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L'Amour en marche

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217 pages

Regardez, tous ! voilà le grand vainqueur des âmes,
Celui qui rend égaux les bons et les infâmes,
Qui fait pleurer, chanter, rire ou geindre à son gré
Les cent cordes du cœur sous son archet sacré !
Regardez, tous ! voilà le Maître et son cortège
Qui s’avancent — ô gloire ! — Et dans l’immense arpège
Des hymnes d’allégresse aux chœurs éternisés,
On entend le frisson sublime des baisers.

Oh ! montrant leur beauté de la nuque aux chevilles,
Quel groupe harmonieux forment ces jeunes filles
Et ces jeunes garçons charmeurs, comme elles nus !

Fruit d’une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.


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À propos deCollection XIX
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Auguste Audy
L'Amour en marche
PRÉFACE
En acceptant l’honneur de présenter au public un po ète et un jeune poète, je n’ai pas compté, pour aider à son succès, sur une autori té qui me manque. J’ai obéi à un autre sentiment, à la sympathie que m’inspirent tou s ceux qui tentent, avec élan et avec foi, le rude et délicat métier du vers, — sent iment bien naturel à un homme qui doit à cette langue divine les seules jouissances l ittéraires et les seules fiertés d’esprit qu’il ait ressenties jamais. Car elle est très réel le et très profonde cette fraternité d’origine entre les poètes, entre ceux qu’a vraimen t blessés le mal divin d’un idéal harmonieux où leur âme se console et s’exhale à la fois. L’auteur de ce recueil est assurément de ceux-là. P lusieurs pièces remontent à une date qui ne peut être que celle de ses premiers ess ais. Dans toutes je trouve la même faculté primordiale de penser en vers, celle qui fa it vraiment le poète. Il y court une franche vitalité, comme un sang frais dans les vein es. Ce ne sont là que fleurs sauvages du printemps, mais qui sentent l’abondance de la sève. C’est réveil d’un avril dans une âme éprise de musique et de clarté. Que ce siècle a été glorieux à la poésie ! C’est co mme une forêt dont quelques arbres géants ont monté leur orgueil jusqu’aux nuée s. A leur pied c’est une floraison éclatante de talents nouveaux. Victor Hugo descenda nt vers la tombe, comme un soleil qui se couche, sembla verser sur ces cimes v ivantes tout l’or de son magnifique déclin. C’est un étincellement de rimes éblouissantes, un cliquetis de rythmes brillants, le vent du soir passant dans un long frisson d’harm onie et de lumière. Jamais notre langue poétique ne fut aussi belle et aussi riche q u’aujourd’hui et mieux digne de laisser à l’avenir le souvenir immortel d’une grand e Patrie. Tous les jeunes ont donc le droit d’être tentés et de se vouloir une place dans ce grand rayon de soleil dont tout un âge sera éclairé pour la postérité. Jamais plus de poètes nouveaux n’ont surgi, noblement acharnés à c ette curée de gloire. Ils sont aussi sages que vaillants et il est temps qu’ils se hâtent. L’Océan mercantile est là qui monte et menace d’engloutir l’Idéal dans un naufrag e qui sera celui de l’âme humaine, — car l’homme ne vit pas de pain seulement ; — mais, devant les malheureux qui auront précipité cette foudre sur la pensée, le passé surgira de cet ensevelissement, comme une île solitaire et triomph ante pleine de chants lointains et de lauriers. Dî avertant omen !atrie immortellePoètes, chantez vite pour être des élus de cette p dont les hommes à venir, fange vivante où ne courro nt plus que des filons de métal, pleureront la gloire et ignoreront le chemin ! Le mouvement poétique contemporain