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L'Enfant de la morte

De
388 pages

Vers le milieu du quai d’Anjou, en l’île Saint-Louis, on voit encore le vieil hôtel des barons de Nolay de Noirmont : ancienne famille bourguignonne qui compta plusieurs ancêtres illustres, notamment un connétable et un maréchal de France.

Cet hôtel, haut de deux étages, fut construit vers le milieu du dix-septième siècle sur les plans de François Mansard, l’architecte du Val-de-Grâce, pour Antoine de Nolay, baron de Noirmont, membre du Parlement.

Fruit d’une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.


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À propos deCollection XIX
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Henri Demesse
L'Enfant de la morte
PROLOGUE
I
UN NID D’AMOUREUX
Une élégante Victoria, à laquelle était attelé un f ringant cheval de pur sang, à. la robe noire, s’arrêta devant une maisonnette située vers le milieu de la petite rue Cardinet, au fond des Batignolles. L’équipage, avec son cocher en culotte blanche, en bottes à retroussis, en livrée bleue de coupe parfaite et ornée d’un œillet blanc ; le visiteur avec son costume en drap noir à la dernière mode, son chapeau haut de f orme gris, son gilet blanc et ses souliers vernis — mirent, soudainement, à cette pla ce, en ce quartier populeux, une note jeune et gaie, parisienne et mondaine, très fr appante, tant le contraste était flagrant. Il y avait, en effet, dans cette rue, un mouvement incessant de voitures transportant des marchandises à la gare voisine. Des fardiers pesants, chargés de grosses pierres et traînés par cinq robustes chevaux, passaient, à grand fracas, et faisaient trembler, le sol. Des tombereaux de charbon, des charrettes, roulaien t. Aussi, la légère victoria... parmi ces véhicules, fut-elle fort remarquée. Les passants flâneurs regardèrent, non sans un vagu e respect, le pur-sang qui piaffait d’impatience. Des gamins, qui jouaient sur un tas de sable, cessè rent leurs jeux bruyants, et, goguenards, les mains dans les poches de leur panta lon dépenaillé, se moquèrent, de loin, de la mine engoncée du cocher qui restait trè s digne, impassible, sur son siège, le fouet sur la cuisse, et qui, de haut, abaissait fièrement ses regards protecteurs sur les allants et venants : gens du peuple, tout occup és de leurs affaires. Les petites ouvrières, à la frimousse éveillée : ce s mignonnes fillettes de Paris qu’on voit dans les quartiers excentriques et qui trotten t menu, leurs jupes coquettement retroussées, lorgnèrent le visiteur avec malice. Ce visiteur était un homme de vingt-huit ans enviro n. Si l’expression de sa physionomie ne trompait pas, il devait être intelligent et capable d’énergie. Ses yeux bleus, ordinairement doux, s’éclairaient, parfois, d’une lueur pareille à celle qui glisse sur une lame d’acier : son regard, alors, était éblouissant au point de fasciner. Son front, haut et très large, était barré d’une ri de profonde : marque précocement imprimée par des veilles prolongées et par les fati gues d’une vie trop pleine de plaisirs. Une moustache rousse couvrait ses lèvres, qu’une so rte de rictus voulu faisait toujours dédaigneuses et ironiques. Lorsque l’équipage s’arrêta devant la maisonnette, le jeune homme fut tiré brusquement d’une absorbante rêverie ; l’expression de sa physionomie se modifia ; ses sourcils se froncèrent. Il demeura assis dans sa voiture, visiblement préoc cupé, et comme hésitant ; même, un instant, il parut prêt à donner l’ordre de rebrousser chemin, car il leva sa canne et toucha le bras du cocher qui se retourna e t attendit que son maître parlât ; mais le jeune homme ne dit mot.
