traits sous les voiles épais dont les visages étaient reco uverts. Alain, d’ailleurs, qui redoutait d’être reconnu lui -même, n’avançait la tête près du carreau de la portière que tout juste assez pour en trevoir les formes vagues qui, du fond du couloir, sortaient ainsi dans la rue et que lquefois, au lieu de suivre le trottoir,