a donc tout l’in térêt d’une lutte suprême et il faut y pousser toutes les jeunes recrues qui montre nt de la foi et du cœur ! Je ne dissimulerai pas d’ailleurs à ces soldats du dernie r combat que la tâche de s’y distinguer leur sera rude. L’art du vers s’est form ulé, depuis un demi-siècle, avec une autorité qui leur met, à tous, aux mains une arme é prouvée. Hugo l’a rajeuni de tout son génie ; Leconte de Lisle lui a donné la solidit é du marbre ; Théodore de Banville en a énuméré les splendides ressources dans son œuv re si puissant par la variété. La conquête de la renommée est d’autant plus difficile aujourd’hui que ceux qui y courent sont plus nombreux et pareillement plus invulnérabl es. Ce souci de la perfection dans l’expression qui car actérise l’effort actuel des poètes ne chagrine que les sots, ne décourage que les impu issants. Car c’est lui qui donnera à l’œuvre de ce siècle, l’œuvre poétique s’entend, à cet œuvre qui, pour les raisons
que j’ai déjà dites, sera peut-être le magnifique a dieu de la poésie à la gloire française, l’unité qui s’impose, la solidité qui résiste. Le v ers est devenu dense, sonore et incorruptible comme un métal. Qui ne le cherche ain si ne fait que de la fausse monnaie. Émile Deschamps, qui fut un des vaillants de la grande évolution romantique, avait une formule qu’il répétait souven t et qui est la plus juste du monde : « La forme, disait-il, n’est rien, mais rien n’est sans la forme ». Naïveté et vérité tout ensemble, menu propos d’un grand artiste qui répond victorieusement à ceux qui se plaignent qu’on puisse « faire des vers sans idées ». Dans le volume qui suit ces quelques pages, la form e est un peu flottante encore, ou plutôt l’auteur, hésitant entre ses admirations, n’a pas fait un choix marqué entre ses modèles ; mais je n’en tire pas mauvais augure. Au contraire. En art, l’éclectisme est le plus sûr chemin vers l’originalité, qui est le but. Il n’est pas d’ailleurs d’originalité meilleure que celle qui s’affirme par un pas de plu s vers la perfection. La mine est largement ouverte et le métal qui la tapisse est pu r, mais d’une étrange dureté. Nul n’est tenu d’y trouver un filon accessible du premi er coup, et ce filon une fois trouvé, il faudra pour l’exploiter beaucoup d’obstination et d e travail. Mais je trouve déjà, dans ces essais, assez de renc ontres heureuses entre l’expression et la pensée pour prédire au jeune poè te de belles destinées. Car on est certainement poète quand on fait des vers comme ceu x-ci :
A vingt ans, avez-vous, pris d’un désir fatal, Un jour de désespoir, hanté les bords d’un gouffre ? L’azur vous disait : vis ! vous répondiez : je souffre ! L’ombre vous criait : viens ! vous répondiez : je vis !
ou comme ceux-là encore :
Qu’est-ce qu’un Dieu qui tue après avoir créé ? Qu’est-ce qu’un Dieu, faiseur de passions humaines, Qui frappe les amours et protège les haines ? Pourquoi m’a-t-il fait naître et m’a-t-il fait aimer ?
Je pourrais citer des tirades et des strophes entiè res qui sont d’un mouvement lyrique évident. Mais ceci n’est pas une étude crit ique. Ma tâche est plus modeste que de conseiller l’auteur, moins aimable que de lui êt re complaisant. Je n’ai voulu être pour lui que celui qui dit à l’ami partant, résolu, pour un voyage superbe et dangereux : Bonne fortune et surtout bon courage ! ARMAND SILVESTRE.
L’AMOUR EN MARCHE
