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L'Année française - Un héros par jour

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Livres
404 pages

Description

LEVÉE DU SIÈGE DE METZ ET INVESTISSEMENT DE CALAIS 1553 — 1558

Lorsqu’un penseur parcourt les pages de notre histoire et se demande comment, au XVIe siècle, le fils d’un cadet de Lorraine faillit ceindre la couronne de France, deux dates lui répondent : celle du 1er janvier 1553, levée du siège de Metz par Charles-Quint ; celle du 1er janvier 1558, investissement de Calais qui, le 8 du même mois, après deux siècles de servitude étrangère, redevint ville française.

Fruit d’une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.


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Date de parution 25 octobre 2016
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EAN13 9782346117932
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

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À propos deCollection XIX
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LA GARDE DU DRAPEAU Tableau de Protais. ie (Reproduction Autorisée par Goupil et C , éditeurs, Paris.)
Charles Ponsonailhe
L'Année française
Un héros par jour
JANVIER
er 1 JANVIER
FRANÇOIS DEUXIÈME, DUC DE GUISE
LEVÉE DU SIÈGE DE METZ ET INVESTISSEMENT DE CALAIS 1553 — 1558
Lorsqu’un penseur parcourt les pages de notre histo ire et se demande comment, au e XVI siècle, le fils d’un cadet de Lorraine faillit cei ndre la couronne de France, deux er dates lui répondent : celle du 1 janvier 1553, levée du siège de Metz par Charles-er Quint ; celle du 1 janvier 1558, investissement de Calais qui, le 8 d u même mois, après deux siècles de servitude étrangère, redevint ville française. Le grand homme de guerre qui avait ainsi défendu la patrie contre ses deux ennemis héréditaires, qui avait tour à tour battu l es soldats de l’empereur d’Allemagne et les soudards anglais, se nommait François de Gui se. Et la France, toujours éprise de gloire, la France, au milieu des flots de sang d e la guerre civile et religieuse, songea un moment à confier le pouvoir royal à l’ill ustre capitaine qui avait assuré deux fois son salut. Sans le pistolet d’un fanatique, Po ltrot de Méré, il est probable que notre pays aurait couru les hasards dangereux d’un change ment de dynastie. Il était difficile d’ailleurs de résister à la sédu ction de François de Guise. Il joignait à un grand génie militaire le port, l’allure, les bea ux gestes d’un preux chevalier. La victoire lui fut toujours fidèle. Il l’assure à Renty, il la rétablit à Dreux, alors que, marchant avec six cents hommes de réserve, il arriv e sur un champ de bataille où les Français étaient en pleine déroute, le maréchal de Saint-André tué et le connétable de Montmorency fait prisonnier. Après l’effroyable défaite de Saint-Quentin, qui fa illit livrer Paris sans défense aux Espagnols, Guise, suivant une expression heureuse,restaureFrance en un mois. la Ce délai lui suffit pour conquérir Calais, Guines, Ham, Thionville. Et il proteste contre le traité que va signer Henri II en ces termes : « Sire, mettez-moi dans la pire des villes que vous voulez rendre. Je la conserverai plus glorieusement sur la brèche que je ne ferai ja mais parmi une paix si désavantageuse que celle que vous voulez faire. » Il est coutumier de penser aussi noblement. A Louis d’Avila, général de Charles-Quint qui lui réclame un esclave fugitif, il répond : « La France ne veut recevoir nul esclave chez soy, et, quand ce serait le plus barbare et estranger du monde, ayant mis seulement le pied dans la terre de France, il est aussi tost libre et franc. » A un gentilhomme angevin cherchant à l’assassiner, il pardonne en lui disant : « Or çà je vous veux prouver combien la religion qu e je tiens est plus doulce que la vostre. » Passant une revue de reîtres, il gourmande leur che f le baron d’Unebourg. Celui-ci braque sur lui son pistolet ; Guise fait tomber cet te arme du revers de son épée, empêche que le coupable soit tué, et, l’envoyant si mplement en prison, poursuit la revue des reîtres frémissants de colère, mais tous domptés ; Son humanité pour les ennemis après le siège de Metz est encore une preuv e de sagénérosité, de sapitié, qualités bien rares en ce temps ! L’exemple des aïeux étant la leçon des petits-fils, voici sur ce siège deux pages vécues, écrites par des héros de cette glorieuse ré sistance. La première est d’un savant, Ambroise Paré, le plus illustre chirurgien de la Renaissance ; la seconde est
