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L'Animal

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66 pages

« Tout avait commencé pourtant simplement, mais cette nuit là a été très spéciale. Cette nuit très spéciale où ma vie présente, passée, future se sont mélangées dans un maelstrom dont je ne suis pas sorti indemne. »

Pierre se souvient de cette nuit spéciale en montagne et, pour expliquer comment il en est arrivé là, se remémore son passé, un souvenir en appelant un autre, jusqu'à cette fameuse soirée et cette fameuse nuit où tout a basculé...


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175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis

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Mail : client@edilivre.com

www.edilivre.com

 

Tous droits de reproduction, d'adaptation et de traduction,

intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-332-93436-9

 

© Edilivre, 2015

L’Animal

 

 

Les événements de la vie s’enchaînent bien plus souvent dans l’imprévu que dans le su et connu par avance, si tant est que nous puissions avoir une précognition. Généralement, il s’agit seulement de prévisions sur un avenir que nous attendons dans une humeur variable : indifférence, joie, tristesse, colère… Tous les sentiments peuvent ainsi dérouler leur tapis dans un présent qui nous échappe pour un futur n’existant que comme hypothèse, déduite ou non de savants calculs. Les imprévus délivrent de la monotonie, ou plutôt, ils sont l’essence de l’existence et de l’être ; la prédétermination étant un leurre car une infinité de variables est en jeu. Que l’une d’elle change et le monde change. Le rêve, lui, nous délivre de la prison où nous sommes, car n’emploie-t-on pas le terme « s’évader » à son sujet ? Il nous transporte dans un monde que parfois nous ne savons plus distinguer de l’autre, celui que l’on appelle le réel. L’imagination construit alors un monde que nos sens éveillés taxeraient d’illusoire ; comme si nos sens étaient les dépositaires du seul monde réel, ce monde que nous acceptons comme unique et vrai ; comme si à chaque être vivant n’était pas associée une perception différente, qui ne saurait qu’être subjective, d’un monde qui dès lors se fait pluriel.

Ai-je réellement vécu ce qui suit ? Est-ce mes sens en éveil qui m’ont rapporté tout ce qui s’est passé ? Ont-ils été moins fiables que d’autres fois ou que chez d’autres personnes ? Ai-je mélangé les deux mondes ou se sont-ils mélangés d’eux-mêmes ? Je ne saurais le dire, mais toujours est-il que je l’ai vécu, et aujourd’hui comme hier, je m’en souviens avec grande émotion. Tout avait commencé pourtant simplement, mais cette nuit là a été très spéciale. Cette nuit très spéciale où ma vie présente, passée, future se sont mélangées dans un maelstrom dont je ne suis pas sorti indemne. Un frôlement sur la toile, puis un autre, mettent mes sens en alerte. Il n’y a pas de vent ce soir, dans cette nuit où je sens le froid m’engourdir. Je me relève à demi et la douleur me fait me souvenir : Tout à l’heure en m’approchant, tout à la contemplation du ciel en cette nuit étoilée où les astres scintillaient sans faiblir, j’ai chuté sur une pierre. Une douleur fulgurante a envahi mon cerveau, heureusement j’ai pu me relever et marcher. A nouveau le frôlement se répète. Une faible lueur imprègne l’air et soudain je vois – ou crois voir – l’espace d’un instant une déformation sur la toile, écran géant pour moi de mes craintes et de mes rêves mêlés. Non ce n’est pas un rêve, ils sont là ! Ils sont venus me rendre visite ! Peut-être ai-je sur moi l’odeur attirante de la bergerie et des brebis avec leurs petits, ou bien ils ont su que oui, dans une autre vie j’étais un des leurs. Je retiens ma respiration, fantôme parmi les fantômes, je n’ose bouger.

Un frôlement encore. Je me souviens : J’errais seul dans les collines, les odeurs, les parfums, sous le soleil, sous la pluie, sous le vent qui me chargeait de sa masse épaisse mais aussi m’emmenait quelquefois bien loin, dans les montagnes, sous l’orage, sous la grêle, sous les éclairs qui frappaient près de moi et je devenais alors partie de cette nature. J’étais le vent qui courbait les arbres fiers ; j’étais l’orage qui dévalait du ciel sur les pentes abruptes des collines en ruisseaux ; j’étais la semence qui pénètre la terre fertile ; j’étais le renard qui se faufile habilement entre les hautes herbes, le lièvre fou, les yeux hagards, exorbités de peur, le chien errant qui bat la campagne, le loup, masse souple qui jamais ne se fait voir que lorsqu’il en décide ainsi. Je savais, je sais, je connais les êtres. Je sais la roublardise du saule qui invite à se reposer sous son ombre humide et épaisse qui donne des douleurs rhumatismales, et qui ensuite se fait remercier en vous soignant contre ces mêmes rhumatismes ; je sais l’espièglerie du chêne, pas le chêne-kermès ou le chêne-liège, non, le vert qui jette violemment sur la tête des passants ses glands ; je sais la fourberie du chamois qui sous ses airs innocents cherche à vous tuer sous une avalanche de pierres qu’il a déclenchée ; je sais les courses folles à travers la garrigue, la montagne ; je sais le goût de l’herbe fraîche et piquante, l’odeur âcre du sang frais ; je sais les sentes cachées du lièvre et les larges plaies béantes laissées par le sanglier. Je sais l’or rouge et sang des mélèzes à l’automne, la trace humide des sous-bois où se mélangent champignons et herbes sauvages ; je sais le bleu violent de la gentiane alpine associé au jaune cru de l’arnica dans la prairie ; je sais l’hellébore qui se fait passer pour la grande gentiane jaune afin de mieux empoisonner ceux qu’elle trompe.

