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L'Écrin d'une grand'mère

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310 pages

« Cherchez premièrement le royaume de Dieu et sa justice ; le reste vous sera donné par surcroît. »

Un jeune homme vient de paraître sur le perron d’une maison, sise à quelques mètres de la route nationale. Il en descend lentement les marches, fait quelques pas d’un air absorbé en agitant distraitement la canne qu’il tient à la main, puis porte son regard sur la maison, qu’il semble détailler pièce à pièce avec une complaisance attendrie.

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À propos deCollection XIX
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— Est-ce vrai que ta maman est malade ? dit Suzanne.
Bathilde Bonnaud
L'Écrin d'une grand'mère
Pour toi ces lignes, enfant chéri. Tout le monde sème autour de moi. Semer est la plus utile et la plus féconde des occu pations. Moi aussi, je veux semer. Ton cœur est le terrain que j’ai choisi pour faire mes semailles. Quelles seront les semences qui devront être déposé es dans ce terrain précieux ? Ce seront les meilleures d’entre les meilleures. Je les ai cherchées, et c’est dans l’Évangile que j e les ai trouvées. Puissent ces divines semences germer dans un terrai n bien préparé, s’élever en plantes bénies, produire dans l’avenir des fruits d e vie, précieux devant l’Éternel. B. BONNAUD.
LES ORPHELINS
« Cherchez premièrement le royaume de Dieu et sa justice ; le reste vous sera donné par surcroît. »
Un jeune homme vient de paraître sur le perron d’un e maison, sise à quelques mètres de la route nationale. Il en descend lenteme nt les marches, fait quelques pas d’un air absorbé en agitant distraitement la canne qu’il tient à la main, puis porte son regard sur la maison, qu’il semble détailler pièce à pièce avec une complaisance attendrie. Elle n’a cependant rien de remarquable. C’est une c onstruction carrée, à deux étages, dépourvue de tout ornement architectural. E n revanche, elle est entretenue avec un soin plein de coquetterie, et c’est à la na ture seule qu’on a demandé son embellissement. Un gros pied de glycine s’élance à l’assaut du toit, et projette au-dessus des fenêtres de chaque étage ses rameaux tou ffus, qui les ombragent et les décorent ; une large plate-bande, longeant la façad e, nourrit quantité de rosiers actuellement en pleine floraison. Une haie de rosie rs enclot un parterre où s’épanouissent, disposées avec goût, des fleurs nom breuses et variées. Une allée de gros tilleuls, entre lesquels sont encore des rosie rs, conduit à la route. Cette verdure, ces fleurs se détachent avec vigueur sur le fond blanc des murs passés au lait de chaux, et donnent à la maison un aspect des plus agréables ; elle semble faite pour abriter le bonheur. Cependant, à voir la physionomie du jeune homme qui la contemple en ce moment, on ne peut supposer qu’il y soit encore, si toutefo is ses habitants l’ont connu.  — Chère grand’mère, murmure-t-il, en souvenir de q ui toutes ces roses fleurissent encore, te serait-il venu à la pensée que ta ferme des Rosiers deviendrait un refuge pour tes petits-enfants dans le besoin ? Une navrante expression de tristesse en envahit ses traits ; il reste un moment songeur. — Oui, oui, reprend-il ensuite comme répondant à s es pensées, sans les rosiers où serions-nous tous à cette heure ? — Dieu seul le sait, mon frère ! dit une voix douc e et un peu dolente. C’est affreux à penser ! — N’y pense pas, cela vaut mieux, repartit le jeun e homme qui aussitôt domina son émotion. Voyons dans ce fait un soin de la Providen ce qui, dans notre détresse, nous a ménagé cet abri. La jeune fille descend le perron et rejoint son frè re. Sa robe noire qui effleure le sol, le long voile qui se drape autour d’elle, frôlent l es rosiers, mêlent leur sombre couleur à la couleur verte des arbustes, au rouge éclatant de leurs fleurs. L’effet est à la fois saisissant et étrange. Le jeune homme fait un geste pour cueillir une rose ; puis, se ravisant, détache de sa tige une pensée qui s’épanouissait à l’ombre des rosiers. C’était une fleur de moyenne grandeur, dont le velours des pétales, rich ement nuancé de violet sombre, était traversé par un brillant filet d’or partant d u centre. — Voilà, Marie, qui te convient mieux, dit-il en l’offrant à sa sœur. Ce nom de Marie prend entre ses lèvres une expressi on d’une extrême douceur dont s’aperçoit la jeune fille. Elle devine la pens ée qui a présidé à la simple action de son frère. Elle le paie d’un regard de tendresse, p uis prend la fleur qu’elle fixe à sa ceinture et qui disparaît dans les plis retombants de son corsage.  — Merci, Gérald, dit-elle doucement. Puissé-je rép ondre à ce que tu attends de