d’un soldat, Bertrand de Salignac Fénelon, ancêtre de l’orateur sacré du grand siècle. « Tout le monde travaillait jour et nuit. Messieurs les princes, seigneurs et capitaines, lieutenants, enseignes portaient tous l a hotte pour donner exemple aux soldats et citoyens à faire le semblable, jusques a ux dames et demoiselles, et ceux qui n’avaient des hottes s’aidaient de chauderons, paniers, sacs et linceuls, et tout ce qu’ils pouvaient pour porter la terre ; en sorte qu e l’ennemi n’eust point sitôt abattu la muraille, qu’il ne trouva derrière un rempart plus fort. Nos gens faisaient souvent des sorties par le comma ndement de M. de Guise, et ces jours-là il y avait presse à se faire enrôler, principalement de la jeune noblesse. C’estait une grande faveur. On sortait toujours au nombre de cent ou six vingts bien armés avec rondaches, coutelas, harquebuses, pistol ets, piques, pertuisanes et hallebardes, lesquels allaient jusques aux tranchée s réveiller l’ennemi en sursaut, et lors on entendait les tambourins sonnants :Plan, plan, plan, ta, ti, ta, tou, touf, touf. Pareillement leurs trompettes et clairons sonnaient :Bouteselle, monte à caval, boute-selle, monte à caval, à caval.Et tous leurs soldats :A l’arme, aux armes,...comme l’on fait la huée après les loups, et tous en divers lan gages, selon les nations ; et les voyait-on sortir de leurs tentes et petites loges, drûs comme fourmillons lorsqu’on découvre leur fourmillière, pour secourir leurs com pagnons, qu’on dégosillait comme moutons. La cavalerie pareillement venait de toutes parts au grand galop,patati, patata, patati, patata, pa ta ta ta, patata,leur tardait bien qu’ils ne fussent à la meslée  et les coups se départaient, pour en donner et recevoi r. Et quand les nostres se voyaient forcés, revenaient en la ville toujours en combatta nt, repoussant les autres à coups d’artillerie, qu’on avait chargée de gros cailloux et de carreaux de fer. Et nos soldats qui étaient sur ladite muraille faisaient une escop eterie et pleuvoir leurs balles sur eux drû comme gresle, pour les renvoyer coucher. Et nos gens aussi n’en revenaient tous leur peau entière. Il en demeurait toujours quelque s-uns pour la disme, lesquels étaient joyeux de mourir au lict d’honneur. Là où i l y avait un cheval blessé, il estait escorché et mangé par les soldats ; c’estait en lie u de bœuf et de lard. 1 Et, pour panser nos blessés, c’estait à moy courir . » Impossible, n’est-ce pas, de trouver tableau décrit avec plus de verve joyeuse, fière, allègre, plus de spirituelle bonhomie. Voilà une pa ge bien française. Nous empruntons à Bertrand de Salignac l’aspect du camp après sa levée. « Par quelques Espagnols qui furent pris nous sûmes le délogement de l’empereur du château de la Orgne, qui s’en estait parti ce pr emier jour de l’an et retiré à Thionville avec le mécontentement qu’on peut penser de se voir déchu de son espérance, et sa grande armée qu’il avait assemblée de divers endroits de la chrétienté ruinée... à néant. Si grande estait la ruine du camp, qu’on eust plutô t jugé l’armée y avoir été vaincue que s’en estre levée. Tant d’hommes morts de quel c ôté qu’on regardât, beaucoup à qui ne restait qu’un peu de vie, et une infinité de malades qu’on oyait plaindre dans les loges. En chacuns quartiers, cimetières grands et f raîchement labourés, les chemins couverts de chevaux morts, les tentes, les armes et meubles abandonnés. Peut-être que si le rigoureux commandement eût rest é en main d’un prince non tant humain que M. de Guyse, qu’on eût envoyé incontinen t mettre le feu partout le camp ; mais sa pitié ne le put souffrir. Au contraire, il envoya assembler les malades, ordonna une charitable aumône pour les nourrir et guérir, e t fit sépullurer ceux qui estaient déjà trépassés. Puis fit entendre au duc d’Albe que s’il voulait envoyer de ses gens pour leur pourvoir et conduire à Thionville, il les acco mmoderait volontiers de bateaux bien