Regardez, tous ! voilà le grand vainqueur des âmes, Celui qui rend égaux les bons et les infâmes, Qui fait pleurer, chanter, rire ou geindre à son gré Les cent cordes du cœur sous son archet sacré ! Regardez, tous ! voilà le Maître et son cortège Qui s’avancent — ô gloire ! — Et dans l’immense arp ège Des hymnes d’allégresse aux chœurs éternisés, On entend le frisson sublime des baisers. Oh ! montrant leur beauté de la nuque aux chevilles , Quel groupe harmonieux forment ces jeunes filles Et ces jeunes garçons charmeurs, comme elles nus ! Ils chantent, et leurs chants, des aimés seuls conn us, Disent des strophes d’or aux ruisselantes rimes Qui rendraient leurs désirs vertus s’ils étaient crimes, Et qui les font rêver, et qui les font pâmer ! A voir leur lèvre au choc du baiser s’allumer, A voir l’éclat profond de leurs regards sans voiles , Il semble que le ciel y sema ses étoiles. Leurs fronts, que n’ont jamais flagellés les douleu rs, Sont éternellement ceints de lierre et de fleurs, Comme pour rappeler que la nature en fêtes Fait se chérir les cœurs en couronnant les têtes. Ici, la vision que le Dante évoqua Passe réelle ; et c’est Paolo, Francesca Qui, les bras enlacés comme l’âme, s’adorent ; Ici, c’est Salomon que des hymnes dévorent, Et qui verse ces feux sublimes à longs flots Sur son épouse heureuse au front calme, aux yeux cl os, — Pendant que l’air s’emplit d’un parfum de jeunes se... Là, c’est Héro charmée avant que son mal naisse Qui, sur son sein neigeux, tient Léandre embrassé ; C’est une vierge avec son joyeux fiancé, Qui voudrait, pressentant une ivresse inconnue, Voir l’heure de l’hymen révélateur venue. Partout, joie et splendeur !
S’est rajeuni là-haut, dans le gouffre vermeil, Gomme il a recouvré sa puissance première Pour verser sa lumière à cette autre lumière ! Comme il les baigne bien dans ses ondes de feu, Ces hommes à l’œil noir, ces femmes à l’œil bleu ! Comme il sait se jouer dans l’or des chevelures Et raviver encor les mordantes brûlures Des sens inapaisés, inapaisables, fous !....
Comme le vieux soleil
Et comme le parfum des roses est plus doux Depuis qu’à leur passage il encense ces êtres ! Mais tremblez, tous ! C’est lui, lui, le Maître des maîtres ! C’est lui, la sève, lui, la flamme, lui, l’Amour, Lui, le triomphateur de la nuit et du jour Qui va, géant plein d’ombre et de magnificence, Courber l’humanité sous sa toute-puissance ! Qu’il est beau sous la pourpre aux longs replis san glants, Le laurier d’or au front, s’avançant à pas lents, L’œil sombre et glorieux comme l’immense gouffre, Raillant ce qui jouit, consolant ce qui souffre, Formidable, et lançant ses dévorants éclairs Des profondeurs de l’onde aux profondeurs des airs ! Oh ! tout semble revivre et changer quand il passe ! Le poète ravi ne sonde plus l’espace ; Le misérable en lutte avec l’humanité Cesse de se cabrer sous l’âpre iniquité ; L’orgueilleux se soumet, le vil devient sublime, Et la fougue se calme, et la langueur s’anime ; — Et l’être sent en lui vibrer les firmaments Dans ce splendide éveil des éblouissements ! Il marche.... Autour de lui, les harpes et les lyre s Et les humaines voix répandent des délires : Héroïques accords, purs, profonds, éperdus, Par une oreille avide en un rêve entendus Quand l’âme au désespoir voit ses matins moroses..... Et des torchères d’or jettent des flammes roses. Gloire, gloire à l’Amour !....
Se voile-t-il ? Pourquoi ce lourd nuage obscur S’affaissant, quand le Maître est passé, sur sa sui te ? — Le cortège affolé semble une armée en fuite Sur laquelle la nuit tout à coup descendrait..... Cieux ! quels cris de malheur ! De quelle âpre forê t Viennent ces hurlements lugubres, effroyables ? — Spectres pour qui les jours passent impitoyables, Les victimes d’Amour ont quitté leurs tombeaux Pour rejouer ici, sous un ciel sans flambeaux, L’atroce tragédie où succomba leur âme.
Mais pourquoi donc l’azur