La démarche qu’il allait faire en cette maison, per due au fond d’un quartier excentrique, lui coûtait, assurément. Il cherchait un moyen de la remettre, tout au moins ; mais elle était indispensable, sans doute, car, après réflexion, il sembla se déci der, enfin ! Lestement, il mit pied à terre et marcha, avec réso lution, vers la porte d’entrée, sans se préoccuper des passants qui avaient observé, curieux, son manège. Il ouvrit la porte, avec une clé qu’il avait prise dans sa poche, et il entra. La porte, mue par un ressort, se referma d’elle-mêm e sur lui. Le jeune homme, alors, se trouva dans un joli jardi n qui s’étendait devant la maisonnette. Il longea une pelouse minuscule, au milieu de laque lle des roses, des géraniums et des héliotropes étaient plantés dans une corbeille. En cette belle journée de juin, le soleil illuminai t gaiement le jardin et la coquette maison, qui avaient un aspect des plus riants dont on était charmé tout d’abord. Le visiteur, ayant traversé rapidement le jardin, g ravit les trois marches d’un perron, orné de vases émaillés pleins de fleurs, et abrité sous une marquise vitrée dont les ferrures avaient la forme d’une coquille. Il pénétra dans une sorte de vestibule où une serva nte parut bientôt, attirée par le bruit. Cette servante était l’une, jolie, et coquettement attifée. Elle portait un mignon bonnet, à la bretonne, qui e ncadrait le mieux du monde son visage, éclairé par de beaux yeux noirs. A l’aspect du visiteur, elle sourit : — C’est monsieur ! dit-elle... Quel bonheur ! Elle était toute surprise et joyeuse, en même temps . — Bonjour, Jeanne... Madame est chez elle ?... dem anda le jeune homme. Le gai visage de la Bretonne se rembrunit, soudain : — Hélas ! non, monsieur, fit-elle ; madame ne vous attendait pas et... — Elle est sortie ? — Il n’y a pas plus d’un quart d’heure ! — Tant pis ! — Monsieur attendra son retour ? — Impossible ! — Au moins, monsieur reviendra ? — Pas aujourd’hui !  — Quel guignon ! Madame sera désolée ; elle était si triste déjà : il y a plus d’un mois que monsieur n’est pas venu ! Oh ! je m’en veu x, vraiment ! C’est moi qui ai poussé madame à sortir aujourd’hui. Depuis huit jou rs elle n’avait pas mis les pieds hors d’ici, elle avait besoin de se distraire ; oh ! elle a hésité longtemps. Bien sûr, elle avait dans l’idée que monsieur viendrait !... On a, comme ça, des pressentiments !... Quel guignon ! Tout à ses pensées, le jeune homme n’écoutait pas l a Bretonne.  — Je tâcherai de revenir demain... dit-il enfin... En attendant, je vais écrire une lettre que vous remettrez à madame. Il ouvrit une porte donnant dans un petit salon où il pénétra et, là, il congédia la servante. Le jeune homme, toujours pensif, préoccup é, ému et inquiet même, tout à la fois, réfléchit un instant. Il s’assit, enfin, devant un bureau et il écrivit. Le salon, éclairé par deux fenêtres donnant sur le jardin, était meublé à la moderne
et fort élégamment. On y devinait la main d’une femme, d’une créature d e goût, même d’une artiste : tout y était arrangé coquettement. Les meubles, les étoffes, les bibelots étaient de c hoix. Chaque pièce se trouvait bien à sa place, pour sa m eilleure mise en valeur et pour le plus complet agrément des yeux. Par l’inspection de cette seule pièce, on eût affir mé que la maison était un nid de jeunes amoureux, fortement épris. Il se dégageait, en effet, de ce logis un charme en veloppant. On y vivait heureux, certainement, au milieu des fl eurs, dans une atmosphère parfumée. On ne devait y entendre, avec les gaies chansons de s oiseaux, que des bruits de baisers et de tendres chuchotements. Sur un meuble recouvert en peluche, de couleur bleu e, aux reflets changeants, on voyait le portrait du jeune homme, devant lequel on avait déposé, tout récemment, un petit bouquet de myosotis — adorables fleurettes bl eues si frêles et si jolies, dont le naïf langage constitue, en sa brièveté, un délicieu x cantique d’amour : « Ne m’oubliez pas ! » En face, se trouvait le portrait de « l’amoureuse » , sans doute. Or, c’était une exquise jeune fille mignonne et gra cieuse, qui souriait et semblait regarder « l’adoré » ! Le jeune homme, ayant écrit sa lettre, la lut à hau te voix ; elle était ainsi conçue : « Ma chère amie, Demain, vers deux heures, je reviendrai te voir ; j e regrette beaucoup de ne L’avoir pas trouvée ici, aujourd’hui : il ne m’est pas poss ible de t’attendre ni de revenir. Prépare-toi à apprendre une nouvelle importante ; j e ne veux pas m’expliquer davantage par lettre. Pour des motifs graves et que tu connaîtras demain, un grand changement doit s’opérer, sous peu, dans notre vie. Crois toujours à ma profonde et très vive amitié. Vicomte ROGER DE PARDAYANT. Paris, 18 mai 1870, » Le vicomte relut encore ce passage de sa lettre : « Prépare-toi à apprendre une nouvelle importante ; je ne veux pas m’expliquer davantage par lettre. Pour des motifs graves et que tu connaîtras demain, un grand changement doit s’opérer, sous peu, dans notre vie. »  — C’est fort bien ! fit-il. Ça ne dit rien de préc is ; mais, pourtant, sur cette donnée son esprit travaillera, et, demain, je la trouverai prête à m’entendre. Il mit la lettre sous une enveloppe qu’il cacheta. Puis, il se leva pour appeler Jeanne. Alors, par hasard, ses yeux s’arrêtèrent sur le portrait de la jeune femme. Il le prit et le regarda longtemps, avec une émotio n véritable dont on ne l’eût pas cru capable.