moi ! — Marie, j’ai confiance en toi comme en Dieu. Un éclair de gaieté passa dans les yeux de la jeune fille.  — Je n’oserais jamais suspecter une telle opinion quand c’est toi qui l’exprime, et cependant....  — Elle n’est pas hasardée, puisque c’est toi qui e n est l’objet, petite pensée au cœur d’or.... — Je suis une sœur bien exaltée, trop exaltée ; cr ains de la rendre orgueilleuse, dit Marie en souriant. — La violette recherche l’ombre et l’abri ; elle n e peut changer sa nature.  — Te voilà parti, mon pauvre Gérald, mais non où i l faut aller. Oublies-tu M. Florisson ?  — Cela non plus ne peut changer, dit-il avec un gr os soupir et non sans effort. Partons. Tous les deux se dirigèrent vers la grand’route, pu is dans la direction de la ville. Ils vont de ce pas léger et souple que connaissent seul s les jeunes, et, tout en marchant, causent avec animation, mais à voix basse. Le graci eux sujet de tout à l’heure, auquel Gérald se serait volontiers laissé aller, ne les pr éoccupe plus. Ils ont à agiter de trop graves intérêts. Sur leur passage, les paysans les saluent d’un air de connaissance, avec un respect mêlé de sympathie. Deux ou trois d’entre eu x, qui causent sur le bord de la route, font même un mouvement pour les aborder, mai s n’osent les arrêter, légèrement interdits devant leur réserve, réserve q ue, cependant, ils n’attribuent qu’au chagrin dû à de récents malheurs.  — C’est bien triste tout de même pour ces jeunesse s, dit l’un d’eux. On dit que le père a tout mangé avant de mourir. Des gens qui ava ient l’air de prospérer pourtant ? — Prospérer ? non, ils ne prospéraient pas, reprit un autre en secouant la tête. Ça n’allait plus depuis quelque temps. J’ai été domest ique chez eux et je m’en suis bien aperçu. Monsieur travaillait ! travaillait ! que c’ était à n’y pas croire ! Et avec cela si triste ! — Mais quand il a vu que ça allait si mal, pourquo i ne s’est-il pas arrêté ? — C’est plus, facile à dire qu’à faire. Quel malhe ur ! Monsieur comptait travailler un jour avec son fils. Il voulait changer ses machines , et à eux deux ils auraient fait la chose économiquement. Il l’avait envoyé à l’École c entrale pour apprendre lemétier d’ingénieur, mais c’est pour lui qu’il aurait été i ngénieur. Il voulait changer son outillage, parce que, sur les marchés, on demande s urtout maintenant des farines... des farines... comment donc ?... oui, c’est ça, des farines cylindrées. C’est que l’usine est vieille. Elle en a tout de même bien gagné des mille dans le temps ! — Il aurait dû faire ce changement plus tôt, et.... — Il aurait dû... il aurait dû, voisin ; on fait b ien des choses avec la langue. — Mais si l’usine ne gagnait plus ?... — Qui vous dit qu’elle ne gagnait plus ? Elle gagn ait moins, voilà tout, et Monsieur savait bien qu’il pouvait attendre son fils. — Mais alors ?....  — Ah ! voilà : des pertes sont venues coup sur cou p, des pertes auxquelles Monsieur ne s’attendait pas ; j’en suis bien sûr, p uisque j’ai entendu lui-même le dire à Madame. C’est la dernière qui a fait tout le mal. Q uand Monsieur a vu qu’il ne pouvait pas supporter celle-là, ça lui a monté à la tête, e t si vite, si vite, qu’il est tombé mort comme foudroyé ! Pauvre Monsieur ! je l’ai pleuré c omme mon père. Il n’y a pas de