Un frôlement, ils sont là, ils sont venus ! Je frémis à leur approche, à leur présence, l’impatience me gagne. Depuis que je les ai entendu cette nuit, je les attends. J’ai désiré leur présence et je l’ai crainte, me fondant, me transformant, dans cette nuit de vie où chaque mouvement est respiration, où chaque senteur est pulsation intime, où chaque son est lumière et vibre pour mieux donner vie à tout ce qui m’entoure. Ils sont là ! Peut-être vont-ils parcourir tous ensemble les pics, dévaler les pentes, courir après le chamois, jouer dans les flaques de lumière laissées par la lune, hurler d’une seule et même voix comme il y a à peine un instant, et se méfier de l’homme, surtout du berger qui garde sauvagement le troupeau aidé des chiens. Silencieux, ils n’osent encore s’adresser à moi. Ils tournent, hument mon odeur dans le vent qui se lève. Je vais sortir, je sens comme une invite. Je sais. Je suis un des leurs. Je suis le monde, je suis la nature, ils attendent, ils m’attendent.

JE SORS.

*
*       *

Des forces à peine soupçonnées sont apparues, m’ont travaillé me moulant à leur façon, prenant mon âme, mon esprit, ma matière, toute notion se mélangeant. Les lois universelles de la physique n’ont pas encore été découvertes, pas plus que celles de l’éthologie ou de la psychologie mais il semble que ce qui se passe ici bas se passe en haut et inversement, et je ne peux croire qu’une quelconque loi ne m’ait dicté mon chemin. Comment ai-je pu me retrouver à vivre cette fameuse nuit en montagne où sentant un appel je suis sorti de la tente ? Comment passé et présent ont-ils pu s’aboucher, se télescoper ainsi ? Comment les formes de vie peuvent-elles naître successivement et s’interpénétrer de la sorte ? Métaphysique ! Métempsy-chose ! Cantiques de la physique quantique et des cordes ! Ayurveda ! Onirisme ! Trous de vers spatio-temporels !… Non, non, je me trompe !… Doucement, du calme !… Si je veux des réponses claires, je dois mettre un peu d’ordre dans mes pensées pour mieux comprendre ce qui m’est arrivé… je dois rester basique et remonter un peu plus loin dans le passé… je respire amplement… Voilà !… Ça y est… je me calme… encore un peu… j’y suis ! C’est un dimanche… je revois le chemin… je suis parti faire une promenade… de Trille à Pernon… oui, oui, c’est ça… Le chemin n’est pas très bien entretenu dans la descente et puis l’eau et le passage répété des cyclo-cross l’ont raviné… Emporté dans mon élan, j’arrive sans encombre en bas… Il y avait une fête peut-être ?… Oui, des hauts-parleurs ! Des hauts-parleurs qui déversent leur flot de musique au milieu des stands de livres et sur les animations… Je me laisse emporter par la foule, elle m’amène devant une démonstration de fresques murales… Ah oui, les artistes qui ont restauré la chapelle Notre-Dame-des-Fontaines… la « Chapelle Sixtine des Alpes Maritimes » !… Surnommée ainsi tant les fresques signées Canavesio sont belles… Elle est construite sur le lieu où des sources miraculeuses seraient apparues… Oui, je l’ai visitée de multiples fois… avant et après restauration… Chaque fois me retrouvant seul à l’intérieur j’en ai senti les ondes mystiques… Je vais ensuite de stand en stand me promenant de par les places et les rues… Oui, c’est ça ! Tout me revient ! Les clameurs, les vociférations !… Je les entends ! Elles percent de leur son strident les musiques alentour… Et les odeurs ! Oh ! Je les sens ! Portées par l’air, des effluves à la signature ineffable m’annoncent un troupeau ! Quelques brebis apparaissent sur la route principale. Elles sont menées par deux bergers… Oui, oui, les deux bergers… On devine leurs visages burinés et leurs airs décidés sous leurs chapeaux à larges bords. En fait de sonnailles les brebis portent autour du cou des pancartes disant « Mes jours sont comptés, le loup s’en charge ! » – « Halte à la tuerie ! La montagne aux bergers ! », les deux bergers reprenant de leur voix tonitruantes ces mêmes slogans… La journée paisible de quelques policiers occupés...