C’est qu’à ce moment suprême, toutes sortes de char mants ressouvenirs avaient hanté son esprit et fait revivre en lui, avec une i mplacable netteté, des scènes adorables d’un passé qui avait eu pour cadre cette maisonnette fleurie et ensoleillée. A cette place, Roger avait vécu, enivré d’un bonheu r qu’il avait cru plus durable. Bientôt, il se sentit, derechef, torturé par des an goisses dont il souffrait depuis plusieurs semaines déjà, et dont il avait pu s’affr anchir un instant. Alors, il eut hâte de fuir cette maison où son mal s’était aggravé, sembl ait-il. Il sonna. Jeanne parut. Le vicomte lui montra la lettre qu’il avait écrite.  — Je laisse cette lettre sur le bureau de madame, dit-il ; Jeanne, vous la lui remettrez ? — Oui, monsieur. — A demain ! Roger ouvrit la porte ; la servante voulut le reten ir. — Monsieur !... fit-elle quasi-suppliante. Mais le jeune homme sortit brusquement, sans écoute r la servante : son départ équivalait à une fuite ! Bientôt, il se retrouva de hors. Il remonta dans sa voiture et il dit au cocher : — Au cercle !...
II
UNE DÉSESPÉRÉE
— Jeanne ! Jeanne ! Une jeune femme, portant dans ses bras un petit enfant, était descendue d’un fiacre, devant la maisonnette de la rue Cardinet. Elle avait ouvert la porte, et, du seuil, elle appe lait la servante pour qu’elle payât le cocher. Il était près de six heures ; la grande chaleur éta it tombée. A présent, les voisines, assises devant les portes, sur les trottoirs, travaillaient à quelque ouvrage de couture tout en surveillant des enfants qui jouaient, dans la rue, par groupes turbulents. La jeune femme était bien connue dans le quartier. Elle demeurait depuis plus d’un an dans cette maiso nnette. Tout le monde, aux alentours, l’avait remarquée. On l’aimait parce qu’elle était belle et parce qu’e lle avait l’air doux. On devinait qu’elle était l’héroïne de quelque myst érieuse aventure d’amour. Et puis, elle était de ces êtres de qui personne ne jalouse le bonheur présent, si enviable qu’il soit, tant il semble, à tous, que ce bonheur ne sera pas durable ! Elle paraissait heureuse, et, cependant, on la plai gnait ; même, elle excitait la pitié. On disait, en parlant d’elle : « Pauvre femme !... » sans que personne fût capable, s’il l’avait fallu, d’expliquer ces paroles dictées, à tous, par un vague pressentiment.  — La petite bonne est sortie il n’y a qu’un instan t, madame ! dit une voisine. Nous l’avons vue passer : elle allait aux provisions, sa ns doute, car elle portait un panier. Jeanne, en effet, avait retardé sa sortie autant qu e possible, voulant se trouver à la maison lors du retour de madame ; mais, comme l’heu re avançait, il avait fallu qu’elle s’occupât du dîner. Elle était donc sortie en toute hâte.  — Merci, madame ! répondit la jeune femme, d’une v oix très douce, et en payant d’un sourire le renseignement fourni par la voisine .