meilleur homme au monde, et moi je n’aurai jamais u n meilleur patron. Et le brave domestique, en rendant cet hommage à so n maître, s’essuya les yeux du revers de sa main rude et calleuse.  — Et, continua-t-il après un instant de silence, t out le monde était comme lui dans la maison. Ça n’aurait pas fait de mal à une mouche , et si secourable au pauvre monde ! Mais la perle de la famille, voyez-vous, ce sont ces deux qui viennent de passer là devant nous. C’est bon comme le bon pain, et si aimable et si gai ! Je n’ai jamais vu M. Gérald contrarier sa sœur. Il aimait à lui dire toute sortes de jolies choses ; je ne les comprenais pas toujours, moi, ma is elle s’en amusait beaucoup, et à la fin, ils en riaient ensemble de tout leur cœur ! » Ils n’ont pas le cœur à rire, maintenant ; et si M. Gérald ne peut retourner à l’école, il perd un bel avenir.... — Je ne crois point qu’il y retourne ; il faut de l’argent, et il n’en a plus. — On dit que tout va se vendre. Il y a donc bien d es créanciers ?  — Je le crois bien. Aussitôt la mort de Monsieur c onnu, il en est venu de tous les côtés ; ils sortaient de terre, quoi ! — Ils laisseront bien quelque chose aux orphelins et à leur mère ?  — Oui, oui, comptez là-dessus ! De l’argent qu’il leur faut ! Le reste leur est bien égal, allez ! — Comme c’est malheureux ! Une si belle famille ! — Oui, une belle famille et qui avait tout pour el le. Monsieur et Madame, malgré la mort de leur aînée, étaient encore trop heureux dan s leurs enfants, voyez-vous. Il est impossible d’avoir tous les bonheurs dans ce monde ; il faut toujours que le malheur arrive par quelque côté. Et sur cette réflexion philosophique, les trois pay sans, que leurs affaires appelaient ailleurs, se séparèrent. Tout ce qu’avait dit le serviteur de M. de Granzay était vrai. Il aurait pu ajouter que me M. Mathay, père de M de Granzay et propriétaire de la ferme des Rosiers , s’était empressé d’aller chercher les enfants. — Venez, leur avait-il dit ; nous serons peut-être à l’étroit, mais, en nous serrant, il y aura place pour tout le monde ; en nous unissant, n ous supporterons mieux les coups de l’adversité. Toute la famille, et elle était nombreuse, car, out re Gérald et Marie, elle comprenait une jeune fille de quatorze ans, Madeleine, un jeun e garçon de douze ans, René, et un bébé de deux ans, le petit Maurice, le Benjamin, enfant d’une autre fille morte précédemment, et veuve, après six mois de mariage, d’un comptable sans fortune, qu’elle avait épousé l’année qui avait précédé la n aissance de Maurice ; toute la famille, disons-nous, s’était réfugiée aux Rosiers. Mais ce que le domestique n’aurait pu dire, c’était la manière dont Gérald était entré à l’École centrale. M. de Granzay avait fondé sur son fils de grandes e t sérieuses espérances. Il se sentait fatigué et avait besoin d’un collaborateur. Associer Gérald à ses travaux, mettre avec lui l’usine sur un pied qui répondît au x besoins du moment, puis la lui remettre en pleine prospérité en le chargeant des i ntérêts de toute la famille, tels étaient ses projets. Mais Gérald ne soupçonnait ni la décadence de l’usi ne, ni la fatigue de son père, fatigue dissimulée avec soin. Il ne crut donc pas c ontrarier M. de Granzay quand, quelques mois avant le concours d’admission à l’Éco le centrale, il lui annonça qu’il préférait entrer modestement au séminaire. — Au séminaire ?
 — Père, dit Gérald qui, comme nous l’avons déjà vu , employait volontiers la métaphore, mon âme, comme une boussole, a trouvé so n orientation. Ne l’empêche pas de se tourner vers le pôle qui l’attire.  — Je ne puis ni ne veux te désapprouver ; suis la voie que tu crois être la tienne. Moi, je resterai seul, désolé et déçu.  — Désolé, père ? Mais la profession d’ingénieur me tiendra éloigné de vous plus peut-être que le sacerdoce. Nos cœurs seront toujou rs unis, et notre amour n’en sera pas diminué, au contraire. Mais pourquoi déçu ?
Sur leur passage, les paysans les saluent avec un respect mêlé de sympathie, (p. 12.)
 — Parce que je comptais faire tourner au profit de notre minoterie tes talents d’ingénieur ; parce qu’aux espérances que j’avais f ondées sur toi, était attaché l’avenir même de notre usine, et, par suite, celui de la fam ille. Ta détermination les compromet plus que tu ne saurais le penser.  — Dieu me garde, père, de te causer une telle déce ption ! Je ne savais pas t’être utile à ce point. Poursuis tes projets, je t’appart iens tant que tu auras besoin de moi.