couverts pour les y mener. »
1Œuvres de Paré, septième édition, 1614.
2 JANVIER
L’ENSEIGNE RENAUD DE LA FRÉGEOLIÈRE
REFUSE DE SE RENDRE 1871
La vie des peuples offre des journées jonchées de l auriers et d’autres jonchées de cyprès ; les unes et les autres doivent être pieuse ment retenues pour l’instruction des fils d’une nation, car la victoire et la défaite présentent des héros également dignes de mémoire. Nous venons de raconter le siège de Metz sous Franç ois de Guise, l’Allemagne tenue en échec et l’empereur Charles-Quint se retir ant vaincu. Hélas ! la France devait, en 1871, assister douloureusement à des évé nements dont l’issue fut inverse. Mais pendant que dans les murs de Metz un officier, que ses calculs égoïstes et son ambition personnelle avaient conduit à la traîtrise , paralysait les plus fières énergies de son armée, pendant ce temps, un peu partout sur le sol français, nos soldats de terre et de mer luttaient avec un admirable courage . Le 2 janvier, au combat de Favreuil, un officier de marine, destiné par ses mérites à la plus brillante carrière, commandait une compagni e de fusiliers marins. Il se nommait Renaud de la Frégeolière et était ens eigne de vaisseau. Les Prussiens, abrités dans les maisons du village, ava ient ouvert un feu violent de mousqueterie sur la division du capitaine de vaisse au Payen. En outre, leur artillerie, placée sur une hauteur à l’arrière des maisons, cou vrait nos rangs d’obus. Il fallait qu’un homme d’énergie s’emparât d’assaut de Favreuil. Ce rôle fut assigné à Renaud de la Frégeolière. « En tirailleurs ! » commande le jeune officier. Et il part au pas gymnastique, suivi de ses fusilie rs. Mais les intrépides matelots voient leur élan rompu par l’attaque en flanc d’un régiment de cavalerie. Ralliés autour de l’enseigne, ils font bonne contenance ; cependan t les cavaliers allemands les entourent et crient à cette poignée de braves de se rendre. Les marins ne se rendent pas, répond de la Frégeoli ère. Vive la France ! » Une affreuse mêlée d’hommes et de chevaux s’engage. Nos marins résistent, et les cavaliers tournent bride laissant de nombreux morts , redoutant l’arrivée d’un bataillon de chasseurs à pied qui accourt. Hélas ! dans cette action, l’enseigne de la Frégeolière avait été grièvement blessé. Perdant so n sang, il tombe, et l’un de ses soldats l’emporte sur son dos vers une ambulance. L’humble marin et le jeune officier ne devaient pas en franchir le seuil ; une grêle de balles les jeta tous deux foudroyés sur la neige.
3 JANVIER
SAINTE GENEVIÈVE
MEURT ENTOURÉE DES PRIÈRES ET DES LARMES DES PARISIENS SAUVÉS PAR ELLE
Une des caractéristiques les plus touchantes et bel les de notre histoire, c’est qu’aux soirs d’orage où la tempête semble devoir anéantir dans la nuit et la servitude notre race, une pure silhouette de femme surgit soudain. Elle est l’élue. A ses mains frêles le Dieu qui aime les Francs a confié la mission de salut. Seconde caractéristique qui différencie nos héroïne s nationales de celles des autres peuples, une triple auréole nimbe leur front ; à la vaillance dans la bataille, elles joignent une pitié généreuse et une absolue pureté de mœurs. Plusieurs de ces nobles femmes sont à la fois les saintes de l’Églis e catholique et les saintes de la patrie. Saluons dès ces premières pages la figure l égendaire de Geneviève, patronne de Lutèce, qu’elle sauva.
MORT DE SAINTE GENEVIÈVE
D’après J.- P. Laurens.