Puis, se tournant vers le cocher : — Attendez-moi, fit-elle, je reviens. Elle pénétra dans le jardin, gagna la maison, entra dans le salon où elle déposa, sur un divan, l’enfant qu’elle portait et qui s’était e ndormi ; puis, elle retourna sur ses pas, et, libre de tout fardeau, elle paya le cocher, à q ui elle donna un très large pourboire. — A la bonne heure ! dit l’automédon. Faudrait ne conduire que des clients pareils ! Merci bien, ma petite dame ! Déjà, la jeune femme était rentrée. Dans le salon, elle s’assura que l’enfant dormait paisiblement ; puis, elle ôta son chapeau et le pet it mantelet léger qu’elle avait jeté sur ses épaules. Elle se trouva, alors, en taille, ador able en sa robe noire unie qui l’habillait bien. Le grand air, qu’elle avait respiré pendant quelque s heures, avait rosé ses joues. En attendant que l’enfant s’éveillât, elle vint s’a sseoir près de la fenêtre ouverte, et, pensive, mélancolique, elle regarda dans le jardin. Le soleil baissait et ses derniers rayons jetaient leur lueur dorée sur la pelouse. On entendait, au dehors, les appels, les cris, les rires des enfants qui jouaient. Bientôt, la jeune femme avisa, sur une table, un jo urnal, sur lequel elle jeta les yeux, distraitement. Tout à coup, elle pâlit : elle avait lu les lignes. suivantes : ÉCHOS MONDAINS « Ce soir aura lieu la signature du contrat de mari age de M. le vicomte Roger de Pardayant avec mademoiselle Noémie Besnarais, la ch armante fille du banquier bien connu. Une grande fête artistique et musicale aura lieu, à cette occasion, dans l’hôtel que M. Robert Besnarais, père de la fiancée, a fait con struire, récemment, boulevard Beauséjour, à Passy, en face du Ranelagh. Le Tout-Paris artiste, mondain et financier assiste ra à cette fête, à laquelle nos meilleurs comédiens et nos chanteurs en renom prête ront le concours de leur talent. » Le journal s’échappa des mains de la jeune femme. E lle se leva et fit quelques pas en trébuchant. — Le malheureux ! fit-elle. Elle s’était rapprochée du bureau sur lequel le vic omte avait laissé sa lettre. Elle la vit ; elle la saisit... Éperdue, folle, elle l’ouvr it précipitamment, et, tremblante, elle la lut... Alors, elle jeta un cri déchirant. Elle battit l’air de ses bras levés, et elle tomba à la renverse, évanouie... Un quart d’heure environ s’écoula. Soudain, la jeune femme rouvrit les yeux ; elle se releva ; elle porta les mains à son front comme quelqu’un qui cherche à rassembler ses souvenirs : que s’était-il donc passé ? Elle se rappela loul, brusquement. — Dieu, fit-elle, comme vous me punissez ! Elle s’assit et pensa. Puis, elle aperçut son enfan t, qui dormait toujours sur le divan. Elle le prit ; elle le baisa doucement pour ne pas le réveiller. Enfin, elle sanglota. — Que faire ? murmura-t-elle. Et bientôt, elle ajouta : — Le lâche ! Tout à coup, ses yeux flamboyèrent.
— Me venger ! clama-t-elle. Il faut que je me veng e ! Elle réfléchit. — Mais comment ?... Oui, comment ? Un moment après, elle se leva. Un sourire enrayant, éclaira sa physionomie. — C’est cela ! dit-elle. C’est cela ! Mais elle réfléchit encore. — Mon fils ?... Qui veillera sur mon fils ? Oh ! elle était affolée, la pauvre créature ! Elle souffrait abominablement. Derechef, ses yeux brillèrent. — Ma bienfaitrice : Mademoiselle de Nolay... la ba ronne de Noirmont, — reprit-elle, répondant à cette question qu’elle s’était posée : Qui veillera sur mon fils ? Évidemment, elle avait formé quelque épouvantable p rojet qu’elle allait mettre à exécution.
— DONNEZ L’ORDRE AU COCHER D’ATTELER, FIT-ELLE. (PAGE 11.)
Lors, elle s’assit devant son bureau et elle écrivi t ce qui suit : « Ma chère bienfaitrice, J’ai eu de grands torts envers vous ; j’ai été ingr ate ; je vous ai trompée : Pardonnez-moi...